‹ Le rôle théologique de Césaire d'ArlesChapitre 71 sur 84 · Statuta, xx, xxi · texte numérisé non relu

Statuta, xx, xxi

;.")97] LES MOYENS DK SANCTIl ICATION l()9

ne paraît se plaindre de ces délais que lorsque aucune œuvre de satisfaction n'a précédé cette garantie suprême.

Les péchés « menus » étaient rachetés par des œuvres pies. Cette doctrine nous a valu une des premières énumérations des œuvres de miséricorde : visiter les malades, soulager les prisonniers, réconcilier les ennemis, observer les jeunes de TEglise, laver les pieds des voyageurs, être assidu aux vigiles, donner Taumône aux pauvres, pardonner à nos ennemis '. Césaire confond les actes de charité envers le prochain et les pratiques d'ordre ecclésiastique, comme les jeûnes et la vigile. C'est qu'il n'y a pas de différence, du point de vue où il s'est placé : ce sont toujours des œuvres méritoires qui peuvent valoir au chrétien la miséricorde divine ^. Une condition générale

1. (( Quoties infîrmos uisitamus, in carcere clauses et positos in uinculis requirimus, discordes ad concordiam reuocamus, indicto in Ecclesia ieiunio ieiunanius, pedes hospitibus abluimus, ad uig"ilias fréquenter conuenimus, eleemosynam ante ostium praetereuntibus pauperibus damus, inimicis nostris quoties petierint ueniam indulgemus: istis operibus et his similibus minuta peccata redimuntur cottidie. » App., 104, 6; col. 1948. — « Nobis pius Dominus inspirare di^aietur omnia mala uelociter fugere et ea quae bona sunt indefatigabiliter exercere,... minuta peccata... per indul^entiam inimicorum et eleemosynam pauperum indesinenter redimere, secundum uires nostras ieiuniis, uigiliis et orationibuscum peri'ecta caritate fréquenter insistere, infirmos uisitare, in carcere positos requirere, peregrinos excipere, et eis humiliter non solum pedes ablucre, sed etiam in quantum uires suppetunt necessaria largiri, pacem non solum ipsi cum omnibus custodire, sed etiam illos qui discordes sunt ad concordiam reuocare. » App.^ 256, 4 ; col. '2*2 11).

2. Cent cinquante ans plus tard, c'est une énumération stricte des œuvres de miséricorde, telles que le moyen-âge l'entendra, que nous trouvons dans « la plus ancienne vie de saint l^iquier », publiée parle P. PoNCELET, Analecla hoUancliann.i. XXII (1903), p. 187, 18 (ch. m) : « < Esurientes>> refocillaI)at, nudos operiebatur [sic], infirmos uisitabat, mortuos sepeliebat, leprosos balnea fieri praecipiebat. » Si le texte est complet, elles n'ont pas encore atteint à la fin du vn'^ siècle le chiffre sacramentel de sept (saint Thomas, Summa th., II, n, q. 30).

est cependant nécessaire : que ces œuvres soient, suivant le précepte de l'apôtre, animées par la charité ^

Si on laisse de côté ce qui est purement ecclésiastique, elles peuvent se ramener au jeûne, à l'aumône et au pardon des injures. Césaire a sur ces trois points des avis particuliers.

Le jeûne comprend toutes les mortifications de la bouche, l'abstinence de chair et de vin comme le jeûne proprement dit. Outre les jeûnes commandés par l'Eglise, le chrétien doit en pratiquer de surérogatoires pour Texpiation des fautes légères, et, s'il a des fautes graves sur la conscience, il doit faire un jeûne prolongé sans interruption ^.

Mais à cette sévérité se mêle, chez l'évêque, la bonté d'un père. Il est très inattendu de voir cet ascète prendre les précautions les plus délicates pour la santé de ses fils. « Le Seigneur ne nous a pas dit : « Jeûnez plus que (( vous ne pouvez, et veillez plus que vos forces ne vous le (( permettent ». Il ne nous a pas dit : (( Abstenez-vous de (( vin et de viande ». Ce n'est pas cela qu'il exige de nous. Mais il veut bien ordonner ce que tout le monde peut avec sa grâce accomplir sans grande peine ^. » On remarquera la mention du vin. A cette époque, l'abstinence portait sur le vin comme sur la viande. On pourrait dési-

1. « Quomodo arbor, quamlibet pulchra sit et fructifera, non potesi uiuere sine radiée : sic quaelibet opéra bona perseuerare non poterunt sine caritate. » App.^ 107, 3 ; col. 1958. « Sine caritaie nec ieiunia nec uigiliae, nec orationes nec eleemosynae, nec fides atque uirginitas unum hominem adiuuare ualent. » 269, 4; col. 2247. Cf. ICor., xin, 3.

Page 1