OBSERVATION II
(Service de M. le Professeur ROQUE)
Mme C..., 49 ans. Entrée le 4 novembre 1924. Dysenterie chronique à bacilles de Shiga et à Lamblia.
Cette malade est envoyée pour des douleurs abdominales et des hémorragies par l’anus, avec le diagnostic de néoplasme rectal probable.
Antécédents héréditaires : Père mort d'affection pulmonaire; mère morte à 80 ans d'affection indéterminée. Quatre sœurs vivantes.
Antécédents personnels : Rien à signaler dans la première enfance. Réglée à 16 ans; ses époques ont toujours été douloureuses. Mariée à 38 ans. Son mari, âgé actuellement de 54 ans, est en bonne santé. Un fils de 11 ans, bien portant; pas de fausse-couche.
En 1910, affection pulmonaire grave, pour laquelle la malade fait un séjour à l’hôpital. Depuis ce moment-là, elle
EN Ra tousse et crache tous les hivers et doit même, depuis plusieurs années, se mettre assez souvent au lit. Il y a un an, douleurs abdominales violentes, à début brutal, s’accompagnant de nausées, mais non de vomissements. Depuis, ditelle, la douleur n’a à peu près pas cessé, survenant nuit et jour à des intervalles variables; la malade a gardé le lit: de façon presque continue, En même temps, sont survenues des selles sanglantes, et ces hémorragies se sont répétées une dizaine de fois depuis le début de l’affection. Alors, la malade entre à l’hôpital de Thonon (septembre-octobre 1924). De là, elle est dirigée sur l’Hôtel-Dieu de Lyon. À
A l'entrée, face bouffie, assez bon état général. Prétend avoir toujours les mêmes épisodes douloureux. Auraiïit eu de nouvelles selles sanglantes, les premiers jours de son entrée.
Léger degré de myxœdème avec infiltration de tous les téguments. D’ailleurs, le lobe droit du corps thyroïde est nettemeñt hypertrophié et l’intellect n’est pas très développé.
Un examen complet (toucher vaginal, rectal, etc.) pratiqué salle Lumière, élimine l’hypothèse du néoplasme rectal.
Rien à signaler au cœur, ni aux poumons. Tension artérielle 11,5/7. Le ventre est souple ; mais l’épaisseur de la paroi abdominale rend la palpation difficile. La rate n’est pas perçue; le foie, indolore, ne déborde pas les fausses côtes.
Actuellement, les selles sont d’aspect normal et non diarrhéiques. D’ailleurs, on n’en compte qu’une seule par vingtquatre heures.
Rien à signaler d’anormal dans les urines.
La menstruation est supprimée depuis deux ans.
En résumé, on observe deux catégories de troubles
— D'abord du myxœdème, qui se caractérise par un petit goître et de l’obnubilation intellectuelle; sans autre signe d'insuffisance endocrinienne. |
—I1 y a cinq ans, syndrome dysentérique qui a duré deux mois (avec sang et glaires) et s’est reproduit, depuis, en plusieurs épisodes analogues.
On recherche la réaction de Weber dans les selles : elle est'négative.
— El
Le 4 novembre 1924, un examen microscopique pratiqué par M. le Docteur Morénas fait voir de nombreux kystes de Lamblia.
Le 13, un deuxième examen, pratiqué une heure après l'émission d’une selle moulée, montre encore des kystes, mais pas de parasite mobile.
On fait aussi un examen bactériologique qui permet d’isoler un bacille court, mobile comme le dysentérique, ne gardant pas le Gram, ne fermentant pas la lactose. Et ce bacille est identifié pour être un dysentérique type Shiga. Il est agglutiné à 1 pour 1600: par le sérum anti-Schiga; coagglutiné à 1 pour 200 par l’anti-Flexner,
Du 16 au 30 novembre, on fait prendre à la malade trois comprimés par jour de Stovarsol. Ce traitement amène une modification légère du nombre des selles. Et deux examens ont montré la disparition des kystes de Lamblia.
On commence le 4 décembre un auto-vaccin. La malade
souffrirait davantage aujourd’hui. Cela coïncide avec des selles liquides, non moulées comme ces jours derniers. Mais la douleur a débuté avant l’auto-vaccin.
Les 6, 7 et 8, la température s’élève entre 38° et 39°. La malade souffre un peu du ventre. On a vu un peu de sang rouge sur les selles qui persistaient au nombre de 5 à 7 par. 24 heures et non moulées. Cette réaction n’a commencé qu'après la troisième injection de vaccin.
Le 16 décembre, les selles persistent toujours au nombre de 5 à 8 par jour. d
La malade quitte l’hôpital le 29 avec (dit-elle) encore 4 selles par jour. Mais l’examen des selles ne montre plus ni Shiga, ni Lamblia.
OBSERVATION lil (Due à l’obligeance de M. le Docteur CADE) Mlle Ch., 43 ans.
Aurait eu antérieurement de l’ostéite vertébrale. Et serait restée deux ans dans un corset plâtré.
Depuis 10 ans, entérite muco-membraneuse avec glaires et parfois sang.
En novembre 1923, subit une appendicectomie suivie de cœæcopepsie., L’appendice est coudé, rétrocæcal; on ne constate aucune lésion suspecte de tuberculose.
Il y a amélioration transitoire, puis retour des troubles intestinaux.
En juin 1924, la malade accuse des malaises épigastriques, surtout nocturnes, quelquefois des coliques.
Les selles sont molles, peu abondantes (5 à 6 par jour), avec glaires et fausses membranes. Cette diarrhée alterne avec de courtes phases de constipation. Il y a peu d’appétit. Amaigrissement assez notable,
L’examen digestif montre simplement :
Cœælialgie que révèle la palpation,
Spasme du cœcum et du côlon descendant.
Le toucher rectal est négatif. Les urines ne contiennent ni sucre, ni albumine.
Le 27 septembre 1924, la malade est revue.
Elle a fait une cure à Plombières sans amélioration notable; les troubles intestinaux restent les mêmes: toujours malaise épigastrique avec battements de l'aorte abdominale. Les selles sont en général diarrhéiques, de nombre variable. L'état général reste bon.
Examen des fèces (M. Morénas) : présence de kystes de Lamblia; pas d’autres parasites. Pas de résidus digestifs anormaux ni d'éléments cytologiques.
Le 31 octobre 1924, la malade a pris quelques comprimés de stovarsol, mais n’a pas poursuivi la cure. Les douleurs sont moindres; les selles moins fréquentes (une par jour), encore liquides. L’appétit est meilleur.
A plusieurs reprises, poussées d’entérite plus forte, avec réaction fébrile.
L’examen objectif est négatif: cœlialgie actuellement nulle; pas de spasme cœco-colique. N
La malade a toujours été très nerveuse, avec insomnies, inquiétude, malaises divers.
En somme, entéro-colite chronique, de très ancienne date, à type tantôt de colite muco-membraneuse, tantôt de colite
AE
muqueuse. Etat nerveux. Présence de kystes de Lamblia dans les selles. Rien ne permet d’incriminer la tuberculose.
OBSERVATION IV (Due à l’amabilité de M. le Docteur CADE)
Mme B..., 59 ans, Lyon, vue en novembre 1924.
Coliques hépatiques à 30 ans et à 50 ans.
Pendant la guerre, diarrhée pendant trois ans (7 ou 8 selles liquides presque quotidiennes). Depuis lors, a, en moyenne, deux ou trois selles liquides chaque jour. Quelques coliques.
Un examen des selles déjà ancien aurait montré la présence d’un peu de.sang, et l’absence de parasites.
La malade est pâle, mais peu amaigrie. Le poids subit des variations.
L'examen de l’abdomen est négatif.
Le toucher rectal montre seulement quelques hémorroïdes.
La malade tousse et présente un peu d’emphysème. Aucun signe permettant de soupçonner la tuberculose.
Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.
En somme, cliniquement, entéro-colite chronique à forme diarrhéique.
Et l’examen des selles donne :
Réaction de Weber négative.
Très nombreux kystes de Lamblia (Docteur Morénas).
Pas d’éléments cytologiques anormaux.