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LE PROGRÈS MORAL

inutile et il en résulte une économie d'efforts intellectuels qui peuvent se reporter ailleurs *.

Le progrès réalisé est surtout moral. L'ordre d'apparition de chaque catégorie d'actes correspond à une adaptation croissante des moyens aux fins poursuivies ou à poursuivre, jusqu'aux fins dernières de l'individu, c’est-à-dire que les fonctions des actes s'élèvent et sont mieux remplies. Get effet résulte d’une double influence : 1° de la diminution d'intensité du désir, soit directement (intensité absolue), soit par la venue de désirs concurrents ou contraires (intensité relative), 2° de Ja diminution d'intensité de la préférence accordée à l'acte envisagé dans son individualité, diminution qui résulte soit de la & médiatisation » de la volonté, de intervention d’une croyance, soit du caractère générique du but.

Avant de faire la démonstration, il nous faut, appliquant lidée de mesurabilité des désirs et des croyances, donner quelques exemples de dynamométrie des moteurs de Pactivité humaine, quipermettront de mieux comprendre notre pensée. — Lorsqu'une action est objet direct de désir, le problèmie est assez simple en théorie : la préférence dont elle jouit est égale au désir qui porte sur elle, ou plutôt 11 n’existe que ce désir, qu’il s’agit de mesurer directement. Lorsqu'intervient un syllogisme téléologique, Pintensité de la volonté résultante est fonction (au sens mathématique) des prémisses. Si le désir est puissant, la conclusion peut ètre très impérieuse. Si la croyance est invétérée, ou tellement forte que le désir du but entraine immédiatement et irrésistiblement la volonté d’un moyen qu’une traditionnelle association d’idées y rattache, la conclusion aura une intensité presque égale à la majeure. Mais normalement, lintervention d’une croyance a pour effet de rendre la volonté moindre que le désir ou au plus égale, et la préférence moindre que La one ou au plus égale. (Dans æ X y = &, y est une fraction 1 0: : & est donc << æ. Dans

ENCy "2, yrest yet = 0; la-préférence de # sur 4", c’est-à-

1. Conséquence pratique : il n’y a pas lieu de supprimer ou de réduire excessivement ou prématurément les deux premiers modes d'activité, qui, le plus souvent répondent à des nécessités et doivent coexister avec la troisième. Il est bon, une fois pour toutes, de réfléchir Pacte initial, point dé départ d’une série d'actes semblables qu’on est appelé à accomplir, et, pour les actes instinctifs ou devenus habituels, d'examiner quelle est leur fonction et comment ils la remplissent ; mais ce serait folie de vouloir raisonner tous nos actes : il serait non seulement inutile mais nuisible, par la fatigue el les troubles occasionnés, de les réfléchir et de remonter de but en but depuis les plus particuliers jusqu'aux plus généraux jusqu'à la vie elle-même, qui est leur raison suprème.

dire 4— 2" est < 2). On ne croit pas que l'adaptation de tel moyen soit absolue ni complètement exclusive de tout autre moyen; peutêtre mème estime-t-on qu'un autre aurait à peu près les mêmes chances de réussite. Dans ce cas, on peut encore vouloir le moyen d’une façon intense, mais en même temps être presque disposé à reporter cette volonté sur un autre, Là éclate linégalité d’intensité de la volonté et de la préférence. Elle est encore plus grande dans l'acte «€ sportif » : on peut vouloir très fortement un acte choisi parmi une série d'actes ayant des effets semblables et presque interchangeables, mais la préférence dont il jouit par rapport aux autres est très minime.

Le contenu et l'intensité réels des désirs et, dans les actes réfléchis, des croyances et des volontés ne sont pas toujours conformes à leur contenu et à leur intensité idéaux. Il faut conformer les désirs aux buts qu’ils doivent poursuivre, au désirable, à la vie (valeur-vie, dit M. Tarde), les croyances au croyable, à la vérité (valeur-vérité) et proportionner la volonté et la préférence à ce qui résulte mathématiquement des divers désirs et croyances idéaux ainsi obtenus.

Diverses influenceset notamment la survivance des mieux adaptés contribuent à rapprocher sans cesse l’intensité réelle de lintensité idéale, c’est-à-dire à conformer davantage nos actions à notre intérêt individuel et à l'intérêt social : et c’est là un premier progrès moral.

L'homme primitif éprouve un grand nombre de désirs nuisibles à raison de leur objet, parce qu’il n’en conçoit pas les fins et ne les y adapte pas. En outre, la plupart de ses désirs, utiles ou non, ont une intensité disproportionnée avec Putilité réelle, objective : 1ls s'imposent à lui avec trop d'énergie, — soit qu’ils soient intrinsèquement trop forts comme s’il existait une sorte de gächette par Paction de laquelle toute impression éprouvée rendrait une énergie beaucoup plus grande qu’elle-même, soit qu'ils semblent relativement impérieux à raison de Pabsence de contre-mobile, de « moi » puissant. Dans les deux cas, ils ne tiennent pas compte des autres désirs de soi-même ou d’autrui, parce qu'ils sont appréciés comme plus vitaux et plus antagoniques qu’ils ne le sont en réalité : si cette disposition se heurte à une tendance semblable chez autrui, il ne peut guère en jaillir que des violences. Il résulte aussi, chez Phomme primitif, de ses tendances psychiques, un penchant excessif à l’action immédiate (Bagehot) et une impossibilité presque complète, en présence d’une impulsion,

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