‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 73 sur 471 · PILLAGE ET PIRATERIE · texte numérisé non relu

PILLAGE ET PIRATERIE

langue latine à formé un riche répertoire de mots dérivés et composés, avec des sens divers, mais dont l'identité d’origine dans le sens de prendre n’est que plus significative. » L’abondance des synonymes indique en outre, comme le remarque Lombroso à propos d’idées analogues en d’autres langues, la répétition des actes auxquels ils correspondent. Prædium, par sa parenté avec præda (proie, prise), rappelle encore la même idée. Le langage ne distingue d’ailleurs pas le cas où Pon s’approprie une chose sans maître et celui où on l'emporte comme butin (occupare s'emploie dans les deux cas). Le butin de guerre était même considéré comme le meilleur mode d’acquérir la propriété. € Chez tous les peuples jeunes et guerriers, le vol fait au préjudice de l’ennemi (et on entend largement ce mot) à toujours passé pour un mode d’acquisition honorable *, » Chaque époque et chaque pays tendent à estimer respectables et désirables les formes d’activité qui prédominent dans leur désir ; cette idéeforce, utile pour encourager leur accomplissement subsiste longtemps après que ces formes ont perdu leurs raisons d’être. (Aujourd’hui on estime encore beaucoup les qualités guerrières, et peu le travail, surtout dans certaines classes.)

Dès la fondation de Rome, Romulus et ses successeurs furent presque toujours en guerre et ils ramenaient dans la ville les dépouilles opimes des vaincus: gerbes de blé ou troupeaux; € cela y causait, dit Montesquieu, une grande joie. » Tous les peuples de l'antiquité ont eu des mœurs de brigands ou de pirates *, La piraterie fut pratiquée sur les rivages des peuplades les plus diverses : Cariens, Phéniciens, Lyciens. La Grèce même n’en fut pas exempte (Wheaton). € Dans l’appréciation des anciens Grecs et des peuples septentrionaux, elle était un métier considéré, tandis que le commerce était méprisé parce qu’il se coneilie avec la lâcheté et la tromperie » (Jhering). On en faisait métier, on lui donnait même l’ampleur d’une institution. Ulysse

1. Maxime sua esse credebant, quæ hostibus cepissent (Gaïus, 1v, 16). — Mercure était à la fois le dieu du commerce et du vol (id.).

2. « Aujourd’hui même, chez les tribus nomades de l'Afrique le mot voleur est un nom d’honneur » (Roscher). — Jhering ne cite pas de référence; nous avons trouvé dans Roscher (Politik : gesch. Naturlehre der Monarchie, p. 20) cette phrase plus significative encore : le pillage est plus estimé que le travail. — Chez les Turcomans, etc. le vol est honoré (Letourneau, La g., p. 198; Lombroso, tb:,

À 3. ne les Hébreux, Letourneau (Evol. pol., p. 514, et auteurs cités). — On en trouve encore des vestiges dans l’Europe moderne : édit de François Ier, er fév. 1543, art. 25 s, sur le partage du butin maritime (Rec. gén. des anciennes lois, par Isambert.., t. XIL; dans Larroque, De la g., p. 26).

s’en glorifie, Aristote la elasse parmi les industries, au même titre que lagriculture, Solon la tolère; au temps de Marius et de Sylla, les Romains en font une profession honorée. Les Etrusques et plus tard les Barbaresques furent des pirates reconnus. D’autres mobiles souvent poussaient à errer sur les mers en cette qualité : les Phocéens y étaient obligés par la stérilité du sol natal; tous les peuples qui possédaient une marine étaient tentés de s’en servir pour écumer les mers, tentation constante et 1rrésistible chez des hommes avides d'aventures et désireux d’éprouver le surcroît de puissance que venait de leur donner leurs progrès dans l’art de la navigation‘. On en fit même en quelque sorte une distraction. « Les déprédations, qui occupaient les loisirs des Grecs devant Troie, servaient aussi, dans les voyages, de dédommagement aux lenteurs de Pancienne navigation *. »

Les mêmes mœurs se retrouvent à l’heure actuelle dans les pays sauvages ou à demi barbares. La guerre de pillage est pratiquée par les Apaches et par d’autres tribus indiennes, et d’après Vambéry, dans le centre de PAsie. Chez les Albanais, rapporte Dumont, le {se{as ou r'azzia est une conséquence du caractère du peuple. L’intervention des Anglais et des Russes mit fin aux expéditions déprédatrices des Pindaris aux Indes seulement au commencement du xix° siècle, et des Akhal-Tékiens dans l’Asie centrale en 1881*. Sans la protection de l’armée française, les populations de l’Algérie seraient sans doute encore soumises aux incursions des Touaregs. Ceux même qui se font ainsi les champions de l’ordre et de la propriété ne laissent pas de sacrifier aux mêmes usages, mais sous une forme différente qu’il nous faut maintenant étudier.

Peu de guerres, issues des mobiles les plus divers, se sont effectuées Jusqu’à notre époque sans avoir le pillage comme conséquence, alors que tel n’était pas leur but principal ÿ, ou comme moyen lorsque ce but consistait dans la ruine de Padversaire. Si la solde ne suffisait pas aux armées (guerres puniques...), on les envoyait au pillage ou bien elles y allaient d’elles-mêmes. Ou bien un prince, un général, ou ceux qui profitaient du but principal donnaient cette satisfaction à leurs auxiliaires, soldats

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