‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 37 sur 471 · HAINE, VENGEANCE, HONNEUR · texte numérisé non relu

HAINE, VENGEANCE, HONNEUR

des guerres. Il en a du moins causé un grand nombre, car, de sa nature, 1l produit un cerele vicieux, dont il est bien difficile de s’évader. Ce n’est, au fond, qu'un cas particulier de la vengeance, puisqu'on désire réagir non pas seulement contre les défaites passées, mais contre toute lésion subie. Le fait, d’ailleurs, était fatal, à l’origine: un être incapable de répondre au mal par le mal, peut-être même en le dépassant, eût été condamné à disparaître. « La vie, en son essence, est une revanche, une revanche permanente contre les obstacles qui lentravent !. » La tendance est tellement enracinée au cœur de l’homme qu’on la satisfait parfois encore au risque de se détruire soi-même, avec la certitude même de se tuer. (Tel, ce Suisse, dont on cite Phistoire qui, mortellement blessé, s’anéantit lui-même en faisant rouler un rocher sur un chef autrichien). La vengeance est donc parfois aussi peu calculée que possible, au point de n'être qu'un geste réflexe; elle est d'autant plus irrationnelle que la lésion ou l’offense est plus légère. Et pourtant les Etats en sont restés entre eux à la phase des vendeltas. La différence est moins grande entre l’état primitif et l’état actuel des rapports Internationaux, qu'entre la vengeance privée et la poursuite des criminels au nom de Pintérêt social”.

L’honneur national est ‘souvent mêlé à ces questions, et cela est d'autant plus regrettable qu’il est bien mal compris. N’est-1l pas en réalité plus déshonorant de chercher à écraser une nation entière, que de riposter par le dédain à une offense dont quelques individus, qu’elle désapprouve peut-être, sont seuls coupables ?

Nous n’entendons certes pas qu’un Etat doive supporter passivement les outrages de l’étranger, surtout s’ils sont collectifs. Rien au contraire n’est plus précieux pour une nation que le respect de sa personnalité, car si on la eroit inapte à redresser l’offense, on sera porté à attenter à son existence. Le mépris de la personnalité est bien près de sa violation. — Mais autre chose est d’anéantir l’insulteur, autre chose de le morigéner. Le premier acte est digne de la brute, le second ne peut être qu’à Phonneur et au profit de qui Paccomplit *.

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