‹ Le roman de Fauvel :Chapitre 74 sur 91 · IX. — LE SUCCES DE FAUVEL CV · texte numérisé non relu

IX. — LE SUCCES DE FAUVEL CV

le poème de Gervais du Bus. Mais il a conservé pour la figure allégorique le nom de Fauvain, qui semble plus ancien dans cet emploi. Nous ne connaissons en effet aucun exemple du nom masculin de Fauvel, employé au sens symbolique que l'on sait, qui soit antérieur au Roman.

Dans le Dit des Mais \ par Gieffroy, auteur de trois poèmes moraux et satiriques, dont un, le Dit des Patenostres^ est daté de i320, la locution estrillier Fauviau s'applique, exactement comme dans notre Roman^ aux laïques et aux religieux qui flattent les grands de ce monde :

Les princes ont conseulz des lais et de clergie, Et du gouvernement ont du tout le mestrie ; Mais leur mauvais estas révéler n'osent mie, Car il veulent servir aus grans de flaterie.

Il estrillent Fauviau, mais encor le bien tiennent Aus princes, qu'il escorchent partout la ou il viennent : Il sont par tout prenant. Ions bras ont, hault aviengnent, Et cil qui sont entour taisans leur bras soustiennent.

Dans le Dit de la queue de Renart % Fauvel est accouplé à Renart :

P'auvel atrait a sa part Par son engin le Regnart.

A sa court le vont servir Roy et prince, duc et conte :

Tout fait vers li obeïr ; A li n'en est pas la honte.

Fauvel le sert au mengicr,

I . Ed. par A. Jubinal, Nouveau recueil de contes, etc., 1, i8(, a. Ib,, II, 91.

CVI INTRODUCTION

Au lever et au couchier ; Bestes de diverse part Obéissent a Regnart.

Ce Dit nous a été conservé dans un seul manuscrit, le n** 12483 de la Bibliothèque Nationale, qui est entièrement occupé par une vaste compilation en rhonneur de la Vierge, composée vers i33o. Le compilateur, un Frère Prêcheur du Soissonnais, mentionne aussi Fauvel dans quelques vers qui lui appartiennent en propre et que j'ai imprimés dans la Notice que j'ai publiée sur ce manuscrit ^ :

Or doint Diex que sans flaterie Puissent a court gaignier leur vie :

Maint mal brouet i est humé Et Fauvel souvent esplumé...

A la même époque, ou exactement en i33o, un anonyme composa un poème sur Le tombe! de Chartrose et une série d'autres histoires pieuses et dédia son recueil à Eustache, religieux de l'ordre de Saint-Bruno et prieur de La Fontaine Notre- Dame ^. Dans un de ces contes dévots, publié en 1843 par G. -S. Trebutien dans une plaquette tirée à 120 exemplaires et aujourd'hui introuvable, Comment le roi d'Angleterre Sounain fut mort, qui poult tailler l'église Saint-Emont et soumettre a

1. Dans Notices et extraits des manuscrits, XXXIX, 11, p. 579.

2. Manuscrit 244 de la Bibliothèque d'Avranches [Catal. général, X, 122), C'est par erreur que Gaston Paris {Hist. littéraire^ XXXII, 114-15) prend Eustache de la Fontaine Notre-Dame pour Tauteur du recueil. Cf. E. de Beaurepaire dans Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie^ 2* série, t. X (1859), p. 239.

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