‹ Le rôle économique du port de DunkerqueChapitre 34 sur 45 · OT EE · texte numérisé non relu

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Les lots sont constitués dans un ou plusieurs magasins et sont identifiés sur des étiquettes portant le nom du vapeur, sa date d’arrivée et le tonnage débarqué. Ces étiquettes pourraient également mentionner que les marchandises sont la propriété de tel ou tel établissement financier.

Les avances consenties par les banquiers sont fixées à 8o ou go % de la valeur des marchandises, mais ils se réservent le droit de demander s'ils le jugent nécessaire, tel appel de marge devant équilibrer la couverture du gage si une baisse devait être enregistrée.

Plusieurs lettres de garantie sont fournies aux banquiers : une lettre d'affectation du gage dé l’intéressé au banquier, une lettre d'affectation du gage du transitaire au banquier, une lettre de garantie d'assurance et enfin des certificats de dépôts en magasins, rédigés sur timbre par 100 tonnes de marchandises de manière à faciliter le remboursement et l'enlèvement des marchandises. Ces certificats sont établis à l’ordre du correspondant intéressé qui les endosse lui-même au profit du banquier prêteur. Celui-ci, au fur et à mesure des paiements effectués, les retourne au transitaire après les avoir endossés à son ordre.

L'importance des effets est fixée d'accord avec l'intéressé et suivant ses prévisions. [ls sont en général de 250.000 à 500.000 fr. Deux renouvellements sont généralement demandés et les Sociétés de Crédit acceptent la prorogation des effets. Ils ne portent pas mention de nantissement des marchandises. Signalons en outre, que le remboursement des effets en tout ou en partie avant l'échéance est porté par les banquiers à un compte spécial productif d’un intérêt de 1/2 %, ce qui, en réalité, n’est qu’une ristourne d’une partie des agios perçus.

Un autre système de financement peut être appliqué, qui permet de centraliser les opérations financières afférentes à l’importation des nitrates. à

Ces nitrates sont alors pris en charge par le Comité Chilien, représenté pour notre ville par un sous-directeur résidant à Paris, le directeur habitant l'Angleterre.

Primitivement, les nitrates étaient payés par les transitaires au moyen d’une opération financière sur marchandises qui permettait l'envoi de £ en Angleterre, Depuis plusieurs années ces opérations sont abandonnées, le Comité Chilien ayant décidé de faire établir, au moment même de l’arrivée de chaque bateau, les certificats de dépôt qui sont adressés à Londres et au moyen desquels il finance lui-même son opération. Ces certificats sont ensuite retournés aux transitaires, revêtus des endos du Comité Chilien et des Banques

ayant réalisé l'opération financière pour permettre la livraison de la marchandise.

Ces quelques considérations nous prouvent l’importance du rôle joué par le transitaire. Un autre exemple suffira à nous prouver qu'il est le vrai trait d'union entre le tiré et les importateurs. Lorsque le tiré de la traite « documents contre paiement » ne peut la payer, mais est disposé à l’accepter, le transitaire entreposera les marchandises et les réassurera pour le compte du débiteur jusqu'à ce que la traite soit payée.

Avant de permettre au tiré d'examiner les marchandises, de prélever les échantillons et de procéder à des analyses, le transitaire fera préalablement signer le « trust recept » avant de confier les documents. Dans le « trust recept », le tiré déclare recevoir les documents pour un délai déterminé, sans acquisition de propriété et dans le but d’effectuer certaines formalités ou manipulations, mais il s'engage à ne pas les dédouaner et surtout à ne pas les céder.

Si le destinataire refuse de prendre possession de la commande, le transitaire est bien placé pour réduire cette défaillance au minimum. Il tâchera d’aplanir les difficultés d'interprétation, il pourra faire appel aux importateurs susceptibles de substituer au défaillant au moyen de la clause « en cas de besoin » (in case of need — when in need to) mise en bas ou en haut de la lettre de change. Il pourra, étant sur place, prendre une foule de décisions qui ne souffrent pas de délai : remise de la traite documentaire à vue contre acceptation, fixation et exonération d'intérêts pour paiements retardés et anticipés, mesures conservatoires pour les marchandises en souffrance, avance de fonds en prenant comme gage les produits emmagasinés. Ces multiples opérations nécessitent souvent un mouvement des fonds très important, exigent que les travaux soient exécutés par un personnel choisi avec soin et connaissant parfaitement tous les rouages d’un métier toujours difficile, souvent délical.

Avant de terminer ce chapitre, nous donnerons quelques indications sur les ventes successives dites « filières » pratiquées à Dunkerque et qui diffèrent assez sensiblement de la « filière » au terme du droit commercial français.

Les marchandises, maïs et avoines de la Plata, nitrates de soude, sulfate d'ammoniaque, etc..., importées par Dunkerque font l’objet de nombreuses ventes qui se concluent généralement aux Bourses de Commerce de Paris et de Lille. Un importateur consent une première vente à livrer sur des mensualités successives. L'acheteur revend la marchandise à un autre négociant qui la revend lui-même et ainsi de suite. Il n’est pas rare de voir la même marchandise donner matière à cinq ou six ventes successives.

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