Plus haut, p
CONCLUSIOiN GKNÉHALK
Ces études n'auraient pas besoin de conclusion générale. Leur titre se trouve, je pense, justifié. La théologie de Gésaire n'est pas originale. Elle procède de ses devanciers, souvent par simple transcription d'œuvres antérieures. Sur les questions de la grâce, Césaire est un augustinien strict, et sur la plupart des autres questions, il suit encore l'évcque d'Hippone. Cependant son témoignage a un intérêt historique pour quelques points : la réalité de la chair et des souffrances du Christ, l'idée du Dieu de pitié, la pureté absolue de Marie, la descente aux enfers, la procession du Saint-Esprit, la valeur des deux Testaments, la distinction et la classification des péchés, la nécessité des œuvres, la liste des œuvres de miséricorde, les effets respectifs de la chrismation et du baptême, l'utilité de la pénitence privée, la pratique et les effets de l'onction des malades, la conception chrétienne de la morale.
L'œuvre de Césaire est aussi essentiellement une œuvre d'enseignement élémentaire, et, comme l'évêque est par ailleurs très préoccupé de discipline et de règles ecclésiastiques, il éprouve, plus que d'autres, le l)esoin de codifier et de fixer. De là, la tendance à réduire les vérités et les préceptes en formules, l'effort pour constituer un précis général du christianisme dans le cadre d'un symbole, le zèle à définir le régime de la grâce, l'édification de tout un système religieux et moral sur la doctrine de la grâce et du péché. Le même esprit de réglementation,
188 LE RÔLE THÉOLOGIQUE DE GÉSAIRE d'.\RLES [614]
qui a inspiré une œuvre canonique d'importance capitale, Ta guidé dans la détermination des devoirs et des fautes du chrétien. L'amour de Tordre et de la clarté, qui était chez lui qualité de race, est devenu une vertu professionnelle.
Ces dispositions inclinaient à un danger auquel nous avons vu que Gésaire n'a pas échappé complètement. L'habitude de condenser les idées en théorèmes fait oublier les difficultés et les obscurités inhérentes à tout problème intellectuel, dispose à trancher d'autorité les débats de la conscience, tend à substituer l'obéissance à la sincérité. On n'a pas assez d'ironie, et à bon droit, pour le césaro-papisme, pour un gouvernement qui confie aux bureaux d'un ministère l'administration des âmes. Les esprits trop rectilignes ou trop assurés dans leur droit sont aussi exposés à traiter par des mesures administratives les plus hautes et les plus délicates questions. Ils risquent de remplacer la conviction personnelle par la soumission aveugle et de transformer la religion en un mécanisme, ou bien de provoquer les plus amers déchirements, quand les peuples sentent que toute leur vie morale est en jeu. Gésaire ne s'est point heurté à de trop vives résistances. Les circonstances rendaient facile sa tâche de législateur. Fauste était mort. La Gaule était prête à renoncer à sa tradition doctrinale pour recevoir de Rome les théories africaines. De la confusion des nouveaux royaumes barbares, peuples et pasteurs aspiraient à la paix et à l'ordre qu'établissent les règlements : la lex romaria Wisigothorum et les canons d'Agde sont sortis des mêmes désirs. Dans l'affaiblissement croissant de la lumière antique, les esprits étaient moins capables de croyances raisonnées. On peut même dire qu'une telle situation appelait l'action de Gésaire. Il fallait une main ferme et un esprit clair pour soutenir et guider les Eglises dans la nuit qui s'avançait.
CONCLUSION CiENEHALK
Knfin des vertus naturelles ou acquises émoussaient en Césaire le tranchant du « glaive spirituel »>. Il a su mêler à ses facultés d'adniinistrateur et à une austérité un peu rude, beaucoup de bonhomie bourguignonne, de finesse malicieuse et de Familiarité; surtout une grande bonté, qui va au-devant des petites misères et descend aux plus humbles attentions : son cœur avait le souci du détail, comme sa tête. Chez lui, aucune recherche personnelle, mais le plus complet désintéressement de soi, le dévouejmcn le plus exclusif au seul devoir, une conscience toutours tremblante du compte qu'elle devra rendre « devant le tribunal du Christ ». On ne le voit ni planer majestueusement ni se dérober dans la pénombre du sanctuaire. Il vit au milieu de son troupeau et il tire de son expérience quotidienne la connaissance des hommes. 11 avait l'esprit d'un juriste et l'âme d'un apôtre.
Ces qualités lui ont assuré une grande influence. Si sa doctrine est peu originale, son rôle est considérable. Gésau'e avait fait subir un triage aux idées et aux œuvres de ses devanciers. Ce qu'il en a retenu, il l'a éclairci, ordonné, précisé et l'a transmis à ses successeurs. Il a pressenti et devancé les besoins nouveaux et quelquesunes des tendances du moyen âge. Dans un avenir plus voisin, son action s'est trouvée encore plus efficace : au début d'une époque de barbarie, il est devenu un maître, un de ceux qui ont donné à l'Eglise mérovingienne une doctrine, une prédication, une discipline et une culture. Césaire d'Arles est le « précepteur » de la Gaule franque.
TABLK DES MATIÈliKS
Note BiBLiociRAJMiiyi e I