‹ Le roman d'un baleinierChapitre 7 sur 42 · PREMIERS JOURS · texte numérisé non relu

PREMIERS JOURS

quait de toutes parts et qu'à chaque coup de tangage la mer embarquait à l'avant.

Ficel trouva, cette nuit, l'occasion de prouver qu'il n'était ni plus maladroit, ni moins dévoué que les autres; il eut même le bonheur d'arracher le maître tonnelier à une mort certaine en l'accrochant avec une gaffe au moment où une lame l'emportait.

Pour un commencement de navigation, ce n'était pas trop mal.

Le matin, on put reprendre les ris, serrer le grand perroquet, et mettre en cape courante.

Le jeudi on était par le travers de la pointe de Start, côte d'Angleterre.

Un grand navire américain, portant des émigrants allemands à New-York, naviguait dans les mômes eaux.

Le pilote, voyant le temps remis, fit ses adieux au baleinier, et se disposa à rentrer au Havce. Il serra la main à Lussan, à Ficel, qui lui glissa furtivement et en rougissant une lettre pour une personne aimée, sauta dans les haubans de son bateau et s'éloigna.

A ce moment, on aperçut une barque de pêcheur à moitié brisée et retournée, dont l'équipage avaitdû périr pendant la dernière tourmente.

Plusieurs de ceux qui n'avaient pas encore na-

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vigué, pâlirent à cette vue qui leur disait un fragment des drames de la mer.

Le soir, le vent ayant diminué, Lussan donna l'ordre de larguer le troisième ris des huniers, du perroquet de fougue et de rétablir la grand' voile et le grand foc.

Enfin la Bartavelle entra dans l'Océan.

Tant que le travail. forcé delà manœuvre occupa Ficel, tant qu'il put voir ou crut voir les côtes de France, il se montra fort; lorsque le trois-mâts eut laissé loin les pointes de Bretagne^ il faiblit comme un enfant.

Ceux qui ont navigué ont dû éprouver cette tristesse inséparable des premiers jours d'une longue traversée.

Quand on a perdu les côtes de vue, quand on se trouve au milieu de cette vaste nappe d'eau mobile, pleine d'une grandeur accablante, quand on examine la coquille sur laquelle on piétine, cette coquille qui semblait une montagne dans les cales du port, une invincible mélancolie enveloppe les sens, et l'on suit involontairement, au milieu des brumes, les illusions qui s'en vont.

Cependant petit à petit on oublie le vague du tableau pour ne plus voir que son immense majesté.

Une partie de l'équipage de la Bartavelle n'ayant

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