‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 424 sur 471 · EFFETS MORAUX-SOCIAUX DU MILITARISME · texte numérisé non relu

EFFETS MORAUX-SOCIAUX DU MILITARISME

loi en crainte ou en respect de la force ou de la personne. Toute tentative de justification apparaît comme un désordre. D’un côté se trouve une autorité rigoureuse ‘, de lautre une Soumission passive.

Si elle n’est résignation, la discipline ? cache parfois l’insoumission intérieure. & L'esprit qu’engendre la discipline militaire n’est qu'une forme inférieure de l’esprit moral; il est illibéral ; il repose plutôt sur une habitude mécanique que sur l'éducation interne ; il a plus en vue la forme extérieure et l’uniformité stéréotypée de l’ordre que son essence intime ?. » « Obéir sans hésitation » et Cpas vu, pas pris », voilà les deux formules caractéristiques. Il en résulte une diminution de l'initiative et de Poriginalité. La personnalité et la dignité sont offensées chez celui qui commande sans contrôle, chez celui qui abdique son autonomie et surtout chez celui qui est à la fois supérieur et subordonné : esclave et despote, sa volonté est deux fois pervertie.

On perd l’habitude d’apprécier la justice ou les raisons de l’ordre reçu. Par dessus tout, il plaît d’obéir à une seule volonté, à une personne. Or, tandis que la loi, volition impersonnelle, présente des garanties, la @ loi vivante », la volition d’un individu risque fort de n’être que son caprice. Le soldat, surtout s’il Pest par métier, prend ainsi une tournure d'esprit dangereuse pour la liberté. L’armée « prétorienne » veut un chef unique et militaire pour elle-même, elle le veut soustrait à toute autorité extérieure, même à celle d’une constitution : elle l’impose aux autres citoyens. Le militarisme favorise ou soutient la dictature #. — Autant l’obéissance irréfléchie est d’absolue nécessité à la guerre, autant elle est contraire à l’idéal général de l’état social : ici, 1 s’agit du bien du plus grand nombre, et ce but, multiple, ne peut être atteint que Cpar le développement des pensées

A. Hamon, p. 55, 65, 18, 105-144, 184; Dr Wiede, Militarismus, p. 18, 26, 30 s.

2, R. P. Constant, La Foi et les vertus mil., p. 21; Boguslawski, p. 53; Polybiblion, 1897, II, p. 146 : En dehors de l’église, la caserne est le seul endroit où l’on apprenne au misérable qui n’a ni feu ni lieu à se sacrifier pour celui qui possède.

3. C’est Jhering qui parle ainsi, après avoir vanté la cure par le fer (Dr. rom.,

I, p. 263). — De Tocqueville, La démocr., t. III, p. 457 : La discipline militaire n’est qu’un perfectionnement de la servitude sociale; le soldat n’est plus un homme, c’est un animal redoutable dressé à la guerre. — Fromentin, Le crime, p. 32 : outil sabreur. « Brigadier, vous avez raison. » — Tarde, Transf. du pouv., p. 460 : conformisme, — Steinmetz, Krieg, p. 31. — Duméril, Ac. de Toulouse, 1903, p. 114... — Autrefois, les militaires eux-mêmes parlaient plus librement de ce sujet.

4. St-Simon : Tant qu’il y aura des armées, il n’y aura pas de liberté. — P.Larroque, p. 208 ; E. de Laveleye, Le gouv. dans la démocr., t. II, p. 194...

et des efforts individuels ! », par leur coordination harmonique substituée à leur subordination. Chaque individu doit tendre à développer spontanément ses prédispositions dans les limites qu'impose la coexistence paisibl: des citoyens.

Les Suisses, les Belges, les Anglais, les hommes exemptés de service, les femmes, sont-ils moins patriotes, moins sociables, moins valeureux? Les influences bienfaisantes du militarisme n'existent done pas où bien elles sont fort restreintes et compensées par ses influences pernicieuses. Dans la mesure où elles sont réelles, elles n’exigent pas son maintien : les qualités morales qu'on lui attribue devraient être inculquées à chacun dès l'enfance, et si Péducation et l'instruction ne suffisatent pas à les procurer, les frottements de la vie sociale se chargeraient d'améliorer les caractères. L'armée aurait tout avantage à recevoir des jeunes gens dégrossis au moral comme au physique : la tâche se restreindrait alors à lPinstruction militaire proprement dite, laquelle demanderait peu de temps et peu de frais ?.

Le militarisme actuel remplit-1l seulement son office de protection? En laissant de côté ce qui, dans le militarisme, ne sert pas à la préparation de la guerre, c’est la question du si vis pacem, para bellum. Or, la paix armée non seulement ne sauvegarde pas la paix, mais suscite de nombreuses influences qui poussent à la guerre.

€ Si tu veux la paix, prépare la guerre. » C’est là une des

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