Pr. de soc., t. II, p. 236 s
Les primitifs, dont le cœur semble inaccessible à la pitié, tuaient sans distinction d’âge ou de sexe, tant la fureur du meurtre les emportait au delà de la mesure nécessaire à la poursuite de leur but, ou bien ils mangeaïent les vaincus !. Les femmes furent sans doute d’abord les seuls ennemis respectés, — si l’on peut appeler respect le fait d’ètre emmenées en captivité chez le vainqueur comme épouses et domestiques ; et le fait que les mâles, vieillards ou enfants, n’échappaient pas à lextermination, prouve bien que le désir sexuel et peut-être la pitié contribuèrent à ce résultat autant que le calculutilitaire qui faisait rechercher des esclaves. € La femme fut le premier animal domestique de l’homme ?. » On emmena les hommes lorsqu'on pensa pouvoir maitriser leurs velléités de résistance. Puis, Pesclavage qui était d’abord une conséquence de la guerre en devint un but * : et ainsi naquirent etse développèrent les guerres entreprises en vue du rapt d'esclaves (Sklavenraubkrieg).
L'esclavage a existé à presque tous les âges et chez presque tous les peuples de l'antiquité, en principe comme la conséquence d’une œuvre de violence, de la guerre, et parfois sous la forme d’une invasion, comme celle des Hyksôs en Egypte. Dans l'Inde, € le captif fait sous un drapeau » comptait parmi les serviteurs 5; de même chez les Hébreux, en Chine, dans l'Asie occidentale. En Grèce, la source principale était la guerre, comme le rappelle le nom général des esclaves®. Des ennemis, siciliens, sardes, gaulois cisalpins ou transalpins, des peuples entiers de l'Orient et de l’Asie, furent réduits à la servitude par Rome victorieuse 7. — Il en a été à peu près de même chez les sauvages
1. Chez les peuplades très arritrées, les vaincus sont presque toujours tués ou mangés; parfois, incorporés parmi les vainqueurs sur un pied de quasi-égalité (ex : Canaques ; Letourneau, La g., p. 49). Les Cafres tuaient même les femmes qui fuyaient en découvrant leur sein et en criant: Je suis femme (Thomson, Hist. univ. des voy., t. 29, p. 110; Letourneau, L’évol. pol., p. 496.)