‹ Le rôle théologique de Césaire d'ArlesChapitre 1 sur 84 · PARIS ALRIKJXSE RICARD ET FILS, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

PARIS ALRIKJXSE RICARD ET FILS, ÉDITEURS

82, lU K MON APARTE 82 (VI**)

BT. MJCHAEL'8 \'^U COLLEGE

Rappelons d'abord les dates principales de Césaire. Il est né en ilO ou en 47 1 dans un domaine rural, sur le territoire de Chalon-sur-Saône, dans robédience des Burj^ondes ariens. 11 est catholicjue de naissance et probablement de souche };allo-romaine. A dix-huit ans, il se fait admettre dans le clerg-é de Silvestre, évêque de Ghalon (181-5*26). Deux ans après, il s'enfuit à Lérins, gouverné par l'abbé Porcaire. Des raisons de santé rol)li<^ent à séjourner dans Arles où il est bientôt agrégé au clergé. L'évéque b^one lui donne la direction d'un monastère dans une île du Rhône; un peu plus de trois ans après, sur la désignation d'Eone, il le remplace à sa mort (503). Il connaît successivement le régime wisigothicjue sous Alaric II (503-r)()7\ le régime ostrognlhifjue sous Théodoric (508-536) et le régime franc, seul régime catlnjlique. Sous les deux premiers, il doit justifier son attitude politique, à Bordeaux, en 505, à Ravenne, en 513. Il va jusqu'à Rome et voit le pape Symmaque, en 513; il obtient de Symmaqne gain de cause contre Tévéque de Vienne, Avit, dans la délimitation des provinces (513), et le rétablissement de la primatie des Gaules en faveur d'Arles (511). Son activité au dehors est marquée par les conciles qu'il préside ou inspire : Agde (506), IV*^ d'Arles (5-24), Carj)enlras (527), II" d'Orange et IP de \'aison (529), Marseille (533). Dans son (li(icèse, il fonde un monastère de religieuses et écrit deux règles, lune pour les moines lautPL' pour les religieuses. Il travaille énergiquement à l'enseignement élémentaire de la religion et à la moralisation de ses ouailles, surtout par des instructions d'un tour simple et pratique. Aucune de ses (cuvres ne peut être datée avec certitude. Il meurt le 27 août 5-43.

11 v a deux ouvrages modernes sur Césaire : M.vlnokv, Césuire, èvéijue d'Arles Paris, 1891), et .Arnold, Cae.sarius von Arclafe uiiJ die (jallischc Kirchc sciiier Zeil Leipzig, 1891,. Tous deux sont solides et reposent sur une critique judicieuse. Celui de M. Arnold justifie un peu trop la seconde partie de son titre et contient bien des détails étrangers à Césaire. Celui de M. Malnorv est très bien composé et a fait la lumière sur un certain nombre de |)oinls, comme roriginc dt'sSfHlul.t lùcU'siae

aniiqua.

V.x\ 1891, M. Engelbhkcht a publié sous le nom de Fausle de Riez un homiliaire provenant de Durlach (("arlsruhe 31(), ix'-x'" s.) et qui contient en réalité des sermons d'auteurs varies, quelques-uns de Césaire (dans le Corpus scripi . écries, hifiiiorum de \ienne). Mais

la plupart des sermons de Césaire sont imprimés dans l'appendice de l'édition bénédictine des sermons de saint Augustin (P. L. , t. XXXIX). Voici les principaux : 2 (imité de Fulgence de Ruspe ; Durlach, 18, p. 292 Engelbrecht), 4,5, 6 (Durlach 19, p. 296 E.),8, 10, 12, 13 (Durlach 20, p. 300 E.), 15(ii&. 21,p. 305), 17,19,22,24,28,32,35,38,40, 42, 44, 45, 52, 53, 56, 58, 63 (Durlach 17, p. 289 E.), 66-69, 75-78, 83 f?), 89, 91, 101, 104, 105, 107, 110 (Durlach 12, p. 267), 111, 112, 115 (Durlach 1, p. 223), 116, 129, 130, 140, 141 (Durlach 16, p. 284), 142 (Engelbrecht, p. 323), 146, 149, 168 (depuis le n. 3), 173, 210 (au moins depuis /miïemizr, n. 4; Durlach 3, p. 232 E.), 224 [ib.^ 10; p. 260, 7), 225, 228, 229, 244, 249 (Durlach 11, p. 262 ; ih., 14, p. 277, 9), 250, 252, 253, 256-261, 262 (Durlach 15, p. 280), 263-267, 269-275, 276 (imité de Fulgence; Durlach 13, p. 273), 277-279, 281-286, 288, 289, 292-296, 298-301, 303, 305, 307-309, 313, 315.

La plus grande difficulté que présente Tétude de Césaire est la distinction de ses sermons parmi les homélies de toute provenance qui ont été compilées dans les mss. sous des noms divers. Les Bénédictins ont bien indiqué en note les pièces qu'ils croyaient être de Césaire, mais sans donner leurs motifs. Leur travail peut, au surplus, être revisé. M. Malnory a reconstitué quelques-uns des recueils primitifs. Enfin dom Morin a dressé des listes des expressions favorites de Césaire (voy. surtout Mélanges de Cabrières^ p. 117-121). En étudiant ces listes et quelques homélies, on acquiert vite l'aptitude à reconnaître la main de Césaire. C'est un des cas où la critique interne opère à coup sûr, à cause des perpétuelles redites de l'auteur. Cependant il reste une dernière difficulté. Dans les sermons où Césaire met la main, il adapte et transcrit souvent textuellement des pages entières d'un devancier. Quand nous aurons l'édition critique de dom Morin, il faudra faire la recherche des sources. Mais le problème est surtout de conséquence pour l'étude de la langue et du style. On ne court pas grande risques à mettre au compte de Césaire les idées qu'il emprunte, puisqu'enfin il les emprunte.

Les progrès réalisés dans la connaissance de Césaire ont été dus depuis dix ans à la persévérante activité de dom Morin. Il a publié beaucoup d'inédit et mis en meilleur jour l'œuvre déjà connue.

1, Il a naturellement poursuivi son enquête sur les sermonnaires composés par l'infatigable apôtre, Césaire formait des recueils de sermons à Tusage des ecclésiastiques trop occupés ou peu instruits. Il y insérait souvent de longs morceaux de son auteur favori, saint Augustin; mais il est facile néanmoins de reconnaître ces pièces, car il n'en est aucune où le prédicateur populaire n'ait mis sa marque.

L'un de ces recueils est aujourd'hui représenté par Thomiliaire de Burchard de Wûr/bourg, C'est un ms. antérieur au ix*^ s. conservé à Wûrzbourg, bibl. de l'Université (Mp, th, f. 28), Un autre ms, du même recueil a existé autrefois, a été dépecé et ne subsiste plus que fragmentairement à Munich (ms. 29047, vii^-vni*^ s.), Dom M. a décrit cet homiliaire, dans la Rev. bén.^ XIII (1896), 97, et publié six sermons inédits fort intéressants :

NOTE lUnLIOC.HAIMligUK 3

1° De die tertia iii Pasch^i. Iiuipil : Luef iiohis otnni leinpore, fr. A:., et ad duendum el ad audieiidum suauis sit decanlalia alleluiae... Kxplicit : et pro uohis et pro aliis aeterna praemia féliciter capietis. — '2'^ Sur Luc, M, 15. Incipil : Audiuimus, f. A., cum euancjelium le(/eretur\ dixisse Domiiiurn ad tiirhas net ad discipulos suos. l']xplicit : \'J)i uos iJoininuiu suh sua protectiune perduvat. — 3" De his (/ui filios per aliquas sacrile(/as supersiitiones hahere notent. Iiici|)il : Soient, f. A., aliqui uiri vel aliquae niulieres, cum se uideriul in coniuc/iis positos filios non hahere, niniium contristantur et... Explicit : in conspectu eius cum huna conscientia /iducialiter ueniemus. — 4° Ammonitio ut fana destruaniur. lucipit : Gratuni nobis est, f. dilectissimi, et rnaximas Deo gratias acfimus quia uos ad ecclesiani fideliter uenire uidemus. Explicit : Vt perseuerantes in hono et correcti a malo pariler mereantur ad aeternam heatitudinem peruenire, praestante D. N. I. C. — 5"* De martijrihus et de lunae defecfu et de auorsihus uel filacteriis. Incipit : Sicut fréquenter ammonui, f. A., iterum suggero. Explicit : Omnes insidias diaholi fideliter contenditis euitare uel fugere, ad aeternam heatitudinem cum secura conscientia poterilis peruenire^ praestante D. A'. /. C. — 6° De dilectione fraterna. Incipit : In multis sanctarum scripturarum locis nos admonet Sp. s. Explicit : Quia ipse dixit : Date et dahilur uohis ' dimittile et dimittetur uohis.

Les sermons 1" et 6*^ sont de bons exemples de la méthode de Césaire. Pour le premier, Tévèque d'Arles a pris les sermons "256 et '258 de saint Aug^ustin; pour le sixième, le sermon 211, 1-4. Va\ comj)arant les deux textes, on voit comment il simplifie, abrège et met les vérités divines à la portée des humbles. Les quatre autres sermons sont l'œuvre entièrement personnelle de Césaire. Les sermons 3', 4" cl T)"" sont intéressants pour l'histoire des uKcurs.

2. Dans la même revue Jtev. hén., XVI ri89i)], 241, 289 et 337), dom Morin a analysé un autre recueil de 15 homélies de Césaire. IClles ont été conservées sous le litre d' hpistulae sancti Augustini dans le ms. B. N., lat. 27B8 A. qui provient de Sainl-^Llrlial de Limoges, 1'" 1 10, Les extraits et les renseignements Tournis par dom Morin ne laissent aucun doute sur le caractère et l'auteur de ces écrits. Une partie, d'ailleurs, en était déjà connue et publiée : n"3 = Auo., serm. app. n*^ 101 ; n" 5 rr:^ ih. n" 298; n'' ♦> = ih. n" 57 ; n° 7 -- ih. u" 58. Une autre, n" 13, n'est qu'un extrait du sermon authentique 194 de saint Auguslin.

Les autres homélies sont plus intéressantes, parce qu'elles sont plus ou moins des œuvres de Césaire. Même quand elles ne sont guère qu'une adaptation ou une combinaison (r(j'uvres antérieures, le compilalcur les a marquées de son empreinte parliculiére. Ainsi lo n" 1, sur le j)éché originel, est une adaptation du sermon 151 de saint Augustin, mais avec des précisions hardies sur les suites de la concupiscence. Sont dans le même cas : le n" 2, sur Li r:, ix, 23, d'après le sermon {H\ d'Auguslin : le n" i. d'après Enar. II in Ps. A'A V; le n'^ 8, extrait en bonne

4 NOtÉ BIBLIOGRAPHIQUE [1^6]

partie du Tract. X in Epist. loan., n. 1-4, mais avec beaucoup de compléments dus à Gésaire ; le n° 9, tiré du même traité, n. 5-7, Le n" 10 a été entièrement rédigé par Gésaire, bien qu'il se soit inspiré des sermons 3 et 4 d'Augustin sur le psaume 103. Il s'est inspiré aussi du ^ractaius XI du Pseudo-Orig-ène pour le n'' 12 [Bevue^ V [1900], 158). Enfin le n° 11, sur Samson et Dalila, sur les explorateurs envoyés par Moïse dans la terre de Ghanaan, est, jusqu'à plus ample informé, tout à fait personnel. On y trouve, très caractérisée, la méthode exégétique de Gésaire.

Dom Morin a publié intégralement, de ce recueil, les textes suivants :

N'' 1. Vnde, fr. car.., iiel qualiter trahatur peccatum originale., uel qualiter inquietudines ex ipso peccato iugiter patiamur... si etiam a capitalibus criminihus liheri ante conspectum aeterni iudicis apparebimus. Quod ipsepraestare diqnetur, etc. — N^ 2. Durum uidetur, fr. car. , et quasi graue esse iudicatur illud quod Dominus in euangelio iniperauit dicens : [cf. Luc, ix, 23] . . . De qua te mptatione Dominus nos suh sua protectione liberare dignetur qui cum Pâtre., etc. — N*' 4. Modo. fr. car.., cum diuina lectio legereiur., audiuimus Apostolum dicenlem : [cf. Eph. IV, 25]... magisnobis pariant de sequacitate remedium, quam de transgressione iudicium. Quod ipse praestare dignetur., etc. — N'* 8. Beatus lohannes euangelista., fr. car.., in epistula sua non solum nobis consolationem iribuit.,.. illam dulcem uocem mereamur audire : [cf. Mt., xxv, 34]... ad quam beatitudinem nos Dfis sub sua protectione per ducat., qui etc. — N'* 9. Fréquenter, fr. car.., cumuestra caritate cantauimus psalmum in quo per beatum Dauid nescio quem uobis praeclarum finem insinuât... deliciis caritatis satiari plenius mereamur, praestante Domino nostro, etc. — N'^ lO.Psalmus ille., fr. car.., qui per omnem mundum dicitur et in ecclesiis et in monasieriis ad duodecimam horam[\e ps. 103, vv. 19suiv.]... magis auxiliante Domino spiritales pennas habentes mereamur cum prophetadicere : [Ps. Gxxiii, 7]... quod ipse praestare dignetur., etc. — N° 11. In parte lectionis istius quae nobis ad uesperam recitanda est., fr. car.., scriptum legimus quomodo illa mulier crudelis et impia [Dalila]... cum iustis et Deum timentibus ad aeternapraemia féliciter ueniemus ' ad quae nos Dominus sub sua protectione perducat cui est, etc. — N° 12. Modo cum diuina lectio legeretur, audiuimus dixisse Dominum ad Moysen [Num., xni, 3]... quia et Deo in homine et inhomine Deum crediderunt cui est honoret imperium, etc. — N° 14. Dominus et Deus nosterihesus Christus ante passionem suam hac die mysteria quae manere in perpetuum uolehat insiituit... ut et animas et corpora uestra immaculata conseruety non solum sacramento suo, sed etiam iudicio suo.

3. Dans les Mélanges de littérature et d'histoire religieuses publiés à l'occasion du jubilé épiscopal de Mgr. de Cabrières, t. I, (Paris, 1899), dom G. Morin a étudié un autre traité de Gésaire, Un écrit de saint Césaire d'Arles, renfermant un témoignage sur les fondateurs

NOIK ninLIOGRAPICIOUK Tl

(les églises des Gaules. (Vesl im lr;iik' />c mt/slcriu s.dicf.ic 'rriiiil.i/is, publié incomplet par dom Tosti et Mai el dont une portion considérahlo est restituée jiar un ms. delà Minerve M !\' 18, i.\"s.). Dom M. publie la partie inédite. 11 prouve ensuite que ce traité est bien deCésaire, en se fondant sur les caractères du style et de la lan^Hie.

Le texte inédit contient une phrase amusante, où Daphnus, évêque de ^^^ison et sij^nataire du concile d'Arles, en .'U 1, est donné |)arroxcellent Gésaire pour le l'ondaleur de l'église de \'aison et un disciple des Apôtres, à côté de Trophime d'Arles, de Saturnin de Toulouse et de PauldeXarbonne. Il est évident ((ue Gésaire mettait dans ces souvenirs plus de piété que de critique. Gomme le passa<;e n'est pas sans importance pour la critique des documents ha^io^^raphicpies, je le reproduis intét^ralement : « Quomodo per lotum mundum per apostolos et apostolicos uiros Ghristus ecclesiam fundauit catholicam, itain ipsis fundationibus ^i^ratia sua coopérante permanet ut exinde flivelli nullis unquam perseculionibus potuisset in lanlum ut nec ipsis temporibus quibus imperatores uel règles reli^ionis alterius ecclesiam catholicam totis uiribusimpu^niabant, fundamentumquodapostoliposueruntautinuadere praesumpserint aut inuadere potucrint... In Smyrna etiam, ubi sanctus Polycarpus successor apostolorum fuit episcopus, ecclcsia catholica priuileg^ium tenet. Similiter et illas omnes ecclesias quibus apostolus Paulus scripsit, numquam uel potuerunt uel praesumpserunt alterius relig"ionis principes occupnre. In (lalliis etiam ciuitas .Arelatensis discipulum apostolorum sanctum Trophinuim habuil l'undatorem, Narbonensis sanctum Paulum, Tolosana sanctum Saturninum, Vasensis sanctum Daphnum. Per istos enim quattuor apostolorum discipulos in uniuersa Gallia ita sunt ecclesiae constilutac ut eas per tôt annorum spatia numquam permiserit Ghristus ab aduersariis occupari, implens promissionem suam quam dixerat : (Mt. xm, 18) : Super hune petram aedificaho ecclesiam meani elporlae inferi, id est haereticorum sectae, non praeualcbunf aduersus cam. » l)a|)hnus est le premier évêque de \'aison connu par des documents et il lest seulement j)ar sa signature de 314.

Dom Morin n'a publié que la partie inédite du traité. Pour avoir le texte complet, il faut y joindre Mai, Nnua Pafrum hihlinlhoca, I. I (Home, 185'2), p. i(>7 et HKiFFKRScnKU), Bihiiitiheca Pafrum ilalica, t. I. p. 174, note 5. On ne peut concevoir rien de plus incommode. Il n'en eût cependant ^'•uère coûté de réimprimer les parties déjà connues. Mais Mai s'arrête au milieu d'une phrase ef dom Morin achève la phrase sans copier le commencement !

4. Dom Morin a retrouvé dans un ms, de Saint-Martial (Paris, H. N. '20'M, xr s.) et publié un autre traité doj^maticpie de Gésaire. Il était resté inédit jusqu'à maintenant 'fier, hàn., XIII 1800', \'X\ . (^esl un opuscule dirij^'^é contre les semipêla^'-iens : Quid domnus (Jacsarius <{enserif cnntrn eos ffui dicuni quarc ahis def Deus rfratiam. aliis non de/. Hii V voit clairement que Gésaire pensait connne saint Auj^ustin

sur le sort des infidèles et des enfants morts sans baptême. Il les damne très délibérément, pereunt in aeternum (1. 91). Il existe un autre ms. Vat. 491.

Incipit : Secundum scripturas ueteris uel noui Testamenti praecipue iuxta aiictoritatem euangelicam et praedicationem Pauli apostoli insinuantibus\Dei gratiam ahsque ulla Dei timoré soient aliqui respondere. Explicit ; Efficetur illi pharisaeo similis qui pro eo qiiod de suis meritis gloriatus est, scriptum est de illo : qui se exaltât humiliabitur .

5. Un second document de la controverse semi-pélag^ienne a été publié par dom Morin : Un travail inédit de Saint-Césaire^ les « Capitula sanctorum Patrum » sur la grâce et le libre arbitre [Rev. bén.y XXI [1904], 2'25-239). C'est un recueil d'extraits conservé dans le ms. 16de Vienne, écriture supérieure (vniMx® s.). Pour dom M., il représente un travail destiné par Gésaire à justifier la doctrine du concile d'Orange (529). Ce formulaire fut annexé aux actes. Une note, conservée dans'le ms. de la collection de Saint-Maur (Paris, lat. 1451), doit à la fin faire mention de ces Sententiae. Cette note était comme la table du dossier constitué par Césaire et comprenant : la note (Maassen, Concil. aeui merow., p. 45) ; la décrétale de Boniface II : Per filium nostrum Armenium ; les actes du concile d'Orange ; les Capitula sancti Augustini in urbem Romam transmissa ; les Capitula Sanctorum Patrum. Ces derniers textes sont des citations de seconde main en général. A noter que l'hymne Hic est dies uerus Dei est déjà mis sous le nom d'Ambroise (cf. règle des religieuses, AA. 5S., ian., nouv. éd., t. II,

6. Parmi les pièces que M. Krusch a condamnées avec son ordinaire rapidité, se trouve le testament de Césaire d'Arles (Bréquigny, I, 104). Dom Morin, Rev. bén. XVI (1899), 97, a soumis les objections de M. Krusch à un examen attentif; il a réédité le testament, dont le texte repose malheureusement sur des sources fort incertaines ; il a enfin étudié le style et les données du morceau. Il ressort de là que la thèse de M. Krusch n'est pas fondée.

Incipit : Pax ecclesiae Arelatensi. Caesarius episcopus, presbiteris et diaconibus . . . Explicit: Omnes cubicularios meos tibi, domne episcope, coram Deo et angelis eius commendo.

LE aOLR THEOLOGIOUE DE CÉSAIKE U'AlUJiS

Un des traits les plus frappants de la littérature latine est la prépondérance des questions morales. Ouand la philosophie s'acclimate dans le patriciat romain, elle s'y restreint aussitôt à la morale; et, si les théories sont empruntées aux Grecs, la recherche des applications pratiques transforme l'éthique en casuistique. Les lieux communs de l'éloquence, les thèmes de la rhétorique, les œuvres des poètes témoignent du même souci.

On ne doit pas s'étonner de retrouver ce caractère dominant chez les écrivains chrétiens de langue latine. Tertullien se sépare de la grande h]ghse sous Tinfluence d'une conception rigoriste de la vie et une hoinie partie de son œuvre traite de questions morales. La controverse pénitetitielle est presque toute localisée en Occident : Novatien est peut-être le premier écrivain de l'Eglise romaine qui soit de langue et de culture latines. La controverse baptismale est sortie du rigorisme professé par Tertullien. Plus tard, c'est une question de haute moralité et d'honneur religieux qui est l'origine du schisme donatiste. Pendant ce temps, les écrivains grecs travaillent à l'accord de la j)hilosophie avec le christianisme. Puis se développe parmi eux la longue série des controverses christologiques : arianisme, apollinarisme, nestorianisme, monophysisme, monothélisme. Au cours de ces débats qui s'engendrent l'un l'autre, les Églises latines d'Occident paraissent n'avoir pas eu grand'peine à rester orthodoxes. Leur attention se pnile bientôt sur d'autres

oroblèmes : ce sont encore des problèmes moraux que posent le pélagianisme et le semipélagianisme.

Si l'on tient compte seulement des grandes lignes, l'opposition est tranchée. Sans doute, les écrivains grecs ont aussi traité de questions morales et les écrivains latins n'ont pas négligé complètement les problèmes métaphysiques. Mais, à prendre l'essentiel des œuvres et des discussions, le résultat d'une comparaison entre l'Orient et l'Occident n'est pas contestable.

Placé presque au terme de la littérature latine, Gésaire est un représentant typique de la tendance qu'elle accuse au cours de tout son développement. Même dans cette galerie d'écrivains moralistes, il se distingue en accusant encore leur trait commun. On a beau faire la part des nécessités de la charge épiscopale : saint Augustin lui aussi est évêque ; lui aussi, il a un goût marqué pour les problèmes moraux. Mais il y porte, dans ses sermons comme dans ses traités, le génie de la spéculation. Gésaire prend cette doctrine toute dressée dans l'œuvre de son grand devancier. Des théorèmes augustiniens, il déduit les corollaires pratiques.

Les doctrines du péché et de la grâce tiennent encore une certaine place bien que limitée, dans l'œ^uvre de Gésaire. Les autres points de la théorie chrétienne sont touchés rarement, ou il y touche dans une vue d'utilité concrète, pour les rendre assimilables aux fidèles sous des formules concises et claires. Au contraire, l'exercice des vertus et la guerre aux vices de son temps sont le thème ordinaire de ses sermons ^

1. La bibliographie de Gésaire est, dans l'état actuel, assez compliquée. Voir plus haut la note bibliographique. Les sermons de Tévêque d'Arles sont confondus avec d'autres dans l'appendice des sermons de saint Augustin publiés par les Bénédictins. Je cite cette édition (A/}/).) d'après Migne, t. XXXIX. C'est toujours à ce volume que renvoie la référence.

[137] DE CKSAIRK I)V\HLKS 9

Dans riîistoire criiii autre siècle, Césaire figurerait comme unévèque zélé, un prédicateur populaires simple et vivant, un théologien précis, mais j)eu original, un canonistc actif. Il devient un personnage de premier plan au temps dont, suivant liossuet, le plus grand théologien est un Fulgence de Ruspe. Son importance est d'autant plus grande ([ue son influence s'est prolongée jusqu'à la renaissance carolingienne. Il a été, audéhut deré|)0(jue mérovingienne, un des maîtres de TKglise gallicane, un des fondateurs de sa discipline et de ce qu'elle devait garder de culture à travers deux siècles de crépuscule. Il est utile de faire l'inventaire des idées et des formules recueillies et élahorées par l'évéque d'Arles dans le but très arrêté d'enseigner la barbarie. C'est ce catalogue que je vais tenter, dans l'espoir d'aider les historiens et les théologiens '.

1. Je laisse décote tout ce qui n'est pas doctrine relip^ieuse, notamment la peinture des mœurs et la discipline.

THEOLOGIE SPECULATIVE

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