V. — LA LANGUE DU POÈME Lïlll
devient fréquente. A part ces traits qui appartiennent à tous les poèmes composes h la même époque, on peut relever, comme étant communs uux deux livres de notre poème, les rimes du type praie : guerroie et la présence de quatre et niême six vers consécutifs sur la même rime, traits qui peuvent être considérés comme normands, et enfin les octosyllabes du type Assés vous ai déclaré ce, qui, il est vrai, n'indiquent aucun dialecte particulier, mais dont la présence, relativement rare, mérite d'être relevée.
Mais il y a, d'autre part, des différences.
Le premier livre a seul des rimes du type sache : trace, ainsi que l'infinitif mr, tous deux considérés comme des traits picards.
Le second livre a seul des rimes comme pierres : serres, le pronom // employé comme cas sujet fémmin du pluriel, ainsi que le pronom possessif PO au singulier {au masculin seulement). Faut-il conclure de ces différences que les deux livres sont l'œuvre de deux auteurs? M. R. Hess, dans la dissertation mentionnée p. xl, est très affirmatif à ce sujet. Il déclare (p. 42) que l'auteur du premier livre était un Picard, et celui du second un Normand. Il considère, sans raison suffisante, la rime reume : teume comme particulièrement normande : nous avons vu ' qu'elle vient telle quelle du Couronnement Renar t. Les différences linguistiques précitées ne nous semblent pas assez importantes pour justifier la conclusion de M. Hess. Il faut aussi tenir compte de ce fait que l'absence, dans le premier livre,