PRE
fn Les dernières amitiés de la comtesse. TA Ses princes. TES
d’Aumale en particulier. — De quelle manière et à la suite de quelles ve j circonstances, sous la Troisième République, la comtesse de Castiglione : contribua au retour d’exil du prince Henri d'Orléans. — Les vastes pro-
jets et les grosses déceptions. — Plus près de terre; dans l’intime. — Visite de prince; diners d’Altesses. — La haine jurée aux gants grisperle. — Presque jalouse de Léonide Leblanc. — Des médisances. — Brouilles et raccommodements. — Sentiment d'affection vraie qu'avait gardé au duc d’Aumale, malgré des blessures d'amour-propre, le
cœur de M° de Castigtione. — De l'oncle au neveu. — La fidèle amitié du duc de Chartres. — Une liaison sentimentale de plusieurs années. — Retour aux souvenirs impérialistes. — Jérôme Napoléon et Me de Castiglione. — Fin d’amitiés princières.
Au plus profond de ses sympathies avaient leur place anciennement gardée les princes de la maison d'Orléans. Elles s'étaient éveillées, dès avant l’Empire : le prince
de Joinville l’avait connue, toute petite fille, les cheveux
en boucles. Elles ne s’affaiblirent point, aussi longtemps que dura le régime napoléonien, et lui survécurent. Pendant et après, le duc d’Aumale garda envers elle le ton et les procédés d’une familiarité
tendre. Quant au duc de Chartres, il fut aussi proche de son cœur qu’il est possible de l’être d’une femme dont la séduction vous enveloppa tout entier.
Depuis la visite qu’elle rendit à Orléans-House, en 1857, visite pénétrée de charme et nuancée d’imprévu, : tel un gracieux épisode de roman, Henri d'Orléans lui avait conservé d’elle le plus aimable souvenir. Malgré qu'il pût être assez oublieux, il trouvait l’occasion fréquente de jui témoigner qu'il ne l'était pas, à son égard, en lui envoyant ses livres brochés (1), des fleurs, de délicats rappels d'amitié, des mémentos d’exil. Assez souvent des échanges de lettres rapprochaïent leurs pensées. Ces rapports s’échauffèrent d’un intérêt plus actif, aux environs de la seconde rentrée du prince en France. Elle-même, et grâce au concours d’amis dévoués, principalement de Léon Cléry, avait fort contribué à rapprocher l’heure de ce retour. Circonstance inconnue et qui mérite bien qu’on la rapporte avec précision.
« Combien de temps, demandait-elle, un jour, tout à l’improviste, à maître Cléry, Son Altesse continuera-t-elle de promener
sa mélancolie entre la place Sainte-Gudule et le marché aux Herbes”? »
Le lendemain, un banquet organisé sous la présidence de cet avocat célèbre réunissait l’Association des anciens élèves du collège Henri IV, le vieil établissement scolaire, où les princes d'Orléans avaient mêl leurs jeux à ceux des autres enfants de la nation. Les réminiscences heureuses d’une lointaine et regrettée Jeunesse refleurissaient à cette table fraternelle. On
(1) Elle eût préféré qu’ils fussent reliés, à son chiffre.
SES DeenÈREs AMITIÉS, LES PRINCES | 468 ;
dina en et joyeusement. A la minute fatale des toasts, où les causeurs s'arrêtent pour laisser parler les orateurs, quelqu'un, et non des moindres de ceux-ci (1), posa la question :
Pourquoi le duc d’Aumale, leur illustre condisciple, n’était-il pas, ce soir-là, assis au milieu d’eux? L'objet de leur association ne se bornait pas à rejoindre, de loin en loin, des camaraderies dispersées, mais consistait surtout à s’entr’aider, à se prêter un soutien mutuel, dans les cas de souffrance matérielle ou de souffrance morale. Or, il y a bien des sortes de malheurs; en dehors des détresses d'argent! Le duc d’Aumale avait servi sa patrie de la plume et de l'épée, avec honneur, avec amour. Cependant, il languissait à l'étranger. Les rigueurs de l'exil pesaient de nouveau sur son front. Hier encore, le gouvernement avait rejeté la demande de l'Institut sollicitant que füt levée la sentence de bannissement. Cléry se leva et répondit. Il n’avait jamais vu le due d’Aumale; il n’était, donc, suspect de complaisance aucune ni de eourtisanerie. Néanmoins, l’idée, que venait d'émettre Paul Robiquet, lui paraissait trop généreuse et trop juste pour qu'il ne s’en fit pas l'interprète auprès du pouvoir, si on lui en confiait la mission. Le comité l’en pria, sur-le-champ. Dès le lendemain, il obtenait audience de Carnot, président de la République, lui exposait l’objet de sa haute démarche et n’avait pas de peine à la lui rendre sympathique. Le « Premier » du Conseil était, à ce momentlà, Charles Floquet. Léon Cléry le conn&issait de longue date. Ils s'étaient liés d’une affection durable, à l’époque
(1) Paul Robiquet, avocat au Conseil dÉtat et à la Cour de cassation.