Dupasquier, Le crime de la g., p
3. Machiavel, Art de la g., VII, 25 : « Des soldats, du fer, de l’argent, et du pain, voilà le nerf de la guerre. De ces quatre objets, les deux premiers sont les plus nécessaires, puisque avec des soldats et du fer, on trouve du pain et de l’argent, tandis qu’avec de l’argent et du pain, on ne trouve ni fer ni soldat. » — Décades, 1. II, ch. x : « L’argent seul ne vous défendra pas, mais il engage à vous dépouiller : ainsi rien n’est plus faux que la commune opinion que l’argent est le nerf de la guerre... Ce n’est pas l’argent, mais une bonne armée,
4. À. de Montchrétien, Œc. pol., p. 141. — A Louis XIF qui lui demandait à quelles conditions il triompherait du duc de Milan, Trivulce répondit : « Trois
choses sont absolument nécessaires : 40 de l’argent, 20 de l'argent, 30 de l’argent. »
temporaine opère un rapprochement entre les facteurs militaires les facteurs industriels *. — Cette argumentation repose sur une confusion. La prospérité à laquelle on fait allusion est toute spéciale, elle est liée non à une supériorité dans les autres domaines, mais à une meilleure préparation aux œuvres de destruction, qui exclut même dans une assez large mesure les travaux pacifiques.
— Lorsqu'on voit les succès dus à l'emploi des fusils à aiguille ou se chargeant par la culasse, on est tenté de prétendre que la guerre actuelle laisse peu de place aux qualités personnelles physiques ou morales des combattants. L’homme disparait derrière la machine et le problème semble être mécanique plus que psychologique. Plutarque’ raconte que le Spartiate Archidamus s’écria, devant une nouvelle arme de trait, récemment apportée de Sicile : € O Hercule! Cen est fait du courage.» La mème exclamation a été répétée depuis lors à chaque nouvelle découverte. De personnelle qu’elle était, la guerre est devenue réelle. L’arme y prime l’homme; Partillerie est la maîtresse sanglante et souveraine... La guerre devient anonyme et au porteur, comme la richesse *. »
L’apparence est trompeuse. Qu'un ingénieur ait inventé un procédé, vite copié, que les soldats aient en main des armes puissantes, la victoire n’en sera pas moins douteuse, s'ils n’ont habileté, le courage et la volonté concordante de s’en servir. La thèse pacifique n’a pas à nier les qualités personnelles essentelles au succès : il lui suffit de montrer qu’elles sont militaires et non sociales. Sagit-il pourtant de la force musculaire ? Nous ne le croyons pas : c’est un élément, sinon négligeable ÿ, du moins non prépondérant. La guerre n’est plus affaire de bi-
4. Steinmetz, Der Krieqg, p. 22. — De la Barre-Duparcq, Rapports entre la richesse et la puiss. mil. des Etats, Ac. sc. mor., t. 83, p. 249 s; t. 84, p. 213...: À la guerre, triomphe la raison du plus fort, mais la puissance a un rapport avec la richesse, — Comte prétendait que, partout, à partir d’un certain moment, Pindustrie se met au service de la guerre. Le système mercantile tendait à développer artificiellement les forces et les richesses, à s'emparer de l’activité manufacturière et commerciale, en vue d’en tirer les ressources nécessaires aux succès militaires : « la suprématie économique pour la suprématie politique ». — Le crédit public, les emprunts permettent d’utiliser, pour une guerre donnée, une grande partie de la fortune nationale.
2. R. de la Grasserie, Paix armée, p. 16; Sir Humphry Davy, Derniers jours d’un philos. (Dumesnil, La g., p. 188) : Les guerres sont moins personnelles, et la force de l’homme est comparativement insignifiante, — Réforme soc., 1898, II, D0406 Mérignhac, L’arb., p. 419; Mézières, Polémom., p. 288 : « Adieu! valeur, puisque les hommes n’en viennent plus aux mains. »
3. Novicow, Insignif, de la force brutale, Rev. int. soc., 1898, p. 491.