CHAPITRE PREMIER
ANALYSE DU POEME' Premier livre
L'auteur a composé son poème pour expliquer à ses contemporains le sens de peintures qu'ils voyaient souvent sur les murailles (5). Fauvel ne vit plus dans Tétable : Fortune, en dépit de Raison, l'a fait seigneur de sa maison (24). Tout le monde le « torche » à l'envi : princes et seigneurs temporels, chevaliers grands et petits, vicomtes, prévôts, baillis, bourgeois et vilains ; de même les cardinaux, les prélats, les Jacobins, les Cordeliers, les Augustins, les nonnes, les clercs pourvus d'églises (70). Les pauvres clercs voudraient bien le torcher aussi, mais ils ne sont pas assez près (76) ; ils doivent se tenir près de la queue (168). Même le pape figure parmi ceux qui flattent Fauvel. Il est assis sur le siège qui était jadis de pierre (de Pierre), mais est maintenant de liège [symbole de
I. Il va sans dire que nous avons profité des analyses données par Gaston Paris {Hist. litt., XXXII, ii8-36) et M. Ch.-V. Langlois {La Vie en France au moyen âge, p. 291-304).
IV INTRODUCTION
rinconstance]. Mais l'auteur proteste qu'il ne veut pas aller contre l'honneur de Rome (loi) ; il veut seulement dire la vérité (io3). De même, celui qui est le plus grand entre les rois en noblesse et en puissance [Philippe-le-Bel] s'avance pour bien torcher Fauvel.
Après cette introduction, l'auteur définit ce que signifie Fauvel. Il faut d'abord parler de sa couleur, car Aristote a bien raison de déclarer que les accidents aident fort à connaître la substance (i8o). Fauvel n'est ni noir (le noir est la couleur de la tristesse, et il est gai), ni rouge (le rouge est la couleur de la charité); ni blanc (le blanc symbolise la pureté) ; ni vert (couleur de Tespérance) ; ni azuré (le bleu, couleur du ciel, symbolise le sens et la raison); il est fauve, couleur de la vanité (223). Fauvel est composé de faus et de vel (voile). Les six lettres de son nom sont, en outre, les initiales de Flatterie, Avarice, Vilenie, Variété, Envie, Lâcheté (2 56).
Dieu a jadis fait de l'homme le roi de la création et le maître des animaux (333). Mais les hommes se sont ravalés au rang des bêtes (337) en reconnaissant Fauvel pour seigneur (35o). Ainsi, l'ordre divin des choses est complètement « bestourné » (335), c'est-à-dire bouleversé. Cela se voit particulièrement dans les rapports de l'Eglise et de l'État. Il y a, d'ordre divin, deux luminaires, le soleil (le pouvoir spirituel) et la lune (le pouvoir temporel), dont le second dépend du premier et lui emprunte sa lumière (4)5). Mais Fauvel a, de nos jours, fait passer la lune au-dessus du soleil (418). Dieu a donné la suprématie à l'Église : le pouvoir