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PROJETS DE PAIX DE POBIEDRAD, HENRI IV, SULLY

Il ouvrit ensuite des négociations avec Jacques I", auquel il envoya Rosny (Sully) pour l’amener à ses vues. En 1608, Villeroy, collaborateur du Béarnais, écrivit à La Boderie. ambassadeur de France en Angleterre, qu’il préparait des alliances pour amener une paix universelle en la chrétienté : «Ce serait un grand bonheur : il faudrait pour y arriver que les rois se contentassent de posséder ce qu'ils ont. Vous direz que ce sont discours plus plausibles et vraisemblables que faisables, plus à désirer qu’à effectuer ou à espérer : toutefois je sais bien ce que je dis. » (E. Bourgeois). — Sully expose, en ses Mémoires des sages et royales æconomies d'Estat de Henry le Grand‘, un projet dont il attribue la paternité à son maitre, lequel l'aurait amené à ses idées. L'idée fondamentale était celle d'équilibre politique. Il s'agissait de reconstruire l’édifice du droit public de l'Europe sur de nouvelles bases, qui devaient garantir indé! :ndance des Etats. A cet effet, la chrétienté était partagée en 15 dominations, héréditaires, électives ou républicaines, à peu près d’égale force, de façon qu'aucune ne puisse outrepasser ses limites, Un conseil général devait régler les différends sans voie de fait. La liberté des confessions chrétiennes et.celle du commerce auraient été assurées, et des règlements seraient intervenus en vue d’empêcher l’oppression et la tyrannie des princes, les plaintes et Les rébellions des sujets.

En 1623, treize ans après la mort de Henri IV, un Français sur

{. Ed. Londres, 1747, p. 363 ; Coll. des mémoires... éd. Foucault, 1821, t. VII, p. 233; Ac. sc. mor., 1813, II, p. 426. — Bibliog.: Mérignhac, Arb., p. 395. — Ancillon, Révol., t. II, p. 500 ; Lavallée, Hist. des Fr., t. IT, p. 66; Wolowski, Le gr. dessein, Ac. sc. mor., 14 août 1865 ; Mercier de Lacombe, La pol. de Henri IV ; H. Martin, Hist. de Fr.; Gapefigue, La Lique et Henri IV, NITI, p. 494; Wheaton, Progrès du dr. des gens, t. I, p. 317 ; Pradier-Fodéré, t. VI, p. 55; Hély, p. 237 ; Zeller, La fin de H. 1V : le grand dessein ; G. de Molinari, L'abbé de St-Pierre, p. 373. — Sur la paternité : l’abbé de St-Pierre (t. 1, p. 428) dit qu'Henry le Grand en fut le premier inventeur; de même, Poirson, Règne de H. IV, t. II, p. 813 ; Potvin, ib., p. 26; Le livre de q., 1812, p. 85; Fayet, 1b., p. 38 — Encycl. méthod., Projets imag., t. III, Ec. pol., p. 702: il émane de Sully, et c’est sur son témoignage seul que Péréfixe, de Thou, Bassompierre l’attribuent à H. IV, — Bazin, Sur les éc. roy. (Nelle Coll. de Mémoires.., de Michaud et Poujoulat, t. U, p. 15 ; G. de Molinari, ib., p: 72): rêverie du vieux ministre, postérieure de 20 ans à la mort du roi. — Larroque, La q., p. 254: H. IV n'avait pas assez d’intelligence ni de moralité et fit, à cette époque, des armements. — E. Bourgeois, 1b., p. 85: dans le Mémoire publié par M. de Vogüé, Sully cherche, en invoquant le nom du roi, à obtenir plus d'autorité. — Cf. Kükelhaus, Ursprung des Planes vom ew. Fr. in den Memoiren des Herzogs von Sully, 1892; Pfister, Œc. roy. et Gr. dessein, Rev. hist., 1894: Isambert, Congrès des sc. pol., 1900, p. 439, — Sismondi, fist. des Fr., €. XXII, p. 148: H. IV voulait liguer l’Europe contre l’Autriche ; de même, auteurs allemands : Schlegel, Vorles. über neure Gesch., XVI... (cités par Baurent, {. X, p. 250, 287, qui se prononce en sens contraire.)

le nom duquel on à discuté, Emericus Cruceus, écrit Le nouveau Cynée ou discours d'Estat représentant les occasions el moyens d’establir une paix générale et la liberté de commerce par tout le monde. 11 y conseille aux rois de gouverner en paix leurs Etats, par le moyen d’une diète, composée de délégués de toutes les nations, y compris la Perse, la Chine, l'Ethiopie, et siégeant à Venise, qui jugerait les querelles des souverains. Si quelqu'un contrevenait à l’arrêt d’une si notable compagnie, il encourrait la disgrâce de tous les autres princes, qui auraient beau moyen de le mettre à la raison, au besoin en le € poursuivant par armes ».

En 1624, Neumayr publia, à Iéna, un projet de paix, Von Friedens Handlungen, où il proposait l’entrevue ou le congrès comme remède à la guerre ?. Vers 1625, un ministre d'Etat qui a gardé l’anonymat, adressa au chancelier d’'Aligre son Caton du siècle avec toutes sortes de conseils pour la conservation de la paix. Grotius? ne s’est pas contenté de condamner la guerre et d’en formuler les lois : il propose des remèdes indirects tels que charité, prudence, clémence, loyauté, et des remèdes directs tels qu’entrevue, arbitrage, sort et duel. © Il serait utile, et même en quelque sorte nécessaire, qu’il y ait certaines assemblées des Puissances chrétiennes où les différends des unes seraient terminés par celles qui n'auraient pas d'intérêt dans affaire, et où même on prendrait des mesures pour forcer les parties à recevoir la paix à des conditions équitables. » En 1660,

1. M. Sumner crut le découvrir, alors que nos bibliothèques le possédaient. (Œlibu Burrit, Amis de la paix, 1849, p. 32.) — H. Dumesnil (La g., p. 204) l’attribue à Cyrano de Bergerac. — Destrem, Nelle Revue, 1888, p. 513 : Emile (?) Lacroix, — Naudée, Bibliog. pol. : traduction de Lacroix ; E. Bourgeois, 4b., p. 81 : d’après une poësie contemporaine, la vraie forme est Crucé. — Dreyfus, Arb., p. 374; — Sorel, Bibliot. fr., p. 62 : hardi et gigantesque ; — Fayet, p. #4 : jeu d'esprit, rève d’utopiste. — E. Nys, Eméric Crucé, précurs. de l'abbé de St-Pierre, et Rev. dr. int., 1890, p. 371 ; Etudes, 1 p. 301: Deux irénistes.. — Balch, E. Crucé, Philad., 1900; Régnier, Un préc. de l’arb., Nelle Rew., juil. 4903, p. 130. — Cynéas est ce confident qui conseillait à Pyrrhus de se reposer au lieu de réaliser son plan de conquêtes, (Episode rapporté par Plutarque, et plaisamment par Rabelais; puis par Leibnitz, Recueil de pièces sur la philos., 1120, t. IL.)

2. Hély, p. 246. En 1644, un anonyme adjure les chrétiens de licencier leurs armées et de recourir à la médiation, En 1650, un orateur, Angelus pacis [le jésuite français Nic. Caussin, d’après la Bibl. britannica de Robert Watt] dit À {ous les princes chréliens que c’est un mauvais signe que les monarchies soient en guerre pendant que les républiques jouissent de la paix. — J. M. de la Codre (L’opin. publ., p. 43) cite, en 1676, un Mémoire anonyme favorable à la paix. — Ad. Franck (Amis de la paix, 1878, p. 19): Ismaël Boulliau, mathématicien et astronome, à soumis à Mazarin un système de pacification, La réponse du cardinal est favorable et pleine de sens.

3. De jure belli ac pacis, 1625, II, 23, $ 8, n° 4; tr. Pradier, t. II, p. 559.

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