VII. — L AU'1>:UR LXXIII
Nous avons vu que l'étude linguistique ne permettait pas de repondre dcfmitivemcnt à la question de savoir si Gervais du Bus, qui a signe le second livre, a aussi composé le premier. Voyons si le poème offre d'autres indices qui puissent contribuer à la solution de cette question.
Le second livre, déclare l'auteur, a pour but d'ajouter des enseignements à ce que les lecteurs savent déjà de Fauvel et de ses agissements :
1227 De Fauvel bien oy avez...
Pour ce vueil je encore dire
1238 Aucune chose qui s'atire
A ce que plus a plain apere L'estat de Fauvel et l'affaire...
Et il termine :
Ici fine cest second livre...
C'est, en etfet, ainsi que lisent les manuscrits du groupe .v. Ceux du groupe j' lisent mon secont. Mais Gaston Paris, qui croit à deux auteurs, remarque avec raison ' : « L'expression mon second livre ne prouve rien ; le poète a composé h F'auvel une suite; il l'appelle tout naturellement son second livre ».
Pour l'unité de l'auteur semblerait parler le fait que, sur les douze manuscrits qui nous ont conservé le roman, dans neuf les deux livres se trouvent réunis. Mais dans un, et c'est peut-être le
1, Hist. littéraire, XXXH, i36.
LXXIV INTRODUCTION
plus ancien (A), ils ont été copiés par deux scribes différents. Dans un des trois manuscrits ne contenant que le premier livre (A^), ce premier livre lui-même est incomplet ; un autre (B) est du xv^ siècle et peut-être incomplet; le troisième {K), qui est du xiv^ siècle, est peut-être un manuscrit contaminé '.
Les deux livres sont datés avec précision, circonstance qui n'est pas commune. Mais on pourrait objecter à M. Ch.-V. Langlois, qui invoque cet argument en faveur de l'unité d'auteur, qu'un continuateur, — si continuateur y a — , ayant trouvé une date précise dans le premier livre, aurait facilement pu imiter ce procédé.
Mais la différence essentielle est dans la conception même des deux livres, et c'est là que Gaston Paris, en plaidant pour deux auteurs, a cru trouver de solides arguments, dont M. Ch.-V. Langlois a toutefois contesté la validité. Voyons brièvement quelles sont les idées directrices des deux livres de Fauvel.
Dans le premier, Fauvel est pour ainsi dire un personnage passif, à peine différent d'une expression allégorique, qui réunit autour de lui tous les grands de ce monde. Ce livre émane d'un clerc qui, sans être positivement anti-royaliste, désapprouve évidemment la lutte que Philippe le Bel avait menée contre Boniface, et blâme les complaisances de Clément V (v. ôyS), et la servilité des évêques français envers le roi '. C'était un clerc très cléri-