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CARACTÈRE RADICALEMENT VICIÉ DU MILITARISME

Le militarisme se montre ainsi incompatible avec les destinées pacifiques des peuples, avec leur vie même. On à dit qu’il était « une maladie de la sénilité des nations, qui précède et souvent cause, où du moins précipite, leur disparition, — semblable à la frénésie du suicide chez les individus atteints du délire de la persécution ». Rien ne semble plus insensé que cette rage de se ruiner en armements qu'on détruit soi-même avant de s’en être servi. En tout cas, les charges sont disproportionnées avec le service correspondant : le militarisme entraine des maux presque aussi grands que ceux de la guerre, avec cette différence qu'ils sont constants. Si l’on envisage le risque de guerre, la €paix armée » fonctionne comme un système d’assurance dont la prime annuelle progresserait jusqu’à égaler la valeur de l’objet assuré et qui accroitrait les chances et les dimensions du sinistre.

Depuis longtemps, on annonce que « le moment est arrivé où il nest plus possible d’aller plus loin ! » et chaque jour amène pourtant une nouvelle aggravation du mal. C’est que la richesse générale a augmenté et que la puissance de compression de l’homme est considérable. Mais ni l’une ni l’autre ne sont infinies. La situation est devenue telle qu’on doute qu’elle puisse ètre dépassée. L’opinion commence à s’émouvoir de ces sacrifices que la science stérilise en obligeant à les renouveler. Il n’est que temps de conjurer la redoutable prophétie de Montesquieu L'Europe périra par ses hommes d’armes. € Le désarmement est la question du to be or not to be des Etats européens et même de toute notre civilisation. » Les pouvoirs publics craignent que la limite actuelle des forces contributives des nations ne soit bientôt atteinte et la preuve en ressort des efforts qu’ils font pour enrayer les dépenses ?. Le problème est si pressant, 1l s’im-

simil. de l’Am...), p. 9, 73, 71. — J, des Ec., 1880, IV, p. 255 : danger d’une alliance entre les Etats-Unis et le Canada.

1. Montesquieu le disait, il y à plus d’un siècle et demi. M. Block le répétait en 1869 (L'Europe pol. et soc., {re éd., puis 2e éd., p. 138); — R. de la Grasserie, Suppr. de la paix armée, p.12 : la paix/armée est à son maximum de tension, — Et pourtant on a singulièrement accru les nombres depuis lors. — Quoique militariste, Lasson (Zukunft des Vülkerr., p. 111) craint que les armées ne croissent jusqu’à épuisement complet des nations.

2, En 1789, Mirabeau et Desmoulins concluaient à l’abolition des troupes réglées et perpétuelles. — En 1816, le prince-régent d'Angleterre et Alexandre I firent une tentative en ce sens (Martens, Tr. el conv. conclus par la Russie, t. IV, p. 36; La quest. du dés. entre la Russie et l’Angl., R. dr. int., 1894, p. 518). — Comte (Lettres à M. Valat, t. XII, p. 71) dit que l’étude approfondie de la politique lui fait estimer réalisables la suppression des armées permanentes et la paix universelle. (4dde : auteurs cités par Mérignhac, L’arb., $ 549, et La conf., p. 45; J. de Bloch, t. VI; Doc. de la Conf. de La Haye, n° 8, 9, 10.) — Napoléon III en 1863

pose avec une évidence telle, que les princes eux-mêmes l'ont aperçu et s’en sont émus.

A la date du 12-24 août 1898, le comte Mouravieff, ministre des affaires étrangères de Russie a, sur l’ordre du Tsar Nicolas Il, remis aux représentants des différentes puissances, le message suivant, dans le but de provoquer une conférence internationale pour la réduction des armements : € Les charges financières, suivant une marche ascendante, atteignent et paralysent la prospérité publique dans sa source. Les forces intellectuelles et physiques des peuples, le travail et le capital sont, en majeure partie, détournés de leur application naturelle et consumés improductivement. Des centaines de millions sont employés à acquérir des engins de destruction elfroyables qui, considérés aujourd’hui comme le dernier mot de la science, sont destinés demain à perdre toute valeur, à la suite de quelque nouvelle découverte dans ce domaine. La culture nationale, le progrès économique et la production des richesses se trouvent entravés, paralysés ou faussés dans leur développement. Aussi, à mesure qu’ils s’accroissent, les armements de chaque puissance répondent-ils de moins en moins au but que les gouvernements s'étaient proposé : les crises économiques, dues en grande partie au régime des armements à outrance et au danger continuel qui git dans cet amoncellement du matériel de guerre, transforment la paix armée de nos jours en un fardeau écrasant que les peuples ont de plus en plus de peine à porter. Il parait évident, dès lors, que si cette situation se prolongeait, elle conduirait fatalement à ce cataclysme même qu’on tend à écarter et dont les horreurs font frémir à l’avance toute pensée humaine. Mettre un terme à ces armements incessants et rechercher le moyen de prévenir des calamités qui menacent le monde entier, tel est le devoir suprême qui s’impose aujourd’hui à tous les Etats... »

(Pingaud, Nap. III et le dés., R. de Paris, 18 mai 1899) et le comte Daru, min. des aff. étr., en 1870 (R. bleue, 15 avril 1893), ont émis des propositions. Le 4er juil. 4870 on vota une réduction de 10.000 hommes à titre d’indication (Moch, Dés.). — Nombreuses tentatives analogues dans les parlements : de Buehler, au Reichstag, en 1880... — Moltke, peu suspect de rêveries philanthropiques, disait au Reichstag, le # déc. 1886 : « L'Europe attend en armes; cette situation ne peut se prolonger. » — Rolin-Jaëquemyns demanda à l’Inst. de dr. int. (Ann., 1888, p. 337: R. dr. int., 1887, p. 130, 398) de préparer une adresse aux gouvernements en vue de la « limitation conventionnelle des dépenses et effectifs »; cf, Confér. interparl. de La Haye, 189%. — L'idée a recu un commencement d’exécution : en 1888, l’armée de l’Uruguay a été réduite d° 1/4; plus récemment, la Rép. Argentine et le Chili ont décommandé chacun deux navires, puis vendu deux autres...

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