‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 457 sur 471 · CRUCÉ, GROTIUS, LANDGRAVE DE HESSE, W. TEMPLE, W. PENN · texte numérisé non relu

CRUCÉ, GROTIUS, LANDGRAVE DE HESSE, W. TEMPLE, W. PENN

le landgrave Ernest de Hesse-Rheinfels publia, sous un titre interminable *, un livre de controverses théologiques, signalé par Letbnitz et connu sous le nom de Catholique discret, où il propose Pétablissement, à Berne ou à Lucerne (entre la France et PAutriche, alors dominantes), d’un tribunal entre souverains catholiques. En 1676, à Cologne, parut, anonyme, un curieux cmoire pour servir à l'usage du temps?, qui, parmi les moyens d'assurer la paix générale, contient la proposition formelle d’établir une médiation et un conseil. En son Histoire des Provinces-Unies, William Temple montra, vers la même époque, qu’une confédération pouvait s'établir en Europe. Le quaker William Penn publia, en 1693, An Essay on the present and future Peace Of Europe*, où il préconisait € l'établissement d’une Diète, d’un Parlement ou d’une assemblée d’États européens ». Les sentences auraient été au besoin imposées, — il ne dit pas comment.

Peu après, l’abbé Castel Irénée de Saint-Pierre, gentilhomme de Normandie, aumônier de la duchesse d'Orléans, créateur du mot : bienfaisance, et initiateur de Porthographe libre, émit différents projets des plus connus { : d’abord, Mémoires pour rendre la paix perpétuelle à l'Europe, Cologne, 1712; puis Projet pour perpétuer la paiæ el le commerce, augmenté... el réponses aux objections, Utrecht, 1713 ; ensuite, Projet de traité..., pour affermir les maisons souveraines, proposé autrefois par Henry-le- Grand, agréé par la reine Elisabeth, par Jacques I et par la plupart des autres potentats ; enfin, Abrégé du projet... démontré infiniment avantageuæ pour tous les hommes nés et à naître et en particulier pour tous les souverains, 1728 5... Il montre les

4. Der so warhafte als ganz aufrichtig u. discret gesinnte Catholischer,.… über den heutigen Zusland der Religion-Wesens in der Welt... [Cologne]. — v.E. Nys, Etudes, I; p. 301 s, et R. dr. int, 1897 ; Mérignhac, Arb., p. 396.

2, In-18, 103 p. (Idée napol., p. 40 : non antérieurement signalé.)

3. Bouvet (Le dr. public, p. 206) et Hély (1b., p. 246) le datent de 1593, et le croient contenu dans une lettre à Henri IV (!). — Garrett, L’Etal sans la q., Anvers, 1877.

4, Mais des moins heureux, ajoute Kamarowsky, Le {rib.. p. 250. Selon ce dernier, Rousseau aurait dit que St-Pierre raisonnait « en enfant » sur les applications : nous n’avons rencontré ce mot nulle part. — Baron H. de Faviers, La paix publ. selon la log. et l'hist., p. 148 : généreuse utopie ; Cardinal Dubois {Wheaton, 4e 6d.; t. I, p. 327): rêves d’un homme de bien. — Le prof. Velio Ballerini (Il probl. della pace: ricerche e voli intorno al diritto int., 1885, p. 92) l’appelle « Bernardin St-Pierre, auteur de Paul et Virginie »(!). — L’abbé refusa de s’incliner devant Louis XIV.

5, V. en outre : Idée napol., p. 43 ; Nys, L’abbé de St-P., R. dr. int., 1890, p. 371. — E, Lerminier, Infl. de la philos. du xviie s. sur la législ. et la sociab, du xix°, 1833, p. 27. — G. de Molinari, L'abbé de St-P., membre exclu de l’Ac. fr.; vie, œuvres ; jugement de Rousseau, projet de H. IV et plan de Kant, 1857, p. 84 s. — L, de Lavergne, L'abbé... et ses projets, Rev. Deux:Mondes, fév. 1869, et Ac. sc. mor, t. 89, p. 217, 865, — E. Goumy, Etude sur l’abbé..., 1859,

avantages de la paix, surtout au point de vue intéressé : « bienfaisance et nuisance », c’est-à-dire profits et pertes, augmentation ou diminution du revenu du roi et des dépenses militaires, gains ou pertes commerciaux, financiers, artistiques, juridiques. Comme remède, il propose une grande alliance européenne perpétuelle pour la süreté contre la guerre étrangère et civile, en prenant pour base l’état actuel de possession ?. Chacun des Etats engagés devrait renoncer à la voie des armes en vue de vider ses différends, fournir une contribution pour lentretion du tribunal des délégués et un contingent pour la sanction des décisions (exécutoires par la force, art. #).

Il y avait, dans ce projet, au moins une idée sage : celle de l’absence de bouleversements territoriaux. Le € bon abbé », en juin 1713, reçut les encouragements du Journal de Trévouæ, fort répandu à cette époque et rédigé par les Jésuites. Ses idées. pourtant, recueillirent plus de raïlleries que d’éloges. C’est à son sujet que Leibnitz écrivait de Hanovre, le # juin 1712, à Jean Leonor le Gallois, sieur de Grimarest : € J’ai vu quelque chose du Projet de M. de Saint-Pierre. Je me souviens de la devise d’un cimetière, avec ces mots : Paæ perpetua, car les morts ne se battent point. Mais les vivants sont d’une autre humeur et les plus puissants ne respectent guère les tribunaux. » Il n’y a, écrivait-1l à abbé lui-même en 1715?, que la volonté qui manque aux hommes pour se délivrer d’une infinité de maux... Pour faire cesser les guerres, il faudrait qu’un autre Henri IV, avec quelques grands princes de son temps, goûtât votre projet. » On prête la même parole au cardinal Fleury : € Un article essenüel, aurait-il dit, a été omis dans le plan : il faudrait envoyer des missionnaires aux princes et les convertir ÿ. »

Leibnitz lui-même, avait tenté de réunir catholiques et pro-

1. J. Barni (Hist. des idées mor. et pol. au XVIIL s., t. 1, et Morale dans la démocr., p. 234) l’approuve, mais lui reproche cette immutabilité des frontières (du traité d’Utrecht) et de la constitution interne.

2. Lettres à Conrad Widou, 4716... (Idée napol., p. 22 s) — Mabille, La g., p. 44.

3. Michaud, Biogr. univ., Abbé de St-P. (Fayet, p. 45; Kamarowsky, p. 250...) — Voltaire lui-même termine ainsi son poème sur la Tactique :

. Je vous l’avoürai, je formais des souhaits Pour que ce beau métier ne s’exerçàt jamais, Et qu’enfin l’équité fit régner sur la terre L’impraticable paix de l'abbé de Saint-Pierre,

Il ajoute dans une note : « L’idée de paix perpétuelle entre tous les hommes est plus chimérique que le projet d’une langue universelle... Il est aussi difficile d'empêcher les hommes de se faire la guerre que d'empêcher les loups de manger les moutons. »

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