LUTTES ALIMENTAIRES À
maine, le sauvage ne vise pas, quand il Va trouvée, à tuer le plus possible d’ennemis pour les manger (bien qu’il ne se limite pas au nécessaire) et, si l’ennemi fuit, il ne tente pas généralement de le poursuivre puisqu'il ne désire en principe rien d’autre que de le dépouiller ou de le déloger. Toutefois les populations spoliées ou repoussées sont souvent détruites, non direct tement par le vainqueur, mais par la privation de subsistances ou par la moindre fertilité des régions où elles se réfugient. Les Cafres ont ainsi chassé vers des régions moins hospitalières, les Hottentots, qui ont mis en fuite les Boschimans ; de même les pacifiques Koin-Koin furent repoussés par les Bantous, les Mandingues par les Sousous, les Basques et les Celtes (jusque dans la Haute-Ecosse) par des envahisseurs successifs. M. Vaccaro! voit même dans l'adaptation à ces conditions défavorables une cause notable de dégénérescence. Les races les moins vigoureuses ont été ainsi avilies, puis éliminées par les plus fortes. Le sociologue italien se réjouit même de ce résultat : Lalla-Rouk, le dernier des Tasmaniens, est mort en 1877° ; les Peaux-Rouges ont presque disparu, devant les Blancs qui, s’ils ne cherchaient pas des terrains de chasse ou des pêcheries, étaient poussés au moins partiellement par des besoins alimentaires.
La lutte alimentaire peut, en effet, prendre des formes plus perfectionnées que la recherche des terrains de chasse. Lorsqu'on a commencé à cultiver la terre et à domestiquer les animaux, on a fait des expéditions pour s'approprier le fruit du labeur agricole des tribus voisines, leurs bestiaux et leurs récoltes, ou leurs instruments de travail. De nombreuses guerres furent entreprises dans ce but, soit par paresse ou incompréhension du travail, soit là même où l’on procédait à des travaux méthodiques en vue de la satisfaction des besoins, par excès de la population sur les moyens de subsistance. Ce fut la faim qui, au xvine siècle, poussa les chrétiens du nord de Espagne, affligés «par un excès permanent de population et par la plus lamentable pénurie», à combattre les Maures du Midi qui jouissaient de l'abondance Ÿ, et, comme cela arrive dans les guerres vitales, lacharnement fut extrème.
Sous l’une ou l’autre des formes énoncées, la lutte alimentaire
1. Sur la vie des peuples, Rev, de phil. sc., t. V, p, 593 ; Les bases, p. 86, 88s. Il cite : De Quatrefages, Les Pygmées, p. 38, 217 s, 269 s; Lenz; Artmann, Reclus (Nouv. géogr. t. X) ; Morel, Tr. des dégénér. de l'espèce hum., p. 409 s.