‹ Le Rôle de la Médecine dans la Rationalisation du Travail industrielChapitre 22 sur 59 · RE · texte numérisé non relu

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leur habileté. C'est un cas que je n'ai jamais rencontre. Bien au contraire, l’industrie se plaint plus que jamais de ne pas pouvoir trouver les ouvriers habiles qui lui sont indispensables, en nombre de plus en plus grand quelle que soit la nature de l'industrie, que le travail soit fait en série ou non. Le travail en série ne s'exécute qu'au moyen de machines qu'il faut sans cesse outiller en vue d'une meilleure utilisation, perfectionner, remanier, entretenir, réparer ; et il faut pour cela une armeé d'ouvriers habiles.

LA PLUS GRANDE PRÉOCCUPATION DOIT ÊTRE DE VEILLER 4 CE QUE L'HABILETÉ DE L'OUVRIER NE SOIT, PAR SUITE D'UNE INSUFFISANCE D'ORGANISATION, GASPILLÉE DANS L'EXÉCUTION DE TRAVAUX QU UN OUVRIER PEU HABILE OU UNE MACHINE FERAIENT TOUT AUSSI BIEN.

Si nous sommes tributaires de l'étranger pour des machines qui nous sont indispensables, et qui ne Peuvent être fabriquées qu'en série, telles que les machines à coudre, les machines à écrire, etc., Ce n'est pas que ce genre de travail répugne à l'ouvrier français, ni qu'il soit indigne de lui, c'est parce que nous n'utilisons pas assez bien les ouvriers habiles que nous possédons et que nous pourrions posséder en nombre encore plus considérable, pour la recherche continuelle de la perfection que comportent ces fabrications. »

Puis, M. AUDROUIN, nous donne la conclusion suivante : à

« En pratique, les agents de tous ordres ayant vécu dans l'ambiance de l'organisation rationnelle sont nettement supérieurs, dans leur ensemble, à ceux qui l'ont ignorée.

Enfin, dans l'organisation rationnelle, les relations des agents entre eux et avec leur employeur sont agréables, parce que chacun sait que la bonne foi la plus complète a présidé à l'établissement de toutes les conditions du travail, sans qu'il y ait place, si peu que ce soit, pour le marchandage, l'intrigue, la concussion, la délation, le

mensonge, la discorde ou une manifestation quelconque d'’immoralité.

En résumé, l’organisation rationnelle, c'est de la clarte, c'est de l'initiative, c’est de la concorde. Et c’est surtout de la moralité au plus haut degré.

Il faut nécessairement que ce soit tout cela à la fois, de par la volonté ferme et constante du chef d'entreprise.

Autrement ce ne peut être que du bluff, ou de l'illusion, ou du néant.

Car on ne connaît pas d'exemple qu'une tentative d’ürganisation rationnelle ait vraiment réussi alors qu'elle était entachée, si peu que ce soit d'insuffisance morale. »

Ces quelques citations montrent l’état d'esprit d’une élite d’industriels français ; ils font beaucoup pour la rationalisation du travail industriel moderne, et dans les congrès d'organisation scientifique du travail, on montre chaque année l'importance croissante du rôle du médecin, car, à la base de toutes ces élaborations, il y à l’homme qui travaille et dont le médecin est Le plus apte à apprécier les capacités et les besoins.

I1 a été beaucoup fait pour la réorganisation industrielle en France et elle semble en bonne voie.

On a travaillé d'une facon sérieuse à l’organisation du travail industriel, mais là, les industriels et les ouvriers n'ont pas toujours saisi l'intérêt pourtant capital des recherches et des applications tentées. Par exemple, dans l'industrie automobile française qui est poussée à un très haut degré de perfection mécanique, et commercial puisque l'automobile coûte comparativement moins cher qu'avant la guerre, on s'occupe beaucoup plus des machines que des ouvriers. On place les machines dans les meilleures conditions de rendement, quant aux ouvriers, on se dit généralement qu'ils se

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débrouilleront bien, avec quelques indications, pour trouver les conditions optima du travail efficace. Il semble qu'on ignore encore que le problème entier du rendement doit être subordonné au facteur humain. Nous avons écrit aux médecins chargés du service sanitaire dans de nombreuses usines importantes de France. Presque tous nous ont répondu qu'ils n'avaient d'autre rôle que de soigner les blessés, et qu'ils n'examinaient les ouvriers qu’une seule fois, à l’embauchage; en‘outre, la plupart se déclarent surchargés de besogne.

Malgré tous les efforts faits, la France est restée en arrière du mouvement général en faveur de la rationalisation. Cela tient sans doute à la méfiance des travailleurs, qui ont subi des essais fâcheux de taylorisme et sont devenus hostiles à toute nouvelle modification des procédés de travail dont on leur laisse souvent et bien À tort ignorer les mécanismes et le but. Le Professeur Paul SOLLIER, trouve qu'une des causes du désiniérêt en France tient aux préventions qui consistent surtout dans la crainte que les organisateurs médicaux, psychotechniciens, se mêlent de ce qui ne les concerne pas, et

s'ingèrent dans l'organisation technique des usines.

C'est voir une opposition là où nous demandons une collaboration intime pour combiner les efforts vers le but commun qui est l'adaptation de l'homme à la machine et de la machine à l’homme. Il y a encore la routine et l'igforance, qu'on trouve chez des ouvriers et chez des industriels. Il faut que le patron, d'une part, saisisse la portée des méthodes proposées, s'y intéresse réellement, et que l’ouvrier, d'autre part, comprenne aussi qu'il à tout intérèt à se prêter à son application. Mais, comme le dit M. Henry LE CHATELIER : « Le problème actuel n'est pas d'enseigner et de faire appren-

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dre par cœur certaines règles d'organisation, mais de former une mentalité, de former des hommes comprenant l'utilité de l’organisation et capables de faire l'effort nécessaire pour en appliquer les méthodes ; c’est un problème d'éducation. Pour aboutir, il faut de toute nécessité s'adresser à la jeunesse, la prendre à l’âge où elle à encore assez de plasticité pour être capable d’apprendre quelque chose. L’instruction donnée à des hommes faits est le plus souvent stérile. Introduisons donc les problèmes d'organisation dans nos programmes de l'enseignement secondaire ».

Grâce à de tels apôtres, à l'effort de propagande fait par ces techniciens éclairés et leurs comités, la rationalisation se développe de plus en plus en France et on y trouve parfois des modèles d'organisation rationelle ; ils sont bien peu nombreux : Michelin, la T, C. R. P., certaines Compagnies de Chemin de Fer etc... Ce sont des industries qui sont dans la bonne voie car le capitalusine n'est rien à côté du capital-travail qu'y fournissent les ouvriers. Les autres chefs d'entreprises ont, eux aussi, compris la portée de ces réformes, mais ils hésitent encore à les réaliser bien qu'ils inscrivent annuellement à leur budget des sommes énormes pour frais d'accidents, de maladies, de fluctuations de la main-d'œuvre, etc... Ils aggravent en outre leurs charges par suite d’une mauvaise utilisation des forces de production, du surmenage et du mauvais rendement qui en résulte. Et pourtant, i1 y a peu à faire et beaucoup à gagner.

Comme on vient de le voir par cette revue rapide des efforts tentés en France et des opinions qui y ont cours aujourd'hui, les esprits paraissent s'orienter de plus en

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