L'ÉVOLUTION PSYCHIQUE ET L'ÉVOLUTION SOCIALE
lequel ils passent tous. Cest au € mental » qu’il faut s'adresser en premier ressort pour trouver l’explication du € social ». Les autres faits (par exemple les faits économiques, que école matérialiste historique prend à tort pour base) agissent surtout comme facteurs du mental.
Il convient donc de fixer les bases psychologiques de la sociologie et de préciser Les rapports de l’évolution psychique et de l’évolulion sociale. Dans ce but, il faut maintenir dans les sciences sociales la psychologie, qu’on avait tenté d’en expulser !, et spécialement la psychologie individuelle, puisque les hypothèses métaphysiques et ontologiques basées sur lexistence d’une âme sociale sont bien invraisemblables et que la nature organique de la société est ici indifférente, — ses membres étant, d’après Spencer lui-même, centres de conscience.
L'acte social élémentaire est un acte psychologique, mais tous les actes psychologiques ne sont pas sociaux. Les sociaux se distinguent par l’action d'un étre conscient sur un autre; ce sont des actes psychologiques ayant des rapports avec des actes ou des états psychologiques d'autres individus, soit qu’ils en subissent l'influence soit qu'ils la leur imposent. Les actes psychologiques les plus intéressants pour la sociologie consistent dans des manifestations des désirs et des croyances ?, parce que, d’une part, presque tous les phénomènes sociaux se résolvent en eux et que, d'autre part, ils sont communicables (tandis que les sensations ne le sont que par eux) et mesurables. Par dessus tout, c’est le côté actif, désir et volonté, qui doit retenir lattention du sociologue, de préférence à la sensibilité et à l'intelligence : 11 nous fournira la base d’une classification et d’une formule d'évolution des actes sociaux extrêmement compréhensives et qui se ramèneront par conséquent à celles des mobiles d'activité.
4. Sans observation psychologique, on ne peut rien comprendre dans la guerre, sauf ses démonstrations matérielles. De mème que toute la religion n’est pas dans les cérémonies du culte dans ses signes, la justice dans ses formes ni la parole et l'écriture dans des sons ou des caractères d’alphabet, la guerre n’est pas entière dans les batailles, le mouvement des armées, le chiffre des canons, des combattants ou des morts. (Cf. Proudhon, La q. &. 1, p. 29).
9. C’est-à-dire, d’une part, une image étant donnée, la tendance à réaliser cette image en sensation, et, d’autre part, « l'adhésion de l'esprit à une idée quelconque ». — A. Comte, Séparation générale des désirs el des croyances, 1819.
29 j PARTIE PRÉLIMINAIRE
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Les actes réfléchis, par hyprthèse, attirent notre attention ; nous les remarquons plus que d’autres, mais ce ne sont pas les seuls ni même les plus nombreux. Avant eux, chez homme et dans l'humanité, et seuls avant un certain âge, existent des actes ürréfléchis, instinctifs, la plupart analogues à ceux que nous voyons, chez nous ou chez d’autres, être adaptés consciemment à des fins déterminées, ce qui nous les fait parfois paraître volontaires, alors que tout porte à croire qu’en réalité ils ne lesont pas. IS ont pour caractéristique d’être objet direct de désir, soit que Pactivité se dépense pour elle-même, soit que le fait soit recherché pour lui-même ou pour la sensation qu’il procurera et non comme un moyen pour une fin (enfant qui joue, homme qui se venge...) [ls ne sont précédés que de désir et ne supposent pas l’intervention de l'intelligence, de l’idée.
A un degré supérieur de développement psychique et Pimpliquant, apparaissent des actes qui nécessitent chez Pauteur lintervention d’une croyance, de l’idée d’une cause et d’un effet, d’un moyen et d’une fin. On peut les appeler réfléchis, ou mieux finalisés, téléologiques. Le syllogisme téléologique (ou : moral, ou : daction) qui les précède se distingue du vieux syllogisme en ce que, au lieu de porter sur des affirmations ou négations d'ordre logique dont on néglige de mesurer la valeur, supposée absolue, il a pour majeure un jugement exprimant un désir, pour mineure une croyance, tous deux d'intensité variable, et pour conclusion, de valeur proportionnée, une volonté, si on appelle ainsi le désir médiat qui porte sur un objet recherché non pour lui-même, mais en vue d'un autre objet f. En voici le schéma : je désire le but À ; or je crois que le moyen B est adapté à ce but ; donc je veux accomplir Pacte B. Exemple social (Tarde) : je désire les honneurs, j'apprends qu’une bonne occasion s’offre de devenir maire, je dois me saisir de Pécharpe. Ge processus simplié de Pacte volontaire téléologique est susceptible de variations multiples : chacun des termes peut être la résultante de
4. « Vouloir, dit G. Tarde (à qui l’on doit ce rajeunissement de la théorie du syllogisme), c'est se proposer de faire ce qu’on ne désire pas en général, mais en vue de ce qu'on désire. » Il qualifie parfois (Logique sociale, p.219; Transf. du dr , p. 125) la conclusion, non de volonté réelle, mais de devoir, c'est-à-dire désir de désirer, Elle est pourtant objet de volonté, chez l'individu normal et au courant du procédé, si les prémisses sont réelles et s’il n'intervient pas d’autres éléments.