‹ Le Rôle de la Médecine dans la Rationalisation du Travail industrielChapitre 7 sur 59 · EN · texte numérisé non relu

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utiliser le travailleur de la façon la plus rationnelle. Ils corrigent en cela, à notre avis, la grosse erreur du système de Taylor.

D'autres systèmes d'organisation du travail, dérivés ou rivaux du système de Taylor, sont nés en Amérique.

Le système EMERSON, avec la « Ligne » qui représente la série des intermédiaires depuis le directeur jusqu'aux ouvriers et « l’Etat-Major » formé d'experts et de conseillers.

Le système GANTT, caractérisé par le « task and bonus system: » est développé dans l'ouvrage « Work, wages and profits ».

D'autres systèmes ont encore été créés et n’eurent qu'une existence éphémère. Mais tous les collaborateurs ou élèves de ces créateurs de systèmes d'organisation du travail, se sont efforcés d'améliorer toutes ces méthodes qui manquaient surtout de connaissances suffisantes dans la physiologie du travail et dans la psychologie ouvrière. Ainsi, le pays où l’industrie semble la plus prospère nous montre le premier que la rationalisation n’atteint son but qu'avec une utilisation rationnelle des forces humaines.

I1 est une autre organisation du travail, récente et tout à fait curieuse, qui fonctionne avec succès dans les usines Ford. Le docteur M.-L. DESTOUCHES a fait à ce sujet une communication des plus intéressantes à la Société de Médecine de Paris et de laquelle nous extrayons les lignes suivantes :

Au point de vue de l’organisation même de l’usine, il faut noter que chez Ford, fonctionne avec succès le système de la concentration verticale. M. L. Destouches a étudié le fonctionnement de ces usines.

« Le travail y est mécanisé à l’extrême, dit-il, et se réduit à quelques gestes, toujours les mêmes, répétés devant une machine, un nombre connu, presque fixé, de fois par jour. La machine y prend beaucoup plus d'importance que l’homme dans la fabrication. La valeur professionnelle des ouvriers n’y est pas considérée, et, chez Fora, n'importe quel ouvrier peut remplacer n'importe quel autre dans n'importe quel emploi, immédiatement, sans qu'il s'en suive ou presque de diminution dans le nombre des pièces fabriquées à la fin de la journée. L'avantage est énorme. Tous les ouvriers, aussi déchus qu'ils puissent être, y gagnent 6 dollars par jour. »

La direction sanitaire des usines Ford a publié pour l'usine de Highland Park qui occupe 44.500 ouvriers une hste y indiquant 13.184 ouvriers souffrants d’affections chroniques ou d'invalidités sérieuses : 629 tuberculeux et asthmatiques, 187 épileptiques et psychopathes divers. 2.000 hernieux, 417 cardiaques, 51 aveugles, des ataxiques, etc... 800 néphrites, en somme un très grand et véritable hôpital et des mieux fournis dans l'usine et dans l’une des usines les plus puissantes du monde. Quand l'ouvrier est fatigué, il va se reposer dans un coin de l'atelier.

« On à souvent parlé de l'affectation, d’après expertise médicale, des ouvriers chez Ford à un espèce de travail déterminé, rien dé tel n'existe dit M. L. DESTOUCHES. L'affectation de l’ouvrier a lieu avant l'inspection médscale et au hasard. Un seul médecin suffit pour pratiquer les examens qui sont définitifs et sommaires, et ce médecin a confié à M. L. DESTOUCHES que « ce qu'il fallait, c'étaient des chimpanzés, qu'ils suffisaient pour le travail auquel ces ouvriers étaient destinés et qu’on faisait

d'ailleurs des essais pour employer ces animaux à la récolte du coton dans les Etats du Sud ». Les ouvriers qui ne se plaisent pas à un emploi peuvent toujours changer, la mécanisation de l'usine permet ces substitutions instantanées d'individus. Les chefs d'atelier y ont compris qu'ils doivent faire usage de tout le monde et de n’importe qui, qu’il n'existe pour ainsi dire pas d'incapables absolus. Jamais un ouvrier n’est renvoyé. »

« Les accidents du travail sont rares chez Ford. On Y a perfectionné les appareils de protection. Ils tombent sous les effets de la compensation Law de l'Etat et Ford, par le service social, vient en aide aux accidentés ainsi qu'à ceux qui ne peuvent plus travailler à l'usine, leur distribue des secours et leur donne des conseils. Il n'y a jamais eu de grève chez Ford. »

Ces méthodes américaines de production ont parfois rencontré d’ardentes oppostiions, et la méthode de Taylor fut la plus critiquée. Après avoir aménagé selon ses principes la Bethlehem Steel, la Tabor Manufacturing Company et la Linkbelt Company, Taylor, avec son disciple Barth, voulut employer ses méthodes à l’Arsepal de Watertown. Il y rencontra une vive opposition de la part de l'Association internationale des mécaniciens, et qui entrava le développement de son œuvre jusqu'en 1913. En Europe, et en pays latin surtout, Taylor fut assez vivement critiqué. Pour nous, Français qui pensons aussi avec notre cœur, il nous à un peu choqués.

On a dit que l’accroissement de production, but essentiel du système Taylor, ne pouvait être obtenu que par le surmenage des ouvriers, que l’ouvrier était ravalé au niveau du manœuvre, sa situation sociale et intellectuelie était amoindrie, que la monotonie du travail et

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l'absence de tout travail intellectuel décourageaient les bons ouvriers.

H. Le CHATELIER défend le système Taylor en répliquant que ce système diminue le surmenage, l'augmentation de la production étant due à des dispositions indépendantes de l’ouvrier, et c'est l'avis de tous ceux qui l'ont vu fonctionner, ajoute-t-il. Il déclare que c'est le manœuvre qui arrive, par la méthode de Taylor, à faire le travail d’un bon ouvrier, mais il regrette de voir disparaître l’ouvrier d’art. Il dit encore qu'il est faux d'affirmer que la spécialisation et la répétition du même travail dégoûtent les hommes ; c'est vouloir nier les faits prouvés par l'expérience.

S. ABBATUCCI n'envisage pas du tout la méthode de Taylor d'une façon aussi favorable. Parlant du fameux centre polygonal de Grasset qui est la demeure de l'Ange et de la Bête, il dit : « Dans le système Taylor, la Bête a le pas sur l’Ange. L’être humain devient une machine qui doit être dressée à produire le maximum de travail donné dans le minimum de temps. Il est réduit à l’état d'automate à la manière de ce canard de Vaucanson, qui avait la démarche balancée du palmipède, picorait des grains, leur faisait même subir une sorte de mastication digestive, et dont le cerveau était remplacé par une courroie de transmission. »

Madame Ioreyko, étudiant l'œuvre de Taylor, dit qu'elle présente un certain caractère scientifique, qu’elle a confirmé bien des lois découvertes dans les laboratoires d'Europe, et a toujours permis d'obtenir une augmentation de rendement. Mais le système de Taylor est-il le bon ? Madame Ioreyko lui objecte l'absence de données scientifiques en Ce qui concerne la fatigue des ouvriers ; on ne s'en tient qu'à leurs

affirmations qui sont contestables, dit-elle, et c'était La première chose à faire, vu que lé système Taylor bouleverse les habitudes courantes, transforme les mouvements et imprime au moteur humain une allure toute nouvelle, Madame IOTEYkO dit encore que le système des primes qui fait partie de l'organisation même permet de prévoir un surmenage fatal, c’est une « prime au surmenage ». Quant à la dégradation de l'être humain par les mensurations, le chronométrage, la monotonie du travail elle-même et l'absence d’'élément , intellectuel, ce ne sont pas des critiques sérieuses, ditelle. Le travail industriel est monotone par son essence même et :l est fort peu intellectuel : il tend vers l’autowatisation de plus en plus complète. Madame Ioreyxo se demande si le système Taylor est perfectible ou s’il présente à sa base une erreur fondamentale et conclut de son étude qu’en tous cas, malgré ses nombreux avantages, ce système ne doit être employé qu'avec de grandes réserves, Georges BRICARD, sans chercher à démontrer s’il y à un caractère scientifique dans l’œuvre de Taylor, la considère comme le « point de départ d'un esprit nouveau qui s'est répandu dans toute l’industrie et qui a conduit indiscutablement dans toutes sortes de bran- €hes à l'amélioration notable des procédés de travail ». Aux industriels qui reprochent au système Taylor sa complication et l'importance des dépenses de frais généraux qu'il entraîne, G. BRICARD répond que. cette complication est un mal inhérent au progrès, et que les dépenses faites pour l'installation du système dans une usine ont toujours été très rémunératrices. Taylor-.a réussi à montrer l'extraordinaire bénéfice que l’on peut retirer de l'étude scientifique des procédés et des temps

de fabrication, dit BRICARD, et ce sont surtout les procédés techniques de Taylor qui se sont le plus répandus en France, tandis qu’on a laissé de côté ses principes de commandement du personnel qui paraissent peu : appropriés au caractère de l’'ouvrier français. G. BRI- CARD croit que le mouvement en faveur de l'application des méthodes de Taylor va s'accentuer, « la situation particulière créée en France par une natalité insuffisante devant conduire à une raréfaction de plus en plus marquée de la main-d'œuvre et à un besoin de plus en plus pressant d'utiliser le plein rendement des travailleurs disponibles. »

Le Professeur J. Amar trouve le système Taylor nettement insuffisant au point de vue physiologique, Taylor n'ayant pas le moyen d'apprécier le degré de fatigue, de connaître la vitesse, le rythme, l'effort, qui, pour un travail maximum, n’exigent que la plus petite dépense d'énergie. Néanmoins, J. AMAR Considère que le système da Taylor « amendé sous le rapport des condltions physiologiques du travail, pratiqué par des hommes de tact, doués de savoir et de savoir-faire, constitue une des solutions les plus scientifiques du problème social de la main-d'œuvre, des rapports des employeurs avec les employés. »

J. M. Lay, dans son livre sur « Le système Taylor -et la physiologie du Travail professionnel » a fait une critique sérieuse de l'œuvre de Taylor. Tout d'abord, il rappelle que Taylor n'a pas été un novateur dans l'étude scientifique des mouvements et le chronométrage. Vauban s’en servit pour la construction des forteresses. Bélidor pour l’enfoncement des pilotis et le paiement des ouvriers. Marey créa la chronophotogra-

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phie des mouvements et étudia le travail de l’homme dans les professions manuelles. Frémont étudia le travail des forgerons, et prit des films du frappeur martelant directement à devant et du frappeur à la volée, il s’attaqua ensuite à la technique du cloueur. Navier s'intéressa au travail au cabestan et au travail des carriers. Imbert fit une étude complète du travail au cabrouet, etc... mais Taylor ne s'est pas servi des méthodes et des découvertes déjà réalisées dans les laboratoires scientifiques, il a perfectionné les procédés en usage depuis longtemps dans l’industrie métsllurgique. Au lieu de mesurer le temps global employé à faire une besogne, il a décomposé le travail en mouvements élémentaires utiles, chronomètres individuellement, et dont le total donne le temps réel qui doit être accordé à l’ouvrier, L'économie de temps réalisée est saisissante dit J.-M. LAHY, mais, en admettant comme suffisamment exactes les moyennes établies par le chronométrage, il est un élément qui échappe à la mesure, C'est le repos nécessaire au cours d’un travail : Taylor s’en rapporte à l'avis du travailleur, qui est sans valeur scientifique. En outre, la plupart des ouvriers ne travaillent pas tous à la même vitesse et Taylor impose à l’ouvrier l'obligation d'accomplir les travaux chronométrés pendant tout le temps de sa présence à l'usine. Taylor cherche toujours les meilleures vitesses d’un excellent ouvrier et applique ensuite un coefficient de réduction pour l’ouvrier moyen, mais il ajoute que si on offre aux ouxriers une bonification, ils feront toujours mieux qu'ils n'auraient fait sans ce stimulant. Taylor oublie dans l'établissement des règles du travail industriel la durée du repos physiologique nécessaire et LAHY en dit que « si paradoxale que l'affirmation

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puisse paraître et nous ne pensons pas qu'aucun psyChologue ou même physiologiste puisse nous contredire, c’est l'ancien chronométrage global qui est relativement plus rationnel que celui de W. Taylor. Il évite l'erreur fondamentale d'un système qui ne demande pas à la physiologie du muscle, à la psychologie de l'attention et de l’action, les règles d'une utilisation à la fois complète et hygiénique du moteur humain ». LAHY en conclut que la moyenne et la petite industrie ont tout à gagner à l'emploi des rthodes de Marey, d'Imbert et de Gilbreth, plus scientifiques que celles de Taylor. La pleine efficacité du système, dit-il, n'est obtenue que dans des usines qui emploient beaucoup de personnel et dans des pays à recrutement intarissable. Peut-on penser après cela que le point de vue de la prospérité nationale se trouve respecté par W. Taylor, comme il l’affirme dans le début de son ouvrage ? Taylor dit vouloir limiter par le mode d'attribution des saiaires, l’activité des ouvriers afin de préserver leur santé et de maintenir la perfection du travail. C’est ainsi que, chose imprévue, il accorde entre autres primes, une allocation pour régularité de travail, dit J.-M. Lay et il ajoute :

« Nul doute que la méthode ne se trouve améliorée, si l'on requiert l'avis du psycho-physiologiste au moment où sont fixées les règles du travail. »

On s’est cependant demandé s’il ne serait pas possible de fixer scientifiquement le prix d'exécution d’une pièce. On y est arrivé par une analyse minutieuse du temps nécessairement utilisé pour le travail considéré. Le système Rowan, que préconise J.-M. LAHY, présente de nombreux avantages. Il limite le boni réalisé par l'ou-

vrier à un chiffre toujours admissible par le patron, car les premiers efforts sont mieux récompensés que les derniers. Ce mème fait qui pourrait apparaître à certains comme entaché d'injustice comporte encore un autre avantage ; il peut inciter l’ouvrier à limiter son effort de surproduction puisque l'intérêt matériel qu'il en retire va en décroissant, Nous sommes loin des principes de Taylor, et, malgré les affirmations de Taylor, la préoccupation de la santé des travailleurs passe au dernier plan de son œuvre. Ne voyant partout que le rendement maximum et immédiat, il ne considère pas à leur juste valeur, les qualités professionnelles des ouvriers. Les travaux industriels modernes tendent à devenir de plus en plus réduits à quelques gestes et soumis à une incessante répétition, et.on remarque, dit J.-M. LaHy, qu’au sein de cette monotonie même, les formes diverses de l’attention, le rythme de ses périodes comme celui des gestes, la rapidité motrice, la durée du temps de réaction, sont autant de facteurs capables de se combiner diversement pour constituer le signe psycho-physiologique de la supériorité professionnelle qui fera préférer l’ouvrier. Ceux qui ne sauraient être agréés chercheront, avec l’aide du psycho-pnysiologiste, des occupations conformes à leurs aptitudes dit encore J.-M. Lay et au bout de quelques années, on verra diminuer le nombre des déclassés et se développer le rendement industriel. Il suffit pour cela de demander l'avis du physiologiste, du psychologue, du médecin. Le jour où cet avis sera demandé, dit J.-M. Lay, les deux grands principes d'organisation du travail qui font défaut chez Taylor, sélection professionnelle préalable et étude du moteur humain en fonction du travail professionnel, permettront, en s’introduisant dans les

usines, de placer les méthodes françaises avant les méthodes américaines.

J.-M. LaAHY pousuit :

« Le système de Taylor, en enlevant à l’ouvrier la possibilité d'adapter son organisme à un rythme travail qui lui soit propre, en lui imposant le rythme le plus favorable à la forte production industrielle, met l'organisateur de ce système dans l'obligation de rechercher les conditions parfaitement hygiéniques du travail, et, ces conditions déterminées, de les respecter. W. Taylor ne pouvait donc solutionner le problème qu'à l'aide de l’un ou l'autre de ces deux procédés : entreprendre l'étude des effets nocifs du travail, ce qu'il n'a pas fait, ou poursuivre les observations méthodiques sur la durée entière de la vie de l'ouvrier, ce qui était impossible, »

D'ailleurs Taylor n'a limité la durée du travail que lorsqu'il à constaté les effets du surmenage sur le rendement, mais il ne s'est jamais préoccupé de savoir quelle était la valeur de ces signes et s'ils n'affirmaient pas une déchéance déjà très avancée de l'organisme. Le système Taylor, dit J.-M. Lany, impose à l'ouvrier la perte complète de l'initiative, reportée toute entière sur la direction. Il fait du mécanicien lui-même un manœuvre, 1l l'astreint à une besogne. attentive où chaque seconde de son temps est consacrée à un seul but : le rendement. Toutes les améliorations que Taylor apporte, sont, dans ce but, excellentes, et marquent un progrès en accord avec le sens général de l’évolution, qui est de substituer un ordre rationnel à l'empirisme ancien. Les efforts de W. Taylor, lorsqu'ils se portent sur le domaine de l'ingénieur et du chef d'industrie, peuvent être efficaces,

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nul n'étant plus que lui qualifié pour y agir. Mais son souci d'augmenter la production l’a conduit à dépasser les limites de ses connaissances spéciales : la collaboration des hommes de science qualifiés, psycho-physiologistes lui eût été nécessaire et il aurait dû se souvenir qu'il avait écrit lui-même qu'il était stupide de vouloir exiger toutes les connaissances du même individu. Taylor ne voit dans l’homme que sa valeur de rendement et le caractère essentiel de son œuvre est de tout faire converger vers le rendement total maximum de l'usine. « I] y aurait donc injustice, dit J.-M. Lany, à reprocher à Taylor d’avoir eu l’idée préconçue de surmener l’ouvrier. Certes, le résultat est le même, car il a, qu'on nous permette l'expression « pensé l’homme » en ingénieur, au lieu de le penser en physiologiste, en psychologue, en sociologue. Erreur, car la machine humaine se détruit et se répare sans cesse : elle n’est à aucun moment identique à elle-même, elle possède un fonctionnement interne. L'assimilation absolue de l’homme à un moteur mécanique est une erreur à la fois physiologique et philoscphique ».

En somme, F, W. Taylor a grandement perfectionné les procédés techniques de l’industrie moderne, mais ses méthodes ne se sont pas développées comme elles l’auraient dû, car Taylor a négligé dans ses travaux le facteur essentiel du travail : l'homme, dans sa physiologie comme dans sa psychologie. Aussi ce n’est qu’une minorité d'usines américaines qui fonctionnent selon les règles de Taylor, et c’est cette minorité qu'on fait visiter aux Européens.

Nous avons parlé aussi d’une méthode toute nouvelle pratiquée dans les usines Ford. et le docteur M. L. DEs-

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TOUCHES qui en connaît bien le fonctionnement nous dit de ce nouveau système qu’il permet « bien mécanisé et organisé, de nourrir facilement, dans la prospérité et la réussite indüstrielle, des milliers d'êtres que nous Sommes accoutumés à voir à l'hôpital, dans les dispensaires, dans la rue, traînant longuement leur misère ou leur semi-détresse à la charge de la communauté. Cela mérite sérieuse réflexion et surtout enquête. Il se pourrait que par ce moyen, nous découvrions dans nos usines aussi, autant de malades que dans un hôpital et qu'une enquête dans les villes, dans les dispensaires et dans les sanatoria nous révèle l'existence d’une nombreuse main-d'œuvre gaspillée et parfaitement utilisable. En ce qui concerne la France, nous retenons de l'exemple Ford la preuve que cet emploi est possible, leur utilisotion pourrait être chez nous plus rationnelle, moins indifférente humainement, et s’allier à une surveillance médicale combinée avec un traitement convenable à chaque cätégorie de malades. »

M. L. DESTOUCHES poursuit :

« Si nous avons parlé des possibilités nouvelles de l'hygiène sociale et d'amélioration de la santé publique par le moyen de l'industrie moderne, mécanisée au maximum, c’est qu'il nous apparaît comme un. des rares moyens de sortir de la situation un peu ridicule où nous nous trouvons. La vie matérielle et sociale des 16 millions de Français dont nous nous occupons plus spécialement et qui n’ont pas tout à fait en moyenne 20 francs par jour, qui sont dans la rue, ou bien chez eux, ou bien enfin à l'usine exécutant par ordre un travail quelconqüe, pourrait s'en trouver grandement améliorée. » CAR RAT «Ce que nous pouvons faire, dit M. L. DESTOUCHES,

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est d'essayer d'améliorer la santé publique et l’état des malades au moment du travail et indirectement par les latitudes que donne le travail bien organisé par l'usine moderne. » ;

M. L. DESTOUCHES ajoute :

« Le rôle essentiel de l'usine : fabriquer, n’en souffre pas, au contraire, semble-t-il, et l'emploi de cette maind'œuvre diminuée en apparence, est une bonne affaire. Une meilleure utilisation des ouvriers. des malades chroniques, plus soigneuse que chez Ford, permettrait sans doute, si elle se généralisait dans l'industrie et même dans le commerce, d’alléger de beaucoup le budget des Assurances Sociales de demain. Etant donné, que les frais occasionnés par ces assurances retomberont finalement, qu'elle s’en désintéresse ou non, à la charge de l’industrie nationale, il est possible que cette perspective éveille notre sens social, en France souvent un peu défaillant et tardif. »

Ce que nous rapporte M. DESTOUCHES se passe dans un pays où l’on estime la vie humaine d’après sa valeur en or, où l'on combat énergiquement les maladies sociales parce qu’elles diminuent le nombre des banknotes que l'individu, théoriquement, représente, dit Henri BOUQUET. On y pense que le vieillard infirme est heureux de gagner encore, malgré son infirmité, des sommes rondelettes. Après tout, il l'est peut-être, là-bas. C’est qu’il a une mentalité à part, qui n'est pas la nôtre. Henri BOUQUET s’en prend aux « tendances actuelles de certaines de nos industries qui se lancent aveuslément dans la voie de l’américanisme, qui ne se préoccupent ni des coutumes, ni de la mentalité dv travailleur de chez nous, ni de la nôtre, qui ne voien que le rendement, la vitesse, le gain matériel, qui pour

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