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FORCE MUSCULAIRE ET FORCE MORALE

ceps ou de jambes, comme on disait jadis. La connaissance des forces cosmiques a permis à l’homme de centupler les siennes. Tous les soldats peuvent, physiquement, manier leurs armes, effectuer les marches d'approche : ce qui leur est nécessaire et qui leur manque quelquefois pour le faire sous une grêle de projectiles meurtriers, partis on ne sait d’où et contre l’atteinte desquels on ne réussit guère à se préserver, c’est la force morale.

La lutte ne consiste pas dans une mesure théorique, ni dans une mesure effective des seules forces matérielles ou des nombres : les sentiments aussi y ont un grand rôle ?. On prète à Napoléon des € mots » différents, à ce sujet : ÇA la guerre, la morale et l’opinion sont la moitié de la réalité... Les (rois quarts reviennent aux facteurs moraux; un quart aux facteurs matériels... La question tactique est peu de chose, la question morale est tout*. » Les spécialistes s'accordent sur l'importance considérable, égale ou supérieure, de l'élément psychologique par rapport au physique #, et spécialement par rapport au nombref. Ces formules ne sont pas rigoureusement exactes. Si Pon

4. Boutroux, L’Armée.., p. 268 : en surexcitant l'instinct de conservation (absence de mêlée, tir rapide, ordre dispersé, chef hors de vue, possibilité de fuite), la guerre moderne nécessite une plus haute valeur morale. — M.., La g., p. 14 chacun des adversaires entasse dans son plateau les effets destructeurs obtenus au détriment de l’autre, et ses propres vertus guerrières, Ces vertus sont indispensables activement, pour produire la destruction dans les rangs ennemis (viser juste, sans trembler ni se troubler), et surtout passivement, pour supporter celle que l’ennemi sème dans les nôtres. Au lieu de rendre prédominante la quantité et inutile la qualité, l’invention des armes à longue portée 10 rend la défaite de un contre dix moins fatale que sous le régime de l’arme blanche, où les dix eussent écrasé l’adversaire de leur poids, 2° exige le sang-froid, le coup d'œil, l’adresse, le courage, Le danger, l’ébranlement nerveux, dont la durée est proportionnée à la portée des armes, commencent à trois kil. : c’est dire qu’ils sont permanents, car on n’est jamais sûr de l’absence d’ennemis dans ce rayon.

9. Clausewitz, tr. Vatry, t. I, p. 126, 132. — Salières, La g., p. 292 : ce n’est pas une partie d’échecs. — Jomini : c’est un drame passionné. 3. Gal Jung, La g., p. 45; Wolff, Das mil. Echo, p. 200. Etc... — Maurice Barrès a

dénommé Napoléon : professeur d’énergie.

4. Citations dans: Wolff, 46., p. 200-214. — Gouvion-St-Cyr : la garantie du succès est dans le cœur, non dans les jambes. — Mat Marmont : le moral fait qu’un homme en vaut dix et que dix n’en valent pas un, — De Brack : le moral décuple les forces. — Mel Bugeaud, — G1l von Reichenau, Einfluss der Kultur auf Krieg, p. 44. = Gel Lewal, La chim. du désarm., p. 26 : « L’esprit militaire est le thermométre de la valeur des nations, La trempe morale est la force dans le combat, l’atout principal. » (!) — G1l de Négrier, Le moral des troupes, R. Deux-Mondes, fév. 1905.

5, Marmont, op. cil., p. 284 : la quantité le cède à la qualité; Mel Mayer von Marnegg;. D’Escayrac de Lauture, La qg., p. 101 : le loup, dtt Virgile, ne s’effraie pas du nombre des brebis; Ge! Mis de Chambray, Phil. de la q., p. 126; Mézières, ib., p. 283 ; Guize, Le milit., p. 112; Villiaumé ; gal Lambert... — Un dilemme s’impose : ou bien la guerre favorise le nombre, et elle n’est pas bonne socialement ; ou bien elle favorise les qualités, et alors notre organisation militaire, basée sur la suprématie du nombre, est radicalement vicite, et l’accroissement des armées

veut emprunter le langage mathématique, Pélément moral est comparable à un coefficent, qui est dépourvu de valeur s’il ne s’applique à d’autres facteurs, mais qui les multiplie, au lieu de s’y ajouter, lorsqu'ils existent. Sans lui, tous les autres ne serviraient à rien. Les armes, si perfectionnées qu’elles fussent, les plus habiles manœuvres, les meilleures positions, ne donneraient pas gain de cause, si on n’était fermement résolu à tirer, à marcher, à ne pas lâcher pied du terrain d’abord occupé ou gagné sur l’ennemi.

La plus fondamentale de ces dispositions mentales consiste — on le voit — dans la volonté. Elle l’emporte sur Pélément imtellectuel. Comme la décision de la guerre et son terme, c’est de l'intensité du désir, plutôt que d’idées proprement dites, que dépendent, dans les hostilités, l’élan, la résistance des combaitants, leur acharnement à rester sur les positions, à ne pas s’avouer vaincu, c’est-à-dire ce qui crée le succès. Cette intensité entre même pour une large part dans l’aptitude à supporter les fatigues et les privations. Son maintien, c’est-à-dire la ténacité, conditionne la victoire; de sa cessation, c’est-à-dire de la dépression, provient la défaite !. Le combat est la solution effective d’un problème non seulement de dynamique, mais d’ € arithmétique mentale » : «à côté de l’énergie mécanique sous forme de poudre et de boulets, de nerfs et de muscles, il s’y trouve une énergie psychique, d’entêtement ou de dogmatisme patriotique. À égalité d'énergie mécanique, l’armée la plus volontaire vaincra”. » Il s’agit d’anéantir non pas tant les combattants que leur volonté de résister (Clausewitz). Ce ne sont pas les pertes matérielles, les comparaisons de chiffres qui indiquent le gagnant. € Le plus obstiné l'emporte *. »

L'analyse des circonstances qui influent sur l’intensité et la convergence des volontés rend manifeste le défaut de correspon-

cesse d’êlre l’idéal principal. L’école des forces morales prend ce dernier parti. (M. , La g., p. 6 $, 18, et auteurs cités : au nombre de soldats, chevaux et pièces, à la rapidité du tir, préférer les qualités balistiques de l’arme, le développement des voies ferrées, la qualité des troupes.) — Gratien West, Puiss. des armées, p. 350; Paixhans, Raynal, Rüstow : réduire pendant la paix, tout ce qui est quan tité (effectifs, durée du service, impôts) pour n’être pas épuisé au jour de la bataille.

4, Gel Foch (Des princ. de la g., not. t. I, p. 268); M.., La g., p. 8, 69 : Un peuple résolu à vaincre est invincible sur son sol; il n’y a de défaite que des cœurs (Ex. : 1870).

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