‹ Le roman de FauvelChapitre 74 sur 84 · Dieu ouré (y) est peut-être préférable à bien curé (x · texte numérisé non relu

Dieu ouré (y) est peut-être préférable à bien curé (x

6ii-i5. Les prélats sont comparés à ceux qui ne se contentent pas de tondre leurs brebis, mais, par convoitise, les rasent de trop près. Cette idée se trouve déjà dans le célèbre sirventés de Guilhem Figueira (éd. Levy, n» II) :

Roma trichairitz, cobeitatz vos engana, C'a vostras berbitz tondetz trop de la lana.

Même idée dans la Mutacion de Fortune, de Christine de Pisan :

Scevent bien tondre les berbis, Voir escorchier, sy ont abis De pastours, et sont loups cerviers Plus grans coups donnant que leviers.

(B. N. fr. 6o3, fol. 109 v°)

Cf. mon compte-rendu de Bertoni, Trovatori d'Italia, dans la Romania, XLIV (1916), 606.

618-9. Plcicebo chantent doucement, Mes Dirige dient sans note. Le sens de Placebo (le mot se trouve encore au v. 857) ressort des v. 1041 et suiv. :

Bien peut les grans seignors hanter Qui soit de Placebo chanter;

Telle canchon trop lour agrée.

Comment qu'il n't ait pas reson,

Si veulent il toute seson

Qu'en lour die : « Bien dit, misire ».

(La même idée est déjà exprimée aux v. ii5-6). C'est presque textuellement identique à ce que l'on lit dans la Somme le roi (Bibl. nat., fr. 938, fol. 3i v» ; voir Ch.-V. Langlois, La Vie en France, etc., p. 298, note 2) : / chantent tous jour !{ Placebo, c'est a dire : « Messire dit voir, messire fait bien... » Tobler (Verbliimter Ausdruck und Wortspiel in altfranifôsischer Rede, dans Vermischte Beitrage^ II, 2« éd., p- 222) cite l'expression a placebo :

Parler a placebo, jangler, trufler et rire.

(Watriquet de Couvin, éd. Scheler, p. ia8, v. 91)

et rappelle que Scheler en a rapproché un autre passage : Mais qui voelt grâce recouvrer A placebo l'esruet ouvrer (Ensi commencent les vegilles),

(Scheler, Trouvères belges, II, i58, v. 7a)

où le point de départ de cette expression figurée est indiqué. La première antiphona des vêpres des morts commence en effet par ce verset du Psautier (114, 9) : Placebo Domino in regione vivorum. Par un rapprochement facile, on a désigné pas ces mots la flatterie (« je plairai à mon seigneur »). Le mot se trouve encore dans un miracle de Notre-Dame (n» Il de l'éd. dei}. Paris et U. Robert) :

Il fust bien avocat en courte

Car il scet trop bien langucter 140 Et moz de placebo jetter

Ou il lui plaist.. .

et dans la Voie d'Enfer et de Paradis de Jacques Bruyant : Flateur soies premièrement, Car c'est le droit commencement Par quoi on puet a bien venir Et a grant estât avenir :

S'avenir y veulx sans deffault, De Placebo jouer te fault.

{Le Minagier de Paris, p. p. le baron J. Picbon, II, a5)

Également dans un recueil de dictons et de proverbes, transcrit dans le manuscrit fr. i555 (fol. 78'') de la Bibliothèque nationale :

Selon le tour du temps qui est Nul n'est proisié qui flateur n'est Et sy peust bien partout aller Qui placebo soit démener.

Le frère Prêcheur originaire du Soissonnais qui a compilé le recueil pieux contenu dans le manuscrit 12488 de la Bibliothèque nationale (voir mon article dans les Notices et extraits des manuscrits, XXXIX, 11) connaît cette expression :

Deceù sont 11 roy de France...

Ceus qui de Placebo leur chantent

Leur palais et leur chambres hantent ;

Nul voir disant n'i a atrez.

(B.N. fr. 12483, fol. i58)

Le même auteur a rapproché, assez ingénieusement, de Placebo un passage du prophète Isaïe :

Et s'estre sans pechié vouloient {Fol. io5 v<» b)

Plus volentiers vrité orroient.

Dire pueent, tout plain (en) y a :

Ysa. XXX. Loquimini nobis placentia :

« Dites nous, frère, qui nous plese ; Nous n'avons cure de mesaise. »

Placebo plait, non heu me !

Qui dit voir le vin a tumé.

C'est en effet avec beaucoup d'à propos qu'il cite Isaïe (XXX, 9-10) : Populus enim ad iracundiam provocans est, et filii mendaces, filii nolentes audire legem Dei. Qui dicunt videntibus : « Nolite videre », et aspicientibus : « Nolite aspicere nobis ea quae resta sunt : loquimini nobis placentia, videte nobis errores ».

Dirige que, par opposition à Placebo, les flatteurs disent « sans note », c'est-à-dire à basse voix, sans enthousiasme, est le début de la deuxième antiphona de l'office nocturne. C'est un chant de deuil. C'est peut-être pour cette raison qu'il ne plaît pas aux flatteurs, peut-être aussi à cause de

son contenu : Dirige, Domine, Deus meus, in conspectu tuo vitam meam.

622. Bors semble être bizarrement employé ici pour « bourgeois »; mais il signifie en réalité « bâtard ».

627-28 (cf. 1432). Eul^ ont non de révèrent père, Et en/ans sont. Le népotisme dans Tépiscopat est un lieu commun que l'on retrouve, sous différentes formes, chez les sermonnaires. « Les malheureux, les insensés! s'écrie Jacques de Vitry avec son énergique liberté de langage; ils abandonnent le soin de plusieurs milliers d'àraes à des enfants auxquels ils n'oseraient confier trois poires, dans la crainte qu'ils ne les mangent! J'en connais un, de ces jeunes intrus, que son oncle avait installé au chœur dans la stalle de l'archidiacre, et qui la souillait encore, comme naguère le giron de sa nourrice » (Ms. lat. 17509; Lecoy de la Marche, La chaire en France, p. 35 1).

691. La vaine gloire dont tant boivent. Même image dans le Miracle de Théophile de Gautier de Coinci (éd. Poquet, col. 69) :

Anemis a moût grant puissance.

Et tant set de la vielle dance Qu'a sa dance fait bien baler 1810 Ceus qui plus droit cuident aler;

Assez souvent guiie et mesmaine Ceus qui plus font la Mazalaine; Quar un breuvage leur fait boire Qu'il destrempe de vaine gloire.

C'est peut-être une réminiscence biblique. Cf. p. ex. Comedunt panem pietatis et vinum iniquitatis bibunt {Prov., 4, 17).

766. « C'est aussi absurde que de dire que des chausses noires sont blanches », Une locution analogue se trouve dans le ms. français 12483, fol. 260 b, de la Bibliothèque nationale :

Ce que on aprent en jonesse Fort est lessier en sa viellesse.

Jones, biau filz, apren bien faire Et de tous vices toy rctraire :

Se Jones iés misa mestier, A continuer est legier.

Vie& cheval a ambler aprendre.

C'est la pie a un tabour prendre :

Ne viez cheval d'ambler n'a guise, S'e[n] jouvente ne l'a aprise, Ne pie a tabour est prise.

Fort est rouge vache soit bise.

776. L'église de Saint-Benoît-le-Bestourné, à Paris, ainsi nommée à cause de son orientation inverse de celle des autres églises, symbolise ici les ecclésiastiques qui mènent une vie « mal tournée » .

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