‹ Le roman de FauvelChapitre 81 sur 84 · I. G. Paris, Hist. litt., XXXII · texte numérisé non relu

I. G. Paris, Hist. litt., XXXII

.2. G. Paris, Hist. litt., XXXI, 145; Ch.-V. hangloïs, La Société française au xni« siècle, p. 254 et suiv., et La vie en France, p. 290.

1060 En mil .CGC. dis et sis ans (Fol. 38 v" c)

Ne fu veùe tel noblesce.

C'est certainement — M. Hess l'a bien vu (p. i5) — la date à laquelle Tinterpolation de Chaillou de Pesstain a été composée. Nous avons vu que des pièces lyriques de notre manuscrit, plusieurs contenaient des allusions à des événements contemporains ou peu antérieurs; il n'y en a aucune qui soit postérieure à l'avènement de Philippe le Long, qui eut lieu en l'iib. On peut légitimement conclure que cette rédaction interpolée a été exécutée deux ans après l'achèvement du roman de Gervais du Bus.

L'amplification de Chaillou de Pesstain, que nous imprimons ici in extenso (à l'exclusion pourtant des morceaux lyriques) est fort médiocrement rimée. Elle est mal composée, au point d'être presque inintelligible par endroits. Il y a nombre de vers incorrects. Quelques-uns se laisseraient facilement ramener à la mesure normale. Mais il vaut mieux s'abstenir de corriger; car il n'est pas probable que toutes les fautes soient imputables au copiste.

Qui de la biauté et painture,

De la façon et pourtraiture

Du palais Fauvel me sivret, 4 Je di qu'en ce petit livret

Au commancier m'en aquité ;

Mes encor moustré ne dit é

Ou, comment siet, n'en quele marche ; (Fol. 3o v° c) 8 Pour ce vous vueil, ainz que je marche

Terre, dire ce que j'en se,

Car g'i ai un petit pensé,

Et de son siège la manière.

12 Entre deus braz d'une rivière

Siet, qui la bâtent environ.

Des creniaus en haut remire on

Le douz pais et la contrée 16 Qui douce France est appelée.

Et s'il est a droit recité,

Il siet en la meilleur cité

Qui dessouz ciel compraigne siège :

20 Toutes les autres sont de liège

Envers celle, que que nuls die.

La rivière porte navie :

Par son droit non Sainne est nommée, 24 N'il na cité si renommée

Par toute la crestienté.

Je croi que Diex y a enté

La foi en l'arbre de jouvent, 28 Et s'ai oï dire souvent

Que toute la flour de clergie

Y est, si a noble dragie

Au monde et en religion.

32 II n'a si bonne région

De dames jusques a Thoulouse.

Ou palais ha quatorze ou douse

Ghastelez, que tours que tourneles,

36 Bateilleresscs, fors et beles,

Qui H aident au besoing,

Et, se voir dire ne resoing,

La est le plus bel oratoire 40 Dont on puet faire mémoire :

Bien le puis appeler chapele,

Car il n'a ou monde si bêle

N'ou il ait tant de biax joiax :

44 Moult par fu li sires loiax

Qui y pourchaça tiex reliques;

Nulles oudeurs aromatiques

Ne rendent flaireur si très bonne {Fol. 3i)

48 Comme fait la sainte couronne

Que Diex porta, et la croiz vraie

Ou il reçut la mortel plaie

Pour touz noz péchiez racheter.

52 La se voult Fauviaus arrester.

La voult Fauvel faire ses noces.

Evesques n'abbez portanz croces

N'a fait pas venir ne mander :

56 II veult que sanz contremander

Vieigne Charnalité s'amie,

Car sanz li ne pourroit il mie.

Fornicacion, Advoutire 60 Vieignent la, tout sanz contredire

Cupide vendra et Venus ;

De tel gent ne demeure nus.

Vieignent Gloutonnie et Guersay, 64 Mais que ce ne soit tout par say,

Yvresce, Outrage et Ribaudie

O euls viengnent et Lecherie,

Couirouz, Tort, Tençon, Homicide, 68 Ypocrisie, Orgueil, Accide,

Larrecin, Descort, Franaisie,

Hérésie et Bouguerrie ;

39 plus fel — 40 Gaston Paris qui a imprimé {dans THitt. iiti., XXXII, 141-143) les V. 1-7, 12-49, 9»-ioi, io3-ii3, 1 37- 141, corrige puisse.

Gouvoitise, Envie, Mençonge 72 De la venir ne facent songe.

Mesdit, Barat et Tricherie,

Avarice et Felonnie,

Loberie et Faus Semblant 76 Ne voisent pas la feste emblant,

Ne toute l'autre compaingnie

Du lignage, conseul, mesnie

Fauvel qu'autre foiz ai descripte, 80 De venir baudement s'aquitte,

Et termoiers et usuriers

Si vieignent trestuit ces sentiers.

A touz jours mes veult estre acointes {Fol. 3i b) 84 De ceus qui venront genz et cointes.

Tele gent de jour en jour vienent.

De toutes pars les chemins tienent,

Et en la cité dessus dite 88 Quiert chascuns lieu ou il habite.

Encore, quant il me souvient

De ce qu'au palais appartient,

Je di que palais et chastel 92 Est, et eu monde n'a pas tel,

Car que chastiaus et chastelez

A semez illueques delez

Plus de dis, trestouz responnanz 96 Au palais et aide donnanz :

Aus deus lez des metresses portes

Du palais a mesons moult fortes

Et deus ponz de façon moult bêle :

100 Tretout le reaume de Gastele

Si ne vaut pas ce que il portent.

De vérité croire se tortent

Cil qui ce ne croient sans doute, 104 Car j'en di la vérité toute.

L'un siet a destre vers midi,

L'un vers septentrion; si di

Que par les ponz que ci devise 108 En une ville qui est assise

108 Gaston Paris corrige qu'est.

Environ Tille et la cité

Vet l'en par grant nobilité

Ville la plus riche du monde 112 Et ou le plus de bien habonde.

Celle est appelée Espérance.

N'i a fors les pons de distance

Jusques au palais sus dcscript.

116 Crie tout homme et adès crit :

Du palais qu'a non Desespoir

Maint mal venra, si com j'espoir,

De ce que Fauvel se délite.

120 Dame du ciel, par quel mérite

Est avilez ce que jadis

Ert nommez le douz paradis ?

Est ce chose bien desguisee 124 Que la sera ceste assemblée ?

Est ce greigneur descouvenue

Que tel pays ainssi se mue ?

Est ce plus grant enchantement 128 Que il va ainssi faitement ?

N'est ce mie plus que meschief

Quant de la ou la foi le chief

Doit manoir Fauvel fait demeure, i32 Dont tout le monde brait et pleure,

Maimement quant tout y séjourne?

Hé, Fortune, trop souef tourne

Ta roe, quar.t plus tost ne chiet {Fol. 3i c)

i36 Sus lui, certes c'est grant pechiet.

Andui, si com dit cil qui ville,

Sont assis en une grant ille

Et le palais et la cité, 140 Et, par noble subtilité.

L'un des bous de l'isle au travers

Le palais, si com l'en va vers

Occident, tient de bonne guise ; 144 Et l'autre bout la mère Eglise

De la cité vers orient

iZ-] ville est pour vit le — 141 de bous — 143 tient et de — 144 bout a la.

l5o APPENDICE

Comprent moult noblement et tient.

Combien que dolenz, triste et morne 148 De ce que Fauvel tout bestorne,

La matire qu'ai pris ensivre

Vueil et assez tost finer ce livre.

Tant souvent vait a l'iaue la cruche i52 Que quassee a terre trébuche :

Aussi vous di pensis et mate

Que cil faus qui touz par tout mate

Par son mal set bien que matez i56 Sera, si que comme enchatez,

Ançois que pour matez se tieigne,

A empris que il se maintiengne

Assez plus bobancierement 160 Qu'il ne fist au commencement.

Venue est toute sa ligniee

Que il a par lettres mandée.

Les nous vous ai dit de pluseurs 164 Devant, si que vous museeurs

Ne vueil faire pour le redire;

Et trop lonc seroit a escrire

Les nons de celé multitude 168 De gent si mauvese et si rude.

Entrez sont dedenz les granz sales, {3202)

Joie mainent et granz rigales. {320i)

Dame Vaine Gloire ont trouvée, 172 Courtoisement l'ont saluée.

Chascuns trop forment la regarde {32o3)

Et elle les déçoit et larde {3204}

Et les endort en granz deliz {32o5)

176 De bêles chambres et de liz (32o6)

Et de biens fuient comme ombre, (3207)

Dont qui plus a plus s'en encombre. (3208)

Fauvel, qui tout se veult voutrer {Fol. 3i v»)

180 En bobant pour bobant moustrer,

Ha fait crier par la contrée

1 5o Vers trop long — 1 5 1 Vers trop long ; on pourrait supprimer la — i6g et suiv. Huit vers provenant du Roman de Fauvel (320i -3 308).

INTERPOLATION DU MANUSCRIT E l5l

Que qui vouldra celé journée

Et les ensivans quatre jours 184 Jouster, viengne sanz nul séjours;

Ja ne sera si achanis,

Soient privez, soient banis,

N'estoient receuz a la jouste 188 Que l'endemain de Penthecouste

Sera, et avront cil sa grâce

Qui pour jouster venront en place.

Des joustes et de l'assemblée 19a Est ja partout la renommée,

Si que dames et damoiseles

Pour ces merveilleuses nouveles,

Et car li termes si s'aproche, 196 Ont endroit eles haste-et couche

D'euls appertir et mettre a voie

Pourveoir la feste et la joie ;

Et plus pour leur honneur garder 200 Ne veulent pas plus retarder.

Mais, par une especiauté,

Dames de très grant loiauté,

Tretoutes les vertuz divines, 204 Qui du pouair et des termines

Fauvel ont esté forbanies

Venront veoir ces estampies :

C'est a savoir Virginité, 208 Qui est de si grant dignité

Que par celé Diex aombrer

En la vierge pour descombrer

Nous de la peinne pardurable 212 Sevoult par manière mirable;

Et celle qui vierge enfanta

Virginité chiere tant a

Que sanz li n'ira elle mie, 216 Combien que pou sera choisie

Chasteé et Religion,

Repentance et Confession,

Contriction et Penitance, {Fol. 3i v* b)

220 Componction et Pacience,

l52 APPENDICE

Humilité avec Simplece

Obédience et Oraison, 224 Pais sanz nulle desputoison,

Franchise, Aumosne et Conscience,

Attemprance et Innocence,

Courtoisie et Amistié, 228 Debonnereté et Pitié,

Persévérance et Charité,

Sapience et Vérité,

Providence et Miséricorde, 232 Justice, Loiauté, Concorde,

Bonté, Leesce, Foy, Silence,

Pardonnance, Cremeur, Science,

Souffisance et bonne Largesce, 236 Equitté, Bonté et Prouesce

Et leur autres suers. Dieu anceles.

Dont tant en y a et de teles

Que l'en ne les pourroit conter, 240 Venront sanz nulle mesconter,

Non pas pour soulaz ne déduit,

Mais car Fauvel en brief destruit

Venront de voir horriblement, 244 Se Raison la bêle ne ment

Et Fortune ne se repent.

De qui son jugement depent.

Nequedent se par aventure 248 Fortune vueille et endure

Que de jouster aient le don.

Si jousteront que guerredon

En avront de Dieu qui tout donne 252 Et qui touz biens fais guerredonne.

Chascunne d'eles s'i acorde,

Neis Pais, Pacience et Concorde

Venir vuelent a leur demaine, 256 Dont Fauvel, que Antecrist maine.

Les a chacies sanz raison.

222 Ce vers est en blanc dans le ms. — 248 vueille est pour vuet le (?).

INTERPOLATION DU MANUSCRIT E l53

Knvoié ont, qu'il est saison,

A la ville sus devisec, 260 " Qui est Espérance nommée,

Humilité, la leur fourrière,

A ce que bon hostel leur quiere.

Saint Julien l'a encontree, 264 Qui richement l'a herbergee

Et a bon hostel assenée.

Tout le meilleur de la valee.

Et par droite bonne aventure 268 Chés gens qui touz jours ont mis cure

Aus dites dames bien amer.

Et les dames euls sanz amer

Amoient charitablement, {Fol. 3i v^c)

%J2 Si en seront plus gentement.

Li hostes, cil qui hostel pris

Fu pour les dames de tel pris

Com vous savez, ot quatre nons, 276 Se nous a ce garde prenons :

Large, Courtois, Sage, Bénigne,

Et sa famé fu bonne et digne

Qui dame Constance ot a non ; 280 Celé porte le gonfanon

De Loiauté et de Pitié,

De Douceur et de Amistié,

D'Onneur, de Bonté et de Sen. 284 Or vous dirai ce que je sen

De la grant joie qu'il ont eue

De la desirree venue

Des dames qui tant se délitent 288 De bien faire ou elles habitent.

Li hostes, qui sot leur couvine

Et qu'eles l'aiment d'amour fine,

Ot près d'ileuc en bours et en villes 292 Riches parens et filz et filles

Et de haute puissance amis.

Aceus escript, ou plus ha mis

273 qui est pour cui — 290 Supprimer 1' — aqi Vers trop long ; on pourrait supprimer le second en.

Son cueur, a li sanz nul resoing 2q6 Viengnent, car d'euls touz a besoing.

Tantost vienent sanz delaier.

Ne les couvient pas essaier,

Ce dient, car commandement 3oo Ha li proudons entièrement

Sur chascun d'euls et touz enssemble.

Prié l'ont ce qui bon li semble

Leur die, et sanz arrester 3o4 Verra tout son bon aprester.

Lors leur dit que, que que il couste,

Harnais et grans chevaus pour jouste,

Armeures bonnes et cointises, 3o8 Des meilleurs qui onques fussent quises

Et que nuls ne puist trouver teles

Quierent pour trente damoiseles,

Et ce tendra a grant amour.

3i2 Tuit dient a une clamour :

« Sire, ainz que il en soit mestier,

Tout ce qui affiert au mestier

Avrez sanz nisune defaute. »

3i6 De ce li cuers li vole et saute

Et bonnement les en mercie.

A tant s'en vont de chiere lie.

Les dames sevent tout de ferme 320 Que forment aproche le terme

De mouvoir soi qui la aler

Voudra, si ont fait emmal'er

Ce qui leur faut ; legierement {Fol. 32)

324 A chemin se mettent briement

Et tant ont fait par leurs journées

Qu'en la ville sont arrivées

La ou doivent faire séjour.

328 Leur hoste, ainz que veïst le jour,

Avecques de gent moult grant monte

Leur estoit aie a l'encontre,

Si les conduit a son manair.

332 La noise s'en va jusqu'en air

3o8 Vers trop long; corriger onc — 3 28 Corr. venist (?).

INTERPOLATION DU MANUSCRIT E l55

Qu'il ont du bon avènement

Des dames, qu'aiment grandement

Et le diz hostes et hostesse.

336 II font tantost vuider la presse.

Et les dames se herbergerent

Que leur hostes si confortèrent.

Elles descendent et se metent 340 En chambres, ou ce qu'il souhaitent

Treuvent trestout a leur désir.

Puis se reposent a lesir.

Et le jour de feste est venus.

344 Les grans galos et les menus

Vienent gent de moult noble atour.

Du palais regardent la cour.

La sont tout ententiz a faire 348 Ce qu'apartient a leur afaire.

Leur gent s'en vont sanz plus atendre

A leur hostiex qu'il ont fait prendre.

Pour mètre leur choses a point 352 D'estre pareceus nul n'a point.

L'en crie aus queus, car ja assises

Sont les tables et napes mises

Et les viandes furent prestes, 356 Souffisans pourtiex quatre festes.

De ce se furent avisées

Les vertuz bien appareilliees,

Et honestement, a biau conduit 36o S'en vont la ou estoit le bruit.

Es sales entrent humblement, [Fol. 32 h)

La se contindrent sagement.

N'i a nule qui se desvoit.

364 Chascun de grant désir les voit.

Or est il temps que je vous conte De Fauvel qui en palais monte Et comment hautement parla :

368 « Vous qui ci estes par ça par la,

347 sont tout manque — 359 Vers trop long — 368 Vers trop long;'on pourrait supprimer ci.

Mes douz amis, mes douces dames,

Pieça, fait il, que mes n'entrâmes

En ce pais n'en ceste terre.

372 Famé nous est couvenu querre

De nostre afaire, si l'avons (Fol. 82 c)

A nostre endroit, si com savons;

Chascuns se jeut et esbanie 376 Et demaint joliete vie.

Rie, chante et face joie. »

De ce faire trop fort les proie.

Touz et toutes le saluèrent 38o Gentement et l'en mercierent.

Mes les vertus dirent entr'eles :

« Lasses, comment chanteront celés

Qui cheues sont en orphenté ?

384 Or soit pose qu'aions chanté. »

Trompeurs saillent, si cornèrent, [Fol. 82 b)

Et tantost toutes gens lavèrent

Et alerent aus tables seoir.

388 Grant foison poist on veoir

De viandes bonnes et fines : [Fol 32 c)

Chapons y ot, oisons, gelines,

Cignes, paons, perdriz, fesanz, 392 Hairons, butors qui sont plaisanz,

Et venoison de maintes guises, [Fol. 3i v")

A chiens couranz par force prises,

Gers, dains, connins, sanglers sauvages, 396 Qui habitent en ces bosquages,

Et toute bonne venoison.

Poissons y avoit a foison.

Des meilleurs de tout le pays :

400 Esturjons, saumons et plays,

Congres, gournaus, pourpois, barbues,

Turboz, rougez et granz morues,

Maqueriaus gras et gros merluz, 404 Et harens frès et esperluz,

385 En comptant trompeurs pour trois syllabes le vers est correct; un correcteur a ajoute' et devant si — Les v. 389-443 sont tirés du Comte d'Anjou; voir /'Hist. litt., XXXI, 327-28.

INTERPOLATION DU MANUSCRIT E ibj

Et tant d'autre poisson de mer

Com qui l'ellst pris a semer,

S'i avoit de maintes manières 408 Poissons d'estans et de rivières,

Atourné chascun par grant cure,

Selonc son droit et sa nature,

A sausse vert et cameline ; 412 Luz y avoit en galentine.

Grosses lomproies a ce mesmes,

Et en emprès gardons et bresmes

Appareilliez en autres guises ; 416 Et puis troites en paste mises,

Dars et vendoises rosties,

En verjus de grain tooillies,

Et grosses anguilles en paste 420 Et rôties au feu en haste;

Besquez y avoit chaudumez,

Si comme il sont acoustumez

Des queus qui sevent les sentences 424 De l'atourner ; il y avoit tences

Que l'en appelé reversées;

Il y ot gauifres et oublees,

Goieres, tartes, flaonciaux, 428 Pipefarses a grans monciaux,

Pommes d'espices, darioles,

Crespines, bignez et roissoles.

Vins y ot bons et precieus, 482 A boire moult delicieus :

Gitouaudez, rosez, florez.

Vin de Gascoingne coulorez,

De Montpellier et de Rochele 436 Et de Garnache et de Castele,

Vin de Beaune et de Saint Pourçain,

Que riche gent tienent pour sain,

417 Le comte d'Anjou lit : Les dars, les vendoises rosties — 424 Vers trop long ; le Comte d'Anjou lit : j'avoye — 438 Ce vers, qui est en blanc dans le ms., a été ajouté d'après le Comte d'Anjou. — 435 Le ms. a plutôt Mompellier — 438 tient.

De saint Jangon et de Navarre, 440 Du vinon que l'en dit la Barre,

D'Espaigne, d'Anjou, d'Orlenois,

D'Auçuerre et de Laonnois

Et de saint Jehan et de Biauvoisin, 444 Du vin François d'iluec voisin.

Il y ot piment et bons clarez. {Fol. 82 v° b)

Les miex vaillanz, les miex parez

Menjoient le plus gloutement.

448 Vins avaloient largement.

Uns keus y ot qui mist sa cure

D'un mes de diverse faiture

Faire, si n'ala detriant :

452 Tantost le fist frés et friant

A une sausse si ague

Que de boire chascun argue.

Aporté fu pour entremés ; 456 Savourez fu et sade, mes

Trestouz de boire si semont

Que de vin une tonne mont

Grant couvint aporter en sale; 460 Chascuns, quant la vit, rit et baie.

Appelée est Honte la tonne.

Outrage tant en trait et donne

Que clamé n'en doit estre aver.

464 L'en n'atent pas après laver

De boire, mes a guersai boivent.

Ainssi honte et joie reçoivent.

Faite fu la dite friture 468 De péchiez fais contre nature,

De touz autres péchiez divers,

Par les quiex sont changiez li vers

Contre les bons, la ou converse 472 Fauvel, qui tout cerche et reverse.

Les V. 439-44 se lisent ainsi dans le Comte d'Anjou :

D'Auçuerre, d'Anjo, d'Orlenois, De Gastiiiois, de Leonnois, De Biauvoisin, de Saint Jouen, Touz ceulz n'arai je mais ouen.

INTERPOLATION DU MANUSCRIT E ibg

Tel viande doivent menger

Geni qui servent de losenger.

Tel sont et de trop pire guise 476 Geus qui par liège (?) ont mestrise.

Lescherie, qui est espiciere,

Par leens fait moult baude chiere :

Fors espices et fors dragie 480 Confites du pechié d'envie,

D'ardant couvoitise et rapine,

De délit ou chascuns s'encline,

Fait donner partout et livrer 484 Si largement sanz estriver

Que chascuns sa barbe en deleche. {Fol. 82 v° c)

Qui en prent, la bouche a si sèche

Que tantost boire li couvient 488 Et dit : « Que doit que vin ne vient ? »

Dont saut l'eschançon et Yvrece,

Ghascun largement verse et drece

Et fait par les tables verser, 492 Et au lonc et au traverser,

Vin de si très grant abandon

Que chascun si a bon bandon

De soi gloutement enyvrer.

496 Neis Outrage, pour délivrer,

La tonne emprent trop par sa bouche ;

Yvresce de si près l'aprouche

Qu'adès sera la tonne vuide.

5oo Tuit a boire mettent estuide.

Adès avront honte belle

Et partout leens espandue.

Mes que devers les très faitices 5o4 Dames opposites au vices

Dont l'en a parlé ci arrière.

Gelés sont de simple manière,

Sages, avenables, plesans, 5o8 Bien escoutans et miex tesans,

En honneur et en bien aprises.

Elles furent ensemble assises.

D'eles pas ne se donnent garde

lÔP; APPENDICE

5 12 Celle orde gent et pource, car de

Toutes pars est si grant la presse

Que l'un l'autre veoir ne lesse,

Et pour ce que chascuns s'efforce 5i6 De honte entonner en s'escorce.

De ce semblant onques ne firent

Les dames qui en Dieu se mirent;

De l'entremés bien se gardèrent.

520 Simplement par tout regardèrent.

Abstinence et Sobriété,

Atemprance et Neteté

Et Mesure, qui point ne penchent, 524 Devant elles servent et trenchent.

Le vin ne la dite dragie (Fol. 33)

Jusqu'à elles ne vindrent mie;

N'orent cure d'autres espices 528 Fors que des habondans délices

Qu'elles orent a Dieu penser.

De ce ne les puet nuls tenser.

Fauvel si se sist a la table.

532 Devant li ot son connestable

Et sist a guise d'emperiere.

Gens d'armes devant et darriere

Avoit pour ce prince garder.

536 L'en le puist en enfer larder.

Parez estoit de tricherie,

De dras d'or et d'Esclavonnie

Vestuz estoit trop noblement.

540 Vainne Gloire outrageusement

Repar estoit trop bien parée.

Bien sembloit estre l'espousee.

Et les autres, qui seoir durent 544 Les plus près d'eus, si cointes furent

Et parez de riches joiaus

Que chascuns pert estre roiaus.

Et l'autre gent, qui dehors vindrent, 548 Moult très noblement se contindrent,

INTERPOLATION DU MANUSCRIT E l6l

Car il sont gent de grant noblesce.

Chascuns mainne joie et Icesce

Selonc ce qu'a li appartient.

552 L'eure de vespre aproche et vient,

Si qu'il fu temps d'oster les tables

Et lieus de jouer couvenables.

Cors sonnent, trompes et araines, 556 Vielles, muses et douçaines,

Psalterions, freteaus, leust :

N'i ot nul qui mestier seùst

Qui ne face menestraudie; 56o Moult y avoit grant mélodie.

Temps de laver fu, si lavèrent

Et la gent Fauvel apresterent

Et donnèrent espices bonnes, 564 Douces a trestoutes personnes,

Gingimbraz d'Alixandre et d'Ynde, IFol. 33 c)

Puis firent verser le vin de

Calabresin pour boire après.

568 L'eure aprocha et fu ja près

Dépassée quant dut dancier.

Jouer, queroler, soulacier,

Si que chascuns sanz grâces rendre 572 S'ala a la querole prendre,

Fors que celés qui sont estranges.

Qui leur cuer ont a Dieu et as anges.

Gelés gentement se contienent 576 Et par la feste vont et vienent

Pour celle clerement veoir.

Et puis si se revont seoir.

Mes Fauvel, qui secrètement 58o Ha seii leur entendement.

Ha fait celeement savoir

Et mandé sus cors et avoir

A sa gent que nul d'eus n'empraingne 584 La jouste si n'en a enseingne

De li ou certain mandement,

549 nobilesce — 574 angres {vers trop long). -j- j-- -■^'-

l62 APPENDICE

Ne ne face nul autrement.

Mes si faire ne l'a seû

588 Que ne l'aient apperceii

Les dites dames ; d'aval terre Leur gent les sont venues querre, Se nulle gent de bien la erent.

592 A ceus trestout droit s'en alerent Prendre congié jusqu'à demain; Puis s'entreprennent par la main, Les degrez du palais descendent,

596 A leur hostel aler entendent.

En la feste n'ot homs de bien Ne qui a conter feïst rien Qui ne leur face compaignie.

600 Chascun a haute vois s'escrie :

« Vezci les dames renommées. « A l'ostel les ont convoiees.

Qui veult a la feste retourne

La nuit vint, qui le jour efface.

Les festeeurs aussi enchace,

Car il voient si aprocher 608 La nuit que temps est de coucher.

Li vins vient, tant en avala

Chascuns com veult, puis s'en ala.

Les jousteurs veult par nons eslire 612 A ce 4ue vertuz ait le pire.

Moult remaint de ce que foui pensse :

En bone main est leur deffensse.

Toute sa gent ha appelée, 616 Sa volenté leur a chargée.

Nommez ha ceus qui jousteront (Fol. 33 v» a)

Et moustré tout ce que feront

Et dist que tantost appareillent 620 Tout ce qui leur faut, a ce veillent,

Et que chascuns si bien se monte

Que de la jouste n'aient honte.

Tantost s'en vont pour la besoingne,

586 Le second ne manque — 604 est en blanc dans le tns»

lNTERt>OLATION DU MANUSCRIT E |63

€34^ N'ont pas mestier de plus d'aloingne.

Quant temps fu de leur repos prendre, (Fol. 33 v» c)

Chascuns voult a coucher entendre

En atendant le jour prochain.

628 Mais, ençois que nous nous couchain,

Dire a dis de vous ou a vint

Un fait qui celle nuit avint,

Car de la jouste me veuil taire 632 Jusqu'à tant que le jour repaire.

Fauvel a pensé sa malice

Dont au tour se tendra pour nice,

Puis a dit a la plus secree 636 Des damoiseles l'espousee

Qu'ele sa dame entrer face

En la chambre etchascun la place

Leur laira, si se coucheront 640 Et les autres qui a coucher ont

Facent vuidier, si enterra

La ou sa famé puis verra.

Fait fu, si a faite s'entree 644 Dedenz la chambre encortinee

La ou fu le lit bel et noble : {Fol. 34)

N'a tel jusqu'à Costentinnoble

Si parez, si riches, si cointes, 648 De couvreteur, de coutepointe,

Et d'oreliers et de carpites,

Toutes pourtraites et escriptes

D'oisiaus, d'armes, de bestelettes.

652 Toutes choses y sont si nettes

Que merveiller s'en puettout homme.

Mes illec n'ot, c'est la somme,

N'en la sale n'en trestout i'estre 656 Relic^ieus ne clerc ne prestre,

Yaue benoite ne bréviaire

624 Suivent plusieurs compositions notées, amenées par ces deux vers :

Tout ce est seû par dev«rs {Fol. 33 V)

Les dames, si dient ce vers.

64a Pus V. — 647 cointes avec s exponctué — 655 N'en la sala n'en.

Pour la beneiçon du lit faire ;

Mes trestouz mauves esperiz 660 Illec sont serviz et chieriz

Et seront près toute la nuit

De leur joie et de leur déduit.

Deus dames que je petit prise, 664 Loberie et Gouvoitise,

Les mestresses des gardes robes,

Qui bien sevent servir de lobes,

L'espousee ont desvestue 668 Et couchiee tretoute nue

Dedenz le lit moult gentement.

Ne li couvint enseingnement

Comment se devra contenir 672 Quant avec li vourra venir

Fauvel qui espousee l'a :

Ne se traira ne ça ne la,

Ançois li sera debonaire 676 Et soufferra tout son affaire

Humblement et sanz contredire,

Car elle le veult garder d'ire.

~ Fauvel se pense qu'il est heure 680 D'aler coucher : tout sanz demeure

Saut eu lit pour gésir a li.

Mes onques tel chalivali

Ne fu fait de ribaus de fours 684 Com l'en fait par les quarrefours

De la ville par mi les rues.

N'a pas homme dessouz les nues

Qui deviser pas le seûst 688 Pour nul engin qu'il eùst.

Cil qui le font par tout se boutent, {Fol. 84 b)

Fauvel ne sa gent point ne doutent.

Il sont en bonne garde mis, 692 N'ont garde de leur anemis.

De la manière et de la guise {Fol. 34 c)

Les V. 667-677 proviennent du Comte d'Anjou (Hist. litt., XXXV^ 336). — 668 Le second e de couchiee a été ajouté en interligne.

INTERPOLATION DU MANUSCRIT E l65

De ce chalivali devise

Un petitet iceste estoire 696 Qui ci est faite pour mémoire.

Desguisez sont de grant manière. {Fol. 34 h)

Li uns ont ce devant darriere

Vestuz et mis leur garnemenz; 700 Li autre ont fait leur paremenz

De gros saz et de froz a moinnes. ; ?-

L'en en congneûst un a poinnes ;

Tant estoient tains et deffais.

704 II n'entendoient qu'a meffais.

Li uns tenoit une grant poelle,

L'un le havet, le greïl et le

Pesteil, et l'autre un pot de cuivre, 708 Et tuit contrefesoient l'ivre,

L'autre un bacin, et sus feroient

Si fort que trestout estonnoient.

Li uns avoit tantins a vaches {Fol, 34 à)

712 Cousuz sus cuisses et sus naches,

Et au dessus grosses sonnetes,

Au sonner et hochier claretes;

Li autres tabours et cimbales^ 716 Etgranz estrumenz orz et sales,

Et cliquetes et macequotes,

Dont si hauz brais et hautes notes

Fesoient que nul ne puet dire.

720 L'un boute avant et l'autre tire,

Puis menoient un chariot, {Fol. 34 v* b)

Dedens le chariot si ot

Un engin de roes de charctes, 724 Fors, reddes et moult très bien faites,

Et au tourner qu'eles fesoient ,,^

Sis bastons de fer encontroient

Dedens les moieux bien cloez 728 Et bien atachiex, or m'oez :

700 on fait — 730 Au fol. 34, au bas de la colonne c, on lit cette rubrique : Ci s'ensiuvent sotes chançons, que ceus qui font le chalivali chantent parmi les rues. Et puis après trouvra on le lay de» Hellequincs. \.^\\7.i^.,vA .lAi ,uW\ ,.J ■ j - i v ..

l66 APPENDICE

Si grant son et si variable,

Si let et si espoentable

A rencontrer fesoient donner 732 Que l'en n'oist pas Dieu tonner.

Puis fesoient une crierie,

Onques tele ne fu oye :

Li un moutret son cul au vent, 786 Li autre rompet un auvent,

L'un cassoit fenestres et huis.

L'autre getoit le sel ou puis.

L'un getoit le bren aus visages.

740 Trop estoient lès et sauvages.

Es testes orent barboeres.

Avec eus portoient deus bières,

Ou il avoit gent trop avable 744 Pour chanter la chançon au deable.

L'un crie corbeilles et venz,

L'autre de quel part vient li venz.

Il y ravoit un grant jaiant 748 Qui aloit trop forment braiant ;

Vestu ert de bon broissequin; (Fol. 34 v* c)

Je croi que c'estoit Hellequin,

Et tuit li autre sa mesnie, 752 Qui le suivent toute enragie.

Montez ert sus un roncin haut,

Si très gras que, par saint Quinaut,

L'en li peust les costes conter 756 Et sus com sus lates monter

Pour couvrir de tuille ou d'escil

Aussi com si venist d'essil.

C'estoit espoentable chose 760 A regarder, bien dire l'ose.

732 l'en oisi — 760 Suivent ces quatre vers : A.VCC eus avoit Hellequines, Qui avoient cointises fines, Et se deduis[oi]ent en ce Lay chanter qui ci se commence.

Ce lai, « qui n'a rien à faire ici », a été analysé et imprimé er\ fÇirtie par G, Paris, Hist, Htt., XXXII, z-^/.

Onc chalivali si parfaiz {Fol. 36 v* c)

Par desguiser, pardiz, par fait

Ne fu com cil en toutes choses :

764 N'avoient pas les bouches closes

De bien crier et de fort braire.

A qui qu'il en deùst desplaire,

Semblant n'en fist onques Fauveaus.

768 Plus assez li fu des aviaus

Qu'il ot eU avec sa famé

Qu'il honnora comme sa dame.

Ci parle l'aucteur :

A la jouste veuil reperier, 77a Car j'oi l'aloete chanter

Le carin, le chardonnerel,

Qui plus test que menesterel

Le jour cornent perçoivent l'aube.

776 C'est en icelui temps que l'aube

Espine et les fleurs s'esgaient.

Que li oiseil leur chant essaient,

Comme l'estournel et le merle, 780 Le mauviz trestout par le merle,

Et la fauvete et la linote,

Touz oiseillons a une flote

En jardins et en buissonnez 784 Maintiennent leur jolis sonnez,

Neis ceus qui sont mis par les cages

Et qu'en verdeur sont les bocages,

Que trestout le chetif vermine, 788 Qui souz terre tout l'iver mine,

Se met en haut tout apparant;

Que fleurs vont le pays parant

Par diverses couleurs nouveles, 79a Que damoisaus et damoiseles

Qui en amour loial languissent.

Pour le joli temps s'esjouissent.

Cil oisel m'enseingnent sanz doute 796 Que l'aube du jour tout hors boute

765 bicnt — 794 joli».

l68 APPENDICE

La nuit et le pooir qu'apert Pour l'entré du jour qui appert.

Lors vi le jour cler et luisant, 800 Si m'en alai tout déduisant

Au lieu ou l'en dut assembler

Pour joster, mes forment trembler

Tantost me fist gent molt vilaine 804 Que j'encontrai a maie estraine.

Ce furent cil qu'ot fait veillier {Fol. Sj)

Fauvel, pour euls appareillier

A la jouste, et qui la estoient 808 Aus chans touz près et asseoient

Leur grans chevaus et leur destriers.

Par regart estoient si fiers

Que je les tieng pour forsenez.

812 II paroit que dyable amenez

Les elist en celé pourprise.

Ce fu es prez devant l'église

De Saint Germain en une plainne 816 Séant entre les murs et Sainne.

Volentiers regardai les lices.

Ne furent pas faites d'esclices,

Mais de gros et de fort merrein; 820 Et car je savoie moult bien

L'ostel des vertuz, l'avalai

A Sainne et par un bac alai

Au devant dit hostel, la vi, 824 Se je ne fui en l'er ravi.

Merveilles, onc ne furent teles ;

Car sur l'ostel vi deus escheles,

Dont les bouz dessouz aus pignons 828 Se tenoient, se bien lignons.

Les bouz d'en haut au ciel tenoient.

Par la venoient et aloient,

Ce m'est vis, anges et archanges, 832 Ne le di pour nules losanges,

Mes pour raconter le miracle. {Fol. 37 b)

808 assoient — 8i5 et en — 817 regarda — 832 nule

Par les rues ot si grant chacle

Pour les anges veoir monter 836 Que c'est merveilles a conter.

Je croi que conforter venoient

Les dames et puis s'en aloient.

N'est pas droit que nul puisse nuire [Fol. Sj v») 840 Aus dites dames, car eslire

Melleurs dessouz le firmament

Ne pourroit on; Dex ja n'ament

Fauvel, ainz li toille la vie, 844 Quant il ainsi les contralie.

Tretout le cuer me reverdi,

Tout ennui et paour perdi

Quant si très noble et gent arroy 848 Que vi, onques par duc ne par roy

Ne fu veû fait plus faitis.

Je ne me tins pas pour chaitis

Quant je vins la a icele heure 85a Qui ja courut a prime seure,

Cil qui fu temps a ceus qui durent

Jouster de la aler ou furent

Les lices pour ce faire assises.

856 Vertus donques, qui erent mises

A jouster leur entente et cure,

Issent par leur bonne aventure

De leur hostel, mais au voir dire 860 Onques en royaume n'en empire

Ne vit l'en si bien acesmees.

Si gentes ne si bien armées.

ûiex! eir ont harnois et tuniques 864 Et tretoutes choses si friques,

Si riches, si parans, si bêles,

Bonnes, faitices et nouveles

Que merveilles en a tout homme.

868 Dame sainte Marie! comme •>'

Sont et bons et biaus leur destriers!

Fors, faitiz, seùrs et legiers,

838 Suit une pièce notée : Fiiie Jherusalem... — 847 Quant les très. C'orr. Quar si ? — 853 Cou: Si qu'il ?

fJÙ APPENDICE

Blans sont, gris, baezsanz point de fauve. (Fb/.J/vofr) 872 Chascun si prie que Dex sauve

Les dames que tieuls chevax portent,

Qui de bien faire s'entrenortent,

Chevauchanz les renés tendues 876 Droit aus lices s'en sont venues.

Ghascune ot au col son escu.

N'a ci homme, tant ait vescu,

Qu'et veu porter si grosses lances 880 Gomme font elles; d'aler aus dances

N'estoit pas leur entencion :

Ghascune a cuer de lyon

Et volenté d'avoir >jictoire 884 Gontre Fauvel et Vainne Gloire.

Partout ont sarchié et veii

Et nullui n'ont apperceû

Qui de jouster nul semblant face.

888 Tant ont aie de place en place

Que v.eue ont la gent fauveline

Par regart, en moult grant couvine,

Venant a destre et a senestre, 892 La ou les joustes durent estre.

Gertes, j'en courroie grant crime

Se je ne metoie en ma rime

Ce que la glorieuse mère 896 Au roy du ciel par grant mistere

Sur nous touz aval descendi

En un tref qui en l'air pendi,

Par la Dieu disposicion, 900 Pour donner consolacion

A la très nete pure et clere

Virginité que tant a chiere

Et a celles qui sont o li.

904 Le tref si fu gent et poli

Et de si très riche façon

Qu'en tout le siècle n'a maçon,

Pâintre ne charpentier tant sage

S83 Cbascuqe au cuer,

908 Qui du tref le seutif ovrage

Poist ne seûst diviser.

A painne pourroit on priser

La richesce qu'au tref apent.

912 En ce tref qui ainsi la pent

Siet la Vierge qui a non Marie.

A celle tienent compaignie

L'evangelitre Jehan et anges, (Fol. 3y v» c)

916 Apostres, prophètes, archanges,

Martirs, confesseurs et hermites,

Chates veuves, vierges élites,

Pour virginité regarder 920 Et li ci touz les siens garder.

Oudeur merveilleuse et bonne

Rent le tref et a chascun donne.

Virginité et ses cousines 924 Au tref se rendirent enclines.

Sur elles une clarté vint {Fol. 38)

Dont chascun esbahi devint.

En la clarté voiz qui donnoit 928 Paroles et leur esponnoit

Aus dites dames leur vouloir.

Mes ce me fist le cuer douloir

Qu'en entendi et si oy.

932 Adonc le tref s'esvanoy.

Pour voir vous dis, pas ne devin,

Un pain et un baril de vin

Churent du tref ou mileu d'eles.

936 Ce pristrent deus des damoiseles,

A un jouvencel le baillèrent,

Puis a Dieu se recommenderent.

Le jouvencel qui ce tenoit 940 Moult gentement se contenoit.

Char fu le pain et le pain vie,

Le vin sanc pur, sanz point de lie,

934 Une interpolation musicale est introduite ici par ces deux vers ;

Et doucenent comme «eraines Ch#nteQt CCI retpçnç (t «ntaioM,

ï?* APPENDICE

De celi Dieu qui fist florir 944 La verge Aarc^ et vot morir

En crois pour nous au venredi.

Or entendez bien que je di :

Le jouvencel fu Gabriel {Fol. 38 b)

948 Qui la virge royne du ciel

Leur lessa pour elles repestre

Du pain, du vin le roy celestre.

Le jouvencel le pain donna 952 De tel guise qu'il foisonna

Aus dames et a leur gent toute.

A chascun du vin une goûte

Versa après, et il le burent.

956 De ce tuit si replaniz furent

Com s'il eussent de la viande

Tant com vaut le pais d'IUande.

Adonc les dames s'agenoillent 960 Et de lermes leur faces moillent

En loant le Dieu de nature

De sa glorieuse pasture.

User la porent seurement, 964 Car il la pristrent dignement,

Sanz nulle tache de pechié.

J'ai tant l'évangile aprochié

Que qui tel pain prent autrement 968 II le prent a son jugement.

Dessus vous ai dit tout par ordre,

Si que je n'i sai que remord[r]e,

Touz les noms des dites parties, 972 Si que chers amis et amies

J'araie sanz reson musé.

De plus nommer les escusé

M'en alez, car une redite 976 Seroit, si com le cueur me dite,

Et si seroit une riote

De tout deviser note a note i

Les armes que doivent porter, {Fol. 38 c) {

944 vierge — 946 Suit une pièce notée — 967 Que quil te \

980 Si vous en vuilliez déporter,

Si en dirai en gênerai

Plus que un menesteral

Ne feroit en une semaine, 984 Et se je sui en bonne vaine

De trouver, grant joie en avrai,

Et d'aucunes, si c^m savrai,

Les armes vous deviseré, 988 Mais en clerjais en parleré.

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