‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 72 sur 471 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Razzias et guerres de pillage.

I. Le pillage comme but, moyen, ou effet de la guerre, — IT. Appréciation; autres moyens : production et échange,

Les guerres de pillage ‘ sont apparues longtemps avant celles d’esclavage ou de conquête. Elles ne nécessitent ni chez celui qui les pratique, ni chez celui qui les subit, l’idée d’un travail pro-. ductif auquel il appliquerait son effort ou celui d’autrui. Les guerres faites pour se procurer des esclaves supposent au contraire qu’on veuille les employer à quelque travail (surtout s’il s’agit de mâles); et le sol, d’autre part ne devient objet de convoitise comme fonds productif que si l’homme connaît la culture du sol. Avant d’avoir atteint lui-même le stade économique du travail et spécialement de lPagriculture ?, il s’agit pour lui seulement de voler, dans un but nutritif ou autre, les provisions qu’autrui à mises en réserve, récoltées ou produites, ou bien le bétail qu’il a élevé, les ustensiles et instruments avec lesquels il produit, ses parures et ses vêtements, c’est-à-dire au fond tout objet mobilier convoité (même si ce n’est pas une C richesse », un objet de désir Qintéressé »), — les hommes et surtout les femmes étant eux-mémes conçus parfois comme tels. Tous ces cas rentrent dans le parasitisme.

Au delà des temps historiques nous n’avons pour nous éclairer, outre l’analogie avec les sauvages actuels *, que la Zinguisti-.

4. F. von Holtzendorff, Eroberungen u. Eroberungsrecht, p. 8 (ou Samml. gemeinverst. Vorträge, 1881, p. 876), admet l’existence de « guerres », de pillage (Raub-u. Plünderungskrieg); — Intr. au dr. des gens, p. 60, il sépare de la guerre, acte de droit international, chose distincte et supérieure, le pillage à main armée des temps primitifs.

9, L’homme n’a même pas le monopole du pillage : les abeilles se détroussent l’une l’autre.

3. Chez les Latoukas, les Cafres, la guerre se fait pour voler du bétail ou des houes en fer (Letourneau, La g., p. 85, 93); sur le pillage chez les Massaï, Touaregs

que et les traditions, mais les exemples qu’elles fournissent sont suffisamment éloquents. € Toutes les langues s'accordent à présenter la rapine et le meurtre comme source de la propriété !. » Eu sanserit, ga-vishta signifie guerres et recherches de vaches ; kshi exprime lidée d’anéantir, tuer, dévaster, posséder. En copte, amahi à le sens d’arracher, chasser, posséder ; m00n, prendre par force, demeurer. Jarass en hébreu veut dire : prit, expulsa, posséda; basan et akas, ‘'arracha, pilla, posséda. En péruvien, coran signifie arracha, guerroya, posséda ; en tahi-

tien, (ao, lance et propriété, et champi traduit exactement héros

et voleur. En latin, latro (de latet, être caché), latrocinium, dont nous avons fait larein, désignait une fonction militaire. L’épée et la lance, ailleurs remplacées par une baguette, sont les plus antiques symboles du droit romain ?. La propriété, à Rome, n’est pas dérivée, mais originaire; le propriétaire est son

propre € auteur ». € L’acquisition du Romain consistait à ca-.

pere. Pour lui la propriété est ce qu’il a pris avec la main, n«&nucaplum, mancipium; lui-même, il est le preneur, herus*..…. La

propriété ne se transfère point, comme plus tard, par la tradi-:

tion ('ansdatio, traditio); l’abandon d’une propriété se concluait, dans la forme comme dans le fond, au moyen d’une appropriation unilatérale de la part de l'acquéreur (mancipatio.

manucapere *). Le mot: prendre est le seul qui réponde à l’idée:

romaine. Emere signifiait originairement prendre (plus tard : acheter)... Rapere (all. : rauben ; goth.: raubon) signifia d’abord arracher, attirer violemment à soi, sans nuance de fait illicite

(plus tard, délit). De ces trois racines : encre, capere, rapere, la

et Arabes, p. 91, 260, 305. — Dans de nombreuses tribus, le vol, individuel ou collectif, est permis, honoré, ou aidé par les dieux : Balantis, Arabes, Bédouins.…. (Lombroso, 1b., p. 61 s.)

4. Lombroso, tb., p. 36 s. Nous lui empruntons quelques mots, et la plupart des!

autres à R. von Jhering, Esprit du dr. rom., 3e 6d., t. 1, p. 110 s, 8 36.

2. Une lance plantée dans le sol annonçait tous les actes publics relatifs à la propriété. Ex. : devant le tribunal des centumuirs, qui connaissait principalement de la véritable propriété romaine; dans les ventes publiques : sub hasta vendere ; subhastation; l’affranchissement des esclaves se fait par la lance, puis par le bä-

ton, vindicta, (V. aussi dans Jhering, vindicatio, et détails.) Les Quirites (nom du

peuple) sont les porteurs de lance (quiris, curis). 3. Du sanscrit hr. prendre, d'où dérive aussi yetp. (Lange, N. Jahrb. für Phil. u.

Pädag., t. 67, p. 38.) La puissance juridique se nomme manus, papce que c’est la .

main qui l’a fondée et la maintient.

4. Le transfert, dit plus loin Jhering, résulte de l’acte d’appréhension de celui qui reçoit et non de l’abandon de celui qui cède. — Les dieux, à l’image des hom-

mes se procuraient leurs serviteurs (ves{ales, flamen dialis) par enlèvement. De même que l’échange et la coopération, le mariage a son origine dans un acte unilatéral : le mari enlevait, d’abord réellement, puis par formalité, la femme, du milieu de ses parents,

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