Lecon d’uuverture faite le 19 mars
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dans un étroit et sordide local qu’on appelait le caveau, les lecons d'anatomie du professeur Kirmisson, mon premier maître. Puis, pendant un quart de siècle, le professeur Lannelongue a bien voulu m’associer à ses travaux et m’accueillir dans son laboratoire, où j'ai passé le meilleur de ma vie. Pendant le même temps, le professeur Debove, dont je fus deux fois l’interne, n’a cessé d’être mon guide et mon soutien dans les étapes successives de ma carrière médicale, dont voici maintenant la dernière. Pourquoi faut-il qu’un sort cruel m'oblige à saluer seulement d’un pieux souvenir un maître disparu, le professeur Joffroy, dont l’une des dernières espérances était de me voir un jour dans cette chaire!
Messieurs, je serais bien ingrat si le maître éminent, qui tenait hier encore cette place, ne recevait ici l'hommage de ma très vive reconnaissance. Ce sentiment, je me plais à le croire, vous paraîtra d’autant plus sincère qu'on n’y saurait plus rien soupconner aujourd’hui de ce que, dans sa définition célèbre, l’auteur des Maximes appelait cette « forte et secrète envie de recevoir de plus grands bienfaits ». Je n’ai pas eu l’avantage d’être l’élève du professeur Bouchard. Rien ne me désignait à sa particulière bienveillance, sinon peut-être le très vif amour des recherches poursuivies sur le même champ. Or, il souhaita me voir lui succéder lorsque, ne voulant pas user d’un droit qu’il considérait
Su,
comme une faveur, il jugea venu le moment de se retirer. C’est l’honneur d’une Faculté de compter parmi ses membres des hommes qui placent au-dessus de leur satisfaction personnelle — et d’un légitime amour propre — la haute idée qu’il se font de l'intérêt général et du bien de l’enseignement.
Vous le voyez, Messieurs, ma dette est lourde envers les maîtres de cette Faculté.
Mais combien lourde est aussi ma tâche.
Comment soutenir le renom de ceux qui m'ont précédé dans cet enseignement ?
Créée en 1831, cette chaire de Pathologie et de Thérapeutique générales doit son existence à la Commission nommée, au lendemain de la Révolution de Juillet, par le ministre de l’Instruction publique, Victor de Broglie, pour étudier l’organisation nouvelle de la Faculté de médecine. Des cinq chaires demandées par cette Commission, ce fut la seule créée. Un décret du 16 Février 1831 l’institua, un autre du 30 Avril y nomma comme premier titulaire Broussais.
Broussais, dont le nom résonne encore à nos oreilles médicales comme un nom de bataille, était alors au faîte de sa renommée. Médecin en chef de lhôpital militaire du Val-de-Grâce, membre de l’Académie de médecine depuis sa fondation en 1820, il devait sa célébrité retentissante à son Âistoire des phlegmasies chroniques publiée en 1x08, à son Examen de la doctrine médicale généra-
RP RARE lement adoptée, paru en 1816, enfin à son enseignement officiel du Val-de-Grâce et aux leçons privées qu’il donnait dans son amphithéâtre particulier de la rue des Grès, la rue Cujas aujourd’hui.
Broussais proclamait physiologique la médecine qu'il enseignait. Le nom, à vrai dire, valait mieux que la chose. Car rien de moins conforme à la méthode de nos physiologistes modernes que les assertions dont il composait son système. Si loin encore de CL. Bernard, alors que la physiologie n’existait qu’à l’état de rudiment, combien était-il plus sage, pour édifier l’histoire des maladies, de demander à l’anatomie pathologique l’appui des faits solides dont l’avaient dotée déja Bayle, Laënnec, Andral, Cruveilhier.
Sans doute Broussais eut quelque mérite à chercher pour la classification des maladies une autre base que les symptômes, à voir dans l'expression des phénomènes morbides autre chose que des lésions d’organes, et à protester contre les abus de la méthode numérique en tant que principe des descriptions nosographiques. Mais que de mauvais arguments ne donne-t-il pas à l'appui de ses opinions!
Nous avons de lui, en 5 volumes et 131 leçons, le cours de pathologie et thérapeutique générales qu’il professa. Il y passe en revue successivement les diverses maladies, et tout lui est prétexte pour affirmer que l’inflammation est la source de tous les troubles patho-