CHASSE ET GUERRE AUTRE
s’unissent pour chasser et partagent le butin également entre elles »; la chasse y est une affaire publique, comme la guerre. Les Santals organisent, à la manière des Tartares, de véritables expéditions guerrières contre les animaux. Quatre ou cinq fois par an, ils se réunissent, armés en guerre et accompagnés de chiens. » Les Boschimans, à l’inverse, font la guerre comme une chasse. Assaillent-ils, poussés par la faim, des troupeaux ? Ils tuent aussi bienles bouviers que les bœufs. Sous ce prétexte, les Européens tirent sur eux comme sur un gibier, € dès qu’ils les aperçoivent, sans plus d'examen‘; » dans les deux cas, c’est la même chasse à l'homme. Les € civilisés » ont pratiqué, jusqu’à une époque récente, de véritables chasses aux nègres, destinés à la traite. Ils ont même, par une coincidence singulière, donné à certainestroupes le nom de chasseurs (à pied, à cheval, d'Afrique, alpins, Jäger...) : les qualités requises étant à peu près les mêmes, on assimile volontiers les exploits guerriers à des exploits cynégétiques.
Primitivement les procédés sont les mêmes : les peuples chasseurs, notamment, agissent à la guerre comme dans une chasse à l’homme ?. Dans tous les pays sauvages on procède par embüches, par embuscades, on surprend lennemi en rampant, comme pour un gibier *, € S’approcher en se glissant comme le renard. se jeter sur l’ennemi comme une panthère, fuir comme un oiseau », voilà la stratégie des Indiens. La conséquence de la victoire est la même dans la chasse et dans la guerre : on fait rôtir les vaincus : tel est par exemple leur sort en Australie 4. À la Nouvelle-Calédonie, on fait, après la bataille, provision de chair humaine. Les Papous de la Nouvelle-Guinée € guer-
roient à la manière des fauves, pour exterminer leur voisins, les piller et les manger ?. » La coutume est générale en Nouvelle-Zélande, et en Amérique 5: chez les Hurons, les Iroquois, les Guaranis, les Tupinamba. Les Néo-Zélandais, comme les Ca-
vent appartiennent au passé et sont empruntés à des récits déjà anciens : ils n’en ont que plus d’autorité pour montrer comment se passaient les choses avant l’introduction de la civilisation.
Letourneau, La g., p. 360, 56 s.
Jähns, Heceresverfassungen, p. 11.
Letourneau, L'évol. pol., p. 4915
Lumholtz, Questionn. de sociol., Bull. Soc. d’Anthropol., 1888 (cité b.). Bink, ib., cité ib. — Il en est à peu près de même en Polynésie. Letourneau, Sociol., p. 126, 2025 ; les Peaux-Rouges, pour : guerre à outrance, disent : manger une tribu (p. 151); les naturels de l’île de Pâques appellent l’homme : long cochon (p. 125) ; les Monbouttous découpent leurs prisonniers, les boucanent, puis les emportent comme provisions.
raïbes, mangeaient sur-le-champ les morts et conservaient les prisonniers pour s’en repaître chez eux. Les Niam-Niam crialent pendant l'engagement : CDe la viande! A la marmite !!» Gertaines peuplades américaines se barbouillaient la face du sang des ennemis qu’ils mangeaient tout crus. Un ancien voyageur hindou raconte que les peuples du Boutan mangeaient le foie des ennémis tués, après l'avoir couvert de beurre et de sucre. Le fait ne manque pas de délicatesse. Il y a mieux. En Amérique, les Moxos et les Mexicains, en Polynésie, les Fidjiens, engraissaient leurs prisonniers. Aux îles Marquises, on fait preuve d’un raffinement de gourmet : les femmes, plus savoureuses, sont préférées aux enfants, mais celles du littoral, qui ont un goût de poisson pourri, et les Européens, qui sont trop salés. sont dédaignés ; les prêtres ont droit aux morceaux les plus succulents, à la partie de derrière ?. Dans la plupart des contrées, on préfère les femmes et les enfants parce qu’ils sont plus tendres, et, lorsqu'on en à une grande abondance, on fait des conserves fumées ?.
Bref, Con mange les prisonniers de guerre partout où Pon n’a pas encore eu l’idée de les utiliser comme esclaves, partout où l'intérêt bien entendu n’a pas bridé la férocité {, » Quoiqu’on ne puisse prétendre que tous les groupements humains doivent nécessairement passer par une phase de cannibalisme, il est probable que l'usage en à été fort répandu. © Il n’y à pas de race, pas de peuple considérable, pas de groupe géographique important dans lPhumanité qui n’ait pratiqué l’anthropophagie et les sacrifices humains : hommes noirs, bruns, jaunes, blancs. .… tous sans exception ont immolé et dévoré leurs semblables 5. » Nos ancêtres se seraient nourris de chair humaine. En ce qui concerne l'Europe préhistorique, nous avons, outre les témoi-
1. Schweinfurth, Au cœur de l’Afrique, t. II, p. 21 (Id., La g., p. 86.)
2. Radiguet, Les derniers sauvages. (Lombroso, L'homme crim., t. I, p. 58.)
3. Vaccaro, La lutte pour l’exist., p. 54 s. — Letourneau, Sociol., ch. xu1, p. 190$. — Lubbock, Les temps préhist.; L'orig. de la civilis., p. 186, 327, 355.