‹ Le roman de Fauvel :Chapitre 2 sur 91 · I. — ANALYSE DU POEME V · texte numérisé non relu

I. — ANALYSE DU POEME V

temporel n'est que l'exécuteur de ses ordres. Mais tout cela est aujourd'hui sens dessus dessous. Le pape ne ressemble guère à saint Pierre (533). Le poète reproche surtout au pape [Clément V] d'avoir accordé au roi les « dixièmes » (573) qui appartenaient à l'Église, et d'avoir consenti que les clercs fussent en certains cas jugés par les tribunaux royaux (586). Par les prélats qui veulent plaire au roi, la sainte Église déchoit et perd son honneur et sa franchise (656). Les chanoines jouissent des prébendes sans se soucier des devoirs qui y sont attachés (748). Ils ne vivent point cléricalement (779), ils sont trop élégants (787).

L'auteur parle des ordres religieux (des strophes de six vers commencent au v. 845), d'abord des ordres mendiants, puis de ceux qui ne mendient pas (897) : Fauvel est leur abbé (925). Il est récemment arrivé malheur, par la faute de Fauvel, à un Ordre, naguère honoré entre tous, celui des Templiers. L'Église se lamente à ce sujet (945). L'auteur, par l'organe de l'Église, regrette que les Templiers soient devenus hérétiques et pécheurs contre nature (982). Il félicite le roi de France d'avoir été assez heureux pour découvrir ces crimes, dont saint Louis et le roi de Sicile [Charles d'Anjou] avaient jadis eu vent, sans être en mesure de convaincre les coupables (1004). Ceux-ci ont reconnu leurs erreurs devant le pape (1016) et ont été exécutés (1020).

Du monde ecclésiastique le poète (continuant toujours ses strophes) passe au monde laïque (1029). Les seigneurs temporels ne pensent qu'à frotter Fauvel (io3i). Ils chargent leurs sujets

VI INTRODUCTION

d'exactions (io58); les nobles méprisent les autres (1082), oubliant que tous les hommes sont égaux et que, pas plus que les vilains, ils ne sont sortis à cheval du ventre de leur mère (i io3) ; les petits ne savent pas s'accommoder de leur sort (i 129).

Pour conclure, le poète recommence à employer les vers à rimes plates (ii3i). Tout va mal : les chevaliers haïssent l'Église (1134), les juges sont sans pitié (1141), les seigneurs pleins de fausseté (i 146), les ribauds gouvernent les communes (1 148) et les femmes leurs maris (ii5o); la France est asservie ( 1 1 52). Donc nous sommes près du moment ou le monde doit finir, car toute méchanceté y abonde (1166). Enfin l'auteur proteste qu'il n'a pas écrit par envie ni méchanceté, mais par amour de la vérité, de Dieu et de l'Église, ce petit livre, qui fut achevé en i3io. Puisse-t-il plaire à Dieu!

Second livre

Pour nous mettre en garde contre Fauvel, l'auteur a fait de lui ce second livre, qui explique comment il se maria et eut des enfants (1244). Le poète nous le montre dans son palais, où tout est faux, mais reluisant. Il est assis dans un fauteuil en or d'alchimie (i258), qui semble véritable, mais ne l'est pas; il est taillé en taille irlandaise et travaillé de travail sarrasin (1266); il est peint à écussons et semé de toutes sortes de petites bêtes : renards, serpents, tortues, escoufles, faucons, grues, ostours, vautours, panthères, chimères, etc. Comme par l'enchantement de Virgile (1280), Barat, Fausseté et Guile portent le fauteuil en l'air

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