‹ Le roman de dix-septième siècleChapitre 1 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

11 y a ou, co me sembloy deux phases bien .

dislincles dans Thisloire du roman. Il n\i d'abord élé, on Orient, on Grbco, à Uome, au moyen &ge, que le songe, fanlaslique ou tendre, dont s\\musait la jeunesse do rkumanitô. Puis

le même mot, jusqu'alors synonyme do fiction, s'est appliqué à des tableaux de la réalité contemporaine.

Vers 1580, déjà,, en son château de Montaigne, un homme très délicat, très incrédule, . ayant au cœur. Tinquiète curiosité des fins d'existence et des fins de société, aux lèvres le . sourire ironique de son : que sais-je? essayait

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Yl INTRODUCTION.

de 8*analy8er lui-mëmo et do se comprendre»- Celait l^esprit nouveau qui venait de naître. Une littérature ae fonde qui se soucie avant tout d*ètre une littérature vraie. Les grands imaginateurs de génie, Rabelais, Cervantes, l'Arioste, font place à des observateurs pleins do bon sens et de finesse. Désormais, le public ne demande plus à Técrivain de beaux râvcs, i d*illusionnantes chimères, mais une vivante ; histoire du présent.

Nous croyon^ aujourd'hui que la plupart des romanciers du xvu* siècle ont fait toute auire chose. Les rares critiques qui se sont occupés d'eux, soit en France, soil en Allemagne, ont cru devoir les diviser en deux catégories : Tune comprendrait les œuvres de Sorel, de Scarron, de Furetière, et de quelques oubliés qui, seuls, auraient rompu avec les traditions de Tidcalisme ; l'autre, beaucoup plus nombreuse, les récits mérovingiens, mexicains, assyriens, romains, égyptiens de d'Urfé, de Gomberville, de Mlle de Scudéry, de La Calprenède, etc.

Peut-être cette classification repose-t-elle sur uo malentendu.

Si le ZYii* siècle est masqué dans presque

INTHODUCTION. VII

tous SCS livres, comme les femmes relaient dans la rue, il n^élait pas dupe d'un trompe-r.œil enfantin. Qu'il assist&t à une représentation à'Iphigénie^ de Bérénice^ ou qu'il lût VA$irée^ le CyruSy il savait -se reconnaître a travers la mascarade. Il y était seul en cause, seul en scène, et il s'en apercevait bien. Ce sont ses passions, ses mœurs et ses modes qu'il retrouvait, non seulement dans les Mémoires d'une Mme de Motteville, d'un Retz, d'un Saint- Simon, non seulement dans Icf Maximes d'un La Rochefoucauld, dans les Caractères d*un La Bruyère, mais même dans son thé&tro qui représente en apparence Nicomède, Achille ou Titus, même dans son roman qui peint d'ordinaire des héros ou des bergers. Nous en sommes restés au vers où Boileau reprochait à Mlle de Scudéry ses Caton galants et ses Brutus damerets. Pourtant, n'est-ce pas lui qui écrivait à Brossette : « Il n'y a pas, dans son livre, un seul Romain ni une seule Romaine qui ne soit copié sûr le modèle de quelque bourgeois ou do quelque bourgeoise de son quartier »? Par là, sa critique devenait une louange.

Il n'y avait point de Caton, il n'y avait point

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l VIII . INTRODUCTION.

de Brutus dans les ouvrages dé Mlle de Soudéry ou de ses émules. Ils ne pouvaient savoir comment ont pensé et senti les Romains et les Romaines; et ils ne s*en préoccupaient pas. Ils voulaient en revanche — et tel est leur, unique peut-être, mais très réel mérite — peindre, chacun de leur côté, les gens de leur « quartier ». Les uns pénétraient dans les petites maisons de. la place Maubcrt et dans les petites villes de province; les autres, dans les salons, dans ces incomparables salons d'autrefois dont le parfum est encore si doux à respirer. Les uns publiaient des romans bourgcçis, les autres des romans aristocratiques; là se borne, au fond, la diiïérence qui les sépare. Tous, avec plus ou moins de bonheur, ils ont été les hisloriographes de leur temps.

Leur art a eu d'abord les maladresses et les timidités d*un art de transition, lis avaient reçu une éducation, contracté des habitudes inlcUec- . tuelles qui ne leur permettaient pas de tout montrer ni de tout voir. Ils n'en ont pas moins pris rinitiative de chercher leurs modèles autour ^ d*eux, quitte à les aiïubler ensuite de quelque classique draperie d'atelier. Ceux mêmes à qui

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