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REMÉDES A LA GUERRE IMPULSIVE

ces guerres ne manque certes pas. Quoique, par leur absence de but, elles semblent se rapprocher des faits de Pordre physique ou animal et échapper à Pappréciation morale et juridique, elles n’en sont pas moins contraires à l’idéal général que nous adoptons. Elles émanent de désirs qui sont un obstacle non seulement à la plus grande convergence des efforts individuels, mais aussi à lPaccomplissement des fins individuelles. Cest le fruit d’une inadaptation. On doit donc tendre à leur élimination.

La tâche est ingrate. Le mobile étant donné, on ne peut empêcher la guerre d’en sortir, car elle est son seul moyen de satisfaction, mais on peut, quoique difficilement, chercher à prévenir la naissance du mobile, qui est inadapté à ses fins inconscientes. Devant un caractère sauvage et combatif, une haine, un désir de vengeance ou devant un antagonisme déjà né et conçu comme vital et irréductible, le penseur ne peut, quelles que soient les illusions dont il se berce, que constater l'impuissance immédiate de ses efforts en vue d'empêcher le choc de découler de ces prémisses. Il en résulte un caractère de fatalité et d’inévitabilité, dans la mesure où la guerre est irréfléchie, soit dans les pays barbares, soit dans les explosions de fureur populaire, les élans nationaux contre l'étranger, soit dans les opérations même de la lutte. Mais cette fatalité n’est que relative, directe, immédiate. L'effet disparaît lorsqu'on s'attaque à sa cause : ici, c’est La disparition des mobiles qui est essentielle. La sélection naturelle, sans doute, élimine d’un monde où les conditions essentielles de la vie sont changées les hommes et les peuples attardés à des modes d'activité adaptés aux seuls temps d’insécurité universelle et de militarisme. Mais si son action est réelle, efficace, elle n’est pas moins lente et susceptible -d’arrèts, et on conçoit difficilement des moyens d'en hâter les effets bienfaisants, soit en y ajoutant une sélection systématique, artificielle, soit en la secondant par d’autres procédés qui restent à déterminer.

Puisque les guerres dont nous nous occupons sont totalement ou partiellement l’œuvre non de la politique ou de Péconomique, mais de la constitution psychique, elles ne comportent pas de remèdes directs : aucun traité d'amitié, d'alliance, d'arbitrage, aucune organisation, ne pourrait tenir, dans ces circonstances. Les efforts doivent être reportés sur des moyens plus lents, plus difficiles, et plus sûrs aussi, appelés à avoir leur plein effet dans un avenir encore lointain; et parmi ces remèdes, essentiellement

psychologiques, ceux qui s'adressent aux désirs (éducation) doivent prédominer sur ceux qui s'adressent aux seules croyances (instruction). |

Il ne servirait.à rien de démontrer que la brutalité n’est pas adaptée aux buts politiques et autres, qu’elle n’a pas. Eût-on même supprimé tous les buts, on n'aurait point par 1à exterminé la guerre : les causes non téléologiques subsisteraient et, si elles manquaient d'occasion de se manifester, elles se satisferatent pour elles-mêmes. L'histoire montre qu’en absence de buts, on s’est battu pour se battre, par combativité, par haine. Objet direct de désir, la guerre n’est pas influencée par les croyances. On peut agir contre ses convictions, désirer ce qui paraît à soi-même irrationnel, ce qu’on désire ne pas désirer. Ainsi se concilie Le caractère irrationnel de la guerre avec son existence réelle. Réprouvée par la raison, elle a survécu, parce qu’elle fait partie de ce domaine où la raison n’intervient pas toujours efficacement. Eût-on prouvé par mille exemples à l’ivrogne, au vindicatif que leur défaut leur est nuisible, ils y retourneraient, parce que leur impulsion les y porte et leur fait oublier toute raison. La croyance que les mouvements de colère appelés guerres sont inutiles, voire très, nuisibles — fut-elle établie chez tous les hommes — ne les empêcherait pas de se mettre quelquefois en colère. Le procédé est impropre à la conquête de débouchés, à la sélection, 1l coûte cher? Qu’importent ces considérations à celui qui est mû par la

à son esprit au moment de son désir, elles auraient bien peu de poids. Par la guerre, il satisfera du moins son envie de nuire et c’est pour lui Pessentiel.

On n’a donc pas tout dit quand on à prouvé que le but des guerres est mauvais où qu'il serait mieux atteint par d’autres moyens. Il faut s'attaquer aux désirs mêmes, pour les modifier, ou, en attendant leur transformation, leur donner des satisfactions moins nuisibles.

Pour que Pagressivité n’envenime pas les conflits, les ministres doivent non seulement éviter les réclamations intransigeantes, mais être et se montrer toujours disposés à la conciliation, sans faiblesse, sans abdication de droits. Pour qu’une semblable attitude soit partagée par les nations elles-mêmes, il faudrait des dispositions d'esprit qui sont à créer, et le seul moyen d'y parvenir est une certaine éducation, complétée par linstruction. Seule aussi, éducation peut diminuer la combativité, élever Les désirs

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