‹ Le Rôle de la Médecine dans la Rationalisation du Travail industrielChapitre 36 sur 59 · PROPHYLAXIE DE LA FATIGUE · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE DE LA FATIGUE

Après avoir déterminé la fatigue, il faut chercher à l’'éliminer. L’antidote de la fatigue, c’est le repos. On éliminera la fatigue par une limitation rationnelle de la journée de travail et une répartition judicieuse des temps de repos intercalaires. On évitera son apparition en plaçant l'ouvrier dans les conditions d'hygiène les meilleures, et en occupant l'ouvrier à l'emploi pour lequel il est le plus apte.

Il existe pour chaque forme d'activité un optimum de durée qui dépend du genre de travail accompli et des particularités individuelles du travailleur. De nombreux auteurs ont montré (AMAR, LAHY, IMBERT, FROIS, etc.) que l'introduction de repos intercalaires fréquents au Cours des travaux exigeant surtout une dépense d'énergie musculaire, augmentait le rendement et diminuait la fatigue. Mais la détermination du moment du repos et de sa durée sont des questions d'espèce, et cette détermination offre parfois des difficultés. De même la détermination convenable de la journée de travail qui doit se faire après étude de la nature du travail et de la capacité de travail de l’ouvrier. En outre, les résultats d'une telle modification ne se font pas sentir immédiatement, 1l faut un certain temps d'adaptation.

Des médecins anglais ont remarqué qu’au cours des travaux uniformes, monotones, il se produit, surtout vers le milieu de la période d'activité, une réduction notable du rendement, qu'on peut éviter par un repos intercalaire de 15 minutes. M. FRots dit que toute heure de présence active à l'atelier doit comporter un repos absolu dont la durée ne doit pas être inférieur à cinq minutes et qui peut atteindre trente minutes. C’est avec

une semblable organisation et une alimentation rationnelle que notre maître le Professeur LECLERCQ envisage la journée de travail continu. BEDALE et VERNON disent que les repos intercalaires, même s’il ne sont que d’une minute, doivent, pour exercer leur effet bienfaisant, comporter un changement de positicn du travailleur et que les variations, dans une certaine limite, de la durée des repos intercalaires paraissent rester sans influence caractéristique sur la capacité du travail. Par exemple, les repos variant entre quelques secondes et cinq minutes produisent des effets en apparence semblables. Pour chaque genre de travail, il faut déterminer le repos optima. Nous ne pouvons citer tous les travaux faits à ce sujet ; notons seulement, à titre d'exemple, les résultats qu'a obtenu H. DussarT (thèse du Laboratoire de Médecine Sociale de Lille) : « Lorsqu’au cours du travail à la lime, une période d'activité musculaire de deux heures est entrecoupée de pauses de deux minutes toutes les dix minutes, il se produit un accroissement du rendement qui atteint de 31 à 36 % par rapport à un travail exécuté sans périodes de repos méthodiquement réparties. Quant les pauses sont distribuées pour un même temps de travail, en raison de une minute toutes les cinq minutes, on constate une augmentation de rendement de 35 à 40 % par rapport au travail désordonné. Lorsque, en dehors de temps de repos de une minute toutes les dix minutes, on procède à un travail rythmé et entrecoupé de pauses régulières et très courtes, le rendement s'accroît de 43 à 65 % par rapport au travail désordonné. Cet accroissement de rendement obtenu malgré une diminution effective du travail ne provoque pas de modifications circulatoires et respiratoires accusées. Ainsi la répartition méthodique et régulière des

temps de repos et l'introduction du rythme au cours du travail musculaire, contribuent à accroître considérablement le rendement, tout en ménageant au maximum l'organisme humain ».

Il a été démontré que l'introduction des repos intercalaires, qui représente cependant un arrêt du travail, une non-utilisation des machines, des mises en train fréquentes, etc., augmentait le rendement, diminuait la fatigue et payait aussi l'industriel. Cette méthode doit se généraliser rapidement.

On a soumis dernièrement au Conseil National Economique la question de la journée anglaise, c’est-à-dire une « journée de travail pendant laquelle une période de huit heures de travail est effectuée sans interruption ou seulement avec un court repos de mi-temps consacré à un repas léger ». Nous avons émis notre opinion plus haut à ce sujet. Cette journée de travail continu entraîne de grosses modifications sociales, mais aussi d'énormes avantages économiques et sociaux que l'on peut contrôler un peu partout dans les pays qui l'ont adoptée Angleterre, Amérique, Danemark, Suède, Tchévoslavaquie, Pologne, Allemagne, etc.

Nous avons dit qu’un moyen de retarder l'apparition de la fatigue, est de placer l’ouvrier à un emploi pour lequel il est le plus apte ; ceci n’est qu’un des avantages multiples de la sélection professionnelle, et la sélection professionnelle n’est qu’un aspect du problème de l’utilisation physiologique de la main-d'œuvre que mettait en lumière, en 1916, notre maître M. le Professeur LECLERCQ dans son livre sur « La main-d'œuvre nationale après la guerre ».

Le repos hebdomadaire est souvent distribué d’une façon telle que l’ouvrier cesse le travail le samedi à midi

ct ue le reprend que deux jours après. Avec M. FROIS, nous croyons qu'on peut mieux répartir le repos de la semaine en octroyant une après-midi de repos le jeudi par exemple. De même, ne pourrait-on pas accorder une semaine ou plus de repos par an ? Nous ne croyons pas que l'Industrie puisse y perdre,

Voici donc comment on pourrait appliquer les principes des temps de repos pour combattre la fatigue annuelle, mensuelle, hebdomadaire et journalière :

Courtes pauses au cours du travail journalier.

Coupure pour le repas dans la journée de 8 heures.

Coupure dans la semaine en adaptant la semaine anglaise.

Coupures dans l’année par l'octroi à l’ouvrier d’une semaine ou deux de repos, comme vient de le faire le Syndicat des Confectionneurs de Lille.

Telle est, à notre avis, une des réformes urgentes à réaliser dans l’organisation du travail humain.

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