‹ Le Rôle de la Médecine dans la Rationalisation du Travail industrielChapitre 21 sur 59 · LEE · texte numérisé non relu

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Mais, le discernement n'est peut-être pas toujours facile, puisqu'il nous vaut ce petit compliment :

« L'INTERVENTION VRAIMENT ABUSIVE DE LA MÉDECINE POUR AUSCULTER LES FORCES DISPONIBLES DE CHAQUE INDIVIDU, POUR LES CATALOGUER, LES SÉRIER, LES ASSUJETTIR À UN EMPLOI COR- RESPONDANT est une prétention issue de la mentalité bourgeoise, seulement approuvée par les oisifs et qui indique un esprit d’insolence et de mépris pour la classe ouvrière.

Que les médecins se fassent vétérinaires s'ils n'ont pas d’autres emplois, mais qu'ils N'ASSIMILENT PAS L ‘OUVRIER A LA BÊTE DE TRAIT ENVERS LAQUELLE L'HUMANITÉ NE TÉMOIGNE AUCUNE JUSTICE. ET PUIS, CE SONT LES MALADES QUE L’ON SOIGNE INDIVI- DUELLEMENT. LES SOINS PRÉVENTIFS DOIVENT ÊTRE COLLECTIFS ET BÉNÉFICIER A TOUS. QUE CETTE HONORABLE CORPORATION SE LIVRE COURAGEUSEMENT A CETTE BESOGNE ; ELLE N'EST PAS ANTISCIENTI- FIQUE ET GARANTIRA MIEUX SA RÉPUTATION QUE CETTE BESOGNE DE SÉLECTION POUR LAQUELLE SA SCIENCE EST ENCORE TROP INCER- TAINE ET INSUFFISAMMENT IMMUNISÉE CONTRE L'INTÉRÊT PER- SONNEL. » e

Malgré ces déclarations, les ouvriers demandent le contrôle du médecin au cours du travail, et nous nous permettons de citer encore deux passages trouvés dans ce même ouvrage et qui prouvent la foi des ouvriers en la science et leur désir de savoir.

D'abord, à propos des méthodes mal conçues : : « LA CLASSE OUVRIÈRE, LÉGITIMEMENT SOUPÇONNEUSE, SE CABRE DEVANT TOUTES LES TENTATIVES DE CHRONOMÉTRAGE, DE SIMPLIFI- CATION, D'ACCÉLÉRATION QUI SONT CONÇUES SANS SINCÉRITÉ, SANS PRÉOCCUPATION PHYSIOLOGIQUE, SANS GÉNÉROSITÉ, SANS VOLONTÉ D'ATTÉNUER LES PEINES, SANS LE BUT D'AMÉLIORER SON EXISTENCE. »

Puis, après avair demandé si les industriels sont disposés à faire bénéficier « l’ensemble » de l'héritage des siècles que le génie de l’homme développe chaque jour

pour le léguer toujours errichi aux générations de demain, ceci :

“ ÎL FAUT QUE LE TRAVAILLEUR MIEUX INSTRUIT, MIEUX TRAITÉ, NE PUISSE SE CONSIDÉRER HUMILIÉ PAR LA VULGARITÉ DE SA TACHE, MAIS QUE TOUJOURS IL AIT LA SENSATION DE COOPÉRER À UNE ŒUVRE D'ENSEMBLE, D'ÊTRE UNE UNITÉ PRÉCIEUSE POUR SON ÉDIFI- CATION ET QUE, PLUS SES EFFORTS SONT PROFITABLES À LA COLLEC- TIVITÉ, PLUS ILS LE SONT PROPORTIONNELLEMENT POUR LUI-MÊME. »

Dans des tracts, distribués par le Parti communiste, on peut lire les craintes de voir se produire l’augmentätion du rendement par l'épuisement des ouvriers, le choix des ouvriers se faire à trop bon marché par le licenciement ou le chômage. À ce sujet, parlant du « paradis américain » on y cite les résultats de l'enquête de M. le Professeur PHP, de Lyon, faite.aux Etats- Unis, et qui nous apprend que la rationalisation américaine n’a favorisé qu'une minorité d'ouvriers qualifiés. Parlant. de rationalisation, le Parti communiste exprime ainsi son opinion :

« La seule façon de poser la question, c’est pour nous d'examiner la rationalisation du point de vue de ses conséquences sociales, du point de vue de l’aggravation des conditions d'existence et de surmenage qu’elle entraîne.

Aucun communiste, aucun ouvrier conscient ne peut être contre l'introduction de nouvelles machines et les perfectionnements de la technique, contre toutes les formes du progrès, mais ce qui le préoccupe, c’est de savoir si ce progrès PROFITE à sa classe ou s il est dirigé contre elle. Nous avons vu les conséquences de la rationalisation en régime capitaliste : toute amélioration dans la technique et l’organisation se traduit par un travail plus pénible, la mise a pied de nombreux chômeurs, etc…., etc. : elle constitue peut-être un PROGRÈS MATÉRIEL, mais uUhe RÉGRESSION SOCIALE, »

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Toutes ces déclarations nous prouvent que l'ouvrier français commence à sentir que les méthodes de travail doivent se modifier radicalement chez nous, mais qu'il n’a pas complètement compris par quels moyens nous pouvons y arriver. Ceci monire, en outre, qu'insuffisamment éclairé, il se méprend encore sur les efforts que nous tentons pour obtenir de lui, avec moins de fatigue un rendement supérieur, dont il sera le premier à bénéficier pour un accroissement de son gain horaire.

Si les ouvriers français se réservent encore en partie, les employeurs objectent parfois une situation économique instable, un public peu éduqué, des ouvriers méfiants. Néanmoins on vient à la rationalisation, parce que la concurrence étrangère joue, parce que rationaliser offre un intérêt pécuniaire et parce que le personnel technique y pourvoit. Bien des industriels français ont reproché aux méthodes d'organisation scientifiaue du travail leur complication et l'élévation des frais généraux qu'elles entrainaient. Ils ont aussi reproché les frais excessifs de première installation de ces divers systèmes dans une usine ; cela dure longtemps, exige un personnel de choix, souvent nombreux et est parfois lent à rapporter. Ces reproches nous apparaissent sans valeur, car nous savons que toutes les tentatives de rationalisation faites en France avec conscience, ont été couronnées de succès. Si les bureaux d'études des diverses industries coopéraient plus largement, et si, au lieu de garder secrets leurs résultats, ils les faisaient connaître. combien l'industrie y gagnerait de temps et d'argent !

On a dit aussi que les méthodes modernes entrainaient la centralisation de la besogne administrative dans un seul bureau et la répartition entre plusieurs chefs de

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service de la responsabilité incombant habituellement au chef d'atelier, Nous ferons remarquer qu’il y a un service de contrôle qui doit fonctionner dans toutes ces organisations et qu'on outre, il y à un chef à la tête de l'entreprise. De la valeur de ce chef dépend en grande partie le succès d’une industrie. Une tentative d'organisation rationnelle pourrait échouer aussi si on négligeait l'élément capital dans l’organisation du travail : le travailleur. C’est ce qui s’est produit quand on a essayé d'appliquer en France des méthodes de taylorisme mal conçues. Aussi, pour que ces erreurs premières ne persistent pas et pour donner à la rationalisation le véritable développement qu'elle doit avoir en France, des techniciens français, de haute valeur : H. LE CHATELIER, Louis BRÉGUET, Ch. DE FRÉMINVILLE, Ernest MERCIER, H. FayoL, etc.., ont formé des comités, des associations, dont l’activité grandit de jour en jour.

Il nous faut citer l'œuvre du Redressement Français et celle du Comité National de l'Organisation Française. (Ce dernier organise d’ailleurs, du 19 au 23 juin 1929, à Paris, le 4° Congrès International de l'Organisation Scientifique du Travail), et la propagande faite par la Société d’Encouragement pour l'Industrie Nationale. C’est dans les bulletins publiés par ces organismes que nous pouvons lire, par exemple, la réponse de M. Paul DE ROUSIERS à la question posée par M. Ch. DE FRÉMIN- VILLE : « La division du travail est-elle déprimante » ?

« Il est possible que la répétition indéfinie d'un même geste raisonné mais élémentaire, tout en diminuant l'effort musculaire de l’ouvrier et en augmentant le rendement général de l'atelier, produise chez cet ouvrier un effet DÉPRIMANT, enlève tout ou partie de l'intérêt qu'il prenait à sa besogne et le réduise lui-même à l’état de mécanisme

inconscient. C’est le résultat constaté de l'extrème division du travail dans les anciennes manufactures, antérieures à l'introduction de l'outillage mécanique, c’est-à-dire dans les manufactures où, d'après le sens étymologique, on fabriquait à la main.

Mais il ne faut pas oubier que cette division du travail a été et demeure la préface nécessaire du régime moderne du machinisme, dans lequel l’ouvrier se trouve affranchi de l'effort musculaire du travail à la main, bénéficie de la productivité plus grande de méthodes perfectionnées et ne conserve plus que des fonctions vraiment humaines de discernement et de direction que la machine est et sera toujours incapable de remplir. C'est parce que les gestes primitivement variés, complexes et désordonnés de l'ouvrier travaillant à la main ont été analysés, décomposés, mécanisés, rendus en quelque sorte automatiques, que l'on a pu ! substituer à ces gestes humains la marche forcément automatique d’un outillage mécanique.

I1 ne faut donc pas perdre de vue que, si le taylorisme tend à mécaniser le geste de l'ouvrier et menace ainsi SOn développement professionnel, il prépare et accélère la substitution du travail mécanique au travail à la main, C'EST- A-DIRE LE GRAND ÉLÉMENT DE PROGRÈS, QUI, DEPUIS PLUS D'UN SIÈCLE ET DEMI, NE CESSE PAS DE DÉVELOPPER L'INDUSTRIE, D'AF- FRANCHIR L'OUVRIER DE LA FATIGUE PHYSIQUE, DES LONGUES HEU- RES DE TRAVAIL ET DES FAIBLES SALAIRES D'AUTREFOIS, en même temps qu'il relève sa tâche professionnelle en lui faisant appliquer sa faculté de discernement et ses pouvoirs de direction au service et à la conduite des machines qui, de plus en plus, accomplissent elles-mèmes l'opération industrielle.

En d'autres termes, le taylorisme ne doit pas être considéré comme ayant sa fin en soi. Il n’est qu'une phase intéressante du progrès des méthodes de travail. C'est à des PROCÉDÉS ANALOGUES AU TAYLORISME, c'est-à-dire à l’observation méthodique et raisonnée des pratiques existantes que

sont dues, dans l’industrie textile, les célèbres inventions de l’antique Jenny et de la mécanique Jacquart, source de tant d’autres progrès, tous orientés dans le sens d’un automatisme croissant, d’une fabrication plus rapide et moins coûteuse, d’un moindre effort, d’une rémunération plus large, d’un travail moins prolongé et plus intelligent. Tous ces bienfaits ont pour origine l'observation méthodique et raisonnée des arts usuels. »

Nous sommes heureux de voir nos Opinions sur Taylor se confirmer ici. Plus loin, Ch. DE FRÉMINVILLE poursuit :

« Autre question. Le travail monotone ne comportant qu'un mouvement n’abrutit-il pas l'ouvrier ? Qu'est-ce que le travail monotone ? en quoi est-il nouveau ? quel est l’ouvrier qu'il abrutit ? Le travail monotone à grande répétition est vieux comme le monde. CE QU'ON FAIT MACHINALEMENT, comme on marche, comme on respire, SANS EFFORT EXAGÉRÉ N'ABRUTIT PAS, SURTOUT SI LA PENSÉE PEUT SE PORTER SUR L'INTÉRIEUR AGRÉABLE QU'ON RETROUVERA APRÈS LA JOURNÉE DE TRAVAIL ET NON PAS SUR LE LOGIS MISÉRABLE QUE L'HOMME FUIT POUR LE CABARET. COMBIEN DE MÉNAGÈRES COUSENT ET TRICOTENT D'UN GESTE MACHINAL, SANS UN MOMENT DE RÉPIT, TOUT EN PENSANT, ET FORT BIEN, AUX AFFAIRES DE LEUR MÉNAGE ? L'’ouvrier de l'atelier bien organisé est encouragé, et intéressé, de plus en plus, à la recherche de tous les perfectionnements qu'on peut apporter à ce travail si simple en apparence, et il en signale fréquemment, quand on veut bien lui en donner l’occasion, comme Taylor demande qu'on le fasse.

Vous ne ferez pourtant pas croire, dira-t-on, que cet ouvrier Sur machine vaille l’ouvrier de l’ancien temps qui savait tout faire ? On pourrait penser à entendre cette question que l’industrie n'a plus besoin d'ouvriers habiles capables d'exécuter des travaux variés ou délicats et que, quand elle en rencontre, elle ne peut leur donner qu’une besogne pour laquelle ils ne peuvent faire aucun usage de

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