‹ Le roman de FauvelChapitre 80 sur 84 · I. Mi. Te · texte numérisé non relu

I. Mi. Te

Au fol. 1 1 on lit cette rubrique :

Si fenist le prumier livre de Fauvel et se commence le segont, qui parle de la noblece de son palais, du conseil que il a, et comment il se veut marier a Fortune, et comment Fortune le maria a Vainne Gloire.

L'interpolateur semble s'être lassé de remanier le texte. Les variantes ne portent plus sur plusieurs vers consécutifs. Par contre, les additions intercalées dans le texte sont beaucoup plus importantes.

Avant le vers 1963 (arrivée de Fauvel chez Fortune) se lit, au-dessus d'une miniature, cette rubrique :

Comment Fauvel salue Fortune. (Fol. 16 V c)

Au fol. 19 c, après les deux vers adventices que nous avons imprimés aux variantes du v. 2112, se lit cette autre rubrique :

Ci s'en siut un lay de Fortune contre Fauvel, ou quel elle le reprent de son orgueil et de sa foie emprinse selonc la matire du roumans.

Elle amène une interpolation musicale (fol. 19 b- 19 V» b) :

Je qui poair seule ai de conforter...

Après le v. 2668, E ajoute ces deux vers (fol. 2 1 v» b) :

Selon l'escripture divine

Qui les soufFranz ainssi doctrine.

Ils amènent une interpolation musicale :

In paciencia vestra...

Au fol. 23 vo b, après une interpolation musicale :

Beati pauperes spiritu...

suivent les vers et le passage en prose, déjà cités (p. 1 37), où sont nommés Gervès et Tinterpolateur Chaillou de Pesstain.

Au fol. 23 v«> c, après le v, 2892, l'interpolateur ajoute ces vers, dont les deux premiers sont censés prononcés par Fortune :

« Or pues veoir se c'est grant dame Fortune que veus prendre a famé. »

Lors a Fauvel ceste balade Mise en avant de cueur moult malade.

Suit une longue interpolation composée en partie de pièces entièrement notées, en partie de morceaux sans notation musicale, sauf quelques refrains intercalés.

Ces additions coupent en deux le long discours de Fortune, ininterrompu dans l'original. Au foi. 28, le discours de Fortune reprend, amené par ces vers adventices :

Quant Fauvel ot tout favelé, [Fol. 28)

Fortune cui sont révélé

Les pensers d'ommes et de famés,

Elle qui sur tretoutes dames

Ha en touz cas prérogative,

A Fauvel tantost prent estrive

De li paier en tel manière :

« Dit t'avoie ça en arrière

Que avoir a famé couvetas

Moy sanz achaison, se brait as

Assez, si me lesse redire. \

Tu ne pues le meilleur eslire.

Suivent les v. 2893 et suiv.

Aux fol. 28***, 28'«'" et 29 v» on lit quelques vers de raccord qui amènent des motets '.

Après le v. 3 1 52 vient (fol. 3o b) cette interpolation :

Fauvel oï et entendu Ce que la dame li a rendu, Esperduz est, ne set que face, Non sachant quel chemin tenir Doie, n'a quel fin doit venir, Ha fait le motet qui s'en suit, Mes il n'i prent point de [dejduit :

Heu Fortuna subdola...

Suivent six vers, imprimés aux variantes et qui remplacent les V. 3 1 53-56.

Nous arrivons à l'interpolation principale qui peut en quelque sorte être considérée comme une partie nouvelle; nous avons vu qu'elle est l'œuvre de Chaillou de Pesstain. Après le v. 3200, à l'endroit où Fauvel épouse Vaine Gloire, commence en effet une amplification d'environ 2,000 vers (sans compter les pièces lyriques qui y sont intercalées) dans laquelle sont noyés les derniers vers du Roman de Fauvel.

L'interpolation '' commence par la description de la ville où est établi le palais de Fauvel. Cette ville, appelée Espérance un peu plus loin, est Paris ; l'auteur nomme le pré de Saint-Germain et la Seine qui passe en bas (v. 81 5 et 816). Cette description est entremêlée d'interprétations allégoriques et de lamentations sur la destinée qui veut qu'un si beau lieu soit possédé par Fauvel. Celui-ci y convoque toute sa cour, composée des vices et des péchés. Toutefois, les vertus, jadis

1, Cf. Hist. litt., XXXII, 140 et 141.

2. Je suis de près l'analyse de G. Paris, Hist. litt., XXXII, 14?-

exclues par lui, au nombre de trente, sous la conduite de Virginité, se décident à se rendre aussi à la fête, non pour se divertir, mais pour prendre part aux joutes. Elles sont reçues chez un hôte qui a quatre noms : Large, Courtois, Sage et Bénigne, et dont la femme s'appelle Constance. Après un splendide festin, Fauvel va dormir avec sa femme, mais ils sont réveillés par un épouvantable « chalivali » que leur donne « la mesnic Hellequin ». Le lendemain ont lieu les joutes, où les trente vertus font des prodiges contre les vices et les diables du parti de Fauvel ; mais Fortune les avertit de cesser le combat, l'heure de la ruine inévitable n'étant pas encore venue. Entre deux morceaux, pris directement dans le Roman de Fauvel, le rédacteur intercale une description de la « fontaine de Jouvent », où Fauvel a la prétention de rajeunir lui et les siens. Puis vient une longue prière à Jésus-Christ contre P'auvel. Les derniers vers enfin sont à peu près ceux du Roman de Fauvel.

Outre les vers du Roman de Fauvel, en tout une soixantaine, qui y sont intercalés, cette partie est faite essentiellement de pièces rapportées qui forment un tout d'une composition lâche et maladroite. La bataille des Vices et des Vertus est une imitation du Tournoie' ment d'Antecrist de Huon de Méri. Voici les emprunts textuels les plus importants que l'interpolateur du Roman de Fauvel a fait au Tournoiement d'Antecrist ' :

Interpol, de Fauvel Toum. d'Antecrist

I. Nous renvoyons à l'édition de Wimmer (Marburg, 1888). M. R. Hess [Der Roman de Fauvel, diss. Gôdingen, igog, p. i3- 14) a déjà signalé la plupart de ces concordances.

loi . de Fauvel

Tourn. d'Antecrist

Ml

I lOO-I

La description des plats servis au festin de noces (v. 389-443) provient du Comte d'Anjou de Jehan Maillart, de même qu'un morceau de onze vers (v. 66-j-6'j'j) relatif au coucher de l'épousée. Il y a même d'autres passages qui doivent être aussi empruntés, bien que leur provenance ne soit pas connue '.

Le Comte d'Anjou a été composé en i3i6 par Jehan Maillart, un des clercs principaux de la Chancellerie de France au commencement du xiV siècle ^ :

Tant qu'il ot sa perfection En Tan de l'incarnation M. CGC. et .IIII. foiz quatre, Sanz rienz adjouster ne rabatre.

La même date de i3i6 se trouve dans notre interpolation, toutefois indiquée dans d'autres termes et se trouvant dans un passage qui n'a rien à voir avec le Comte d'Anjou :

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