‹ Le roman de dix-septième siècleChapitre 2 sur 19 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

le ialcnt manquait, ont ou rin.sliiict d*uno esthétique nouvelle et ont contribué à en établir le principe : ils ont peint d'après le vivant.

Pour qui les lirait, en suivant à peu près Tordre chronologique, c'est tout un siècle qui se ranimerait, un siècle oii il y a bien de la variélé, quoiqu^il nous apparaisse de loin uni- . formément solennel. Entre les pages de ces gros volumes, dont les belles dames du temps passé faisaient leurs délices, sur lesquels Mme de Sévigné fatiguait ses yeux « bigarrés », il y a plaisir à voir se lever, comme, en un fusain légèrement effacé, la physionomie d'un monde qui n'est plus. Il y a plaisir à retrouver, chez celui-ci, la vision de la foule et le brouhaha de la rue; chez celui-là, le reflet d'adorables . figures, l'écho des vieux menuets, tous les sourires et toutes les gr&ces un peu compassées de l'ancienne cour.

Peu d'auteurs ont été plus raillés; quelquesuns d'entre eux, en effet, sont assez ridicules.. Mais outre qu'il est toujours fâcheux de mépriser ce que nous ne connaissons guère, notre dédain serait ici un manque de piété filiale.

Nous devrions avoir pour eux un peu de cctle

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X INTRODUCnON.

curiosité altendrie, avec laquollo nous évoquons la silhouette, en habits surannés, de nos grands-parents. Que l'école actuelle leur témoigne quelques égards, comme a des ancêtres : ils ont été les PrimitiCs du roman moderne.

L'ASTREE

Honoré d'Urfé, marquis de Verromc, comte de Chàteauneuf, baron de Château-Morand, chevalier de l'ordre de Savoie, était né à Marseille en 1568, puis avait été élevé dans le Forez. Il a trouvé des accents poétiques pour chanter le pays c où passa sa jeunesse i». Au commencement du livre III de YAstrëej il s'adresse en ces termes à la c belle et agréable rivière de Lignon i» :

c Quelque paiement que ma plume ayt pu te faire, j'advoue que je te suis encore redevable, pour tant de contentemens que j'ay reçeus le long de ton rivage, à l'ombre de tes arbres feuillus, et à

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la fraîcheur de tes belles eaux, quand l'innocence de mon Age me laissoit jouir de moy mesme, et me permettoit de gouster en repos les bon-heurs et les félicitez que le Ciel d'une main libérale respandoit sur ce bienheureux pays que tu arroses de tes claires et vives ondes i».

Il appartenait à une fitmille t*'és ancienne que ses admirateurs faisaient remonter jusqu'au règne de Théodoric. Il avait cinq frères et six sœurs. L*atné de ses frères, marié à Diane de Château- Morand, divorça pour entrer dans les ordres; et Honoré épousa Diane. Elle était plus Agée que lui, et vivait entourée d'une meute de chiens. Il s'attacha au service du duc de Savoie, son parent, et passa près de lui les vingt-deux dernières années de sa vie. Il mourut en 1625 en faisant la guerre dans le Piémont. Il avait publié des Épître$ moraies et un petit poènie intitulé Sireine; mais c'est VAstrée qui a fait vivre son nom jusqu'à nous.

Le titre complet de l'ouvrage est : VAstrée^ où par pltmeurs histoires et sous personnes de bergers et cCauires sont déduits les divers effects de l'Honnesle Amitié. Le permis d'imprimer des première et seconde parties — permis délivré à Jean Micart et Toussaint de Bray, libraires en l'Université de Paris, et scellé du grand sceau royal en cire jaune — est du 15 février 1610. La troisième fut publiée en 1618; les deux dernières

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en 1627, deux ans après la mort de l'auteur, par les soins de son secrétaire, Théodore Baro. Nous sommes un peu étonnés aujourd'hui que le public ne bC soit pas désintéressé d'une publication ainsi traînée en longueur. Il attendit avec pat ience de savoir si Céladon épouserait Astrée, de même que Mqntausier attendit quatorze^ ans le oui de Mlle de Rambouillet. La vie d'alors ne ressemblait' pas ÙL notre' vie hâtive et fiévreuse. On était moins pressé d'arriver aux dénouements. Les romans de La Calprenëde ont, les uns dix, les autres vingt-* trois volumes; ceux de Mlle de Scudéry ne sont guère plus courts.

Le tome I de VAstrée est dédié à Henri IV, qui devait périr trois mois plus tard : c Recevez cette œuvre, comme une- œuvre de vos mains, car véritablement on vous* en peut dire l'Autheur, puisque c'est un enfant que la paix a fait naistrey et que c'est à V. M. que toute l'Europe doit son repos et sa tranquillité i». Jolie dédicace, au reste, qui sent bien son gentilhomme, et que d'Urfé termine sur le vœu de servir un jour le roi d'une autre manière : c au prix de son sang et de sa' vie T^.

' Le tome III est dédié à Louis XIII. Le quatrième, encore signé du nom d'Honoré d'Urfé, est dédié c à la Reyne Marie de Médicis, mère du Roy très chrestien, Louis le Juste i», et, dans un Avertissement au lecteur, Baro explique pourquoi il

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8*est décidé h publier le manuscrit de son maître. Des suites apocryphes de VAstrée venaient d'être mises en vente; il s'agissait de défendre l'honneur de l'écrivain en donnant au livre la conclusion qu'il lui avait lui-même destinée. Toutefois le tonie V ne porte que le nom de Baro, et si d'Urfé avait laissé quelques notes, au moins est-ce Baro qui les a rédigées.

Je l'ai là sous les yeux, cette Astrée qui compte 5 500 pages, pauvres vieux bouquins tout jaunis qui ont sur leur couverture la poussière de deux siècles de dédain et d'oubli. Ils nous font à présent un peu pitié, avec leur frontispice qui représente à gauche un berger, houlette en main, besace à la ceinture, à droite une bergère, et en haut deux Amours fort laids, ayant deux petites ailes au dos, et versant, l'un des flammes sur Céladon, l'autre des cœurs sur Astrée. Cette jeune femme décolletée, un collier de perles au cou, les cheveux tirés en arrière et frisés de chaque côté de la tète à la ^ode de l'hôtel de Rambouillet, c'est Astrée. Cet homme, couronné de lauriers, la poitrine deminue, une peau de lion sur l'épaule, moustache retroussée et barbiche en pointe, c'est d'Urfé luimême. Qui dira jamais combien de rêveries se sont accoudées jadis sur ces gros livres, combien de jeunes cœurs en ont été enivrés? c La mémoire m'en est douce comme l'épanchement d'un parfum 1», écrivait l'évêque de Belley, l'auteur de

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