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chez eux les mêmes qualités : « culture physique vigoureuse et même brutale ; philosophie religieuse élémentaire, mais solide ; propreté corporelle méticuleuse ; le goût de l'effort entreprenant et résolu, le goût de l'ordre, beaucoup plus que celui de l'indépendance et surtout celui de la critique; la discipline du travail en commun; le culte sportif du succès, même chez les autres ; l'amour de ce qui est grand, large, puissant, comme étant d'essence spécialement américaine ». Il en résulte que tous apportent à la communauté, dans des congrès nombreux et officiels, sous forme méthodique et si possible «scientifique, le fruit de leurs travaux et de leurs efforts. En outre, on n'y subit pas la fâcheuse manie du « secret des affaires »:et chacun désire avoir la meilleure méthode de travail, les meilleurs outils, etc., et surtout être un homme « efficace ».
Les industriels américains, pour produire bon marché, se sont eflorcés de produire non seulement beaucoup, pour diminuer les frais généraux, mais beaucoup d'objets identiques, afin de pouvoir adopter des méthodes scientifiques : outillage spécialisé et division du travail poussée aussi loin que possible. De là, l'adoption des produits standard et comme conséquence la concentration horizontale ou consolidation suivant le terme américain. Ils ont fait de la « mass production » ou production en grande série. Une telle organisation comporte des services d’études et de recherches et la mise en œuvre de laboratoires, étudiant au jour le jour et sans relâche, tous les progrès techniques possibles, soit . pour améliorer les méthodes de travail et le rendement, soit pour perfectionner le produit fabriqué.
Un deuxième service central essentiel est celui de l'outillage ; un troisième, celui du contrôle, La fabrica-
tion proprement dite, comporte un service de direction, assurant le « scientific management », c'est-à-dire préparant dans leurs plus minutieux détails toutes les opérations différentes de la fabrication, répartissant le travail, assurant le meilleur emploi de tous les éléments, outils et ouvriers, en vue d’un rendement sans cesse accru. Dans un pareil ensemble, dit Auguste DETœŒUr, les services centraux absorbent beaucoup de main-d'œuvre et les travailleurs employés à la fabrication proprement dite n’ont plus qu’à exécuter des opérations simples, sans cesse identiques à elles-mêmes, pour lesquelles ils acquièrent une extrême dextérité et qu’ils accomplissent presque sans intervention de leur intelligence (mechanical job). Le dernier terme du travail poussé est le « travail à la chaîne », dans lequel la vitesse de rotation des appareils et la vitesse d’avancement des objets en cours de fabrication sont prédéterminées une fois pour toutes, et où, par conséquent, la rapidité du travail ne dépend plus en aucune manière de la volonté de l’ouvrier.
La standardisation, la production en grande série, la concentration ou consolidation sont mêlées à l’histoire des grands « trusts » américains qui n’ont été bien souvent, selon Raoul BIGOT, que des accaparements à une grande échelle, obtenus généralement par la ruine des concurrents, grâce aux moyens industriels perfectionnés et aux capitaux considérables dont disposaient leurs créateurs.
Ces trusts correspondaient néanmoins à une nécessité économique inéluctable puisqu'ils ont réussi à se maintenir en se bornant, par des ajustements de pure forme, à se mettre en règle avec les lois. Si ces combinaisons avaient été dirigées contre le progrès industriel, il est
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certain qu'elles n’auraient pu subsister, et ce fait d’avoir résisté à des assauts puissants, est une preuve que ces organismes, s’ils ont été créés par des procédés pas toujours impeccables au point de vue moral, n’en ont pas moins rendu des services qu'on ne peut nier à l’économie générale de l’industrie de leur pays d'origine.
Ce que l'Amérique a pu réaliser surprend dès l’abord un européen. Elle a pu concilier les hauts salaires avec des prix de revient extrêmement bas. Malgré la concentration des entreprises et la suppression des concurrences, les prix de vente n'ont cessé d'aller en décroissant, parce que l'industriel américain préfère vendre à faible prix et à faible bénéfice mais vendre davantage. L'Amérique a aussi une excellente qualité de fabrication, surtout dans la construction automobile et les constructions électriques. Elle à acquis par son goût naturel pour le détail ingénieux, une position imbattable dans la fabrication d'un très grand nombre de spécialités : la machine-outil, l'outillage agricole, les machines automatiques de toutes sortes, etc... Sa capacité de production dépasse largement les besoins de son marché intérieur, Simultanément, les entreprises y ont atteint un tel degré de prospérité, qu'elles ont développé l'idée que l'accroissement illimité du salaire, quand il est la conséquence d’une production à bon marché, constitue en soi un bienfait, qu’il est un élément essentiel du progrès social et de la prospérité publique. En même temps, elles ont entrepris le relèvement du standing matériel et moral du travailleur et elles ont développé, avec une ingénicsité et une intelligence remarquables, tous les moyens possibles d'utiliser d’une manière saine et fructueuse les loisirs des travailleurs.
Ce pays qui semble le plus avancé du monde à l'heure actuelle dans la voie du progrès social est celui où le législateur est le moins intervenu. Aïlleurs, l’ouvrier sent davantage la nécessité des lois sociales qui le protègent. En Amérique, beaucoup d'initiateurs sont sortis des rangs du peuple, possédant plus d’esprit de solidarité et de caractère que de culture, conservant une grande simplicité d'âme devant les phénomènes de la vie et une cordialité paternelle pour leurs anciens camarades. La séparation des classes y apparaît infiniment moins stricte qu'en Europe. Il faut aussi reconnaître qu'il existe aux Etats-Unis une tendance générale, officielle presque, vers une organisation industrielle idéale, basée sur des caractères généraux précis et en particulier, sur la participation libérale de l’'ouvrier aux produits du travail, la tendance aux salaires élevés et l'amélioration en toutes manières du bien-être matériel et des conditions du développement intellectuel et moral du travailleur.
D'ailleurs l’organisation même de la mass production entraîne l'établissement de hauts salaires. Un ouvrier américain moyen, dans une telle entreprise, arrive à un gain journalier de 7 dollars environ, ce qui lui assure une capacité journalière d'achat 3 à 4 fois plus forte que celle d’un ouvrier français d'aujourd'hui. Peut-être, le coût de la vie est-il un peu plus élevé aux Etats-Unis et l'ouvrier y vit-il dans la désespérante monotonie des objets standardisés ? Mais l'ouvrier américain préfère avoir une baignoire comme tout le monde que de s’en passer. I1 a été éduqué au point de vue de la facon d'acheter, de dépenser son argent, et on a développé chez lui le sens de l'épargne. L'aménagement du « home », point capital, socialement en Amérique, est
parfaitement possible, et l'engouement pour les standards, ne gêne, en aucune manière, l'éclosion et le développement des facultés créatrices. Le bien-être matériel et moral de l’ouvrier américain est évident, mais C’est seulement depuis peu que les américains s'occupent du « facteur humain », l'abondance de la main-d'œuvre leur ayant fait oublier son prix de revient et la valeur de la vie humaine en‘bien des circonstances.
Les études faites à ce point de vue ne se réclament d'ailleurs d'aucune idéologie. En particulier, l’un des plus hardis novateurs en matière de rationalisation du travail. Frédéric WinsLow-TAYLOR a recherché avant toutes choses l’augmentation du rendement du travailleur, reléguant nettement au second plan les préoccupatons de bien-être matériel de celui-ci. S’il a été néanmoins l’un de ceux qui ont provoqué l'élévation des salaires, il n'y à jamais vu qu’un moyen d'accélérer la production.
Les idées de Taylor ont été répandues en France en 1907 par M. H. LE CHATELIER qui en est l’ardent défenseur. Il dit que Taylor croit au déterminisme : s’il ignore le mot, il connaît la chose et en pousse l’usage jusqu'à ses extrêmes limites. Certes, Taylor fut un excellent observateur et un parfait expérimentateur dans sa sphère d'ingénieur. Taylor fit d'abord des recherches sur la vitesse et la durée du travail humain, et tout le monde connaît l’histoire des porteurs de gueuses. Il prit deux ouvriers très robustes, excellents travailleurs, leur donna double paye, et enregistra, chronométra tous les mouvements. Les résultats de ses études furent une confirmation des données recueillies par COULOMB, CHAUVEAU, Mosso, IMBERT, sur l’évaluation du rendement et sur les modes économiques du