SY>!UOLES DE CÉSAIRE
Les textes dogmatiques de Césaire pourraient être répartis en deiix classes, suivant qu'ils ont ou non comme support une formule de symbole. Nous citerons d'abord les uns et les autres à propos des divers articles de la foi ; en terminant nous étudierons plus particulièrement les formules de symbole supposées, citées ou rédigées par Césaire.
Des trois dominations que subit la ville d'Arles sous le pontificat de Césaire, deux étaient ariennes : celle des Wisigoths (50:}-507) et celle des Ostrogoths (508-5.%). Ce ne fut qu'à la fin de sa vie (5)^6-543) rpie le saint eut des maîtres catliolirines. 1rs Francs de Childebei t. Lui-même
12 LE ROLE THÉOLOGIQUE DE CÉSÀIRE d'a.RLES [138]
était né et avait passé ses jeunes années en pays arien, sous les Burgondes. L'arianisme était donc encore, avec le paganisme, le principal adversaire du catholicisme en Occident. C'est contre lui que Césaire, semble-t-il, a dû tourner son premier essai d'écrivain.
Il faut probablement voir son début dans un traité sur la Trinité dont Mai avait imprimé le commencement sous le nom de saint Augustin ^ Depuis, Reifferscheid a signalé un ms. plus complet à la bibliothèque de la Minerve ^. Enfin dom Morin a publié de ce ms. la partie inédite et montré que l'ouvrage devait être attribué à Césaire d'Arles ^.
L'exorde ace tour pratique et direct qui rend si vivantes les exhortations de Césaire. « Les gens de l'autre religion ont l'habitude de provoquer les catholiques simples qu'ils rencontrent, par des interrogations subtiles et qui ne sont pas simples. Pour les amener à parler du mystère de la Trinité, ils leur posent les questions les plus tortueuses. Ceux qui sont interrogés, par simplicité ou par ignorance, ne peuvent répondre comme il faudrait ; ceux qui interrogent se persuadent qu'ils sont vainqueurs. A cause de cela, même ceux qui savent ou qui sont cultivés doivent peu ou presque pas engager de conversation sur la religion catholique avec ces gens. Car chez eux, c'est une idée bien arrêtée, même s'ils sont vaincus, de ne pas l'avouer. Aussi nous, avec la protection de Dieu, tenons-nous fermes pour que, si par hasard quelque artifice paraît rendre vraisemblables leurs paroles, jamais à ce que ces gens-là paraissent
1 . Noua Patrum Bihliotheca, 1. 1 (Rome, 1852), p. 407, d'après un ms. du Mont-Cassin (ix'^-x^ s.).
'i. Bibliotheca Patrum Italica, t. I, p. 174 ;ms. de la Minerve B IV 18 (ix« s.).
3. Dans les Mélanges de littérature et d'histoire religieuses publiés à Voccasion du jubilé épiscopal de Mcfr de Cahrières, t. 1 (Paris, 1899\ p. 109.
n.'^Ol THKOLOtilE SI>KCLL\TI\K I ii
croire nous ne laissions fléchir noire esprit '. » On ne jxmiI mieux nous faire assister à ces rencontres que lendaient quotidiennes les rapports nécessaires de la vie.
Cependant Césaire, pour prouver que ce n'est ni par défiance de la cause catholique ni par impuissance (ju'il donne ces conseils, va proposer les textes de l'Ecriture qui justifient la foi orthodoxe. Il ne faut pas s'attendre à trouver bien du nouveau, après deux siècles de controverses, chez un écrivain qui s est fait de la comj)ilation comme un devoir. Parfois cependant l'expression n'est pas sans intérêt et peut permettre des comparaisons utiles.
Dieu le Père est parfait; on ne peut donc rien lui ajouter ni rien lui enlever. H a donc du porter et mériter toujours le titre de Père. Donc le Fils a toujours existé et toujours été son Fils (ch. ii). Le Père est infiniment bon et infiniment puissant. Il n'a pu engendrer qu'un Fils aussi parfait, en tout son égal. Car ou il ne serait pas bon s'il avait refusé jalousement la perfection à son Fils, ou s il n'avait ])as pu la lui donner, il ne serait pas toutpuissant (m).
Il est intéressant de relire ce dernier raisonnement, abrégé, dans un des sermons de Gésaire, le trenteneuvième de l'appendice augustinien. Ce sermon est tiré tout entier, sauf le début et la fin, du livre Contra V
I. " Soient homines altcrius relij,nonis simplices quosque caiholicos aubtilissimaet nonsimplici inlerro^^atione prouocare, ut eu m eisalicjuid deTrinitatismysteriocolloquaiilur,proponentc'seistortuosissiinasquacstione?. At cum illi qui interro^^antur, aut propter simplicitatem aut propter imperiliam, non sicut oportetpotuerint respondere, illi qui inlerrogauerunt quasi uictores sibi uidentur existere. Proqiia re etiain illi qui periti uel docli sunt oportet ut aut p.iruum aut i)rope iiulluni cum ois dfbeant de catholica reli},none conferre sermoneni. Cum eiiim apud illos definitissimum sit ut, etiam si conuicti f'uerint non consentiaut, et nos, Deo propitio, deliberatum haboamus ul, si forte pcr a^if^uam calliditatem uideantur aliquid uerisiniilo dict-re, iiuinqiiam ad ea quae illi credere uidentur nostrum animum declinemus. » Mai, p. i07.
haereses ^ « L'hérésie impie et cruelle s'écrie : Que l'unité soit partagée. Qu'est-ce à dire, qu'elle soit partagée, sinon : Le Fils n'est pas égal au Père? » Césaire ajoute de son cru : « Eh bien, en enlevant Légalité au Fils, on refuse la bonté et la toute-puissance au Père. En effet, si Dieu le Père a pu engendrer un Fils qui lui est semblable et ne l'a pas voulu, il n'est pas bon; s'il l'a voulu et ne l'a pu, il n'est pas tout-puissant. Soyez certains, mes frères, qu'à ce raisonnement aucun Arien ne pourra répondre. Mais, toutes les fois qu'ils auront été enserrés par la juste raison, comme un serpent qui glisse ils se rejetteront au hasard sur d'autres questions raffinées et tortueuses ^. » La plume à la main comme en chaire, Césaire n'a, on le voit, aucune confiance dans la bonne foi des Ariens.
La discussion porte surtout avec eux sur l'Écriture. Césaire fait d'abord appel aux livres saints pour montrer que le Fils est égal au Père ^ et que le Fils est, comme le Père, présent partout^ (ch. iv).
\. Ce traité figure parmi les œuvres de saint Augustin ; P. Z., t. XLII, col. 1101 suiv. Les Bénédictins se sont prononcés contre Tauthenticité. Le sermon App., 39, est tiré du ch. vi, col. 1106. Le premier paragraphe est de la main de Césaire; mais c'est un résumé de Touvrage : llla eniin quae clamahat... aequalis sil Patri. Les paragraphes 2, 3, 4 sont empruntés, sauf la dernière phrase : Per quam, etc. ; mais Césaire a pratiqué de larges coupures dans son modèle, d'après dom Morin, Rev. bén.^ XIII, 342, un évêque africain du v^ s.
2. « Sed impia et crudelis haeresis clamât : Non, sed diuidatur. Quid est : diuidatur, nisi : Non P'ilius aequalis sit Patri ? Dum enim Filio subtrahit aequalitatem, et bonum omnipotentemque denegauitPatrem. Deus enim Pater si potuit Filium sibi simiiem gignere et noluit, non est bonus ; si noluit et non potuit, non est omnipotens. Certi estote, fratres mei, quia huic sententiae nullus umquam Arrianorum poterit respondere ; sed quoties constricti fuerint uerissima ratione, uelut anguis lubricus ad alias quascumque quaestiones callidas et tortuosas refugiunt. » App., 39, 1 ; col. 1822.
3. Combinaison de textes : Isaïe, xlhi, 10; Exode^ ni, 14; Jn., xiv, 9; X, 30; V, 18, 20.