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LA GUERRE ET LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES

guerre même, et elle enlève à leur usage naturel d’autres richesses (chevaux, habillements, conserves...) sans compter tous les gaspillages inutiles qu’elle entraîne. Ge qui sert à la paix (vapeur, électricité, chemins de fer, chimie organique...) a été surtout l’œuvre de la paix. L'activité militaire a par contre utilisé des découvertes (métaux, alliages...) dues à d’autres desseins. Ce sont les progrès de la production qui ont permis ceux de la destruction : les armements modernes ont suivi et non précédé lessor de l’industrie et de la science.

Pour détourner de leurs fins tant de créations heureuses, des théories et des systèmes spéciaux ne furent pas de trop. Le mercantilisme, Vinterventionnisme économique, notamment sous la forme de protection douanière, ont eu, entre autres causes (en dehors de l’exclusivisme entretenu par les rivalités), le désir de procurer des ressources pour la réalisation de plans militaires, et d'échapper à la dépendance de l’étranger, complètement en cas de guerre, et dès le temps de paix, en ce qui concerne le matériel !. Or ces expédients, peut-être nécessaires en des circonstances données, sont opposés à l’idéal et à la prospérité des peuples.

Le développement des finances publiques est un produit plus réel des luttes internationales, mais aussi plus mauvais. Le plus ancien revenu de l'Etat représentait la part du chef dans le butin et dans la contribution fournie par les hommes qui ne participaient pas au service de guerre. Destinées aux expéditions elles-mêmes ou à l’usage personnel du chef, ces ressources n’attribuaient aucune valeur sociale aux combats. Les recettes du pouvoir avaient une source moins impure dans les prestations, — d'abord présents facultatifs, puis tributs ou corvées obligatoires, — que les sujets fournissent à leurs maîtres *.

La création et l’accroissement des impôts et des emprunts doivent figurer au passif de la guerre, parmi ses inconvénients, plutôt que parmi ses prétendus € résultats positifs de culture * ».

4. Montchrétien, Œc. pol., p. 810, — Ferrari, R. int. soc., 1896, p. 722: Militarisme et protectionnisme proviennent d’une cause commune : une dégénérescence, un égotisme absolu qui méconnaît autrui. è

2. Spencer, Soc., t. III, p. 118; H. Collins, Phil. de Spencer, p. 478$.

3. Ilen est ainsi lors même qu’on les pratique honnêtement, et a fortiori quand les extrémités guerrières leur font adjoindre des procédés d’une moralité douteuse. Philippe le Bel, poussé à bout par sa lutte contre les Flamands, altéra la valeur des monnaies, ranconna les Juifs, Lombards et Templiers. D’autres rois ont recu, en la même occurrence,le surnom de faux-monnayeurs. — Sur la gestion malhonnête de l’abbé Terray : Stourm, Fin. de l’anc. régime, L. 1, p. 2{%

I y à, dit l’annotateur Vincent Gelée‘, deux espèces de finances : € Les ordinaires sont les deniers provenans du domaine... et les extraordinaires sont les aides, tailles, gabelles et autres impositions qui sont mises sur le peuple pour les affaires de la guerre. » Ce rapport de causalité est si juste, que les deux termes suivent les mêmes fluctuations : l’armée française devient permanente au commencement du xve siècle: la taille aussi. Les emprunts publics, c’est-à-dire les dettes d'Etat, apparaissent de même au temps des luttes soutenues pour lunification et Pextension du territoire national, contre les seigneurs et contre lPétranger. Au commencement du xvrre siècle, furent imaginés les emprunts-loteries en vue de faire face aux charges toujours croissantes de nos armes : or les loteries développent de mauvaises passions, en laissant attendre du hasard ce que le travail seul doit procurer. Sous la forme du cours forcé, des billets de banque, lemprunt obligatoire est presque inévitable à notre époque en cas de grand conflit imternational à cause du caractère rapide et intense des opérations : les expériences qu’on en a tentées, toutes dues à des crises belliqueuses dont elles suivirent exactement les fluctuations, ont entrainé des conséquences désastreuses, sinon même la banqueroute ?.

Les dettes publiques sont presque en entier des dettes de guerre. Or même sous sa forme normale, et en dehors de sa destination, Pemprunt est peu recommandable et dangereux pour les Etats qui Pemploient ?. Ces derniers donnent un exemple d’imprévoyance aux citoyens, dont ils devraient plutôt adopter le jugement touchant les pères de famille, méprisés lorsqu'ils ne lèguent à leurs enfants que des dettes à acquitter. On prétend que les générations futures en tireront un profit correspondant : ce n’est vrai que des luttes vraiment nationales et inévitables, et encore l'emprunt n'est-il alors légitime que si la période d’a-

1. Séb. Hardy, Le nouv. et dernier Guidon des finances, 1633, p. 12.

2. En France, avec Law, puis sous la Révolution (assignats et mandats territoriaux), et enfin après 1870 ; en Angleterre, de 1797 à 1821; en Italie, 1866-83 ; en Autriche, depuis 1792; en Russie, 1768-1897 ; aux Etats-Unis, à la suite des guerres d’Indépendance et de Sécession (1716-81 et 4862-79). — v. P. Leroy-Beaulieu, Sc. des fin., 6° éd., t. 11, p. 663-726, 205.

3. Littéralure abondante (v. Stourm, #b.): Davenant, Hume, Smith, Ricardo : Sully, Boisguilbert, Montesquieu, Turgot, Quesnay, Poterat, Linguet, Baudeau, du Buat-Nançay, Mably, Mirabeau, de Cormeré... — J.-B. Say (Econ. pol., p. 547; Cours, L. IT, p. 433 s) réfute : {out emprunt est bon, l’emprunt est bon parfois. L’emprunt favorise la dissipation, la création de fortunes scandaleuses. — Bouron, G. au crédit, 1868. — Bénard, Infl. des lois sur la répart. des richesses, 1814.

p.118 s: ils accroissent l’inégalité, Poisiveté, —P. Leroy-Beaulieu, ib., p. 220 s. — Les socialistes condamnent le prêt à intérêts, à fortiori l’emprunt public,

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