‹ Le roman de Fauvel :Chapitre 56 sur 91 · L'ALLEGORIE DE; FAUVEL · texte numérisé non relu

L'ALLEGORIE DE; FAUVEL

Les sources du Roman — Son succès

Au moyen âge, l'adjectif fauve, par suite d'un rapprochement facile slyqc faus (fais us), avait pris un sens défavorable. Dès le xif siècle, la méchanceté de ce monde est personnifiée sous l'apparence d'une ânesse ou d'une jument fauve \ Benoît de Sainte-More, dans sa chronique rimée des ducs de Normandie, composée vers 1170, fait dire à un personnage qui repousse des propositions qu'il juge insidieuses :

Bien conoissum la fauve asnele.

Le Roman de Renart connaît cette expression :

Renart qui set de fauve anesse Et de mainte fause pramesse...

(Ed. Méon, t. II, iSySS ; éd. Martin, VI, 162).

Elle est courante au xni^ siècle sous différentes

I. De nombreux exemples sont donnés par Godefroy, Dictionnaire, s. V. Fauvain, Fauve et Fauvel ; Tobler, Vermischte Beitràge, II, 2« éd., p. 228-52 ; et G. Paris, Histoire littéraire, XXXIII, io8-i5.

l'allkgorie de fauvel lxxxv

formes : Rutebeuf parle de la face fauve des hypocrites :

92 Et cil qui ont fauve la face,

Qui sont de la devine grâce Plain par defors...

{La complainte mestre G. de Saint- Amour, éd. Kressner, p. 83).

L'ânesse ou la jument symbolique est désignée par le nom chevalin de Fauvain, où l'équivoque est encore renforcée par la terminaison pain (vide). Dans un des Dits artésiens du xiii'' siècle publiés par A. Jeanroy et H. Guy, ce nom figure, avec d'autres, qui forment équivoque avec blangier, mentir, losengier :

Li sire fait ses os semonre.

Ja nus ne s*en porra reponre :

Cil de Blangi, de Mentenai (Les nouvelles 01 en ai), ii5 Losinghehem, cil de Fauvain,

Ki loiauté moustrent en vain, Cascuns aporte grant faussart, Li sire set tant de fausse art...

(Pièce n" XVI, p. 70).

La forme masculine, Fauvel, est très fréquente dans les textes médiévaux d'une certaine ancienneté, mais seulement comme nom de cheval '. Il ne semble pas avoir, avant le Roman de Fauvely personnifié la fausseté et l'hypocrisie. Pour cet emploi on se servait du nom féminin Fauvain. Si c'est

I . Voir Ernest Langlois, Table des noms propres contenus dans les chansons de geste, p. 214, 5. v. Fauvain et Fauvel. — Dans une chronique que cite L. Delisle dans VHistoire littéraire^ XXXII, 235, on lit, à propos de l'empereur Othon à la bataille de Bouvines :. . . et Fauveaus, li bon<< chevax l'empereur, morut tués.

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