‹ Le Roman d'un conventionnelChapitre 37 sur 37 · Genoude, Histoire d'une dme · texte numérisé non relu

Genoude, Histoire d'une dme

très où se déroulèrent les événements qu'il raconte.

Le château des Marches dresse toujours en face des Alpes sa façade séculaire. Mais il a passé en d'autres mains, les héritiers de la comtesse de Bellegarde ayant vendu après sa mort ce berceau de leur famille qui ne pouvait que raviver de douloureux souvenirs. La noble bienfaisance d'une femme de grand cœur, Mademoiselle Costa de Beauregard, sœur de Saint- Vincent-de-Paule a purifié les lieux où Adèle trahit la foi conjugale en se donnant à Héxault de Séchelles et renia toutes les traditions familiales. La charité et la piété y fleurissent dans ce qu'elles ont de plus pur, de plus consolant, de plus réconfortant. Ils sont devenus un asile d'orphelins et la salle des fêtes, où, en 1792, les châtelains donnèrent un bal en l'honneur du général Kellermann, est une salle de récréations enfantines.

Sont aussi debout le château de Séchelles où fut élevé l'héroïque colonel tué à Minden; le château de Montgeoffroy où son fils passa les premières années de son enfance; le château d'Épone où, jusque sous la Terreur, il recevait ses amis; le château de la Chipaudière proche Saint-Malo où son père s'était marié et le châ-

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teau de Chcnoisc, qui lui le théâtre et le témoin do la régénération morale des dames de Bellegarde.

A Livry, la maison du maréchal de Gonlades a disparu. Mais, de l'autre côté de la roule qu'elle bordait, on voit encore la maison de Mraes Hérault de Séchelles. Un cèdre majestueux en ombrage l'accès et les arbres de son parc mêlent leurs feuillages à ceux de l'Abbaye qu'ont immortalisée les lettres écrites par Mme de Sévigné quand elle y résidait auprès de son oncle l'abbé de Coulange.

J'ai parcouru la plupart de ces lieux, cherchant à faire revivre les personnages qui les animèrent de leur présence. Avide de tout savoir, ma curiosité d'historien interrogeait les murailles chargées de mousse jaunie et les sentiers tracés sous les bois, et le vieux cèdre sous lequel le futur conventionnel s'est souvent assis, un volume de Jean-Jacques à la main. Mais ces témoins sont restés muets, qui virent tant d'épisodes que mes efforts n'ont pu tirer entièrement de leur obscurité; ils ne me les ont pas révélés.

Ainsi, les dames de Bellegarde, après comme avant ma tentative de reconstitution, demeurent encore en marge de l'Histoire, dans le mystère

de leur physionomie à demi effacée : telles ces figures des fresques antiques, dont il ne reste sur les ruines que des contours imprécis et suggestifs, mais irritants aussi par l'impassibilité avec laquelle ils nous dérobent ce que nous aurions le plus à cœur de connaître.

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