L'ABBÉ DE SAINT-PIERRE; LEIBNITZ, J.-J. ROUSSEAU
testants et, dans ce but, s’était mis en relations avec Pelisson et Bossuet; puis il restreignit son effort aux seuls protestants, et enfin il renonça à son dessein en 17081. Il pressentait qu’il doit exister une grande société des nations ?. Il conçcut même®, sans méconnaitre les difficultés de réalisation, Pidée d’une paix universelle, établie par une fédération européenne sur le modèle du moyen âge, avec l’empereur pour chef temporel et le pape pour chef spirituel 4. Il avait étudié Phistorique de la question. Dans sa note de 1712, il estime le projet du landgrave de Hesse, « des plus utiles choses du monde et, en gros, faisable », et mentionne le Nouveau Cynéas, dont ilne connaît pas l’auteur. Après avoir dit que les puissants seraient tentés de se soustraire aux sentences, il ajoute, — ce qui montre qu’il prend le projet au sérieux : € Il faudrait que ces seigneurs donnassent caution bourgeoise ou déposassent dans la banque du Tribunal, un roi de France par exemple 100,000 écus et un roi de Grande-Bretagne à proportion, afin que les jugements puissent être exécutés sur leur argent en cas qu’ils fussent réfractaires. » Il propose Rome pour siège du tribunal, le pape pour président et l’excommunication comme arme.
Le projet de l’abbé de Saint-Pierre fut analysé par le chevalier Ange Goudar f et par J.-J. Rousseau. Ce dernier, comme l'abbé, s’adresse non aux sentiments généreux, mais à l’intérêt particulier : il le dit expressément 7. Mais il émet de plus ses idées propres. Son argumentation peut se résumer ainsi. Il règne entre tous les peuples de l'Europe une liaison imparfaite ; elle est plus sûre que l’absence de société, mais il est facile de la perfectionner. Le moyen à employer est une confédération : 1° générale, 2 avec tribunal judiciaire, 3° avec force coactive,
1. Letire à Fabricius; Emery, Pensées de Leibnitz, p. 1; Michaud, ëb., t. 23,
HD00 d 2. Codex juris gentium dipl., 1693. — Cf. Wolff, Jus naluræ scientif., 1140...