Introduction à la traduction de Rastahlo, op. rit
et les divers moyens crinvestigation dont nous disposons nous auraient montré une corrélation entre : la balance des comptes et les mouvements de la monnaie métallique ; les mouvements de la monnaie métallique et ceux des prix ; ceux des prix et ceux du commerce extérieur. Une telle constatation n'aurait eu que la valeur d'une présomption, car l'existence de ces relations aurait pu avoir une autre cause ; mais leur absence est incompatible avec la théorie : à moins qu'on ne refuse toute créance aux statistiques et aux évaluations des prix.
Il résulte, en tous cas, de l'examen des instruments monétaires employés dans le commerce international qu'on ne peut ramener leurs propriétés — et partant leur action, leur rôle — au caractère unique sur lequel repose la théorie ricardienne : la variation de la valeur de la monnaie — c'est-à-dire des prix — en raison de la quantité de numéraire en circulation.
Sans doute, on peut et on doit tenir compte, dans l'étude du commerce international, de certains caractères généraux de la monnaie, comme on doit tenir compte du fait primordial de l'échange; mais il est aussi illégitime de ne considérer que ces caractères généraux de la monnaie que de n'y considérer que le fait d'un troc.
Nous avons été amenés, au cours de cette étude, à noter certaines propi-iétés générales de la monnaie : espèce nK^iinayée, linf^oton valeur mobilière, c'est toujours une marchandise; et c'est voWc (jiinliN'' ([ni eu fail un véritable moven de rèiilemeni et [)crm<'l de ne pas limiler les échanges internationaux aux besoins récipi'u- (jiic^ do deux pays à nii inonienl donn(\ Xoiis avons observé son rôle de monnaie de compte — (pTelle intervi(Mme réelh^nicnl (»n non dans r(''ehange — el analysé rinlluence (pTclle exei'ce, d;uis celle l'onction — inlbuMiee lormeliemenl méconnne jiar St Mill — sni- la détermination de la valeur d'échange. Quant à In pro[)riété(pie 1.1 lli(''orie quantitative lui attribue, de changer (\o v;d(^ur en i-aison de la quantité en circulation, ce travail ne nous a pas donné l'occasion de la confirmer, ni de la rejeter en principe.
Aff/fs, cil r/ifhnett(int comme établie^ la relation (jU^cIlc indique entre la monnaie et ie.s p/'ijc^ ne doit pa^ faire né(iJi(ier d'antres relations, multiples et contraires entre ces deux éléments ; et elle ne doit /la.s /aire ouhlic/' (pie (raiitres facteurs arjissent sur les j)r'ix et sur le commerce extérieur.
Et d'abord, les relations entre la monnaie et les prix sont multiples et ne sauraient se rame-
ner à raction indiquée par la théorie quantitative : il nous suffit à ce sujet de rappeler l'influence des variations du stock monétaire sur l'escompte, et la tendance des auteurs à attribuer au taux de l'escompte, selon les besoins de leur thèse, les influences les plus contraires sur les prix des marchandises ; il n'en faut pas plus pour montrer que, si cette action indirecte de la monnaie sur les prix n'est pas tout à fait opposée à l'action directe que lui attribue la théorie quantitative elle est, du moins, très complexe et tout à fait incertaine.
Cette complexité et cette incertitude de l'action qu'exerce la monnaie sur les prix apparaît plus nettement encore lorsque, analysant les instruments monétaires qui sont en usage dans le commerce international, on envisage les valeurs mobilières. N'étant employées, dans le commerce intérieur, ni comme intermédiaire habituel des échanges, ni comme mesure des valeurs, elles ne sauraient avoir les mêmes propriétés que les métaux précieux ; et l'on ne peut leur attribuer aucune action directe sur les prix. — Quant à leur action sur le marché financier, elle est très différente^ et, dans une certaine mesure inverse de celle des métaux précieux : tandis qu'un arrivage de métaux précieux tendrait à
augmenter Toffre de capitaux tlottante et la demande de placements, une importation de titres ne peut qu'accroître l'offre de placements et la demande de capitaux ; ainsi les mouvements de titres, employés comme monnaie internationale, exercent une action inverse de celle des mouvements de métaux précieux sur le « prix de l'argent» ; encore faudrait-il distinguer entre le taux de l'escompte et celui des reports...
Il nous suffit de retenir ici combien sont compleœeSj incertaines et contraires les diverses influences que peuvent exercer sur les prix les instruments monétaires employés dans le commerce international. Cette constatation interdit de les ramener toutes, comme le fait la théorie ricardienne, à une action unique. Par conséquent, même en admettant que la valeur de la monnaie varie, dans chaque pays, en raison de la quantité d'espèces en circulation, nous ne pouvons en conclure que les variations du stock métallique font varier les prix conformément aux besoins de la balance des comptes.
Et comme nous avons reconnu, en outre, que de nombreuses influences s'ajoutent certainement à l'action, déjà complexe etincertaine, des variations du stock métallique sur les prix, nous pouvons conclure que les variations du stock
métallique, sous F influence des transports internationaux de numéraire j ne déterminent pas l'équilibre du commerce international.
Il y a peut-être, clans la théorie ricardienne, la définition d'une force latente, qui se combine avec d'autres en une résultante incertaine ; mais la thèse qu'elle prétend démontrer est fausse.
Nous avons été amenés, au cours de cette étude, à rejeter la croyance à un équilibre naturel de la balance des comptes fondée sur le fait primordial de l'échange (chap. II).
Cet équilibre ne nous semble pas résulter davantage du rôle que la théorie quantitative — ou du moins l'application qui en est faite dans la doctrine ricardienne - attribue à la monnaie métallique. Le change constate cet équilibre, étend les périodes pendant lesquelles il peut se manifester ; il ne le crée pas.
Quant aux valeurs mobilières, nous avons pu constater que, souvent, à l'époque actuelle, le solde des transactions internationales auxquelles elles donnent lieu, équilibre heureusement celui de la balance commerciale ; ce phénomène semble s'expliquer par la nature des relations de créancier à débiteur qui s'établissent naturellement entre les vieux pays et les pays neufs.
Mais les cas dans lescjiicls les valeurs mohili»''res, au lieu de constituer un (Méincnt fortuit de la balance des comptes, sont employées poui- la régler, c'est-à-dire les cas où (dics joikmiI le i'("»I<> de monnaie (udlaiiniK^iil (•cfiaiii^ arhilrages) sont beaucoup [)lus restreints. 1"]|, (railleurs, réquili])re (jiii s'idablirail pai-ee moyen leiidi'ait à faire jouera la nation débitrice le rùle du prob'^taire vis-à-vis du capitalist(^ ; il ne tendrait pas, comme l'équilibre que la théorie atti'ibue aux changements de valeur de la monnaie, à adapter les échauiifes iulernati(uiaux au deiin'' de productivité du pays.
Ainsij pas /)///.< (jiie (frnh< le fait jtiimoi-flijil de rcch'iii'/C , il if II (i <hin>i le inéciiiiixine réel par le(itœl règlent aeUiellement les éehaïujes iiiternatlomiKX un rè(iiil(iieiir naturel de la halanee des comptes.
Si la substitution à une a th(''oi-ie >> (Tune analyse plus précise de la réalité a eu pour eflet de ruiner et la thèse ffu'elle défend, et le procédé de démonstration, il iuq)orli^ de préciser les conclusions que cette expérience comporte, scion nous, quant à la méthode.
Nous avons monlr('' rinexaeliliide d'niu^ conception (jui [trétend expliquei' les [tluMiomènes complexes du commerce international par la
considération exclusive de certains caractères généraux de l'échange ou du mécanisme par lequel il s'opère ; mais nous ne prétendons pas qu'il faille négliger ces caractères. Assurément, la notion de troc, dont nous avons constaté l'abus, ne doit pas être perdue de vue dans l'explication du commerce international. Le mécanisme par lequel l'échange s'effectue ne doit pas faire oublier que, de part et d'autre, sont fournies des marchandises dont il importe de considérer la nature. Le sophisme que nous avons relevé plusieurs fois, dans ce travail, consiste dans la négation de l'influence qu'exercent sur le phénomène, dont le caractère général est seul considéré, les conditions dans lesquelles il s'accomplit : le commerce international contient un échange, ce n'est donc qu'un échange ; la monnaie est une marchandise, ce n'est donc qu'une marchandise quelconque.
Ce sophisme me semble être la cause de ces assimilations toute superficielles de la réalité à des cas irréels, sur lesquels a porté l'effort de St. Mill, et malheureusement de beaucoup d'auteurs à sa suite ; aussi ont-ils constitué bien souvent non une économique rationnelle, mais une économique irréelle.
Aussi, beaucoup de bons esprits se sont-ils habitués à considérer la « théorie » comme
ayant un domaine distinct, étranger à l'étude expérimentale. Telle n'est pas cependant, — à moins de considérer la théorie comme une science de l'irréel, vaine par définition — la conclusion que nous voudrions tirer de ce travail. Nous ne pensons pas que la théorie ait un domaine distinct : car on nesaiiinit l'interdire à l'observation, et l'observation no saurait s'en passer.
La matière de la science économique ne consiste jamais que dans des faits, plus ou moins généraux, plus ou moins répétés, qui ne peuvent être scientifiquement établis que par une observation rigoureuse. On n'en peut abandonner acune catégorie à une autre méthode, et comme à une autre science, sans les rejeter hors de toute méthode et de toute science : car quelles que soient les ressources de l'esprit scientifique, rien ne dispense de l'observation précise des faits.
Les faits que l'on est le plus tenté d'abandonner à la théorie sont précisément les faits généraux, répétés, — les historiens les appellent parfois institutions — qui en conditionnent beaucoup d'autres. Or, de la conception que nous avons des premiers dépend la façon d'envisager les seconds. Il va donc intérêt à substituera une conception vulgaire et mal consciente, uu tradi-
tionnelle et vague, une conception tirée de l'analyse des faits.
C'est à quoi nous avons tâché dans cette étude. Il est vrai qu'à des affirmations nous avons substitué des négations : nous n'avons indiqué aucune relation nouvelle entre les phénomènes, nous avons simplement démontré que certaines relations n'existaient pas. Mais le caractère négatif de cette conclusion n'est qu'apparent. Car la croyance à l'équilibre naturel des échanges ignore certains problèmes que pose une constatation contraire.
Nous avons indiqué, au début de ce travail, ([ue le défaut d'équilibre de la balance des comptes peut, à lui seul, compromettre l'existence des économies nationales : un pays qui n'a plus, dans certaines branches de la production, une supériorité qui assure l'équilibre de ses éclianges avec l'étranger et qui, par conséquent, devient l)lus consommateur ([u'acheteur, verra fuir son numéraire, tandis que certains producteurs indigènes, chassés du marché pai' la concurrence étrangère, seront réduits à l'émigration en masse. Telle est du moins la formule par laquelle on peut exprimer le problème qui se pose.
Par conséquent, non seulement le développe-
nic'iil, mais IV'xislencc iiiùnic de la nation ne s'iiarmoiiisc pas néccssairciiicnl aveclccicvelu[)- Itoiiienl (''ronnmi(jiio i:(Mi(''ral.
K[ Ton (loil se deiiiandor cuuuiicnL se résolvcMd, en iail, les conllils que les échanges internalidiiaux font nailre entre 1 eeunnniie nationale et réconoinie mondiale.