CHAPITRE IX
Conclasionii .
L'objet essentiel de cette étude était l'examen d'une théorie d'après laquelle l'intervention de la monnaie détermine les conditions d'équilibre du commerce international.
Gomme cette théorie ne semble pas, sous sa forme classique, être le résultat d'une constatation des faits scientifiquement établie, nous nous sommes proposé d'examiner si elle était bien l'expression de la réalité.
Or cet examen a donné les résultats suivants :
1° Logiquement cette théorie est une application de la théorie quantitative. Or, la théorie quantitative elle-même n'a peut-être pas été l'objet d'une démonstration expérimentale parfaite. De plus, la thèse de Ricardo ne repose pas seulement sur la simple constatation d'une rela-
tion entre la quantité des métaux précieux et leur valeur ; mais elle exige que la monnaie soit soumise à la loi de l'offre et de la demande, en tant (ju'intermédiaire des échanges ; or, si l'on admet, avec M. Laughlin, que la monnaie n'y est soumise que comme iiinrchandise étalon des valeurs, la demande de monnaie n'étant pas affectée par les transports internationaux, les prix ne seraient aucunement modifiés par ces transports. En outre la théorie ricardiennc consiste dans une application inexacte de la théorie quantitative : car celle-ci, sous sa forme correcte, affirme que les prix dépendent du ra[)port entre l'offre et la demande de monnaie, tandis que la thèse de Ricardo ne tient compte que de l'offre, qui seule est affectée, dans chaque pays, par les transports internationaux. Enfin, même si l'action du stock métallique s'exerçait seule, le rapport entre la diminution des prix et l'augmentation des exportations (ou inversement) n'étant pas connu, on ne saurait affirmer que cette diminution des prix aurait pour elTet de redresser la l)al;mce. La théorie ricardiennc, considérée comme une application delà théorie quantitative, repose donc siii- une série de déductions incorrectes.
2" D'ailleurs, le rapport entre les variations des prix et celles que suhit le stock m(''talli([ne,
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sous rinfluencede la balance des comptes, fût-il déduit correctement d'une proposition vraie, on n'en saurait conclure qu'il détermine les conditions d'équilibre du commerce international. Car l'expérience montre : 1° que la monnaie métallique n'intervient pas toujours lorsque l'état de la balance exige l'emploi d'une monnaie (rôle des titres) et 2°, même dans la mesure où la monnaie métallique pourrait jouer son rôle, d'autres facteurs peuvent agir sur les prix : — variations de la circulation fiduciaire ; prix des importations ; influence de la coutume ; progrès techniques ; taux de l'escompte, etc. — Et, par conséquent, les prix nationaux peuvent ne pas varier conformément à la théorie ; ou leurs mouvements peuvent être contrariés par ceux que subissent les prix dans d'autres pays, sous l'influence de causes différentes. Enfin, les statistiques n'indiquent pas entre les mouvements des métaux précieux, ceux des prix et ceux du commerce extérieur des coïncidences qui puissent faire présumer que l'influence prépondérante appartient aux variations du stock métallique.Peut-être, s'il existe entre les variations du stock métallique et les prix une relation fondée sur la quantité de monnaie en circulation, y a-t-il, dans la prétendue loi de l'Equation de la demande internationale, l'expression d'une force
latente, qui, en se combinant avec beaucoup d'autres, échappée nos regards. Il ne serait pas sans intérêt, s'il en est ainsi, de l'isoler ; cette analyse contribuerait à l'explication des phénomènes du commerce international. Mais, elle ne saurait justifier une théorie où le rapport entre les variations du stock métallique et les prix semble déterminer à lui seul l'état d'équilibre des échanges internationaux. Il ne suffit donc pas d'observer, avec M. Sauvaire-Jourdan (1), que « la loi fondée sur la théorie quantitative de la tendance de la balance des comptes vers l'équilibre est loin d'être absolue » ; il faut dire qu'elle n'est nullement démontrée.
Cette théorie n'a donc aucune valeur scientifique ; il ne s'ensuivrait pas, il est vrai, que nous soyons autorisés à rejeter l'hypothèse qu'elle implique : de l'absence de démonstration, nous ne saurions conclure à sa fausseté. Mais sa fausseté ressort des constatations faites au cours de cet examen critique.
Si elle exprimait véritablement les conditions normales de l'équilibre des échanges internationaux, nous aurions dû en trouver la (•(•iiliimation dans les cas considérés : la statistique