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LA GUERRE, SOURCE DE L’INDUSTRIE ET DE L'ÉCHANGE

à être soldats et tous les Etats à s'adapter à la destruction. L'organisation du travail a reçu une forme ingénieuse et assez souple qui permet aux exécutants d'échapper, moyennant une rémunération fixe (salaire), aux risques de l’entreprise, tandis qu’elle assure des bénéfices variables à ceux qui en prennent l'initiative et en subissent l’aléa. Le perfectionnement, qui consiste à assurer une coopération de plus en plus volontaire et, pour cela, de moins en moins unilatérale, ne saurait être attendu de la violence, qui a les effets précisément opposés. Tout au plus une révolution réussirait-elle à déplacer le fardeau, à intervertir les rôles ou à instituer une autre forme d'exploitation: elle ne résoudrait pas le problème.

La guerre, disent ses partisans, n’a pas seulement modelé la structure économique : elle a été le moteur initial de toute production. Les passions violentes, et en particulier la crainte, ont été les premiers mobiles de Pactivité humaine, car, seules, elles pouvaient vaincre la répulsion pour le travail, et contraindre à des efforts suivis. L’outillage et Part militaires sont sortis de là, et aussi l’industrie et les sciences, qui étaient subordonnées à eux. Sans Pemploi des métaux dans les armes, les charrues et les navires n'auraient pu être fabriqués : il existait, encore récemment des peuplades auxquelles l'usage des lances et des flèches était connu et non celui de la faucille. Sans la menace des tribus étrangères, les hommes ne se seraient jamais construit d’habitations solides et sûres. Les premiers chemins ont été des routes stratégiques, et les premiers canaux (des Perses, des Fuégiens...) ont eu une destination militaire !. Les débouchés s’ouvrent encore en armes, comme avaient lieu les échanges primitifs. L’industrie sans doute n’est plus à créer, mais les grandes catastrophes guerrières ont cependant favorisé son essor (en Angleterre après Waterloo, en Allemagne après Sedan).

De nombreux faits prouvent que échange à eu concurremment, une autre source dans l’usage des présents, et le travail dans le jeu, Pamusement, le goût de la décoration. La lutte contre les fauves, contre les intempéries, a suscité leffort d’une manière non moins impérieuse ni constante que les combats contre les hommes. La notion de l'intérêt, le désir de se déve-

1. Tzschirner, b., p. 212 ; Jähns, 4b., p. 70-77. En grec 6mhov, en latin arma, en germain wapono, signifient arme et instrument (armature). Le couteau et la hache ont ce double emploi. Les premières machines sont des béliers, balistes, cata-

pultes. Le plus ancien métier est celui de forgeron d’armes. Ingénieur dérive de engin. — Spencer, Sc. sc., p. 211...

lopper en tous sens, remplissent aujourd’hui le même rôle avec une efficacité suffisante. La guerre, la victoire même ne font même pas, à elles seules, progresser lindustrie d’un seul pays, fusse au détriment des autres, et, inversement, ce progrès se présente le plus souvent sans aucun lien avec elles. La Turquie est restée stationnaire malgré ses succès militaires ; la France révolutionnaire ou impériale n’a pas donné à la production Fessor que celle-ci à reçu depuis lors ou dans des pays et des périodes pacifiques (Suisse, Belgique, Etat-Unis, Allemagne même).

Si la guerre n’est point la mère de l’industrie, du commerce, de la recherche scientifique, n’a-t-elle pas, du moins, comme on le prétend d'autre part, favorisé telles industries, telles transactions, telles sciences !? On applique cette idée aux mathématiques, à la physique, à la chimie, à architecture, à la mécanique, à la nautique. La science médicale n’aurait fait de progrès dans le domaine de la chirurgie que par la pression des campagnes de 1869-1877. De la nécessité où se sont trouvés les membres de l’aristocratie féodale, lorsqu'ils partaient en expédition, de réaliser », pour subvenir à leur équipement, des biens qu’ils ne pouvaient gérer désormais, serait issu le capital circulant, qui acquit depuis lors une importance si considérable ?. Les chefs de mercenaires étaient des entrepreneurs, et comme leurs opérations, analogues aux concessions actuelles, étaient à terme, on en déduit qu’elles sont la cause de lavénement d’une économie à base de crédit (Creditwirtschaft) à côté de l’ancienne économie à base d'argent (Geldwirtschaft) . On omet plus ou moins intentionnellement le rôle important joué par les transactions commerciales ordinaires et notamment dans les banques italiennes. |

Il n’est que trop vrai que les armées soient une clientèle assidue des fabriques d'équipements, d'armements, de blindages, des constructeurs de navires, des entrepreneurs de travaux de fortification. La guerre, en cela, n’encourage que ce qui sert à la

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