Tarde, L’oppos. univ., p
qui en résulte et qui est admise plus volontiers qu'entre individus, reposent sans doute sur une erreur déplorable; elles n’en existent pas moins et sont un élément important de la guerre impulsive. La haine de race en est un autre. Le grand stratégiste allemand, général Carl von Clausewitz, un des pères de la théorie moderne de la guerre, a excellemment mis en reltel l'existence de mobiles de cette nature ?. Au premier rang, dans la surprenante trinilé qui compose le € caméléon » de la guerre, il cite l'impulsion naturelle aveugle (ein blinder Naturtrieb), qui engendre sa violence originelle, la haine et lanimosité, le sentiment d’hostilité (Feindschaft). La politique ne fait que diriger cette force instinctive et lui donner un but. On voit par là dans quelle erreur on tomberait, si on se laissait aller à considérer la guerre entre Etats civilisés comme un acte réfléchi des gouvernements. € Deux mobiles différents portent en effet les hommes à se faire la guerre : l’hostilité d'instinct et l'hostilité réfléchie, de calcul » (feindseliges Gefühl u. feindselige Absicht) ?; or, st chez les peuples barbares l’instinet domine et chez les policés la réflexion, il se peut néanmoins que deux nations des plus policées s’enflamment lune contre l’autre des sentiments de la haine la plus passionnée.
Clausewitz indique leur effet: «Les relations peuvent être si tendues entre deux Etats ou deux peuples, des sentiments de si profonde hostilité les peuvent animer l’un contre Pautre, que le moindre incident politique (comme la plus faible pression sur la gàchette) peut produire des effets absolument disproportionnés et provoquer une véritable explosion. » La cause est alors moins l'occasion politique, le prétexte, que la combativité débordante et la haine qui reposaient dans le cœur*?. La guerre qui n’est moyen que par rapport à un but minime se comporte principalement comme si elle était désirée en elle-même.
On attribue au désir de revanche la naissance de la plupart
1. 3. Flach, Les orig. de l’ancienne France, t. II, p. 517: Les sentiments qui gouvernent la société sont l’amour et la haine... La haine produit l’état endémique de guerre... Collective, la haine apparaît comme légitime, la vengeance s’érige en devoir.(L’auteur exprime une opinion courante, non sienne.)
2. Vom Kriege, t. 1, p. 24 s et5 ; trad. de Vatry, p. 30, 5, 45. Le major de Neuens (p. 6 de sa trad.) traduit littéralement mais moins heureusement : sentiment hostile et intention hostile.
3. En 1870, la rupture a été grandement favorisée par l’état d’excitabilité où se trouvaient la France et l’Allemagne et qu’avivèrent encore les événements de la guerre. Lors des incidents de Pagny et de Schirmeck, la défiance, la jalousie étaient telles que « les fusils eussent pu partir tout seuls » (Holtzendorff, R. dr. int., 1888, p. 216,