IX. — LE SUCCÈS DE fAUVEL Cîï
Gardez vous bien de ce faulveau, C'est une dangereuse beste.
Enfin, sur un manuscrit du Dictionarium pauperum de Nicolas de Biard, conservé à la Bibliothèque Mazarine (n° 1022) ', on lit cette note, tracée d*une main du xvi^ siècle : « Hic liber aliquando dictus est Flos théologie, deinde Summa de abstinentia, predicatoribus multum necessaria. Nunc autem Dictionarius pauperum appellatur, quem impressum reperies ad intersigne de VEstrille faulx veau juxta Mathurinos. » Il serait intéressant de savoir quelle était la représentation figurée de cq faulx veau. Mais Edouard Fournier, dans sa curieuse Histoire des enseignes de Paris^, n'en fait, pas mention.
La renommée de Fauvel s'étendit à l'étranger. Il a donné naissance, en anglais, à la locution ta curry favel (anc. fr. correer Fauvel), altérée plus tard en to cui^ry favour^ et qui équivaut à l'allemand (ie«/a/^e« //ew^5^5/mc/îew; le néerlandais a une expression analogue ^.
Le succès de cette allégorie prouve la popularité du Roman. Toutefois, il n^est pas facile de démontrer qu'il ait eu beaucoup d'influence, au point de vue littéraire, sur la poésie contemporaine. Nous
î. Catalogue des manuscrits de la Bibl. Ma^^arme, I, 5i2.
2. Ed. Fournier, Histoire des enseignes de Paris, revue et publiée par le bibliophile Jacob, avec un appendice par J. Cousin. Paris, 1884.
3. Voir A. Beets, Over eene Middeleeuwsche allégorie (tirage à part de Handelingen van het N ederlandschc Philologencongres,
GX INTRODUCTION
avons signalé, à ce propos, Renart le Contrefait. Il est probable aussi que le poème de Jehan de Condé De Vipocresie des Jacobins * (composé après la mort, à Buonconvento, le 24 août i3i3, de Henri VII) a été inspiré de ce que l'auteur de Fauvela. dit, dans le premier livre, sur les ordres mendiants.
I. Imprimé en dernier lieu par Bartsch et Horning, La langue et la littérature françaises^ col. 657.
^^^îS^
{A = Bibl. nat.fr. 2i3g^fol. i) CI COMMENCHE LE LIVRE DE FAUVEL
De Fauvel que tant voi torchier Doucement, sans lui escorchier, Sui entrés en milencolie, 4 Por ce qu'est beste si polie.
Souvent le voient en painture Tiex qui ne seivent se figure Moquerie, sens ou folie.
Titre. — C n'a ni titre ni explicit. Le plus souvent le poème est appelé Fauvel tout court : B Explicit Fauvel cest [sic) D [Ci] fenist le premier livre de F., E Si fenist le prumier livre de Fauvel et se commence le segont, G Explicit secundus liber de Fauvel, K Explicit F., M Ici comence le premier livre de F., Explicit le second livre de F., N Explicit de F. {sur grattage). A porte seul ce titre : Ci commenche le livre de Fauvel. D, à la fin du second livre^ porte seul cet explicit : Explicit li Romans de Fauvel. K lit en rubrique : Estrille Fauvel, F à la fin du second livre : Explicit Estrille Fauvel, M à la fin du premier livre : Icy fenist Torche Fauvel. J lit à la fin du premier livre : Explicit Tystoire de Fauvel; L lit en tête du poème : Ci commence le livre de Fauvel et Fortune ; les deux ms. JL {étroitement apparentés) lisent à la fin du second livre : Explicit Fauvel et Fortune. — Quand il n'y avait encore que le premier livre, Vauteur Vavait sans doute intitulé : Livre de Fauvel ou Torche Fauvel ou Estrille Fauvel. Après l'apparition du second livre, on désigna les deux livres par Livre de Fauvel et Fortune, Ystoire de Fauvel ou Fauvel tout court.
3 A entré — 6 ACEFJ sa f.
8 Et pour ce, sans amphibolie,
Clerement diroi de teil beste Ce qui m'en peut chaer en teste.
Fauvel ne giest mes en estable, 12 Ilameson plus honorable :
Avoir veult haute menjoere
Et rastelier de grant afere.
Il s'est herbergiés en la sale, i6 Pour mielx demonstrer son regale;
Et nepourquant par sa science
Es chambres a grant révérence.
Et es garderobes souvent 20 Fet il assembler son couvent
Qui si soingneusement le frote
Qu'en lui ne peut remaneir crote.
Fortune, contraire a Raison, 24 Le fet seignour de sa meson :
En lui essauchier met grant peine,
Quer el paies roial le maine ;
De lui fere honoreir ne cesse.
28 Entor Fauvel a si grant presse
De gens de toutes nacions
Et de toutes condictions
Que c'est une trop grant merveille :
32 N'i a nul qui ne s'appareille
De torchier Fauvel doucement.
10 A Cen, avec n exponctué.
11 C phis ; BCE en lestable — i3 Dans A, haute est écrit en interligne — 14 C manière — i3-i4 se lisent ainsi dans E :
Haute mengoere demande, Rastelier bel et assez viande
— i5 CFK II est — 16 ^ demonster; BEJ sa r. — 17 CF pour sa — 20 E F. toust a. s. c, F F. a. tout s. c. — 21 A souveifvemcnt, B diligemment — 24 BCEJ L'a f. — 26 BC en p. — 27 BCF De l. f. honneur ne c, J Et de 11 f. honneur ne c. — 3i FJ très — 32-4 s'apparaille.
Trop i a grant assemblement :
Rois, dus et contes verrïés 36 Pour torchier Fauvel allés,
Tous seignours temporels et princes
I vienent de toutes provinces,
Et chevaliers grans et petis, 40 Qui a torchier sunt bien fetis.
N'i a, sachiés, ne roy ne conte
Qui de torchier Fauvel ait honte.
Viscontes, prevos et baillis 44 A bien torchier ne sont faillis ;
Bourjois de bours et de cités
Torchent par grans subtilités,
Et vilains de vile champestre 48 Sont emprès Fauvel pour lui pestre.
Puis en consistore publique S'en va Fauvel, beste autentique, Et quant li pape voit teil beste,
52 Sachiez qu'il li fet trop grant feste,
Et les cardonneaux moût l'ennoureni Et pour lui torchier tous aquourent.
Li vischancelier, li notares,
56 Audïenchiers, referendares
Metent paine d'euls efforchier
Pour Fauvel bien a point torchier.
Prelas n'esparnent mont ne val [Fol. i v^)
60 Pour torchier cel noble cheval.
38 A Et V.; F manque — 40 EFJ Q. au — 46 AFJ grant — 48 A portait d'abord après, et Fauvel manque; le p de après a été barré et le r a été changé en t (apartés ou aprestés ?)
52 EJ moût gr. — bZ A écrit toujours ml't — 5^ E tous manque \ A lui tous torchier a., C le torchier tost a., J li t. tost a., F lui t. toust a.; B Pour lui estrillier tost a. — 56 Les autres mss. sauf A donnent Auditeurs et r. — 57 CE enforcier — 59 -4 ml'l ne V. — 60 Les autres mss. sauf A lisent ce.
Abbeis, gens de religion
I ont trop grant devocion.
Jacobins, Cordeliers, ou estes?
64 A cest cop ne soies pas bestes,
Anciés penseis d'estudier
A Fauvel souef manier,
Si fêtes vous, se Diex m'ait, 68 Tant que cescun s'en esbahit.
Augustins et nonnains et moines,
Archediacres et chanoines
Et clers d'iglise pourveûs 72 Sont au torchier bien esmeùs,
Et povres clers qui sont sans rente
I metent trop bien lor entente,
Mes ne peuvent pas si près estre 76 Ne si avant com li grant mestre,
S'en sont courochiés et plain d'ire,
Si que souvent les ot l'en dire
Que Fortune, qui n'est pas ferme 80 Et qui de torneir ne se terme,
Le plus avant retornera,
De haut bas, de loing près fera.
Ce que Fortune si tost torne 84 Et en son torner ne met borne
Fait les povres reconforter
Et de lour mais bien deporteir.
Et quant ne peuent avenir 88 A Fauvel torchier ne tenir.
Si dient il : « Dieu gart teil beste,
Moût a beau corps et bêle teste. »
61 A religions — 62 A devocions — 63 BF honnestes — 64 -4 A icest [sur grattage) c. ne s. b. — 65 y Mais p. bien d'e. — 66 X souvent — 67-4 ferés — 77^ Si en sont dolens — 78 Les autres mss. sauf A portent leur ot — 80 BFGK ne scet t., JN ne soit t., M ne fait t., L n'a sa t. — 84 ^ Et en retorner (re ajouté après coup).
Or convient savoir la manière, 92 Les contenances et la chiere
Qui sont a torchier cel Fauvel.
L'en ne cognoist nonnain au vel;
Pour ce est bon que Ten le sache, 96 Quer maint torchent qui n'i font trache.
Premier commencherei au pape;
Ce n'est pas drois que il m'eschape,
Mes je fais protestacion 100 Que ce n'est pas m'entencion
D'aleir contre l'ennour de Romme,
A qui doit obeïr tout homme;
Mes de Fauvel diroi le voir, 104 Si com je le puis conchevoir.
Le pape se siet en son siège,
Jadis de pierre, or est de liège ;
Fauvel resgarde en sa présence, 108 A qui l'en fet grant révérence
De lui torchier et soir et main.
Le pape si li tent la main,
Par le frain doucement le prent, 112 De torchier nuli ne reprent,
Et puis frote a Fauvel la teste
En disant : « Ci a bêle beste ».
Li cardineaus dient pour plere :
116 « Vous dites voir, sire saint Père. »
Lors a Fauvel tous les mains metent
Et de li torchier s'entremetent ;
93 Les autres mss. sauf A ont ce — 95-4 boen {avec e exponctué) ; C P. ce est il b. q. l'en le s., E P. c'est il b. q. l'en les s., FJ P. ce est il b. q. l'en s. — 96 -S Car mal t. ; BC qui y f. tache» F qui n'y f. taiche ; A no. {. — 98 La leçon adoptée est dans A seul. BCFJ Ce n'est pas raison qu'il e., E N'est pas raison que il e. — 106 £■ ore de — 109 ^ t. s. et a m. ; ^ Que l'en torche au s. et au m. — 110 A Et [ajouté en interligne) le p. li t. — 117 jb'tost les.
Il me semble qu'estrilles tienent {Fol. 2}
1 20 Et qu'entor la teste le piegnent.
Je ne sei comment il l'entr'oignent,
Mes sus la teste le rooignent,
Ileques rois de tous pais 1 24 De torctîier ne sont esbahis.
Un en i a qui est seignor,
Entre les autres le greignour
Et en noblece et en puissance.
128 De conreer Fauvel s'avance :
De l'une main touse la crigne
Et o l'autre main tient le pigne ;
Mes il n'a point de miroer, i32 II en devroit bien un louer :
Bien devroit mireor avoir,
Quer grant mestier a de savoir
A queil chief i porra venir i36 De Fauvel si a point tenir.
Emprès les rois les contes torchent
Si doucement que point n'escorchent;
Prelas et abbés d'autre part 140 A bien torchier cescun se part,
Sus le dos, entor les coustés,
Nul n'est d'emprès Fauvel osteis,
Sus le ventre et devant le pis ; 144 L'un torche mielx, et l'autre pis.
Priors, doëns, archediacres
A torchier ne sont pas pouacres :
122 j^ M. desus la t. le roignent {dans A as a été ajouté après coup), F M. sur la t. ilz le roignant {sic) — 125-7 se lisent dans y :
Un en i a qui est greigneur
Et entre les autres seigneur;
Son estât mis {FJ met) en oubliance.
— 128 ^ De bien {ajouté après coup) torchier -— i3o CF Et de, BEJ Et a — i3i Dans A, miroer a été refait sur miroor — i35-6 sont dans A seul — i3y E Après — 146 BEFJ Au, C Du.
De toutes les pars i atrotent
148 Et Fauvel es pastureaus frotent.
Chevaliers n'i sont pas en coupe, Fauvel torchent dessus la croupe ; Et escuiers, qui bien s'estuident,
i52 Lievent les pies et si les vuident, Et si font nouvelle lietiere, Si que Fauvel lor fait grant chiere.
Chanoines, chapelains, persones,
i56 Moines, nonnains de toutez gonnez,
Par bois, par villes, par mares Torchent a Fauvel les garés; Entre les cuisses, près des ennes
160 Frotent a Fauvel ners et veinnez.
Et Cordeliers et Jacobins Sont a bien froteir drois robins :
Devant torchent et puis derrière ;
164 Trop bien en soivent la manière. Et povres gens a torchier viennent, Mes emprès la queue se tiennent Et le mielx qu'il peuent s'adrecent :
168 La queue escouent et la trecent.
Or sont au torchier tous venus.
Riches, moëns, gros et menus.
Se cest livre voulon entendre, {Fol. 3)
172 Des or mes nous convient descendre
A Fauvel proprement descrire Et par diffinicion dire Ce que Fauvel nos senefie ;
147 E omet les — i^S BE F J pasturons — i5i £^ Li e. ; B qui si estudent, CE J qui bien se cuident, F qui b. s'estudient — i56 E M. nouviaus — iby A Par bors — 160 A noirs — i63 A Torchent devant — i65 Les autres mss. sauf A lisent au t. — 167-4 li m. que il — 169 y Or s. touz au t. v. — 170 CER moines.
175 A Et que.
176 Mes anciex est bien que je die
De la coulour premirement.
Aristote dit vraement :
Les accidens grant aïdance 180 Font a cognoistre la substance.
Fauvel n'a mie coulour noire,
Quer noire coulour est memore
De mort, de paine et de tristece, 184 Et Fauvel est en grant leece,
Si que de noir habit n'a cure;
Il n'est pas propre a sa nature.
Ne coulour n'a il pas vermeille.
ï88 Saveis pour quoi? N'est pas merveille :
Roge coulour si senefie
Charitei a cescun amie.
Fauvel n'a cure de teil cote, 192 Quer il n'aime fors qui le frote.
Ne il n'a pas la coulour blance,
Por ce qu'el est senefiance
De chose qui est nete et pure ; 196 Mes Fauvel est si plain d'ordure
Qu'il convient tous jours qu'en le frote ;
Pour ce n'a il pas blanche cote :
Se il l'avoit, ce seroit perte.
200 Ausi n'a il pas cote verte,
Quer verdure est senefiance
De foi loial et d'espérance ;
Mes Fauvel a mise s'entente 204 Du tout en fortune présente,
176 Les autres mss. sauf A ont bon — i83 EF ou de tr. — 186 A omet pas — iS8 B Sachiez — 188-9 *^ Usent dans E :
A celle point ne s'apareille.
Car rouge couleur senefie
— igo E chascu {sic) — 192 Dans A, fors a été refait sur fros — 2o3-4 se lisent dans les autres mss. sauf A :
Maiz Fauvel a du tout s'entente Mise en la fortune présente.
Sans espereir celé qui dure,
Ne de foy gardeir n'a il cure.
Cote n'a il pas azurée, 208 Quer teil coulour est aduree
Dénotant considereson
De bien, de sens et de reson.
Par le saphir le peus prouver, ai2 Ou coulour d'azur dois trouver,
Et l'etherien firmament
A d'azur vrai resemblement.
Mes Fauvel n'a pas a durée 216 La fortune qu'il a trouvée,
Ne la fin pas ne considère,
Ains quiert tout ce qui li peut plere.
Ausi Fauvel, se Diex me sauve, 220 Ne doit avoir coulour fors fauve,
Ne sus le dos, ce dois savoir,
Ne doit il noire roie avoir.
Teil coulour vanité dénote : 224 A vaine beste vaine cote.
Encor est il si bas devant
Que maintes gens en va grevant;
Et de tous les quatre pies cloche, 228 Mes si soutiment les acroche
Que l'en l'apercevroit a paine,
Quer beste est de malice plaine.
Or est il temps que le mistere {Fol. 3 v®)
232 De Fauvel plus a plein apere
Pour savoir l'exposition De lui et sa description.
2i3 ^ Et le cherien — 2\5 A n'est pas a d., 5 n'est pas azuré — 219 CEFJ Ainsi — 220 A au' — 221 E sus le dois — 222 A uoire roie, C roye noire, FK nulle raye ; M doit que noire roie — 229^ l'aperçoit a grant p. — 23o A vanité pi.
234 E la d.
Fauvel est beste appropriée 236 Per similitude ordenee
A signifier chose vaine,
Barat et fauseté mondaine.
Ausi par ethimologie 240 Pues savoir ce qu'il senefie :
Fauvel est de faus et de vel
Compost, quer il a son revel
Assis sus fauseté velee 244 Et sus tricherie meslee.
Flaterie si s'en derrive,
Qui de nul bien n'a fons ne rive.
De Fauvel descent Flaterie, 248 Qui du monde a la seignorie,
Et puis en descent Avarice,
Qui de torchier Fauvel n'est nice^
Vilanie et Variété, 252 Et puis Envie et Lascheté.
Ces siex dames que j'ai nommées
Sont par FAUVEL signifiées :
Se ton entendement veus mestre, 256 Pren un mot de cescune letre.
De Fauvel, qui si reigne en terre
Par différences et par guerre,
Dirai la diffinition 260 Pour mielx monstreir m'entencion.
Fauvel beste est nient raisonnable, Chose apparant et non estable, Piain de fauseté, vui de voir,
235 A appropiee — 236 A écrit Per en toutes lettres — 242 Dans Af quer, écrit en abrégé, a été refait — 244 B melee, E mielee, J mellee — 260 A n' manque — 258 Les deux par sont écrits en abrégé dans A-, A guerre avec u exponctué — 256 JK pour ch.
261 £ est manque; BEFJ non raisonnable, C inraisonnable — • 263 fauseté est dans A seul; CEFJ fallace.
PREMIER LIVRE l3
264 Figure pour gens dechevoir.
Fauvel est beste voirement,
Que il ne porroit autrement
Sus beste seignorie avoir.
268 Par raison le peus bien savoir :
Li roy des hommes si est homme,
Le egle est roy des oeseaux comme
Le lyon est dit roy des bestes ; 272 Ausi sachiés, vous qui ci estes,
Que Fauvel, cel gentil seignour,
Est le souvrain et le greignour
De tout homme qui comme beste 276 El monde a fichié cuer et teste.
Tiex hommes devon bestes dire,
De quoy Fauvel est roy et sire.
A Templier herege equippole 280 Cil qui de Fauvel fait ydole.
Beste est Fauvel, et cil est beste
Qui li fet ne honor ne feste.
Or te vuil je prouver sans fable 284 Que Fauvel est nient resonnable.
Il deiist gésir en l'estable,
Mes c'est beste si mal estable
Qu'en son lieu ne se veult tenir :
288 II ne fet qu'aler et venir
264 EF gQTït — 266 Car dans les autres mss. sauf A — 267 CFJ bestes — 268 A raisons — 270 C L'aigle est r. d. o. comme, BEF L'aigle est r. d. o. si comme, J L'aigle r. d. o. si comme — 273 ce dans tous les mss. sauf AK — 276 EF affiche — 277 AJ beste — 27g BE herese ; B A bougre tieng et e. — 283 Dans A^ d'abord flabe, puis en marge fable — 284 nient r. dans A seul] BFJ non r., C rien r. — 285 BF en estable — Les v. 283-6 se lisent ainsi dans E :
Or te wcil je dire et prouver,
Fauvel non resnable trouver
lie deust en l'cstablc gesant,
Mais nu {sic) feroit pour nul bcsant.
Pour avoir bonne menjouere;
Moût s'estudie qu'il puist plere :
En barat et en fausetei [Fol. 4)
292 A son engin du tout getei.
Il a tant alei et venu
Que ja mes ne sera tenu
N'arestei par frain ne par bride.
296 II court par tout et point et ride,
Par fortune va sans reson
Et si règne en toute seson;
Pour soi hauchier moût s'estudie 3oo Eu doctrinal de flaterie,
Si que faus puisse bien polir,
Vérité tere et droit tolir.
Sa diffinition sus mise 304 Ai desclerie, or te souffise.
Des or mes dirai la manière,
En continuant ma matière,
Gomment et pour quoi ce puet estre 3o8 Que Fauvel fet le monde pestre,
Et comment et grant et petit
Ont en lui torchier appétit.
Diex, le roy de toute puissance, 3i2 Qui tout a a sa cognoissance,
Quant il fist au commenchement
Le monde gloriosement,
Ordena toute créature
290 Dans A, Moût manque et la place est en blanc — 293
EFJLN II est — 296 BCEFJ II point par tout et c. et r. — 297 A
sus r. — 3oi A ploir — 3o2 Le t de droit semble exponctué dans A.
3o6 A contruuant {} sur grattage) — Les v. 307-8 5^ lisent ainsi
dans E :
Comment et pour quoi ce seuronde Que Fauvel fait pestre le monde,
— 3i I Dans A, puissance a été refait sur puissanse — 3i3 E ou.
PREMIER LIVRE iS
3i6 Et li donna propre nature.
Tout ordena si sagement
Que nuls bons ne puet, s'il ne ment,
Dire que defaust i puist estre, 320 Que desus lui n'a point de mestre.
Mes ce qu'il avoit ordenei
Est mué et si mal menei
Qu'il convient par droite raison 324 Que près soion de la saison
En quoi le monde finera,
Ou Dieu autre monde fera.
Raison i fait fort argument, 328 Au premier, quant sans instrument
Il plut a Dieu le monde fere
Et il vout de limon pourtraire
Homme et fourmeir a son ymage.
332 A Tomme fist teil avantage
Que des bestes le fist seignour
Et en noblece le greignour.
Mes or est du tout berstorné 336 Ce que Diex avoit atourné,
Que hommes sont devenus bestes.
Devers terre portent les testes :
Ne lour chaut fors de terre avoir.
340 De Dieu ne veulent riens savoir :
Onques vers le ciel ne regardent,
320 Les autres mss. sauf A lisent Car — Les v. 3ig-2o se lisent ainsi dans E :
Dire qu'il i ait point de deffaute, Car nul n'a mestrise si haute.
— 322 La leçon adoptée est dans A seul. B E. trop honny et m. m., C Est tout mué et m, m., y Est si mué et m. m. — 323 A convuient — 325 E En que; A fenira — 33o x vout le monde p.
— 33r A zx. manque ; ^ en s. y. ; B Et h. et femme as. y., C Et f. l'omme a s. y. — 336 A ordenei, y aourné — 337 Les autres mss. sauf A ont Car — 341 y N'onques.
r6 LE ROMAN DE FAUVEL
Quer eu feu de convetise ardent.
Operacion si argue 344 La forme estre teile tenue
Comme l'euvre semblablement.
Pour ce di je certainement
Qu'ommes sont bestes rëaument 348 Quant il vivent bestïaumeni ;
Et pour ce par droit pouon dire
Que Fauvel est du monde sire,
Que il est par tout honorés {Fol. 4 v»)
352 Et com Dieu en terre aorés.
Raison a perdu roiauté
Quant nous voion bestïautei
Sus les hommes si haut assise 356 Et resons est au dessous mise.
Einsi l'ordenance devine
Est du tout tornee a ruine :
Nous alon par nuit sans lanterne, 36o Quant bestïauté nous governe.
Las ! que ne fu Fauvel mort nei,
Quant le monde a si berstornei !
Gescun treuve en lui grant savor 364 Pour aquerre humaine favor.
Hé las ! hé las! quant je regarde
Que par cest Fauvel, que feu arde,
Est au jour d'ui si sainte Eglise 368 Abatue et au dessous mise
Qu'a paine porra relever î
344 F La f. t. e. tenue — 35 1 Les autres mss. sauf A ont Car; E omet tout — 353 ER,a par tout r. — 356 £ Et que Fausseté Raison brise — 357 ^^ Aussi — 36o A Q. b> la g. -- 366^ pour — Les v. 367-8 et 379-80 se lisent ainsi dans E :
Est sainte Eglise au jour d'ui Au dessouz et si grant ennui....
Ne fu oncques en si grant doute Par unde nule qui tant boute.
Tous les jours la voi si greveir
Que c'est une trop grant merveille 372 Que saint Père ne s'apareille
De tost secourre a sa nacele,
Qui si horriblement chancelé
Que Testât de crestïentei 376 En doit tout estre espouentei ;
Li gouverneur sont esbloé,
Et sachiés que Tarche Noé,
Quant l'eve couvri terre toute, 38o Ne fut onques en si grant doute
D'estre noiee et desconfite
Gom la nacele dessus dite,
C'est a dire Eglise présente 384 Que la nacele représente ;
De toutes pars est en tempeste,
N'a mes en li joe ne feste :
Bien peut par desolacion 388 Chanter la lamentacion
De Jeremie le prophète ;
Je croi qu'elle fut pour lié fête.
La dame des rois et des princes, 392 Princesse de toutes provinces,
Giest au jour d'uy sous le treû
Plus qu'onques mais ne fut veû
Puis que la primitive Yglise 396 Fu essaucie et avant mise.
Fauvel, qui est faus et quassé,
Tout cest brouet li a brassé :
Si com il veut Fortune torne
372 A s'aparaille — 383 L<a! leçon adoptée est dans B seul; les autres mss. ont l'Eglise {avec article) — 386 A Ja mes n'ara j. ne f., C En el n'a mais j. ne f. — Les v. 395-6 se lisent ainsi dans E :
l'uis que l'Eglise primitive Fu essauciee et mise a rive.
l8 LE ROMAN DE FAUVEL
400 Et ce que Diex a fet bestorne.
Or te vuil monstreir la manière Gom' il met ce devant deriere.
Or entent, tu qui Fauvel torches :
404 Diex fist au premier .ij. grans torches,
Plaines de moût très grant lumière,
Mes c'est par diverse manière.
L'une a non soleil, l'autre lune ; 408 Clarté de jour nous donne l'une :
C'est le solail qui luist de jour,
La lune de nuit sans séjour.
Mes le solail, se Diex m'ament, (Fol. 5)
412 Est trop plus haut eu firmament
Que n'est la lune, c'est sans doute,
Ne elle n'a de clartei goûte
Que le solail ne li envoie.
416 Mes Fauvel, qui trestout desvoie,
A tant fait que cest luminare
Est tout berstornei au contraire.
Moût est beste de grant emprise :
420 La lune a sus le solail mise,
Si que le solail n'a lumière
Fors de la lune et au derrière.
Grant éclipse pues ci trouver ; 424 Ce que j'é dit te vuil prouveir.
Li sage fondé sus reson
Font semblable compareson
Au solail du ciel de prestrise, 428 Et a la lune au dessous mise
Comparent temporel empire ;
La cause de ce te vuil dire.
Diex, qui sus tous est sire et mestre,
408 EF jourz — 410 A nuis — 422 A a d. — 426 E seinblabe - 428 au manque dans les autres mss. sauf A.
432 Fist son filz de la Virge nestre,
Qui sacrifia comme prestre^
Si que por ce doit prestrise estre
Au solail acomparagie, 436 Que Diex li donna la mestrie
De donner aa monde lumière,
Par quoi il levast cuer et chiere
A cognoistre la droite voie 440 D'aler en pardurable joie.
Ausi ordena Diex prestrise
Qu'ele fust chief de sainte Yglise,
Qu'en lié vout le pouer crier 444 De tout lier et deslïer.
Mes a temporel seignorie
Ne donna Diex nule mestrie,
Ains vout que fust dessous prestrise, 448 Pour estre bras de sainte Eglise,
Si qu'el n'eûst pouer de fere
Fors ce qu'a l'Iglise doit plere.
Et par reson le pues veïr :
432 Le bras doit au chief obeïr
Et a execusion mètre
Ce que le chief li veult commetre.
Moût prest est le bras par nature 456 A garder le chief de laidure,
Quer le chief est plus haut en Tomme
Que n'est nul des membres, si comme
433 A preste — 434 Les autres mss. sauf A lisent par — 436 Les autres mss. sauf AK lisent Car — 4^9 y Pour c. — 441 BFJ Ainsi — 443 B Car en li v. p. donner, C Car en el v. p. c, F Car en lui V, p. trouver, J Car en lie v, p. c. — Les v. 441-3 se lisent ainsi dans E :
Ainsi Diex prestrise mena,
Car de l'Eglise l'ordena
Et en li vout pouair crier.
— 447 C quel feust d., y vout qu'ele fust souz — 449 BEJ que n'eust — 46 1 AF voir.
Celui qui tout le corps gouverne :
460 Par lui voit et ot et discerne.
Et se le chief estoit malade,
Il n'i a membre, tant soit rade,
Que Ten n'en voie plus mat estre, 464 Si com les sergens de lop'mestre.
Einsi doit temporalitei
Obeïr en humilitei
A sainte Eglise, qui est dame, 468 Qui peut lier et corps et ame.
Mes Fauvel a tant fauvelé
Et son chariot roelé
Que, mal gré Ferrant et Morel, {Fol. 5 v°)
472 La seignorie temporel,
Qui deiist estre basse lune,
Est par la roe de Fortune
Souveraine de sainte Eglise.
476 Sainte Yglise est au dessous mise,
Si qu'el donne poi de lumière; Ainsi va ce devant derrière :
Les membres sont dessus le chief.
480 Grant mestier fustque de rechief
Diex vousist fere un novel monde, Que cestui de tout mal soronde, Pour ce que Fauvel le gouverne 484 En ténèbres et sans lanterne,
45g EJ Celi — 460 E Pour; EJ li — 463 BCJ ne v, ; AC mal
— 464 A subjes — Les v. 463-4 se lisent ainsi dans E :
Ne soit en mateté greigneur, Com li sergant de leur seigneur.
— 475 A Souvraine. Les autres mss. sauf A lisent : S. sus s. E.
— Les V. 475-7 se lisent ainsi dans E :
Sus sainte Eglise souverainne.
L'Eglise est dessouz si qu'a painne Puet donner pou de sa lumière.
— 482 Les autres mss. sauf A ont Car.
Si que l'a mis hors du chemin :
Trouvei n'est pas en parchemin
N'en livre de sainte Escripture 488 Qu'ains mes fust si hors de mesure
Com nous le voion maintenant.
Fauvel si couche au remenant,
Que le mestre est de la griesche.
492 Tout le monde maine a la tresche :
Pour plus melleir et bestorneir,
Torner le fait et retorneir ;
Tant i a mis entente et cure 496 Qu'au jor d'ui toute créature
Est du tout tornei au contraire
De ce pour quoi Diex le vout fere.
Je le te monstre en tous estas 5oo Par argumens non intestas,
Primes en ceulz de sainte Eglise,
Ou plus d'amor doit estre assise;
Sans gloseûre et sans comment, 504 Clerement te diroi comment
Les persones de sainte Eglise
Ont vie berstornee prise.
485 Les autres mss. sauf A ont qu'il — 490 B touche — 491 Les autres mss. sauf A ont Car — Les vers 493-4 sont donnés dans Vordre inverse dans tous les mss. sauf A — 498 CEF la — 5oi ^CFX Premier ; ^ eu temps— 5o2 Tous les mss. sauf A ont d'onneur — 5o3 CFJ gloseur — Les vers 5o3-4 se lisent ainsi dans A :
Sans gloseir te diroi comment Et auques asseis clerement.
Les V. 5oi-6 se lisent ainsi dans E :
Primes en ecclesiaus persones, Qui deussent avoir taches bones, Sanz gloseûre et sanz comment Clerement te dirai comment Teis personnes, c'est chose clere, Ont prise bestournee manière.
Eu temps de la foy primitive, 5o8 De quoi salut humain dérive,
Quant Diex sainte Yglise espousee
Out et de son sanc rachatee,
Son vicare fist de saint Père 512* Et vout que fust pastour et père
Pour gouverneir crestïenté ;
De pouer li donna plenté
Et es apostres ensement, 5i6 Si que par lour enseignement
Le peuple revenist a voie
D'aleir en pardurable joie.
Ces apostres desciples urent 520 Qui sus eulz le pouer rechurent
De tout lier et deslier
Et de nous a Dieu ralïer.
Les apostres evesques furent, 524 Que els principaument rechurent
Le gouvernement de l'Eglise ;
Et, puis que la foi fut esprise,
Li disciple si s'espandirent 528 Par tout le monde et entendirent
A bien la foi multiplier,
Et pensoient d'estudïer
Que asseis gaïgnassent d'ames, (Fol. '6)
532 Qui en paradis fussent dames.
5 12 Les autres mss. sauf A ont qu'il — 514 Les autres vnss. sauf A ont aux om as — Sig B Ses; AB furent, CF eurent — 52o CEF souz — 524 Les autres mss. sauf A ont Car — Les v. 520-23 manquent dans 5, les v. 521-24 dans F — 526 Les autres mss. sauf A ont puis quant — Les v. 52 5-26 se lisent ainsi dans E :
L'ecclesial gouvernement,
Et quant foy ot commencement.
— 53 1 B Qu'assez peussent gaingnier d'ames, £/ Qu'assez gaaignassent des a., CF Que a. gaignassent des a.
Saint Père, qui papes estoit,
D'escallate pas ne vestoit
Ne ne vivoit d'exactions :
536 Toutes ses consolacions
Estoient en saintement vivre
Et que le monde fust délivre
De servitude de pechié 540 Et qu'en bien fust tout adrechié ;
Et quant il avoit labourei
Et por son peuple bien orey,
De vie mendiant n'out cure, 544 Mes pour avoir sa repeuture
Se vivoit de sa pescherie
Et en menoit petite vie.
Mes, sachiés, peschier ne savoit :
548 Une petite rois avoit
Et une petite nacele,
Si ne prenoit que poi d'avele
Ou d'autres pissonnés menus, 552 Si que vivant fust soustenus.
Mes nostre pape d'orendroit
Si pesche en trop meillour endroit :
Il a une roy grant et forte 556 Qui des flourins d'or li aporte
Tant que saint Peire et sa nacele
En tremble et ele chancelé.
Des flourins pesche il sans nombre ; 56o II ne pense pas comme l'ombre
De saint Peire garir souloit
Cescun qui de mal se douloit.
542^ Dieu ouré — 55o Les autres mss. sauf A ont qu'un p. — 55 1 B poissonccaux — 552 Les autres mss. sauf A ont qu'en v, — 555 BE roiz, C raiz, F tcz, J roy s — 558 La leçon adoptée est dans AEGLMN. B En tr. et forment en ch., CF En tr. toute et ch., J En tr. si qu'elle ch., iC En tr. trestoute et ch. — 56o Les autres mss. sauf A ont comment.
Saint Père vesqui sans richece ;
564 Mes or en a si grant largesce
Son successour que c'est merveille; Que Fauvel estudie et veille A lui porter flourins asseis,
568 Ne si n'en peut estre lasseis.
Le pape, pas ne celeroi, Torche Fauvel devers le roy Pour les joiaus qu'il li présente,
572 Et a lui plere met s'entente.
De ces diesiesmes li envoie Et des prouvendes li otroie Par tout pour ces clers largement.
576 Hélas! com mal entendement.
Que par ce voion sainte Eglise Tributaire et au dessous mise, Que Fauvel, qui est bien letrei,
58o A les diesismes empetrei
Pour le roi, par devers le pape.
Le pape n'i met pas sa chape Ne du clergié n'est pas tuteur,
584 Mes le roy fait exécuteur,
Si que par la laie justise Est justisie sainte Yglise.
C'est chose faite a escient,
566 Les autres mss. sauf A ont Car — 567 £" li — 568 Les autres mss. sauf A ont Ne il n'en p. — 569 BCEJ cèlerai — 570 E rai ; C devant le roy — 571 EF ses; J presens; A qualli pr. — 573 Les autres mss. sauf A écrivent ses — ^']^ y Pour ses clers par tout 1. — 576 Les autres mss. sauf A ont acointement — 577 Les autres mss. sauf A ont Car — Les v. 577-78 se lisent ainsi dans E:
Car l'Eglise veons an ce
Tributaire et en grant balance.
— 579 Les autres mss. sauf A ont Quant — 58o E A ses — 58 1 C p. devant — 582 E la ch. — 583 E m'est pas — 584 E M. du r. ; A executor.
588 Si qu'apeleir n'i vaut nient.
Ainsi le pape Fauvel torche
Si bel que le clergié escorche,
Et si n'i met la main, ce semble ; (Fol. 6 v*) 592 Mes sainte Eglise toute en tremble.
Des cardineaux que pouon dire
Sans euls de rien mouvoir a ire?
Sauve toute lour révérence, 596 Dire en pouon ceste sentence
Qu'as premiers apostres, sans fable,
Sont, ce me semble, poi semblable.
Les premiers apostres estoient 600 Povres, et povrement vivoient :
Plains estoient de charitei
Et fondés sus humilitei.
Or est le dey changié, hé las!
604 Quer autrement vont nos prelas.
Je n'en puis faire bon hystoire,
Quer Avarice et Vaine Gloire
Les ont du droit chemin osteis; 608 Trop joint leur sont près des costeis.
Pastours sont, mes c'est pour els pestre :
Huy est le louf dez brebis mestre.
Bien lour seivent osteir la laine 612 Si près de la pel qu'el en saine ;
Au touseir sont luit aprestei,
594 A mouv' (= mouver?) — 597 Dans A, le ab de fable est écrit sur grattage — Les v. 597-8 se lisent ainsi dans E :
Qu'aus premiers apostres semblant Sont pou ce me semble (sic).
— Les V. 599-600 manquent dans F — 602 BCJ sur — 6o5 E Si n'en, ABie ne. Dans A, le i de hystoire est écrit en interligne
— 608^ T. j. les ont, CK T. lear sont j, — 609 Les autres mss. sauf A ont a eulx — 612 y qu'ele s. — 6 1 3 C A touser, EF A tondre, J Au torchier.
Ne eulz n'atendent pas l'estei,
Mes en tous temps plument et pillent.
6i6 Fauvel le veut, que els l'estrillent,
Et si le frotent doucement :
Placebo chantent hautement»
Mes Dirige dient sans note. ^
620 II est gênerai terremote,
Quer la terre torne a rebours,
Et clers et lais, moines et hors,
Sont torné ce devant derrière.
624 Las ! comment sont mis en chaiere
Jennes prelas par symonie,
Qui poi ont apris de clergie?
Eulz ont non de révèrent père, 628 Et enfans sont ; ne doit pas plere
A Dieu que s'espouse l'Iglise
Soit en mains de tiex prelas mise.
Ne sont pas gouverneurs seiirs 632 Jenne gent, s'euls ne sont meiirs.
Nepourquant, a bien esluignier.
Je ne saroie distinguier
Les queuls prelas, a dire voir, 636 Font au jor d'ui miex lor devoir.
Les uns, encor en parleroi,
614 B N'y a. point a Te., CEJ N'ilz {E N'il, J N'euls) n'a. pas a Te., F Ne ilz ne a. pas l'e. — 616 ^ F. leur [Vabréviation ur en interligne) rent que els e. Les autres manuscrits sauf A (que) ont car — 622 B Cl. et 1. en villes et bourgs — 626 Les autres mss. sauf AC lisent : Qui riens ne scevent de clergie. Dans B, ce vers a été ajoute' par une autre main, sur une ligne laissée en blanc; les v. 627-30 manquent. — 627 EJ 11, C Hz, F Ne — 63o CK es — Les v. 629-30 se lisent ainsi dans E :
A Dieu que l'Iglise, s'espouse, Soit par mains de tex prelas clouse.
— 63 1 -4 gouvernois; E Gouverneeurs ne sont seurs, B Ne sont pas bons gouverneurs — 632 iï^ si ne, J s'il ne, F se ilz ne
— 633 BCEF au — 635 BEE au.
Sont devers le conseil le roy :
As enquestes, as jugemens, 640 As eschiquiers, as parlemens
Vont nos prelas, bien y entendent.
Les biens de TEglise y despendent ;
Les povres en ont povre part, 644 Quer Fauvel l'aumosne départ,
Qui en boban tout abandonne
Et es povres gens riens ne donne.
Par tiex prelas, si com je cuide, 648 Est au jour d'uy Tlglise vuide
De foi plus qu'ains ne fut veû.
Par eulz est souvent pourveii
Le roy d'exactions leveir (Fol. 7)
652 Sus l'Iglise et de lié greveir.
Par les prelas qui veulent plere
Au roy et tout son plesir fere
Dechiet au jour d'ui sainte Eglise 656 Et pert s'onnor et sa francise.
Tiex prelas peires ne sont mie.
Mes parrastres, qui n'aimeat mie
Les enfans de lour espousees, 660 Qui par honnour lour sont données.
Les enfans ne lour peuent plere
Des quels il n'aiment pas la mère.
Nos prelas font bien lour deû, 664 Car il sont posteaus de seîi
Et de rosel en sainte Eglise.
638 BC du roy, E le rai — 642 y manque dans AK — 646 A Es (sic) es ; les autres mss. ont aux — 649 B onc, C oncques — 652 BC Sur — 656 E Et p. au jour d'ui sa fr. — 658 Le ms. D commence ici. — 660 Les autres mss. sauf A lisent Par qui honneurs leur sont données — 662 A Des que il — 664 A Quant.
Tant en font que nul ne les prise :
Lor subjès pinchent bien et taillent, 668 Mes a tous lor besoings lor faillent.
Tous jors s'en vont de pis en pire.
Il n'est mes temps que l'en se mire
En lor fais pour example prendre; 672 Mes savoir deveis et entendre
Que Diex a son grant jugement
En prendra cruel vaingement.
Hé las! et pour quoi ne s'avisent 676 Nos prelas, qui huy tant se prisent,
Pour les biens qu'il ont de l'Iglise,
Que toute lour entente ont mise
En orguil et en vanité?
680 Tous temps veulent, c'est vérité,
Avoir honnours et grans servises
A genoiz et en toutes guises,
Enclineis, chaperons osteis.
684 Tant ont d'onour en tous costeis
Qu'il ne semble pas, c'est la somme,
Qu'il soient né de famé et d'omme,
Ainz croissent tous jors lor estas.
688 II ne pensent pas as restas
Qu'euls aront au gênerai conte ;
Lés V. 666-7 ^^ lisent ainsi dans E :
Si la soustiennent par tel guise
Que leurs souzgiez pincent et taillent.
— 669 A piere — 670 se manque dans E — 672 BCD devons, EFK doivent — 673 Les autres mss. sauf A ont en son — 678 ABD Qui; FJ Que (J Car) toute leur e. est m. Les v. 677-8 se lisent ainsi dans E :
Pour les biens qu'il ont et les rentes
De l'Iglise ont mis leur ententes.
684 BCJ d'onneurs — 686 E Qui s. nez; ABCDK Qu'il soient de famé ne d'omme — 687 F estât — 688 A a restas, F au restât, J au restas — 689 Les autres mss. sauf A ont Qu'ilz.
Diex les gart qu'il n'en aient honte.
La vaine gloire dont tant boivent 692 Et les honors si les déçoivent,
Enyvreis sont, ne lor sovient
De ce que faire lor couvient.
Reson si me dit et enhorte 696 Qu'il n'entreirent pas par la porte
Par quoy prelas jadis entreirent,
Mes par dessus les murs monteirent.
Autrement que ne fist Cephas 700 Tant ont ïah perfas et nephas
Tiex rampeours que la mestrise
Ont au jor d'ui de sainte Yglise.
Fauvel jusques as murs les porte, 704 Et Symonie, qui est forte,
L'eschiele tost lor apareille;
Tost montent si que c'est merveille.
Avis m'est que n'oi pas veû 708 De mon temps prélat esleu
Pour ce qu'il fust de sainte vie,
Mes grant lignage ou symonie
En font du tout lour volenté : {Fol. 7 v*)
712 Sans euls n'est mes nul clerc rente,
Se par servise nel porchace.
Encor i fait Fauvel fallace,
Quer le bon serjant essaies 716 Est moût souvent trop pis paies
Et pies rente que n'est celui
693 B Adurez — Les v. 693-4 sont intervertis dans E et manquent dans BD — 697 BC Par ou, K Par ont — 698 DEFJ rampèrent — Les V. 701-2 se lisent ainsi dans E :
Que ont la mestrise tiex rompeeurs De riglise dont est peeurs.
— 704 /l O S. — 7o5 A aparaille — 707 Les autres mss. sauf A écrivent n'ai; E pais veu — 71 3 Les autres mss. sauf A lisent : Se par servir ne le pourchacc — 714 E Encoquorc — 716 C Est bien s., B Sont bien s.
Qui plus tart vient piere de lui.
Le bon n'a cure de flateir,
720 L'autre soit bien Fauvel grateir;
Et Fauvel, qui les rentes donne, Ne regarde pas la personne De celui qui le bien dessert,
724 Mes cil qui de torchier le sert.
Pour ce souvent lor paine perdent Qui a servir tiex gens s'aerdent.
A nos prelas doint Diex avis,
728 Par quoi il soient plus ravis
D'ameir foi, raison et droiture Et ceulz dont il portent la cure.
De sainte Yglise sont le chief.
732 Pour ce lour di tout de rechief
Que par lour notoire deffaute L'Iglise qui fut jadis haute Est au dessous, dolente et basse,
736 Gom la nacelle sous la nasse.
Si c'on n'i peut mais nul bien prendre, Que li pescheour sont a reprendre.
Des autres estas de l'Yglise 740 Poi en y voi de bonne guise :
Tous sont mués de lour droit estre.
Chanoine, moine, clerc et prestre.
Les chanoines Tiglise heent
723 EJ celi — 725 BC Par^ FJ leurs paines — 726 BEJ Q. a tiex gens {B tel gent) s, s'a., i^ Q. a tieulx service s'en herdent — 732 EFJ di tant — 734 DFJ L'E. qui jadis f. h. — 738 Les autres mss. sauf A ont Car; dans A^ Z's de pescheour a été écrit en interligne; CFJK font.
Les V. 739-41 se Usent ainsi dans E :
Des autres estas pourveons,
De l'Eglise trop pou veons
Ne soient hors de leur droit estre.
PREMIER LIVRE 3l
744 Et poi i vont, fors quant il béent
Qu'argent i puissent recevoir;
Einsi font il mal lour devoir.
Lor principal doit estre entente 748 De bien paier a Dieu sa rente,
De li loer et aoreir
Et dedens l'iglise honoureir
Autant le grant comme le mendre, 752 Et ne doivent premier entendre
A mérite pécuniaire :
Ce ne devroit pas a Dieu plaire.
S'il le font en ceste manière, 766 II le font ce devant derrière.
Des prouvendes ont largement,
Mes il servent escharsement
Celui de qui tous les biens viennent.
760 Hé las ! com a grant péril tienent
Les prouvendes de sainte Eglise,
Se il n'en rendent tel servise
Comme l'iglise a ordenei.
764 Aucuns dient, non pas senei,
Que lor prouvendes sont trop francez ;
Mes ce sont noires chances blanchez
Qu'aucuns ont les biens de l'iglise, 768 Si n'en font a Dieu nul servise
Es leus ou doivent demoureir,
744 C veent — 749 Dans A, une lettre a été grattée après li; BCFK lui — 755 -4 Se il — 756 y II metent ce — 75g EJ Celi — 762 A Si que n'en r. nul s., B Se ilz ne r. le s. — 763 Dans Aj ordenei semble avoir été corrigé après coup en ordonei — 766 A chauces banchez; ces deux mots sont écrits dhine encre plus pâle que le reste — 768 J S'il n'en font, C S'ilz ne t'ont, B Sanz y faire — A la place des v. 767-8, E lit:
Les biens do l'Eglise reçoivent, Despendent, menjuent et boivent Et gastent en mauvese guise, Senz fere a Dieu nul servise.
Ou il doivent Deu honoureir.
Tout ecclesial bénéfice {Fol. 8)
772 Est donnei pour devin office.
Or se gart qui en a grant nombre,
Quer por servir cescun s'encombre.
Bien sont li chanoine aornei 776 Que saint Benêt le bestornei
A au jour d'ui de sa mesnie,
Qui mainent bestornee vie.
Ne vivent mie clerjaument, 780 Anciés vivent bestïaument :
Les uns chevaucent a lorrain,
Les autres sont tous jors forain,
A Fauvel sont fis et neveus; 784 A dorenlot sont lor cheveus.
Il sont de l'Yglise fillastre,
Quer euls font trop le gentillastre.
Coeffez ont et saouleirs a las.
788 Bien devroient crier : Hé las,
Sele crucefis regardassent
Et en lui souvent se mirassent,
Comment il est en crois haucié, 792 Comment il est estroit chaucié,
Et de queil robe il est vestu.
Ne deiissent pas si testu
Ne si fous les chanoines estre 796 Pour gasteir les biens de lor mestre.
770 E Et ylueques D. h . — 772 A servise — 774 BE Car p. chascun s. s'enc, J Car chascun p. s. s'enc. — 776 ^ B. est — 776 J De [en surchargé) saint — Les v. 776-9 se lisent ainsi dans F :
Qui saint Bcnoist le bestorné Ont au jour duy de leur mesnie, Qu'ilz maynent bestornee vie.
— 783 Les autres mss. sauf A K lisent ou — 784 CDFJ Au d. font — 786 Les autres mss. sauf A ont ilz — 787 A saouleir — 788 Dans A, d'abord doivent, corrigé en marge, d'une encre plus pdle^ en devroient — 796 A gast\ FK garder.
Des prestres curez que diron?
De lour estât un poi luiron.
Il sont par tout bien conneiis, 800 Quer il sont de moût près veiis.
Briefment ore m'en passeroi ; Ne pour quant mes ne m'en teroi Que je aucune chose ne die
804 De lour estât et de lour vie.
Quant yglises vaquier souloient, Les boens prelas si les donnoient A clers qui de bons mours estoient
808 Et qui l'Escripture entendoient
Et qui savoient preeschier Por lour subjès despeeschier De pechié, quant il i chaoient,
812 Et qui adrechier les savoient.
Mes les parrochïaus yglises Sont au jour d'ui a cels commises Qui seivent trop poi de clergie.
816 Pour ce ne me merveil je mie
Se le peuple vit folement Quant il a fol gouvernement :
Li grant pastour et li petit
820 N'ont au jour d'ui pas appétit De bien entendre a lour office ; Nice sont et chargié de vice, Si qu'il ne soivent mètre paine.
824 Li aveigle l'aveigle maine,
Si qu'euls deus chaier les convient.
797 Au lieu de curez, A lit ausi, écrit en interligne — 800 Dans A^ Vr de Quer est écrit en interligne ; EK plus près, F bien prez
— 802 Au lieu de mes, les autres mss. sauf A ont pas; BEF me. t.
— 8o3 ABCJ n'en — 811 r estoient — H\2 E radrecier — 820 Les autres mss. sauf A lisent N'ont pas au jour d'ui a. — 823 K n'y scevent — 825 B Si que louz .ij. cheir c, FJ Sicques touz deux choir les c.
Sire Diexl Quant il me souvient
D'acuns prestres qui sont cureis, 828 Comment il sont c^esmesureis
Et comment il mainent vie orde,
Ne maintiennent estât ne orde^
Trestout le cuer m'en espouente : {FoL 8 v<») 832 Laes gens metent hors de sente ;
Ne pueent prendre bon example
En l'église ne hors du temple
Les laies gens en lour cureis, 836 Qui en pechié sont endureis.
Hé las! c'est grant maFaventure
Quant aus fous est baillie cure
De gens gardeir et conseillier; 840 Cescun s'en doit bien merveillier.
Fauvel ne le veult autrement :
Liez est quant tout va folement.
Des gens mis en religion
Vuil faire aussi colacion 845 Pour voier com orde est gardée.
As Mendians vuil commenchier,
Mes ce n'est pas pour euls tenchier, 848 Ne pour euls flateir; pas n'i bec.
Saint François et saint Dominique
Deus ordres commenceirent si que 85 1 Fondeies fussent sus poverte :
Sans terres et possessions
Les V. 828-33 manquent dans C. Les v. 832-3 {graphie de E) manquent dans A — 832 J5 Les g. m. h. de la s. — 834 ^^ En e.
— 835 A gens et 1. cateis — 836 A demoreis, B adurez, E enordures — 837 BCJ maie a. — 838 A au fous, BFG a fol, K a fols
— 839 B De gent, EF Des gens — 840 B se d.; BCFG moult merveillier, E esmerveillier.
845 CEFJ ordre — 848 DFK ne b. — S5i E Fondez; ABD en p., CJ sur p. — 852 A terre; J S. terres sanz p.
Doivent ces deus religions 854 Vivre humblement, c'est chose aperte. Mes Fauvel, le roy de fallace, Lour a fet espicial grâce 857 Pour ce que de Placebo chantent :
Moût se painent au monde plere Et de filles vers euls atrere, 860 Qui lez visitent et les hantent. Il veulent avoir cures d'ames Par tout et d'ommes et de famez, 863 De tout se veulent entremetre :
Ne sont pas vrai religious Tiex gens qui sont si couveious 866 De lour estude au siècle mètre. Il a trop grant distinction Entre siècle et religion, 869 L'un a Fautre est moût opposite :
Qui a religion se prent Et puis siècle lessié reprent 872 Comme chien va a son vomite. Les religions mendians Sont au jour d'ui si ennoians 875 Pour ce qu'il changent lor nature :
Il sont povres gens plains d'avoir, Tout lessent, tout veulent avoir, 878 Hors du monde ont mondaine cure.
L'en ne fait mes, se Diex m'ament, Mariage ne testament, 881 Acort ne composition, {Fol. 9)
Que n'i vienge la corratiere,
855 A fallece — 859 Les autres mss. sauf A lisent des — 860 E Qui le. Dans A^ le z de lez semble ajouté après coup — 865 Les autres mss. sauf A lisent curieux — 867 A distinctions — 868 A religions — 869 B Li un a l'a. est c, CEJ L'un (E L'une) a Ta. est comme {E corn) o., DE L'un a l'a. sont o. — 871 FJ lesse et r. — 874 Les autres mss. sauf A lisent trop e. — 875 E qui ch.
La papelarde, séculière, 884 Mendiante religion.
C'est religion descousue
Qui met la main a la carue 887 Et tous jours derrière regarde.
Ainsi nous fait déception
La cote de religion 890 Qui dehors est si papelarde,
Et dedens n'a fors que fallace.
Qui tous jors quiert tens et espasce 893 De sa volentei replanir.
Tant ont vers Fauvel entesé
Qu'il lour a, sachiés, dispensé 896 Qu'il peuent bien propre tenir.
De ceuls qui ne mendient mie,
Qui ont rentes et seignorie 899 Pour fere le devin service,
Au Jour d'ui et blans et noiers moines,
Les gris et regulers chanoines 902 Sont plains d'envie et d'avarice.
Conscience ne les remort
Comment il sont au siècle mort 9o5 Sans avoir propre affection,
Mes tout au contraire redonde :
Mort sont a Dieu et vif au monde 908 Et mourir font religion.
Che sont cil qui au siècle vivent :
Tous jors y sont, tous i arivent, 91 1 Riens ne heent tant com le cloistre.
Pou entrent en religion
887 E derrie {sic) regarde — 894 A Tous ; AF entesé, BEM encensé, C ensancé, L enchensscé, D entente, J entencé, N entensé, K acensé, G hensé — 895 y Que Fauvel leur a d.
899 CJ office — 901 ^ regl'ers, les autres mss. ont réguliers — 908 E devocion {sur grattage) — 911 BC tant que; F leur cl.
Qui n'aient plainne entencion 914 D'avoir office et d'eus acroistre.
Quant un poi en çloistre sejornent
Et après au siècle retornent, 917 Hors sont du sens et deslïés.
Il ne doutent blasme ne honte :
De ce tiennent trop poi de conte 920 Qu'a Jhesucrist sont dédiés.
Il ont religions habit,
Mes poi est de bien qui habit 923 Au jour d'ui sous froc ne sous gonne.
Par itiex gens est Dieu gabé :
Sire Fauvel est lor abbé 926 Qui moût souvent entre eulz sermonne.
Tant i a fet la beste fauve
Que les ordres, se Diex me sauve, 929 Sont toutes près desordenees. {Fol. g v°)
Bien pert Fauvel est mavès chief :
Un' ordre a ja mis a meschief 932 Qui estoit des plus honourees.
Tant i a fait la beste ameire
Que sainte Yglise, nostre meire, 935 S'en complaint griefment et démente :
La fraude des Templiers aperte,
Qui les dampne a mort et a perte, 938 La fait mère triste et dolente,
Soupireir la fait et gémir
91 3 FJ Qu'ilz — 914 JB^ offices — Les v. 912-4 {graphie de E) manquent dans A; on lit en marge : Hic déficit — 916 A Quer; BF ou cl. — 917 Les autres mss. sauf A lisent Hors du sens {E sen) sont — 928 E fv. et s. — 924 CDEFJ P. tieulx gens {D tel gent) e. Dieu bien {DF bien Dieux) g. — 927 CD Tant a ja f. — 929 Les autres mss. sauf A lisent Sont près toutes; E desorde (sic) — 933 Les autres mss. sauf A lisent Tant en a f. — 934 Dans A^ /'i de meire est écrit en interligne — 937 E Qui les a mis a mort aperte — 938 A fait mètre; E trite.
Si que tout homme en doit frémir 941 Qui est droit filz de sainte Yglise.
Li Templier l'ont mis en tristece Si qu'el lamente en grant destrece 944 Et se complaint en ceste guise :
« Hé las ! com si mal' aventure, Chose grieve et fortune dure, 947 Quant mes enfans m'ont deguerpie !
Li Templier que je tant amoie Et que tant honorés avoie 950 M'ont fait despit et vilanie.
Mon chier espos ont renié, Qui pour eulz fu crucefïé, 953 De quoi il portoient le signe.
Las! pour quoi l'ont il voulu fere?
Je lour ai estei tous jors mère 956 Douce, graciouse et bénigne.
Le signe de la crois portoient :
De la crestienté dévoient 959 Estre maintiens et champions.
Pour ce moût honoureis estoient, Essauciés partout et avoient 962 Rentes et grans possessions.
Onques a eus nul mal ne fis, (E,fol. 9)
943 B Siqu'elle en est, D Si que lamente, y Si en lamente.
945 E Lasse — 948 E que tant je tant — Dans A, le v. 949 manque et on lit en marge : Defectus; DEJ honoré — Entre les V. 950 et ^bi, E ajoute cette strophe [fol. 8 v" c) :
Nourri les ay et alleitiez
Et a mon poair afaitiez
Pour deffendre la sainte terre
Contre Sarrazins renoiez.
Mais or les voi si desvoiez
Qu'a Jhesucrist ont empris guerre.
— 955 BDEFJ i. 1. ai touz jours esté m. — Les v. 963-1022 [graphie de E) manquent dans A.
PREMIER LIVRE Sg
Mais des biens du vrai crucefis 965 Avoient il outre mesure,
Et franchises et privilèges.
Las ! or sont devenuz hereges 968 Et pecheeurs contre nature.
Le cueur m'est tout mat et frémi
De ce qu'es laz a Tennemi 971 Se sont si longuement tenuz.
Touz s'i estoient entassez;
Il a plus de cent anz passez 974 Que leurs meschiés sont avenuz. Entr'eus avoient fait une ordre
Si horrible, si vil, si orde 977 Que c'est grant hideur a le dire :
Tantost com aucun recevoient,
Renier Dieu tost li fesoient, 980 Jhesucrit et la croiz despire,
A cracher dessus commandoient.
L'un l'autre derrière baisoient.
983 Moult avoient ors estatuz.
Hé las ! mar furent d'Adam nez,
Car il en seront touz dampnez 986 Et dissipez et abatuz.
Hé las ! hé las ! c'est bien raison,
Car il ont trop longue saison 989 Ceste orde vie démenée :
Si régnassent plus longuement,
Crestïenté certenement 992 En fust par tout envenimée.
969 E cueur met; J moût — 975 BC un — 978 EJ T. quant — 979 B Dieu renier tost lui f., E R. du tout li f., J R. du tout le f., F R. tantost leur f. — Au lieu du v. 982, D lit :
Et autres viltés commetoient Selonc ce de quoy les accusoient.
— 984 Les autres mss. sauf B ont mal.
Diex, qui en veut faire venjance,
A fait grant grâce au roi de France 995 De ce qu'il l'a aperceii.
Diex a s'amour la apelé
Quant tel mal li a révélé 998 Qu'ains mes ne pot estre sceii.
Saint Loys, le roi de Secire
Ouirent bien en leur temps dire looi Des Templiers faiz de soupeçon,
Et moult penerent du savoir;
Mais onques n'en porent avoir [E.fol. g c) 1004 En leur temps certene leçon.
Mais cestui neveu saint Loys
Doit estre liez et esjoïs, 1007 Car il en a ataint le voir.
Moult a mis et labour et painne
A faire la chose cértainne.
loio Très bien en a fait son devoir :
Diligaument, comme preudomme,
Devant l'apoustolle de Romme ïoi3 A poursuï ceste besoingne
Tant que li Templier recognurent
Des greigneurs qui en Tordre furent 1016 Devant le pape leur vergoingne
Et tant de douleur que grant honte
Seroit a faire en plus lonc conte, 1019 Si qu'il est miex que je m'en taise.
993 BDK volt — 995 CEFJ qu'il a — 997 B Q. ce fait; E omet a — 998 B Qui onc ne pot, C Que onc mais ne peut. D Qu'ains mais ne puet, F Que ains mal ne puet — 999 D Cécile, E Secile, -F Cecille — looi E tait par s.; B Des fauix t. la s., D Des r. la s. — 1002 B de s.; EFJ M. se p. du [J de) s. — 1007 y Quant — 1008 BCD M. y (y manque dans D) a mis 1. et p. — ioi3 E Au poursuir, J A parsuy — 1016 B la. v. — 1017 C douleurs — 10 18 DE omettent en, La leçon adoptée se trouve dans FKLMN\ B Seront en f. pi., C Seroit d'en f. pi., J Seroit de faire en pi.; FM grant c. — 1019 EF me t.
Dampnez en sont et mis a mort.
Or est bien foui qui ne s'amort 1022 A faire tant qu'a Fauvel plaise !
Fauvel leur a trop bien rendu (Ayfol. g v»)
Ce qu'il avoient entendu 1025 A vivre eu siècle faussement.
Teil louier a qui sert teil mestre :
Quant Fauvel a fait les suens pestre 1028 Si lour donne leur paement. »
Hé las! H seignor temporel
Ne donnent ausi un porel io3i Fors que Fauvel soit bien frotés.
Je ne sai au jor d'ui, par m'ame,
Nul grant seignor ne nule dame 1034 Q'^^ ^^^^ "^'^^ soient assoies.
L'en n'a mes cure de proudomme : [Fol. lo)
Fauseté par tout, c'est la somme, 1037 Est bien venue et honouree.
Faus Semblant et Desloiauté
Ont du monde la roiauté, 1040 Et Vérité est hors boutée.
Bien peut les grans seignors hanter
Qui soit de Placebo chanter; 1043 Telle canchon trop lour agrée.
Il n'ont mes cure de mesnie
Qui prestement ne lour otrie 1046 Toute lour plaine désirée.
Comment qu'il n'i ait pas reson,
Si veulent il toute seson 1049 Qu'en lour die : « Bien dit, misire ».
1022 E que F. — 1024 JK attendu — io25 BCDK au s. — 1026 E maint m., FJK mal m.
io34 BCDF ne s. — 1040 E souz b. — 1042 J Qui de pi. s. ch. — 1044 N finit ici : Explicit de Fauvel.
Liés sont quant l'en les tient a sages.
Hé Diex! qu'il a de faus visages io52 Par tout le rëaume et l'empire!
Faus les serjans, faus li seigneur,
Faus li petit, faus li greigneur, io55 Faus sont au jour d'ui tous et toutes.
Les seignors pensent de grever
Les subjez et sus eulz lever io58 Exactions et maies toutes.
Li grant seignor, c'est grant merveille,
Ne veulent mes qu'en lor conseille 1061 Fors ce qui est miex a lour teste,
Si que maint n'osent mais voir dire,
Que il ne courouchent lor sire; 1064 Einsi torchent la fauve beste.
N'i a mes roy ne duc ne conte
Qui ne soit berstorné a honte.
1067 Bien se devroient esmaier.
Que il ne font droit ne justise :
Trestoute lor entente ont mise 1070 A acroire sans riens paier.
Roys et contes jadis souloient
Grandement des biens qu'eus avoient 1073 Fonder et douer les yglises;
Mes euls maintenant les essillent,
Le crucefis plument et pillent, 1076 Ses biens tolent en toutes guisez. L'Iglise et tout le clergié heent,
De tout bien faire se recréent
io56 E Les pensent seigneurs — 1060 E pas — 1068 Les autres mss. sauf A lisent Car — 1070 Les autres mss. sauf A lisent En a. — 1072 Les autres mss. sauf A lisent qu'ilz — 1073 A Donner et f. les, DF. et donner les, F F. et donner aux — 1075 Les autres mss. sauf A F lisent Les — 1078 AD De tous bien; faire est écrit en interligne dans ^ ; ^ se recroient, C se retrecnt, D se retrahent, F se retraient.
1079 Et chevalier et escuier :
Lournobleceaujourd'ui tant prisent (Fo/./ovû)
Que toutes autres gens despissent, 1082 Si qu'il en doit bien ennuier.
Gentis sont plains de vilennie :
C'est chose qui trop contrarie io85 Que vilanie et gentillece;
Et pour ce par reson me semble
Que ne peuent pas estre ensemble ; 1088 Miex vaut sens que foie noblece. Noblece, si con dit li sage,
Vient tant soulement de courage 1091 Qui est de boens mours aornei;
Du ventre, sachiez, pas ne vient.
Le ventre est fienz et fiens devient : 1094 Nul n'est noble de teil four nei. Se li gentil homme pensoient
Comment et en queil point estoient 1097 Dedens le ventre de lour meire :
I ourent il point d'avantage
Plus que gens de petit lignage ?
1 100 Comment les peut l'en d'ilec treire? Avoient il noble viande?
Encor lor fès une demande :
I io3 En issirent il a cheval ?
Gentis qui se font si nouvel,
Ne sont pas d'argent lor bouel :
1081 BDF desprisent — 1082^ Si que moult en d. e. — Les v. 108 1-2 manquent dans C et les deux précédents sont corrompus,
1087 BCK Qu'ilz — 1088 E fere n. — 1090 BCDFJ du c. — 1091 E murs — 1094 B de tel forme, E de tele fourme, A de teil fons nei — 1098 A il plus — 1 100 E C. l'en puet l'en — 1 102 Les autres mss. sauf A lisent autre d. — 1104 La leçon adoptée est dans A seul. CEKLM Gentilz qui sont si inouel [c'est peutêtre la leçon primitive), BDJ Gentilz gens [J Gentilz bons, D Cil gentil) qui sont si nouvel, F Gentilz qui sont sont ilz mouel.
I io6 Ne sont il mie filz eval ?
Tous summes neiz d'une semence,
Si qu'il n'a point de différence 1 109 Entre vilain et gentil homme :
Tous summes d'Eve et d'Adan neis,
Et tous fusmes a mort dampneis 1 1 1 2 Pour ce qu'il mordrent de la pomme.
Trop povre est l'orguil de cest monde,
Que c'est la valee parfonde, iii5 De meschief plaine et de doulour :
N'i doit avoir boban ne feste
Fors a ceulz qui torchent la beste II 18 Qui toute est de fauve coulour.
C'est Fauvel qui trestout bestorne :
Genris fet vilainz et retorne 1121 Vilains a meneir gentillece ;
Les gentis, neis de boen lignage,
Fait orguellous et plains d'outrage, 1 124 Si qu'il en perdent lour noblece.
Tout li monde, si com me semble, [Fol. 1 1 )
A charue de chiens resemble :
1 127 L'un tret avant et l'autre arrière.
Li seignour veulent trop grant estre,
Et li subjet refont le mestre :
I i3o C'est le mestier de la chiviere.
Puis que les rois sont menteours Et riches hommes flateours, Prelas plains de vainne cointise,
1 106 E fiuz eval, F filz d'Eval, L filz Adam — 1 1 1 1 Les autres mss. sauf A lisent sommes — 11 12 La leçon adoptée est dans A seul', BCFG mordirent la p., EJK mordi en la p., L mordrent en la p., DM morderent {M mordirent) en la p. [vers faux) — 1 11^ Les autres mss. sauf A lisent Car — iiiyE'F. qu'a, J F. de — Î123 A orguellours — 1 129 ^ li mestre — Le v. \ i3o manque dans F.
1 134 Et chevaliers heent rYglise,
Clergié est example de vices»
Religious plains de délices,
Riches hommes sans charitei, ii38 Et marcheans sans veritei,
Laboureurs sans lëautei,
Hosteliers plains de cruauté,
Baillis et juge sans pitei, 1 142 Et parens sans vraie amistei,
Voisins mesdisans, plains d'envie,
Jennez enfans plains de boesdie,
Desleal et fausse mesnie, 1 146 Les seignours plains de tricherie,
Trichirres en bonne fortune,
Et ribaus gouvernans commune.
Les cors amés plus que les âmes, ii5o Et famés de lor maris dames,
Sainte Yglise poi honouree,
France en servitute tournée,
Par Fauvel, celé maie beste, 1 1 54 Par quoi nous vient toute tempeste ;
Puis qu'eissi le monde bestorne
Par tout sans mesure et sans bourne
Et qu'ainsi toute criature 1 1 58 A lessié sa propre nature
Et pris le contraire, si comme
J'ai dessus dit en grosse somme,
Quer trop longement i metroie 1 162 S'en especial tout disoie :
iiZ4y Et gentilz gens — Le v. ii38 manque dans A, et après le V. 1 142 un vers est en blanc. Dans C, le v. 1 138 est écrit après le V. II 40 — II 39 BCF Et laboreurs, DE Et laboureus — 1146 E Et s. — 1 149 BC amans, D amer — 1 154 BCFJ P, qui, D Pcuy — 1 1 56 ^ ourne {ajouté après coup, d'une encre plus pdle)-^ 1161 B C. \. Y mettroie {vers faux), E C. \. y meteroie.
Je conclu par droite reson
Que près summes de la seson
En quoi doit defineir le monde, 1166 Quer toute malice y redonde,
Et si nous dit la prophecie
Que quant foi en terre iert faillie
Adonc sera l'avènement 1 170 Du fils Deu au grant jugement ;
Et je voi la foi si fenir
Qu'il peut bien des or mes venir.
S'il est point de foi, el est morte, 1 174 Quer foi sans euvre n'est pas forte ;
Si croi qu'Antecrist soit venus,
Quer Cupido reigne et Venus
Par tout, es grans et es menus, 1 178 Et si ne soi nule ne nus
Qui de voir ne puisse bien dire
Plus vit eu monde plus empire.
Ce fet Fauvel, le desreé,
1 182 Qui si souvent est conreé
Du conseil Maugis et Basin, {fol. 11 v')
Meine tout per antifrasiriy
C'est a dire par le contraire.
1 186 Cescun s'en devroit bien retraire,
Quer en lui et en son viare
Voion figureir et pourtraire
Tout faus et toute flaterie 1190 Et gênerai ydolatrie.
Tous siuent au jor d'ui l'escole
De conroier Fauvel l'ydole :
II 65 5 définir, E defenir — 11 66 BFJ habonde, E dedonde [sic) — 1168 JK Car; BFJ est — 1172 £ Si puet b. dehors m. V. — 1177 A as grans — 1180 BDEFJK vif; CDFK au; DJ siècle, BCEFLM siècle et — 1182 E Q. si s. e. si c. —
11 83 E Magis — 1 1 84 EFJ par ; B antifrasim — Le v. 1 1 86 manque dans DF — 1189 jE Touz — 1192 ^4 De coroier F. ydole, C F. s'idole.
L'en porte si grant révérence 1194 A cescun qui a excellence
D'estat, de richece ou de force
Que j'os bien dire que pour ce
N'est pas au jour d'ui bien rendue 1 198 L'onnor qui a Dieu est deûe.
L'en met au jour d'ui greigneur paine
A servir créature humaine
Pour avoir temporel richece 1202 Qu'a servir celui qui largece
Donne du tout bien pardurable ;
C'est chose trop mal resonnable.
Ici vuil fere arrestement, 1206 Mes a tous pri dévotement,
Se Fauvel ai trop près taillié,
Se près du madré l'ai baillié,
Se j'en ai parlei nicement, 1210 Ou poi ou superfluement,
En queil manière que ce soit,
Pour Dieu, que pardonné me soit.
Diex, qui est voir et voie et vie, 1214 Soit que n'ai pas fet par envie
N'en maie entente cest traitié,
Mes a fin que li affaitié
1 194 E omet excellence — 1196 A Quer j'os bien d, q. pour force, B Que bien oz d. q. pour ce, C Que j'ose d. q. pour ce, DK Que je os ben d. q. pour ce, E Que j'os bien d. q. pour ce, F Que je ose bien d. q. por ce (porte ?), J Quar j'os bien d. q. pour ce — 1 198 E omet deue — 1 199 A greig^ — 1202 A Que s. — i2o3 BCEF de tout, D partout — 1204 A trop bien r., B bien mal r.; EGJG Par Dieu c'est chose mal regnable [JG astable), F Par Dieu ce est chose regnable, M Par Dieu c'est chose resnable, L Par Dieu chose est mal resonnable. // suit dans E une interpolation {voir à l'Appendice).
i2o5 A Ci — 1208 BCEJ Et près, K Ou près — 1210 EJ Ou trop — I2i3 C vray] EF est voie voir et v.
Fauvel fust descript vraiement, 1218 Si a plain et si cleirement Que flateours soient haïs Et des or mes en tous pais Vérité soit en estât mise 1 222 Et Dieu amé et sainte Yglise, A qui soupli, ains que me tese, Que cest petit livret li plese, Qui fut complectement edis 1 226 En Tan mil e trois cens et dis.
12 18 -4 Si apert — 1219 Les autres mss. sauf A lisent Que faulx flateurs — 1225 A c. et {abréviation) dis — 1226 Le premier et manque dans CDFJ; E et cenz trois et dis — Les v. 122 5-6 se lisent ainsi dans B :
Qui complètement faiz et dis
Fu en l'an mit(5fc) troiz cens et diz.
Explicit Fauvel cest (sic).
Le premier livre finit ainsi dans D : [Ci] fenist le premier livre de Fauvel ; dans G : Explicit primus liber, dans J : Explicit Tystoire de Fauvel ; dans K {qui ne contient que le premier livre) : Explicit Fauvel; dans M : Icy fenist Torche Fauvel. Sur E, voir à l'Appendice.
De Fauvel bien oy avez
Comme il est pigniez et lavez.
Mes pour ce que nécessité i23o Seroit a toute humanité
De Fauvel congnoistre l'ystoire
Et bien retenir en mémoire,
Car il est de tout mal figure, 1234 Et, si com nous dit Tescripture,
Nul ne puet bien eschiver vice
S'il ne congnoist ainçois malice,
Pour ce vueil je encore dire 1238 Aucune chose qui s'atire
A ce que plus a plain apere
L'estat de Fauvel et l'affaire :
Affin que sans lui puissons vivre, 1242 Ay de ly fait cest segont livre
Qui parle comme mariez {Fol. 12)
S'est Fauvel et monteplïez.
Un jour estoit en son paloys 1246 Fauvel, qui ne pert pas galoys, Tout ait il eu pais de Gales Chasteaux, danjons, manoirs et sales.
1228 FGJ Comment est; y est frotez — CJ omettent les V. 1243-4 — 1243 Les autres mss. sauf ALM : comment — 12441)3/ Est.
1246 D omet pas ; C parle g. — 1247 D Trastout aie palais des G. — 1247-8 C Ja soit ce qu'où palais de G. Il ait ch. m. et s.; G Ja soit ce qu'en pais de G. A il ch. maisons et s. — 1 248 A man's.
Entour ly avoit grant plenté i25o De gens, tous de son parenté,
Car il n'avoit de son mesnage
Nul qui ne fust de son lignage.
En un faudestuel fu assis, 1254 Mes je croy que cy n'a pas sis
Qui aussi bel oncques veîssent
Ne qui de tel parler oyssent.
Sy bel estoit que, par saint Gosme, 1258 Ce paroit euvre de fantosme.
Il estoit d'un or d'arquemie
Semblant fin, mez ne le fu mie,
Et sy grandement reluisoit 1262 Qu'il n'est nul qui près de ly soit
Qui ne s'esbloe du veoir
Et qui n'ait fain d'ilec seoir.
Esmaillié fu en taille eroise, 1266 Ouvré d'euvre sarrasinoise,
Pains a escuceaux d'estrilletez,
Bordez tout entour d'espousettez,
Semez de pluseurs bestelettez, 1270 De renardeaux, de goupillettez,
De serpenteles, de tortues,
D'escouflez, de faucons, de grues,
D'ostours, de voutours, de panthères, 1274 D'oyseaux de proie, de chimères
Et de bestez pluseurs manières.
En couleurs bien parans et chieres.
Et faux escuceaux a losenges
125 1-2 C Car nul n'avoit de son nîesnaige Qui ne feust tout de son lignaige — i252j/-neli fust de lignage — i25^A pas n'a — 1 260 J Ce sembloit maiz ; FJ ne l'estoit mie — 1 26 1 y Mes — 1265 C porte clairement CToys&\ AE M portent plutôt croise que eroise ; F croisie, D crueuse, J cooise, L grosse; G d'esmail qui croise. Il faut probablement entendre eroise = iroise; cf.iSyi Islande = Irlande — 1268 A d'esposettez — 1274 Les autres mss. sauf A lisent et de ch .
SECOND LIVRE 5l
1278 Avoit moult tout entour et frenges.
Barat et Fauseté et Guile,
Aussi com par Fenchant Virgile,
Le faudestuel en l'air portoient, 1282 De quoy trestous se merveilloient.
La se sist Fauvel noblement,
Vestu de draps d'or richement,
Trestout de menu vair forrez; 1286 Ja mes de plus riche n'orrez.
Mantel ot de drap de Turquie,
Que ly donna Ypocrisie,
A un bien orfroisié label; 1290 Mes n'y ot riens de l'euvre Abel,
Ains le firent les mains Cayn,
Car Fauvel ensuit son traîn.
En son chief ot une couronne 1294 Par apparence belle et bonne :
Pierres y avoit précieuses,
A regarder moult gracieuses ;
Mes autre vertu il n'avoient 1298 Fors que grant plaisance donnoient
En eulx mirer et regarder.
Pour fos en vanité larder.
Dès que Fauvel les ot acquises, I 3o2 Les vertus que Diex y ot mises
Par le pechié Fauvel chaïrent, [Fol. 12 v°)
Mes leurs beautez pas ne perdirent.
Par quoy l'en les vent grant argent i3o6 Et sont en grant chierté, car gent
Riche et de vanité plaine
Orgueil, gloire et bouban en maine.
1 285 EFG Trestouz — 1 286 D riches, y faitis — 1 3o4 Les autres mss. sauf A lisent leur beauté — 1807 FG Nipce — i3o8 y Sa gl. et son b.
De tel couronne estoit parez i3io Fauvel, qui n'est pas esgarés.
N'a plus belle jusqu'à Gyronde;
Mes elle n'estoit pas roonde,
Car Fauvel et toute sa geste i3i4 Ont de leur droit colue teste.
Mes sachiez que son dit palaiz N'estoit pas couvert de balaiz.
Le palaiz fu couvert d'adoise i3i8 Si plaisant que nul n'y adoise Qui ja mes départir s'en puisse, Quel que paine et labour y truisse. Reluisant est la couverture i322 Du palaiz, si que sans mesure Esmeut chascun a y venir.
A paine s'en puet nul tenir, Nul qui entre en ceste maison, i326 Comment qu'il ait vive raison,
Qu'el' est trop vaine et decepvable :
Puis que Fauvel l'asiet a table N'en partira jusqu'à la mort.
i33o Fauvel ad douz lopins l'amort, Si qu'il ne scet nulle saison Mengier son pain en sa maison.
Dedens estoit paint richement i334 Le dit palaiz et cointement De synjoz et de renardeaux Contrefaiz, a petis hardeaux, A tricherrez et a bouleurs,
î3i2 E omet pas — i3i4 AC colue, DFM cornue, J cocue, D coque, L quoque ; G Si ont de leur droit coque teste.
I 3 ig EF ern p. — i 335 Dy synjes — 1 337 ^ trichertez ; CJ A tr. a boubeleurs, £" A tr. a bouleurs, F A tricheurs a boleurs
i338 A advocas et a plaideurs,
A faux jugez, faux conseilleurs,
Faux tesmoings, faux raporteeurs,
Faux hosteliers, faux conteeurs, 1342 Faux seigneurs et faux flateeurs ;
Toute monnoie de baras
Y estoit painte a grant haras, Et tout entour y avoit paintez
1346 Chançons, lois et baladez maintez,
Hoqués, motés et chançonnetes,
Qui n'estoient pas d'amouretes,
Mes de fraudez bien esprouveez, i35o Que mestre Barat ot diteez,
La furent eu palaiz signeez,
Bien escriptez et bien noteez
Par bemoz et fausses musiques; 1354 Aussy y furent les croniques
De Fausseté la et en ça,
Puis que le monde commença,
Et de Renart toute Tistoire i358 Y estoit painte a grant mémoire.
Et sachiez ilequez meïsmez
Ot pluseurs dechevans sophimez
Et mistions de premerainez i362 En termes et prémisses vainez
Pour engendrer conclusions [Fol. i3)
De mal et de déceptions.
Neïs d'elenches les cauteles i366 Et les fallaces qui ysneles
Sont a toute gent décevoir
Y furent, ce te di de voir.
i338 CE A a. a plaicleeurs,^ A a. a plaideurs, i*' A a. et plaideurs — 1 339 Z) jutges et c. — 1 340 C et f. — 1 342 D omet ce vers — 1343 E manière {bonne leçon ?) — 1346 Les autres mss. sauf A écrivent lais — i365 A Reis — i367 Les autres mss. sauf A J lisent toutes gens.
N'estoit brisiez ne défroissiez
1370 Le palaiz, ains fu lambroissiez
Trop cointement de fust d'Islande A une taille espesse et grande D'un bois qui n'est fendu n'ouvert,
1374 Mes moult en soy clos et couvert. Tremble y ot qui resembloit aune, Mes tout fu vernicé de jaune, Estincelant si clerement
1378 Que nuz hom ne puet vraiement Veoir leens le ciel celestre, S'il n'en yst par quelque fenestre, Car les couleurs sont si ardans
i382 Qu'il aveuglent les regardans. Et se voulez que je vous die Ceulx qui lors tindrent compaignie A Fauvel, je le vous diray;
i386 Ja que puisse n'en mentiray.
Lés Fauvel a destre partie Se sist Charnalité s'amie, Une dame d'auctorité,
1390 Qui est contraire a Charité, Marrastre d'Ospitalité, Adversaire de Vérité, Nourrice de Crudelité,
1394 Mère de toute iniquité.
C'est celle qui n'aime que ly :
Semblant d'amour monstre a cely De qui el puet son prouffit faire.
1398 Autrement nul ne ly puet plaire ;
1371 CEFGJ d'Ylande, D d'Irlande — 1374 ^ M. bien — D omet les v. 1375-6 — 1375 A resemble — i384 EF qui leur — i385 £ les; A diroy.
1393 A Crédulité.
Et quant son gaaing plus n'y dure,
Elle le het et n'en a cure.
De ceste dy certainement 1402 Qu'el ayme soy tant seulement
Et a, ce sachiez, tel manière
Que tous tient vil et soy trop chiere.
Son corps aime et bien le coutive, 1406 En deliz charnelz ententive.
En ses plaisances moult soutive
Et en barat agûe et vive ;
Cointe est et pou ly chaut de Tame :
1410 Vie maine de foie famé,
Car il ly semble trop amer
A Dieu et son prouchain amer,
Et si en fait elle souvent 1414 Semblant, mez c'est par tel couvent
Que cuer ne volenté n'y a ;
Oncques sagez ne s'y fia.
Pour ce croy je que David die 141 8 Qu'es princes ne nous fions mie
Ne es filz du charnel palut,
Es quelz il n'a point de salut.
Charnalité, qui est si foie 1422 Qu'elle fuit Raison et s'escolle,
N'aime nul qui son bien ly die (Fol, i3 v*»)
Ne cure n'a qu'on la chastie,
Ains est de sy gentil courage 1426 Qu'el n'aime fors que son lignage.
1^02 y Qu'elle s'ainme t. s. — 1403 CD E si a s.; y Car elle a s. [E omet a) — • 1405 C cointive, DE coytive — 1407 A soutivez — 141 3-4 se lisent ainsi dans y :
Mais semblant en fait moult souvent, Non pourquant c'est par tel couvent.
14 17 y crie — 1422 AE l'escole — y intervertit les v. 1423-4 et lit au V. 1424 : Ne n'a cure, et au v. 1425 : Elle est.
Ja courtoysie ne fera
A nul fors qu'a cil qui sera
Son niez ou de son parenté.
1430 Par ceste sont souvent rente
Et em portent grans bénéfices
Les enfans et les plains de vices»
Prelaz et grant gent entechié 1484 Sont trop vilment de ce pechié :
N'aiment fors leurs charnelz amis.
Fauvel du sien tant y a mis
Qu'il n'y a riens de charité, 1438 Car ce font pour postérité
D'avoir après la mort mémoire
De leur vie de vaine gloire.
Mes de tiex gens pou en chaudra :
1442 Quant mourront, tout bien leur faudra.
Charnalité est la nourrice
Fauvel, ou il a tant de vice :
Charnalité si le nourri 1446 En son sain, qui est tout pourri;
Pour ce est Fauvel tout plain d'ordure,
Et sa fin sera pourreture.
Et de ceste charnalité 1450 Nous dit l'apostre en vérité
Qu'en la fin de cest charnel monde,
En qui tout mal sourt et habunde,
Les gens qui adonques seront 1454 Soy tant seulement ameront,
Car chascun si charnel sera
Que nul fors que soy n'amera.
Lors ne puet estre charité 1458 Qui vient de double extrémité.
1428 y Fors a celui qui — 1429^ Niés cousin ou de parenté — 1437 y Qu'en ce n'a riens — 1447 La leçon adoptée est dans A seul. Les autres mss. lisent : Et pour ce est F. pi. d'o. — 1454 jy Eulx — 1457 jK E. ne sera pas ch.
Si se tient toute d'une part Charnalité qui l'os départ :
Elle donne l'os et le megre, 1462 Mes au cras retenir est egre, Si qu'el fait parles nascions Contens et séparations.
Delez Charnalité assise 1466 Fu, ce me semble, Gouvoitise,
Qui est de volenté moult maie;
Megre fu, sèche, bise et palle.
Et sy n'est pas si ennormale 1470 Qu'el n'ait de deniers plaine maie,
Car elle est nuit et jour en guerre
Pour plus avoir et plus acquerre.
Sa vie en grant douleur a mise, 1474 Car il n'est riens qui ly souffise :
S'elle estoit royne de France «
Si n'aroit el pas souffisance,
Ançois souffreroit grant martire 1478 Pour avoir encore l'empire.
Tous jours a avoir trait et tire,
Et tant plus a et plus empire.
Emprès ly seoit Avarice,
1482 Qui se diffère d'autre vice,
Que plus dure et plus rajeunie ; {Fol. 14)
Ce soivent ceulx qui sont en vie.
Ne s'enviellist point en viellesce,
i486 Qui tous vicez fors que ly blesce, Et dit l'Escripture divine Qu'elle est de tous les maulx racine
1462 A au tiers — 1463 A les irascions {sic) — 1470 E n'est de deniers — 1471 E en gar [sic) — 1476 E Se elle — 1476 EFelle.
1482 EJ Qui si — 1484 Les autres mss. sauf A lisent scevent tous — 1488 D omet elle et les ; A omet les.
Et qu'a ly est comparagie 1490 Servitude d'ydolatrie.
Et puis après seoit Envie,
Que sire Fauvel ne het mie :
C'est celle qui ne puet bien dire 1494 De chose qui a bien s'atire.
El a du tout mis son vouloir
En soy d'autri prouffit douloir
Et d'autri douleur faire joye.
1498 Les yex a tous chargiez de toie,
Si qu'el ne voit pas clerement
Ne ne fait nul droit jugement.
Et damage est qu'elle voit goûte ; 1 5o2 Mes elle ot trop cler et escoute
Malez nouvellez volentiers
Et les semé par tous sentiers.
Plus tost trote que nul frison 1 5o6 Quant elle pense a traïson.
Après seoit Detraction,
Qui est de maie estraction,
Car elle est fille Maie Bouche, 1 5 10 Qui matin se lieve et tart couche
Pour mal dire a champ et a ville.
Tous jours desvuide mal ou file
Detraction, qui bon nom emble; 1 5 14 Du tout a sa mère ressemble,
Car el ne vuelt riens tant amer
Com gent blasmer et diffamer,
Ne ne puet oîr que l'en die 1 5 1 8 Nul bien d'omme qui soit en vie ;
i5oi E doma {sic) — 1604 D par faulx s., E par lex s., F par ses s., J par les s.
i5i2 -4 dessoude — i5i6 Les autres mss. sauf A lisent gens — i5i8 £ bien donne.
Et encore souvent le mort,
Runge, detrait et point et mort :
C'est la sansue envenimée, i522 Qui suche bonne renommée,
Ce est la langue serpentine,
Qui de geter venim ne fine,
Et si n'en puet el tant router i526 Qu'elle puisse tout hors bouter,
Et plus de gens runge et devoure
Plus en son corps venin demoure.
Mielx vault estre féru d'espee i53o Que de tel langue envenimée.
Après ceste se sist Hayne,
Qui a tout mal faire est encline,
Et puis après se sist Rancune, 1 534 Qui en trop de gens est commune.
C'est celle qui est si tresdure
Que dedens le cuer tous jours dure
Et son mal talent point n'efface, 1 538 Souvent pour acort que l'en face,
Ains runge tous jours le chardon,
Si qu'el ne vuelt donner pardon
Nullement a mort ne a vie ; 1 542 Mes sachiez qu'elle n'ara mie
Pardon, s'el ne le veult donner. {Fol. 14 v^)
Pour nient en feroii on sonner
Après la mort ne chanter messe :
1546 En enfer prendra sa promesse.
Et puis après se sist Tristesce, Qui de nul bien ne s'esleesce.
Après tantost fu assise Yre,
i523 A C'est la sansue s., C Et comme 1. s. i534 y Qui est a moult de gens c. — D omet le v. 1642 — 1544 E noient — 1645 Les autres mss. sauf AJ lisent sa m.
6o LE ROMAN DE FAUVEL
i55o Qui aine ne sot raison eslire, Ains se prent par impacience Tous jours a la pire sentence.
Après, si com j'oy rerraire, 1554 Fu Peresceuse-de-bien-faire.
Joygnant de ly se sist Ouiseuse, Qui est en tous trop périlleuse.
Après fu assise Venus, 1 558 Qui prent les gens vestus et nuz : Ce est le pechié naturel, Qui tous jours est de blancdurel, Se viellesce ou mal ou raison i562 Ne li fait perdre sa saison.
Joignant de ly fu Gloutonnie, De trop mengier noire et ternie, Après Yvresce et Lecherie, i566 Qui oncques en toute leur vie
Juner n'a temps mengier ne surent :
Leurs enfans tous saous moururent,
Mez de lez Fauvel a senestre 1570 Vy Orgueil en grant estât estre.
Emprès ly fu Presumption,
Despit et Indignacion,
Vaine Cointise et puis Vantance, 1574 Bouban et Foie Outrecuidance.
i55o CJ onc nul bien ne.
D omet les v. i553-i6o7 — i556 E Q. est en touz temps p., G Q. tous temps est très p., L Q. est touz jours trop p., C Q. est en tout trop paresseuse, J Q. est a tous trop perecheuse.
1 559 AC C'est — 1 56o A omet est ; C Qui joue de bl.
ibji E omet fu.
SECOND LIVRE 6l
Après se sist Ypocrisie,
Qui par dehors moult s'uniilie,
Mes en son cuer par grant mestrie 1578 Repont Orgueil et sa mesnie.
C'est une dame merveilleuse :
Une foiz est religieuse
En habit, et puis séculière, i582 Puis Cordelier, puis Cordelière,
Puis Jacobin, puis Jacobine,
Une foiz dame, autre meschine,
Et puis seigneur, et puis garson.
I 586 Moult a cordes en son archon :
A l'une et puis a l'autre trait.
Une foiz loe, autre detrait;
Devant la gent prie et barbete, 1590 Mez eu cuer a la goupillete.
Bien scet et par paix et par guerre
A Dieu faire barbe de fuerre.
Faus Semblant se sist près de ly, 1594 Mes de ceste ne de cely
Ne vous vueil faire plus grant prose,
Car en eulx nul bien ne repose;
Et qui en vuelt savoir la glose 1598 Si voist au Roumans de la Rose.
Après se sist Variété, Qui en son dos avoit geté Un mantel fourré de panthère, 1602 Fait de variable matere.
Et celle qui tost se remue {Fol. iS)
De chanjant est tous jours vestue :
Une chose dit, mes du faire
1577 EF mestrise — A omet le v. i58i-i588 AE l'autre — 1591 E sot (?) — 1592 A feure — ibgb y greigneur. 1602 A matière.
1606 N'est riens fors que tout au contraire, Et par sa belle contenance Est elle appelée Inconstance.
Après fu Doubleté assise, 1610 Qui tous jours a s'entente mise A dire sa parolle trouble Ou qui soit d'entention double.
Lez ly tint Lascheté son siège, 16 14 Qui est plus fausse que n'est liège : C'est celle ou l'en aucun bien cuide, Mez elle est desloyal et vuide.
Emprès se sist Ingratitude, 1618 Qui est trop mauvaise et trop rude.
Car el ne vuelt nul reconnoistre
Qui paine ait mis en li acroistre.
En toutez cours soit condampnee, 1622 Car el fu de maie heure née.
Emprès ly se sist Vilanie
En estât de chevalerie.
Mes a savoir vraie noblece 1626 Ne maintient son cuer ne adrece;
Et, s'el fust fille de bon père.
Droit fust qu'aucun bien ly en père.
Elle cuide estre noble et sage i63o Pour ce qu'elle a grant héritage.
161 1 £ double — 161 2 A d'ententions — 161 3 E Fausseté — 1616 G s'arrête ici par : Explicit secundus liber de Fauvel.
1618 Les autres mss. sauf A lisent très m. et très r. — 1620 A connoistre, C croistre ; E est mise en lui acrognoistre (sic) ; D Qui ayt mis payne a lui acroistre.
1626 A adroice — 1627 y Mais — 1628 A (w, y bien en 11 père [bonne leçon?).
Mes el se déchoit et meserre, Car noblesce n'est pas pour terre, Ains est de cuer en homme enté,
1634 Qui est de noblez meurs rente, Es quiex ceulx qui sont ententis Sont très noblez et très gentilz.
De noble homme tien et tendre
i638 Qu'il est de mal sanc engendré Ou né en pechié d'avoutire Quant il ne s'achesme et atire De noblez faiz, pour quoy on die
1642 Que vilain ne l'engendra mie.
Et puis après sist Angoisseuse,
Qui de labourer n'est oyseuse,
Car as dimenchez et as festez 1646 Fait labourer et gens et bestez.
Si grant haste a de labourer
Qu'il ne li chaut de Dieu ourer,
Et s'el n'avoit enfant ne femme i65o Si vouroit el mener tel game.
Sachiez qu'il est nez de maie heure
Qui en tel manière labeure,
Et l'un et l'autre Testament 1654 Le maudient, se Diex m'ament.
Entour le sire qui est fauve Avoit, se Jhesucrist me sauve.
Trop grant foison de sa mesnie.
i658 Moult y ot belle compaignie : Il y fu Barat, Boulerie,
FJLM omettent les v. 1637-42. D omet le v. lôSy. — i638 E de mais — 1641 C A.
1646 y serjans {FL ses gens) et b. — 1648 DJ Que ne; x aourer — 1654 y defFendent .
i658 E Moul.
Fausart, Tripot et Tricherie,
Murdre, Traïson, Roberie, 1662 Neiz Parjurez et Foy Mentie;
En Teschielle montez estoient [Fol. i5 v*)
Pour veoir Fauvel qu'il amoient.
Illec aussi fu Houlerie, 1666 Et puis Hasart, qui Dieu renie,
Herese y fu, et Sodomie,
Et tous estaz de maise vie ;
Par la sale en tour les piliers 1670 Furent a mons et a miliers
Entour Fauvel et sa chaiere,
Loings et près, devant et derrière.
Lors ne s'est pas Fauvel teii.
1674 Un bastoncel tint de seii.
Ne sembloit pas qu'il eust rieume.
En hault parla, tel est son tieume :
« Seigneurs et dames qui cy estez, 1678 Mener devez joiez et festez,
Car vous estez de mon mesnage,
Et tous estez de mon lignage,
Et sy veez que nostre afere 1682 Va si bien que il nous doit plere.
Je suy au jour d'uy roy et sire
Et du royaume et de Fempire.
Tout le monde veez béer
1686 A moy servir et conreer :
N'y a prélat ne clerc ne prestre Qui ne vueille bien a moi estre, Et tuit ly prince temporel
1667 -^ Hérésie — 1668 Les autres mss. sauf AE lisent maie. — 1676 F fut — 1682 La leçon adoptée est dans A seul. C Qui va si bien qu'il nous d. pL, D Va si b, que ben nous pot pi., EFJM Va si bien qu'il {J omet il) vous {F nous) d. b. pi. —
1687 E prelaz.
1690 Torchent miex Fauvel que Morel. Pou veez qui ait bonne robe S'il ne m'estrille ou torche ou lobe.
Tant ay froté, tant suy frotez 1694 Que par moy sont tous assotez. Fait me suy si soutivement Et si malicieusement Que les degrez ay mescontez 1698 Du grant estât ou suy montez. Ne suy pas venus droite voie, Car par la monter ne saroie :
La droite voie m'est trop grieve, 1702 Et la torte m'est bonne et brieve; Ja le droit chemin ne tendrai Ne par ly n'yrai ne vendrai.
Tant ay fait, ce pouez veoir, 1706 Qu'en grant estât puis bien seoir. Raison ay toute au dessouz mise, Je ne la doute mes ne prise.
Mes ennemis sont hors boutez, 17 10 Et mes amis fors et doutez. Je bestourne tout a ma guise Le monde, qui moult m'aime et prise.
N'est nul qui mes me puist grever :
1714 Quanqu'empren say bien achever; Trestout me vient a volenté.
Moult sui riches et bien rente Par mon sens et par ma fallace.
1718 J'ay bien de Fortune la grâce : Du tout a mon vouloir tournie.
Moult m'a donné grant seigneurie :
Du monde, qui est sa maison,
1690 X T. F. et puis M. — 1692 E Si ne; C omet le prC" mier ou — 1700 A savoie — 170^ E droi — 1704 CD lui, j- la — 1714 A Quanqucz prcn.
1722 M'a fait seigneur maugré Raison.
Mes je me dout moult d'une chose {Fol. 16)
Qu'a nul fors qu'a vous dire n'ose,
Et vous devez trestous veillier 1726 Pour moy garder et conseillier.
Je voy que Fortune est mouvable
Et dame moult espouentable.
Pour ce qu'adez vuelt estre noeve, 1780 Me dout que vers moy ne se moeve
Pour geter moy de mon degré.
Or vous diray je mon segré,
Que j'ay pensé parfondement, 1734 Pour estre fondé fermement,
Si que ja mes nulz hom ne blece
L'excellence de ma hautece.
Vous savez que n'ay point de femme.
1738 Mestier seroit qu'aucune dame
Qui bien me plaroit espousasse,
Si que je me montepleasse
Ainsi par generacion 1742 Et parmanant succession
De filz, de neveuz et de niecez,
Qui eussent et part et piecez
De mon sens et de ma nature, 1746 Si que humaine créature
Fust toute de mes hoirs pourprise
Pour faire la vivre a ma guise.
Or ay je pensé d'autre part 1750 Que Fortune, qui tout départ, Il ne puet estre qu'el ne m'aime Quant si grans honneurs en moy seime.
1726 EJ moi amer — 1732 A segroy — 1743 A et ce n. — 1747 A Eust, D Soit; C de mes ars.
1762 A seigneurs.
Puis qu'elle m'a fait si grant mestre, 1754 II ne pourroit nulement estre
Que elle ne m'ait sans fallace
Donnée s'amour et sa grâce ;
Et elle n'est pas mariée, 1758 Ne moy aussi, qui a lié bee,
Et croy, qui li en parleroit,
Que moult tost s'y acorderoit.
Et se j'espousee Tavoie, 1762 De sa roe mestre seroie :
La dame en mon dangier seroit,
Tout a mon plaisir tourneroit.
Lors seroie de bon eiir 1766 Et me dormiroie asseùr.
Mes comment que femmes s'atirent
A bien amer ce qu'il désirent,
Si n'est il drois en nulle terre 1770 Qu'elles doient premier requerra ;
Mes volenté qui est legiere
En femme moustre tel manière
Par quoy elle est souvent première 1774 A esmouvoir qu'on la requière;
Et quant elle semblant en fait,
Par signe ou en dit ou en fait,
Elle tient a trop grant despit 1778 Celi qui sur ce met respit.
Aussi Fortune, qui tout mine,
Est en meurs toute féminine;
Et pour ce, se le conseilliez, 1782 Je seray tost appareilliez
A lié requerre et supplier [Fol. 16 v^)
Qu'en moy se vueille marier. »
1755 E Qu'elle ne m'ainme — 1767 E Mes couuent — 1768 C qu elz d., DF ce que d., E ce qui d. — 1769 A N'il n'est dr. — i-jjoE doivent— 1783 E omet et.
Sans regarder raison ne loy 1786 Respont le conseil sans deloy : « Sire Fauvel, noble emperiere, Bien devez seoir en chaiere
Et gouverner trestout l'empire, 1790 Car a voz sens riens ne s'atire :
Vostre engin tout sourmonte et passe,
Maugré qu'en ait Raison la lasse.
Ne Lëauté ne Vérité.
1794 Tout avez bien suppedité :
Vostre majesté est souvraine
Desus toute vertu humaine.
Bonnez meurs et bon accident I 798 S'en sont fuïz en occident.
Es isles ou nuUy n'abite.
Touz les avez par vostre lite
Abatuz et tous desvoiez 1802 Et puis en essil envoiez.
Neis les cardinaus vertuz
Ont leur escuz plains de pertuz
Que faiz leur avez a Tespee ; 1806 Tout ont perdu a la meslee,
Car vous savez trop de la guerre ;
Rener devez en toute terre.
Le tresgrant sens que nous oons, 1810 Sire, moult prisons et loons,
Et moult est noble la pensée
Que vous avez cy récitée
Pour vostre hautesce fremer 1814 Par tout et cy et outre mer.
Vo cuer nous avez descouvert
Et vo grant secrë aouvert;
1795 C Vostre haulteur est souveraine, E Et vo m. est souvraine, A souv'aine, D souveraine — 1800 CDF luite, J eslite — i8o3 A Mes les cardinalez v.; C Mesmes — i8o5 E frains — 1809 E qu'en vous oons — i8f 2 £" omet avez.
Et comment que soions félons,
1818 Si est il droit que le celons,
Car se vers les autres faux sommez, Si sommez nous voz ligez homes Et vos sergens et vos amis.
1822 Tous jours chascun de nouz a mis Et metra en vous servir paine Pour donner vous honneur mondaine, Car la chose trop près nous touche,
1826 Et pour ce y metons cuer et bouche ; Car nous ne querons fors qu'avoir Honneur ou monde et grant avoir.
Ne ne nous chaut des amez perdre
i83o Pour nous a vo service aerdre.
Moult nous semble bonne besoigne Que vous tantost et sans pourloigne Metez paine au dit mariage
1834 Qu'a pensé vo gentil courage.
Quanque nous sommez le gréons, Car trop grant honneur y veons. »
Quant sire Fauvel ot oy i838 Son conseil, moult s'en esjoy,
Car il est tous jours moult a aise
Quant on li dit ce qui li plaise.
Tantost commande a enmaler 1842 Tout son hernoiz pour s'en aler
Vers Fortune l'aventureuse. {Fol. 77)
Il ceint s'espee et si se heuse,
Et ses espérons pas n'oublie; 1846 Puis s'en va a grant compaignie
De ses gens et de ses amis.
En bien cheminer tant a mis
1824 £^ modainne — 1826 Les autres mss. sauf A lisent métrons — i835 Les autres mss. sauf A lisent l'agréons — 1840 x dit chose qui pi. — 1842 E p. son aler — 1846 y Lors.
Et aie de nuiz et de jours,
i85o A grans esploiz et briés séjours, Qu'il est venuz a Macrocosme, Une cité de grant fantosme, Qui fu jadis faite pour Tomme,
î854 Que Raison Microcosme nomme.
lUec faisoit sa résidence La dame de grant révérence Qui tourne tout a la volée :
i858 C'est Fortune, la redoutée.
En son palaiz fu sans seoir Pour ce qu'el vuelt par tout veoir.
Oncques ne se siet ne areste,
1862 Car a tourner est tous jours preste. Sachiez, moult seroit bon machon Qui pourroit bien de sa façon La vérité a plain descrire.
j866 Un pou vous en vueil ore dire Pour savoir en quel contenance Sire Fauvel, qui moult s'avance, Pout dame Fortune trouver,
1870 Quant il li vint s'amour rouver.
Fortune avoit semblant de femme Qui fust ou royne ou grant dame, Et sembloit bien a son visage
1874 Qu'el eiist moult courant courage. Beau grant avoit et bien faitiz Et les membrez Ions et traitiz.
En sa main tint double couronne :
1878 L'une pert maie et l'autre bonne. Et celle qu'on a bonne cuide
i853 B pour homme, AC par homme — 1854 A Par r. — 1861 A omet se — 1869 ACDEJ Pour, M Pot, F Puet {lacune dans L). 1872 A fu ou nounain, C feust empereiz — 1875 CF corps.
N'estoit pas si com sembloit vuide
De belles pierres precïeusez, 1882 A regarder moult gracîeusez ;
Mes moult en y avoit de telez
Qui n'estoient bonnez ne bêlez,
Ains semblent estre crapoudinez, 1886 Poignans par dedens com espinez
Jusqu'au cuer desoubz la chemise.
Mes a paine nul s'en avise
Fors ceulx qui portent tel couronne, 1890 Quant Fortune leur abandonne.
L'autre couronne, qui pert maie,
Si est et vil et orde et sale
Et est d'un métal trop trenchant :
1894 Qui l'a n'a talent qu'il en chant
Ne qu'il puisse bon semblant fere,
Car tel couronne est trop amere.
Nepourquant dedens sont couvertez 1 898 Petitez esmeraudez vertez
Qui sont com grains de sel menus,
Qu'il ne soient aperceiiz
Fors que des povrez qui les portent, 1902 Qui leur desconfors en confortent.
Ices .ij. couronnes tenoit (Fol. ly v°)
Fortune, a qui moult avenoit.
Mes trop avoit hideux visage :
1906 Je ne sai privé ne sauvage
Qui l'ait itel comme Fortune.
L'une face ot oscure et brune
Et a regarder trop hideuse, 1910 Et l'autre bêle et gracieuse.
Tendre, blance, clere et rouvente.
i885 CFJ M semhloient; J omet estre; A crapôdinez — 1889 E omet tel; A F. yceulx qui portent c. — 1899 E grain; y menues — 1900 y aparceues.
^\^^L^nL.y^^
Ne semble pas femme dolente
Quant l'en la voit de celle part;
Mes de l'autre semble liepart,
De tourment plaine, felle et fiere,
Désirante que tous jours fiere.
L'un desyex a rouge et ardant,
Fel et horrible en regardant,
Et siet en la face senestre ;
Mez vair et riant aTueil destre,
Si que soupris et deceùz
En sont ceulx qui en sont veiiz.
Vestu avoit robe partie
Fortune, dont l'une partie
Fu de samin, non pas de lange,
Si qu'en pluseurs couleurs se change;
L'autre part fu d'une viez sarge,
Dont Fortune est courtoise et large,
Car gérons et pans en départ
A quiconquez va celle part.
Deux roez ot devant Fortune
Qui tous jours tournient, mes l'une
Va tost et l'autre lentement,
1934 Et en chascune vraiement A une mendre roe mise Tout par dedens et a tel guise Que mouvement contraire tient
1938 Contre la roe ou el se tient. Ices roez sans séjourner Font Testât du monde tourner.
A ce gieu Fortune s'esbat :
1942 Les uns blandist, les autres bat. Car a chascun tour qu'elle fait
1919 J? la famé.
D omet les v. igSr-S — iqSS y bêlement mss. sauf A lisent en tel g.
igSô Les autres
Aucuns destruit, aucuns refait,
A aucuns baille sa couronne, 1946 Puis la toult et puis la redonne,
Puis la bonne, puis la mauvaise.
Ainsi départ joie et mesaise,
Si que nul hom ne puet savoir 1950 Combien mal et bien puisse avoir,
Car Fortune a tantost venté
De toutez pars sa volenté.
A ses piez seoit Vaine Gloire, 1964 Qui metoitdu tout son memore
En soy cointement atirer
Pour ceus bien faire en soy mirer
Qui des roez montent le mont.
1958 Par son noble atour les semont
A lié si entendre et veoir
Qu'il ne pensent point a cheoir
Selonc le tour que font les roes, 1962 Quant Fortune y gete les poes.
En cest estât estoit Fortune {Fol. i8)
Quant Fauvel avec sa commune
A Macrocosme s'arriva.
1966 Fortune y sot, tantost y va.
Et quant il vit sa majesté,
Un pou de loing s'est arresté :
S'il ot paour, n'est pas merveille.
1970 Nepourquant moult bien s'appareille
De parler aviseement.
Agenoillié moult humblement,
Com celi qui bien set sa game.
1949 A avoir.
1954 Les autres mss. sauf A lisent sa m. — 1967 A des robez — 1958 X Pour son cointe a.
1974 Salue Fortune la dame
Et a lors sa besoigne emprise A parler tout en ceste guise :
« Ma dame, celi hault seigneur 1978 Qui n'a ne pareil ne greigneur
Vous doint longue vie et leece
Et maintienge en vostre hautece.
Le grant désir qu'avoir dévoie 1982 De vous veoir m'a mis en voie
Et donné cuer de cy venir ;
Ne m'en pouoie plus tenir.
Tenu fusse a fol et a lent 1986 Se je n'eusse grant talent
De vous veoir, ma chiere dame,
A qui je doins et corps et ame.
Faire le doy, car bien savez 1990 Que tel com je suy fait m'avez.
Du tout suy vostre créature,
Vostre serjant, vostre faiture.
Je ne pourroie raconter 1994 L'estat ou m'avez fait monter :
Dire ne pourroie le nombre [Fol. 18 v^)
Des honneurs que j'ai souz vostre umbre.
Tous vos biens m'avez sans déserte 1998 Abandonnez, c'est chose aperte;
Et pour ce a vous suy venus
Moy offrir com vostre tenus,
Vo serf, vo sergant, vo lige homme, 2002 Sy vous suppli, dame, si comme
A celle qui est ma souvraine
1981 C Le tresgrant d. que j'avoye. D est déchiré — 1982 CEJ a voye — 1992 £fauture — 1996 A qui i a — 1999 CE suis je v. — 2001 C Vostre serf suis vostre lige homme, E Vo serjant sui et vo lige homme, F Vostre servent sui et vostre 1. h., J Vostre sergent suy et luige h. — 2oo3 A souveraine {avec l'abréviation de er).
Qu'il ne vous soit ennui ne paine
De ce que j'ai pris Iiardement 2006 De vous veoir si faitement;
Car, ma dame, je considère
Les biens qu'il vous plest a moy fere :
Vous m'avez fait et roy et sire 2010 Et du roiaume et de l'empire ;
N'est prince ne prélat d'eglyse
Qui ne m'onnoure et aime et prise.
N'y a mes ne grant ne petit 2014 Qui n'ait désir et appétit
Que aucun service me face,
Parquoy il puisse avoir ma grâce.
Par vous suy riches et puissant; 2018 A moy sont tuit obéissant;
Au jour d'ui sont tuit apresté
D'encliner a ma majesté.
Honnourez suy com Dieu en terre 2022 Par tous lieux, soit ou pès ou guerre.
Tant m'avez voulu eslever
Qu'il n'est riens qui me puist grever,
Mes que bien en vo grâce soie.
2026 Vous estez ma vie et ma joie :
Espris m'a vostre doulz semblant,
Si que le cuer m'en va tremblant,
Car je sent ou cuer l'estencele 2o3o D'amours qui m'eschaufe et engele.
De l'amour de vostre valeur
Sent dedens le cuer grant chaleur.
Mes paour de perdre vo grâce 2034 Me fait souvent froit comme glace ;
Car vous savez, dame, qu'amours
Vie est qui contraire est a mours,
2004 E Qui, J Que — 2008 E qui — 2o36 D as mours; E qui contraires a mours, J qui contrarie a mours.
Car en soy propose et oppose, 2o38 Plus travaille qu'el ne repose :
Une foiz a grant espérance
De tost avoir sa desirance,
L'autre foiz se despere toute 2042 Pour ce qu'eir a de faillir doute.
Trop contraire desputoison
Maine amours toute sa saison :
N'a pas de soy la seigneurie 2046 Cil ne celle qu'amours mestrie.
Et pour ce qu'amours me justise
Ai je ceste parolle emprise,
Ne ne m'en puis celer ne taire ; 2o5o Force d'amour le me fait faire.
Pour ce, dame de deïté,
Vueilliez avoir de moy pité,
Car vraie amour si me commande 2054 Que je vostre amour vous demande.
Et amours si m'en asseiire [Fol. ig)
Pour ce qu'avez mis si grant cure
En moy sur tous faire honneurer 2o58 Et essaucier et aourer,
Ne ja mez ne le feïssiez,
Certez, se vous ne m'amissiez.
Hé las I Et comment me tendroie 2062 D'amer vous, qui estez ma joie ?
Et femme est de si douce traime
Qu'el ne puet hair cil qui l'aime,
Ains est nature féminine 2066 Douce de soi, tendre et encline
A celi oïr et amer
Qui la vuelt d'amours reclamer,
2040 ^Ftout— 2046 Les autres mss. que A lisent Cil ou c. — 2049 Les autres mss. que A lisent Ne m'en puis plus c. {bonne leçon ?).
Et quant el vuelt d'oir user 2070 Le priant ne puet refuser.
Pour ce, ma dame, en Tesperance
Du grant bien de vostre plaisance
Vostre amour vous pri et requier ; 2074 Riens plus en cest monde ne quier.
Et que ne cuidez que je vueille
Chose dont honnesté se dueille
Et dont note de vilanie 2078 Parust en chose que je die^
Pour riens ne le voudroie faire,
Ma douce dame débonnaire,
Pour ce vous vueil tout mon cuer dire, 2082 Mes que ne vous en mouvez d'ire.
Tresdouce dame, vous savez
Que grans possessions avez :
Tout avoir, argent et deniers 2086 Ne vient fors que de vos greniers.
Royne et dame du monde estez :
A vous sont et hommes et bestez,
Oyseaux et toutez mortelz chosez 2090 En vostre seigneurie enclosez.
Or vous doit estre moult greveus
Ce que n'avez filz ne neveus
Pour estre hoirs de vostre héritage, 2094 Et si avez ja grant aage.
Moult a grant temps que fustez née
Et encor n'estez marîee ;
Et d'autre part je me regarde 2098 Que de voz biens m'avez fait garde ;
Par quoy, s'il vous plaisoit entendre
Qu'a mary me vousissiez prendre,
Doncques seriez plus seùre
2o85 y argent or d* — 2088 E bonnes — 2101 E Adonques.
2102 De voz biens et je en greigneur cure.
Car aussi seroie je asseûr
Que ne me toudriez eiir,
Car par vo foy seriez moie 2106 Et je vostre ; lors penseroie
De vous amer, servir et plaire
Plus que ne fait enfant sa mère. »
Lors se test Fauvel et soupire 21 10 D'un faux soupir, dont il est sire,
Et cuide par nuit a la lune
Embireliquoquier Fortune.
Lors quant Fauvel ot fait silence, 21 14 Fortune a respondre commence ;
Moult regarde par grant fierté, [Fol. ig v**)
De parler ne fait pas chierté :
« Fauvel, moult es folz et hardis, 21 18 Et tant par faiz comme par dis.
Cuides tu que tiengne a proesce
Outrecuidante hardiesce ?
Selon la parolle commune :
2 1 22 Les hardis aide Fortune.
Mes souvent foie hardiesce
Est cas et cause de tristece,
Et si ai je plus folz hardiz 2126 Aidié que sagez trop tardis;
Car li sage les cas redoutent,
Et li folz plus avant se boutent.
2io3 Ce vers, qui parait trop long, est ainsi dans tous les manuscrits, sauf dans JL qui omettent je. Faut-il lire seroie en deux syllabes? — 2110 ^ D'un f. soupirs, E D'uns f. souspirs — 21 11 y Bien c. — 21 12 CDF Embureliquoquer. E ajoute :
Non mes embireliquoqué {fol. i g c) Est par orgueil dont est moqué.
2ii3 E Quant dant F. —• 2120 Les autres mss. sauf A lisent Outrecuidee.
Aussi crois tu tous jours durer 2i3o Pour toy ainsi aventurer.
Je croy qu'onques mes n'oit on
Parler de tel présomption
Com as emprise et conceiie.
21 34 Tu ne m'as pas bien conneiie.
Comment t'est il monté en teste^
Par le pignon ou par le feste,
Que je soie dame Maron 21 38 Qui prenge Fauvel a baron ?
Ne scez pas bien que je puis faire
Ne de quelz merelez sai traire.
Fauvel, tu ne me connois mie.
2142 Oncques homme de mortel vie
N'ot de moy plaine connoissance,
N'a plain ne connut ma puissance.
Ne cuide pas que par richece 2146 Soit conneûe ma hautesce.
Richez ne pensent de Fortune
Qu'el puist de .ij. fevez faire une ;
Mes quant homs povre estre convient, 21 5o De Fortune lors li souvient.
Pour ce me puet l'en par mesaise
Mielx connoistre que par grant aise.
Fauvel, tu es trop deceu 2 1 54 Quant en ton sens as pourveû
Que je femme a marier soie
Et qu'a toy espouser m'otroie.
Tu ne connois moi ne mon père 21 58 Ne ne seiz dont sui, n'a quoi fere
Je sui en cest monde establie.
Pour ce te vueil une partie
2i3i E Mes je croi qu'aine mes n'oy on, J Mais croy c'onques maiz n'oy hon — 2i33 A C. tost il m. en ta t. — 2i38 AD Que — 2 140 AD Merveillez — 2 1 56 ^ que toy (?)
8o LE ROMAN DE FAUVEL
De mon estât faire sentir, 2162 Car j'en voi trop souvent mentir Aucuns qui parlent de Fortune Non sachans s'el est blanche ou brune.
Fauvel, or lesse en pès t'estrille 2166 Et si m'entent, car je sui fille
Du roy qui sans commencement
Règne et vit pardurablement,
Et si Tapele l'Escripture 2170 Le jaiant de double nature
Qui, puis qu'il ot tout ordené,
Voult de pure terre estre né.
Engendré sans semé de père 2174 Et né, sans fait d'omme, de mère.
C'est le jaiant qui par sa force {Fol. 20)
Vainqui mort ou fust sans escorche.
De ce jaiant sui engendrée, 2178 De fort père forte nommée :
Je sui Fortune, et une et forte.
Mes diversement me transporte,
Et ma manière si est double :
2182 As uns sui belle, as autres trouble.
Je sui fille du roy des rois
Qui le monde et tous ses desrois
Me commet, si que je digère 2186 Tout si come il plest a mon père;
Car mon père, bien dire Tose,
Sans raison ne fait nulle chose.
Entent, Fauvel, beste desvee :
2190 J'ay une seur un pou aisnee
2 171 Les autres mss. sauf A lisent Que — 2173 Tous les autres mss. sauf D lisent sans famé de père — 2176^ en fust — 2182 A A uns — 2i85 A Me commet si com je d., D Si me couvient que je d., y M'a commis si que je d.
SECOND LIVRE 8l
La quelle Sapience a nom.
Elle porte le goufanon
En quoy les vertus sont escriptez.
2194 Toutez choses grans et petitez,
Qui furent, qui sont et qui erenl,
Eu goufanon trescler aperent,
Et non seulement leur semblance, 2198 Mes tout Testât et leur sustance,
Chascune par sa propre ydee
Tresclerement enluminée.
Qui en cest goufanon se mire 2202 Tout y puet et veoir ôt lire.
Par sapience fist le monde
Le roy en qui tout bien habunde.
Ileques prist il la mesure 2206 Du monde et de toute nature;
En Sapience tout visa,
Quanqu'il fist et quanqu'empris a.
Sapience est ma seur germaine.
2210 El fist le monde et je le maine
Par Tordenance de mon père :
Le cercle du ciel et l'espère
Faiz tous jours sans cesser tourner, 2214 Avesprer faiz et adjourner ;
Toutez chosez de mouvement
Si sont en mon gouvernement.
Sagez seras se tu m'entens :
2218 Le pouoir m'est commis en temps
Par quoy tout mouvement terminent;
Par moi commencent et definent,
Et temps n'est fors que la mesure 2222 De tous mouvemens de nature.
Ainsi puez veoir que mon père M'a voulu commission fere
2198 ELM de leur — 2208 CE fait — 2212 y du monde.
Sus toutez chosez qui se meuvent, 2226 Si que leur mestresse me treuvent ;
Et pour ce est en ma seigneurie
Le monde, qui tous jours tournie.
Le temps ay, par quoy je mesure 223o Du monde toute l'ambleûre.
Oncques si tost n'amble ne point
Que du temps n'y mete le point,
Par le quel je tantost compassé 2234 Le présent ainsi com il passe,
Tout soit le présent si menuz {Fol. 20 v^) *
Qu'il ne puisse estre retenuz.
Mez ma dite commission 2238 Faudra quant faudra motion,
Car le monde adonc finera
Tantost que mouvoir cessera.
Mes tant comme le monde dure 2242 Me convient il avoit la cure
De lui gouverner et conduire :
Pour ce puis je aidier et nuire,
Selonc le tour que j'é a fere, 2246 En départant joie et misère.
Et pour ce qu'ainsi me remue,
Orgueil souvent a terre rue, Si qu'as povrez donne espérance 225o Et grant confort a leur chevance.
Pour ma matière mielx sommer Dès ore mes me vueil nommer.
Entent, beste ou tant mal repose :
2264 Fortune si n'est autre chose Que la providence divine,
D omet les v. 2229-30 — 2233 D omet je — 224G A En déportant.
225i E omet ma — 2253 Les autres mss. sauf A lisent tout mal.
Qui dispose, mesure et termine
Par compas de droite reson 2258 Le monde et toute sa seson.
Entent, beste de mal renom :
J'ai tout au mains quadruble nom.
Mon droit nom si est Providence, 2262 Qui m'est donné pour ce et en ce
Que j'ai pouoir de loing veoir
Tout si com il doit escheoir.
Tous jours a plain ay pourveii 2266 Mon tour ançois qu'il soit meû;
Sans négligence et ygnorance
Depent tout de ma pourveance.
Mon segont nom est Destinée, 2270 Qui Fate est autre foiz nommée,
Et c'est a dire proprement
Envoie au mouvement,
Si que en tant com je m'aplique 2274 A mouvoir ma roe autentique
Et que a ce sui envoiee,
Bien puis avoir nom Destinée,
Car je sui souvraine legate, 2278 Et pour ce aussi ai je nom Fate, » Car par moy est dite et parlée
L'ordenance de Dieu segree.
Mon tiers nom est Cas d'Aventure, 2282 Qui vient souvent ou maie ou dure
Par cours de causez non seùez.
Jusqu'à tant qu'il sont avenuez.
Du quart nom sui Fortune dite, 2286 Car forte sui et sai de luite.
2 256 Ce vers est trop long dans tous les mss. On pourrait lire meine au lieu de mesure — 2259 y O tu beste — 2270 ADJ Faite — 2278 A Et pour ainsi ai — 2284 E qui sont, D que sont — 2286 x sui si sai.
Si que j'abat dedens mes licez
Richez, povrez, sages et nicez.
Par ce qui est dit t'aprenons 2290 Corne Fortune a quatre noms,
Aussi com s'une damoisele
Getoit d'une haute tourelle
Tout plain de galez et de pommez 2294 Sus pluseurs et famés et hommez,
Et la damoiselle seCist {Fol. 21)
Comme le giet cheoir deùst.
En tant comme le giet saroit, 2298 De Providence nom aroit ;
En tant come elle geteroit,
Destinée son nom seroit;
Et quant les uns bleciez seroient 23o2 De galez qui sus eulx charroient
Et les autres si recuidroient
Les pommez ne nul mal n'aroient,
Par nom d'Aventure nouvele 23o6 Nommeroient la damoisele;
Et quant le commun parleroit ^
De ce que avenu seroit,
La damoisele grant renom 23 10 Avoir pourroit et autre nom,
Car adoncquez la voix commune
La pourroit apeler Fortune.
Ainsi est il de moy sans faute, 2314 Car je sui en la tour treshaute,
2287 E que l'abat — 2289 A Pour — 2290 Les autres mss. sauf AJ lisent Comment — 2298 C T. pi. de gaules avec p., E T. pi. de g. avecques p., F T. pi. jalés avecques p. — 2294 AD omettent le premier et — Dans y ^ les v. 23i [-2 se lisent ainsi :
Que li donroit la voiz commune Qui ainsi m'a mis non Fortune,
et les V. 23 1 3-8 manquent.
Dont je gete tristece et feste
Sus tous : gart bien chascun sa teste,
Car mes galez sont trop grevans 23 1 8 Et mes pommez trop decevans.
Pour ce que sui espouentable,
Me donne Ten nom Redoutable,
Et vraiement c'est bien raison, 2322 Car je sui en toute seison
A redouter trop durement.
Fort sui et fiere vraiement,
Si que ce que je vueil grever 2326 Ne puet garir ne relever
Devant que je le pren en cure;
Et si sui grant outre mesure,
Car sus les ciex puis avenir 233o Et en ma main puis tout tenir.
Et mes piez ataignent a terre.
Dame sui de paix et de guerre.
N'est nul qui de moy parler oie 2334 Qui forment douter ne me doie.
Car par moy couvient tout fenir,
Tout quanqu'ou monde puet venir.
Je doins povreté et richece, 2338 Force, beauté, joie et tristece;
Je sui dame, je sui roïne,
Es uns felle, es autres benine.
Et faiz tantost a tous voisine 2342 La derramee pèlerine
Qui tout abat jus : c'est la Mort,
Qui sans cesser ça et la mort,
Si que nulz homs en son eûr 2346 Ne se doit dormir asseiir,
23 16 CD bien gart — 2320 y Me nomment par non r. D omet ce vers — 2338 E Force et b. — 2340 Les autres mss. sauf A lisent Aus... aus — 2342 CFJ La derreniere, D omet ce vers — 2344 EF Car. D omet ce vers.
Ains doit tous jours estre a mesese
Qu'il ne soit tiex que il desplese
A mon père Diex, qui tout donne, 235o Qui tout mal et bien guerredonne,
Qui orgueil a si en haine,
Et li et toute sa racine,
Qu'il ne puet souffrir longuement 2354 Qu'il ne l'abate horriblement.
Nabugodonosor le roy [Fol. 21 v°)
En exemplaire te treroy,
Car jadis fu sy enyvré 2358 Des grans honneurs que li livré
Qu'en son estât tant se fia
Que son creatour oublia
Et fist par son tresfol outrage 2362 Aourer a tous son ymage.
De mon père ne li souvint;
Pour ce comparer li convint.
Car assez tost je le geté 2366 En si horrible povreté
Qu'avec les bestez ala pestre :
Tout nu .vij. ans li couvint estre.
Et orgueil les angelz jadis 2370 Fist trebuchier de paradis ;
Et par moult d'autres beaux examplez,
Qui sont a conter Ions et amplez.
Puis assez prouver et de voir 2374 Que nulz homs ne doit concevoir
Orgueil ne maintenir rancune
Pour ce s'il a grasse fortune
D'aucuns biens en sa mortel vie, 2378 Selonc le tour que je tournie ;
2348 E Qui ne — 235o y touz maus et biens — 2353 E Qui ne — 2354 E Qui ne — 2366 AC En son h. — 2371 y Par {E Et) grant foison d'autres e. — 2373 C Te puis je bien prouver de voir.
Car tout ce vient de mes roeles,
Qui tous jours font choses nouvelez,
En quoi chascun se puet mirer 2382 Pour soy sagement atirer.
Mes c'est bien voir que homme sage
A sus estoillez seignourage,
Et c'est a dire que science 2386 Passe planetel influence,
Engendrant disposition
Sus corporel complexion ;
Car il n'est nul, pour voir di ce, 2390 Que s'il s'encline a aucun vice
Par naturel complexion,
Selon la constellacion,
Par quoi il puet avoir tel teche, 2394 A quoi plus est enclin qu'il pèche,
Oster s'en puet bien et refraindre
S'il veult en raison vivre et maindre.
Aussi oeuvrez de charité 2398 Et oroisons de humilité,
Quant home et femme les vuelt faire
En bonne foy devant mon père,
Font attremper les aventures, 2402 Qui autrement fussent trop dures.
De Ninivé je le te preuve,
Une cité de quoi l'en treuve
Que mon père la voult ferir 2406 Et fere la de tout périr
Pour la cause des grans péchiez
Dont il estoient entechiez.
Et Jonas leur prophetiza; 2410 Mes le peuple tantost pris a
2390 E Que si s'e. — 2892 DF sa c. — 2394 E qui p., F plus p.; J plus encline qu'il p. — 2396 A a raison — 2406 CD Et la (D omet la) f. du tout p.,^ Et f. la tantost p. — 2408 E enchiez.
A crier merci et plourer,
A \festir haire et Dieu ourer,
A jeûner, eulx et leurs bestez, 2414 A couvrir de cendre leurs testez.
Et Diex, qui plains est de pité, {Fol. 22)
Quant il vit leur humilité,
Rapela comme débonnaire 2418 Le mal que il leur pensoit faire.
Et aussi du roy Ezechie,
A qui Diex dist par Ysaïe
Qu'il se mourroit hastivement,
2422 Et il se prist lors tendrement A plourer et a Dieu ourer,
Et Diex tantost sans demeurer
Aloingna au roy Ezechie 2426 De .XV. ans le cours de sa vie.
Pour ce te di a escient :
Ne sont pas mises pour nient
En Dieu espérance et prière, 2480 Car qui les vuelt droitement fere
Il ne peuent perdre efficace
D'empêtrer vers Dieu plaine grâce.
Et ainsi sachiez vraiement 2434 Qu'omme qui se vit sagement
Ne chiet pas en tant de perilz
Comme gens de folz esperiz.
Et si ne puet nul si sage estre, 2438 Soit philosophe ou autre mestre,
Qui tous les cas puisse eschiver
Qu'en mes roes ay fait river ;
Car souvent maint proudomme et sage 2442 Est a meschief et a damage
2412 ACFJ aourer — 2415 A omet est — 2418 Les antres mss. sauf A lisent Le mal qu'il leur {E omet leur) pensoit a f . —
2423 ACF aourer ; DJ et D. aourer — 2430 EJ le — 2440 EJ ait fait.
Sans sa coupe et sans sa déserte.
La preuve en est assez aperte,
Et se plus moustrer le couvient, 2446 De Boëce bien me souvient,
Qui fu homme de bonne vie
Et mestrez de philosophie.
Tant fu loyal, sage et proudomme 2450 Que les emperieres de Romme
Entre tous sage le creoient
Et amoient et honnouroient ;
Mes par la traîtresse Envie, 2454 Qui tous les jours se monteplie,
Boëce fu a mort traï,
Si que de son estât chaï,
Et ma roe jus le porta, 2458 Si que trop s'en desconforta.
Mes la belle philosophie,
Qu'il amoit, ne le lessa mie,
Ains le conforta doucement 2462 Et li moustra moult clerement
Ce que je sui et que sai faire
Et pour quoy sui douce et amere,
Et li dist que pour mon air 2466 Ne se doit nul sage esbahir.
Adonc Boëce en sa poverte
Connut se je sui jaune ou verte ;
Car quant les grans honneurs avoit 2470 De moy nouvellez ne savoit;
Mes quant meschief li ala près,
Lors me connut et fu après
En sa tribulacion fort,
2443 A omet le premier sa — 2446 A le s. — 2450 D li emperere, E les empereeurs, F les empereurs — 2451 Tous les mss. sauf D lisent sagez (sages) — 2455 y a tort — 2438 DFLM se d. — 2468 E Comment se — 2472 A Loss ; E convint; D fit — 2473 A forte.
2474 Et fist Boëce De Confort
Un livre qui ceulx reconforte
Que ma roe en tristece porte. [Fol. 22 v°)
Ainsi par l'exemple Boëce 2478 Je t'ai assez déclaré ce
Que maint sage et de bon afere
Est moult souvent en grant misère
Et a meschief, damage et perte 2482 Sans sa coupe et sans sa déserte.
Mes nepourquant raison y a,
Car quant Diex le monde cria
Il voult que ce fust la forneise 2486 Plaine de dolereuse breise,
En quoi il vouroit esprouver
Ceulx qu'il devoit amis trouver,
Si que sus ceulx qu'il quiert et aime 2490 Douleurs et meschiez souvent saime ;
Et quant il sont examiné
Et par pacience afiné,
Lors leur donne par amour fine 2494 La joie qui oncques ne fine,
Car souffrir est la droite voie
De vaintre et de venir a joie.
Et li mauvaiz quierent leur aise 2498 Tant qu'il sont en ceste fournaise,
Ne n'ont cure de pacience,
Et Diex les vuelt paier en ce
Qu'il désirent mielx a avoir, 25o2 Si leur lesse mondain avoir,
Et puet estre que par ce don
2474 A omet ce vers. E de son c. — 2478 C Je t'ay declairé assez ce — F omet les v. 2481-2 — 2481 D Et a souvent d. ou X>'\ y Et en (./ a) meschief c'est chose aperte — 2484 A C. Diex qui le m. cr. — 2490 ^ m. y saime — 25oo E Et Diex qui les — 25oi £Fplus a a., JLM mondain avoir — 25o2 JLM Si leur en lesse plus avoir.
Diex leur vuelt rendre guerredon
D'aucun bien que il peuent faire, 2 5o6 Car nul n'est de si mal afere
Que aucune foiz ne s'aoevre
A entendre a aucun bon oeuvre,
Ne nul n'est si bien entechié 25 10 Que souvent ne chee en pechié.
Et Diex ne vuelt nul bien périr,
Et si vuelt tout mal remerir,
Si qu'aus bons et as mauvaiz paie 2514 A chascun sa propre monnaie.
Et, aussi com j'é dit, je maine
L'espère du ciel plus souvraine.
Si que par moy sont disposées 25 18 Toutez chosez du monde neez;
Car planetez, soleil et lune,
Le ciel et estelle chescune
Ont par moy, c'est vraie sentence, 2522 Grant vertu par leur influence
Sur les chosez de terre bassez,
Si que les unez si sont lassez,
Et les autres richez et bêliez, 2526 Selon le tour de mes roelez,
Avec le regart des planetez,
De quoi les unez sont doucetez,
Et les autres aspres et durez, 253o Selon leur diverses naturez,
Qu'il influent diversement.
En droit ou tort regardement,
Desus tous les cors terriens, 2534 Et les lient de tiex liens
2 507 A Qu'aucune, EF Qui aucune — 2 5o8 EFJ aucune bonne — 25 10 AEFJ Qui — 25i3 jB au mauvais — 2616 A souveraine {avec V abréviation de er), E souverinne — 2519 y Car estoiles — 2320 y et planette — 252 1 A omet c'est; E ceste — 2526-7 y Parmi le t. de m. r. Selon le r. des pi.
Que les uns ja jour bien n'aront, {Fol. 23)
Les autres ne sevent par ont
Les biens viennent qui leur apleuvent ; 2538 Les uns perdent, les autres treuvent,
Selon la planetal puissance,
En droite ou oblique distance.
Et quant ele est en doulz regart 2542 Sus les mauvaiz, que Diex ne gart,
Si leur en vient honneur et grâce,
Qui tient en estât leur fallace,
Et moult souvent, com cil qui gasche, 2546 Tiex regars si fièrent en tasche :
Puis as mauvaiz et puis as sages
Font lors despiz, lors avantages.
Li bons monte, le mauvaiz chiet, 255o Puis monte, si come il rechiet;
Et par einsi fatis touoil
Est de cest monde le reuoil
Limez et le mal hors boutez, 2554 Si que mon père est redoutez.
Car il n'a riens en sa meson
Qu'il n'i ait fait par grant raison.
Et il m'a fait dame du monde, 2558 Ou moult d'inegauté redonde ;
Car les uns y ont trop d'aaise,
Et les autres trop de mesaise.
Li uns est folz, l'autre a science; 2562 En chascun a grant différence,
Selonc ce qu'il eschiet a taille.
Et quant nature les cors taille,
Je sui Fortune qui leur baille,
2647 A au m. ... au sage, J a m. ... a sages; F au m.; ^ au sages — 2648 E despit; A avantage — 2549 A montent — 255i E toouil, C tonnoil — 2552 C rouvoil, E roouil — 2559 CDEF d'aise, J d'aises — 2564 y Car ; F court; J Car nature les cours leur t. C omet ce vers — 2565 DJ les, E lors
SECOND LIVRE gS
2566 As uns grain, et as autres paille,
Pour rendre a chascun ses méritez,
Selon les causez desus ditez ;
Et pour ce vueleni aucuns dire, 2570 Pour moy plus clerement descrire,
Qu'en ma main .ij. couronnes porte,
Dont j'esleesce et desconforte
Chascun, si com il me puet plaire; 2574 Mes c'est par figure et mistere.
Car ce n'est que similitude,
Pour mielx enfourmer engin rude,
Qui moy entendre ne saroit 2578 Se gros essamples n'i paroit.
Et ainsi est il des .ij. roez
Qu'on dit que je tourne, si oez
L'entendement et la sentence 2582 Qui sont senetïez en ce.
Les .ij. couronnes dessus ditez,
Qui par semblant sont ci escriptez.
Dont l'une semble estre trop gente 2586 Et l'autre laide et hors de vente,
L'estat du monde senefient,
En quoi nus sagez ne se fient.
Celle couronne qui pert*belle, 2590 Chascun qui vuelt ne l'a pas tele :
Moult y pert belle perrerie;
Et celle qui bonne n'est mie,
De tel couronne est aorné 2594 Cil que ma roe a hault tourné :
Je la doins, et puis la represte, [FoL 23 v")
Et au tollir sui moult tost preste.
Ceste couronne senefie 2598 Grant estât en mondaine vie,
2574 AC misère — 2379 Les autres mss. sauf A écrivent aussi — 2594 DJ qui — 2596 A omet ce vers.
Qui est de soy fiable et enferme,
Si qu'il n'i puet avoir lonc terme.
Ces belles pierres senefient 2602 Les richeces, en quoi se fient
Ceulx qui les ont, qui si les gardent
Qu'en eulx acroistre tous jours ardent.
Moult y ont fichié leur puissance 2606 Et leurs deliz et leur substance.
Et si ne sont mie les pierres
Precieusez, ançois sont verres,
Car ellez sont tantost rompuez, 2610 Et dépêchiez et fonduez.
Ainsi est il de ces richeces
Et de ces mondaines hauieces ;
Car il semblent estre trop bêles, 2614 Mes de leur nature sont teles
Que il sont tantost despenduez
Ou empirees ou perdues.
Et quant on a tant traveillié 2618 Et tant servi et tant veillié
Que l'en est des biens mondains riche,
Lors vient la Mort, qui sa dent fiche
Par tout, es gros et es menus, 2622 Et les rent horriblez et nus.
Bêles sont richeces mondaines, Mes de trop d'angoissez sont plaines ; Et les Escriptures divines 2626 Apelent richeces espines,
Car riches ont trop de meschiez, Poignans ens es cuers et es chiez;
2602 A lient — 260b Les autres mss. sauf A lisent plaisance
— 2608 AC Pr. ains sont drois voirres, D Pr. mais de verieres
— 2618 E omet le premier tant — 2619 ^ de.
3624 E omet de — 2628 D P.et es — 2627-8 se lisent ainsi dans y:
Car par dedens trop de meschiez Ont riches es cuers et es chiez.
SECOND LIVRE gS
Mes povrez ne le cuident mie 263o S'il n'ont la richece essaie.
Richece est par labour aquise,
Et puis en grant paour possise,
Et puis lessie a grant tristece.
2634 Moult est le cuer en grant destrece,
Et moult triste et dolent devient
Quant la mort départir le vient
Des biens mondains ou iert fichiez; 2638 Aussi tristes en est li chiez.
Tiex aguillons et tiex espinez
Senefient ces crapoudinez
Mucies en ceste couronne, 2642 Qui si semble estre belle et bonne.
Mes a paine, ce tien de voir,
Les puet Ten bien apercevoir,
Pour ce que il sont moult menuez, 2646 Par dedens closes et cousuez.
L'autre couronne, qui pert maie,
Et orde et vil et lede et sale,
La grant povreté senefie, 265o Qu'ont maint en ceste mortel vie ;
Car povrez gens sont déboutez
Et vil tenus et poy doutez,
Ne il n'est nul, c'est chose vraie, 2654 Que se povreté le guerroie,
Comment qu'il soit de bon lignage (Fol. 24)
Etait esté proudoms et sage.
Puis que povreté le debrise, 2658 Chascun le het ei le desprise.
Tant a povre gent vie amere
2637 ^ De — 2639 AT. orgueilleux — 2643 A M. ce tien a paine de v. — 2644 AF Le — 2643 E qu'il, CDF qu'elles.
2648 ACDF Est — 265o E motel — 2655 E que il — 2658 y le fuit.
Qu'a poy qu'el ne se désespère,
Si feïst el, ne fusi mon père 2662 Qui reconforte leur misère
Par un espoir qu'il leur envoie
D'avoir après douleur grant joie.
Car s'il vivent en pacience, 2666 Pour eulx aront bonne sentence :
Quant au grant jugement vendront
Joie pardurable prendront,
Et si ont tous jours espérance 2670 De venir a meilleur chevance,
Pour ce que je Fortune grieve
Richez souvent et povrez lieve ;
Et de ce qu'il sont grant couvent 2674 Se reconfortent il souvent
D'un poi de chose, s'on leur donne,
Moult leur semble grant chose et bonne,
Et mains qu'aus richez leur couvient, 2678 Ne ne leur chaut qui va ou vient.
De perdre ne sont mie en doute
Ne de paier la maie toute.
Tiex gens qui sont povrez et nuz 2682 De telz confors ainsi menuz
Leur povreté moult entr'oublient ;
Et tiex reconfors senefîent
Ices esmeraudeles vertez, 2686 Dedens la couronne couvertes,
Qu'a paine nul appercevroit
Se povreté ne l'abevroit.
Aussi dois des roes entendre,
2660 C Qu'a poy chascun d'eulx ne despere — 2661 A el se ne; C Si feroient iJz ne feust, D Si fisi elle si ne fust, F Ce fist il ne feust, J Si fait il ne fust — Après le v. 2668, il y a dans E une interpolation. Dans D, les v. 2670-2727 manquent — 2688 A Se povreié le bouroit.
2690 Dont chascune en a une mendre,
Et ont contraires mouvemens
Et par divers entendemens.
Celle qui tourne redement 2694 Si senefie vraiement
Aucunez gens qui sont eu monde,
A qui prospérité habundc
Moult tost et moult soudainement, 2698 Et ont des biens si largement
Que chascun le tient a mervelle.
Lors vient Envie qui s'esveille
A parler comme ce puet estre 2702 Que tel soit si tost si grant mestre,
Ou puet estre que Vérité,
Qui se deut quant Iniquité
Est essaucie et avant mise, 2706 En fait parler en bonne guise
Et plaindre que tiex soit montez
Qui n'a en soi nule bontez
Et qui ne veut ne désert mie 2710 Que la bonne gent bien en die.
Ainsi cil qui est haut montez,
Soit plain de mal ou de bontez.
Mainte chose le contrarie 2714 Par vérité ou par envie
Ou par grant tristece ou par cure, {Fol. 24 V)
Par maladie ou aventure.
Et ce dit la roe petite, 2718 Qui contre la grant tous jours lite;
Car il n'est nul, sachiez sans doute,
A qui Fortune se doint toute,
2690 E chascun — 2693 EJ radement, CF roidement — 2701 Les autres mss. sauf A lisent comment — 2702 A Que ce soit — 2706 A Ou fait — 2707 C monté — 2708 C nulle bonté, EFJ nulles bontez— 271 1 C monté — 2712 C bonté — 2718 CFM luite.
Et s'elle se donnoit entière, 2722 Si par est elle si legiere
Que tantost partir s'en vouroit,
Ne nul tenir ne la pourroit.
Il ne fu oncquez veii nez 2726 Homme qui fust si fortunez
Qu'avecques sa prospérité
N'eûst sa part d'aversité,
Si comme aucuns qui a deniers 2730 Plains ses coffrez et ses guerniers,
Mes il est de petis amis,
Vilain, bastart, ou il a mis
Si cuer et corps en convoitise 2734 Que chascun le het et desprise,
Et en acquerre met tel cure
Que son saoul mengier n'endure,
Ou il acquiert si faitement 2738 Que c'est a son grant dampnement.
Un autre y a qui est gentis,
Courtoiz, largez et ententis
A honnourer la bonne gent, 2742 Mes a Tostel est si egent
Qu'il n'i a si froit corne Tastre.
Je ly sui d'un costé marrastre
Et de Tautre part li sui mère.
2746 Ainsi est mêliez son afîere :
Honnourez est pour sa noblesce.
Mes povreté dedens le biece ;
Mielx amast estre moine en cloistre 2750 Ou nul nel peiist reconnoistre.
2721 E se elle — 2727JK félicité — 2728 C N'eust bien grant par d'adversité, D N'eust grant part de adversité, EF N'eust grant part d'à., J N'eust part d'à. — 2784 E Que ch. et le d. — 2735 A En a. met telle c.
2748 DFJ eu cuer le bl., LM au cuer le bl.
Un autre y a, bel, bien rente,
Et a femme a sa volenté,
Mes nul enfant n'en puet avoir 2734 Ne connoist l'oir de son avoir.
Aussi y a aucun, par m'ame,
Qui beaux enfans et belle famé
A, mes souvent en ot nouvellez 2758 Qui ne li sont bonnez ne bêliez.
N'y a prince, roy n'emperiere,
Tant soit assis haut en chaiere,
Tant soit noble et de grant puissance, 2762 A qui tout vienge a sa plaisance,
Car la petite contreroe
Fait tost noier celi qui noe;
Et iceste meïsme entente 2766 Puet estre en la grant roe lente,
Qui senefie cil qui monte
Ou descent a paine et a honte.
Et cesti se gart, je li loe, 2770 De l'autre mendre contreroe,
Qui adès ne fait qu'estriver
Pour descloer et desriver
Aucun de la roe deseure ; 2774 C'est le gieu de la chantepleure.
Par ces exemples pues avoir {Fol. 25)
Entendement de moy savoir.
N'as pas perdue ta geiine, 2778 Se tu entens bien qu'est Fortune.
2752 EL a ai V. — 2753 CEFJ ne p. — 2754 A Tor; C Ne point congnoie son avoir — 2758 y Qui li sont tristes et crueles — 2760 Les autres mss. sauf A lisent en haut chaiere — 2761 A T. noble et de gr. p., D T. noble et tant gr. p. — 2763 A mesme, CF mesmes — 2772 EF ou.
2777 AE N'a pas : C Et n'auras pas perdu ta june.
Se tu ce que c'est bien savoiez, Trop poy d'amour ou monde aroiez, Ne n'i querroiez ton eûr, 2782 Car nul estât n'i est seiir.
Quel seûrté ont richez hommes, Qui ont de l'avoir a grans sommes ?
Moult tost leur sont leurs biens ostez 2786 La Mort leur joint près des costez, Si qu'il scevent certainement Qu'il ne vivront pas longuement.
Et dès ce qu'enfant nest de mère 2790 II ne fait que mourir et trere
Tantost a la mort de heure en heure, Et si tost corne il nest il pleure; Et pert que Nature li die 2794 Qu'il nest a dure et mortel vie, En la quelle haste ses pas.
Il ne fera qu'un brief trespas En grant labour et en grant paine, 2798 Dont la fin n*est onquez certaine, Si que ceulx ont trop fol désir Qui mettent leur souvrain plaisir En temporel richece avoir, 2802 Et si cuident trop bien avoir, Fortunez estre et eiireux, Quant il en sont planteiireux ; Mes je te di pour vérité 2806 Que ce n'est pas félicité
De temporel richece avoir.
Car tu dois entendre et savoir Que félicité si est plaine 2810 De bien, car c'est bonté souvraine
2779 A Se tu que ce est — 2786 E de — 2788 A QU — 2789 A que faut; DF Car des — 2791 y sa mort — 2792 A omet tost — 2794 A omet et — 28o5 y en v.
SECOND LIVRE lOI
Qui tout homme fait parfait sire
Qui met paine a tel bien eslire.
Mes richece ne parfait mie 2814 Riches en ceste mortel vie,
Car de legier richece faut,
Et si ont riches maint deffaut,
Comme de santé ou de joie, 2818 Que ne leur puet donner monnoie.
Et riches en pluseurs pais
Sont pour leur richece haïs,
Car trop plus sont ceulx qui les donnent 2822 Amez que ceulx qui les reponnent.
Et vraiement Raison repute
Que celi vit en servitute,
Comme serf et mal fortuné, 2826 Qui des biens qu'ilaaùné
N'ose donner, touchier ne prendre
Ne rien pour son besoing despendre.
En richeces a poy d'eiir, 283o Fors a cil qui est si meûr
Et plain de volenté si bonne
Qu'aux povrez gens foison en donne
Et par pure et vraie pité 11834 En fait euvrez de charité
Et le remanant comme sages [Fol. 25 v°)
Despent pour soy en bons usages,
Car autrement nulle richece 2838 N'est fors que meschief et tristece.
Hé, Fauvel, riens plus ne desires
281 1 EF Qui tant h. f. p. s. — 28i3 A richecez — 2816 A omet ce vers — 2828 CD par — 283o AF¥ . a celi (F cellui) qui est si meur, C Si non a cil qui est si meur, D F. en ce qui est asseur, J F. celli qui est si meur — 2882 A répète gens ; EF p. grant f. — 2835 C saige — 2836 A en bon usages, C en bon usaige — 2838 y N'est fors m. et grant tr.
2839 A De, EF Et, J Ha.
Fors que d'estre eu monde grant sires.
Mes sachiez bien qu'aversité 2842 Vaut mielx que grant prospérité;
Car prospérité si enyvre
Homme et le fait en deliz vivre
Et le biandist soëf et flate 2846 Tant que li seurvient dame Faie,
Qui l'a tantost vilment tourné ;
Pour nient s'estoit si aourné.
Ses anemis ne ses amis 285o Ne connoissoit, mes quant Ta mis
Fortune au bas et jus geté,
Si qu'il est en grant povreté,
Lors treuve il ceulx qui Tamoient 2854 Et connoist ceulx qui le haioient;
Car quant il avoit grant avoir,
Si bien ne le peiist savoir;
Et si est vérité sans fable 2858 Qu'adversité est prouffitable,
Car riches vivent en doutance,
Et povrez en grant espérance
Et croient adès que Fortune 2862 A son tour leur doint grâce aucune.
Pour ce en cest monde aventureus
N'est nul qui soit bien eiireus
Fors cil a qui il puet souffire 2866 De tiex biens comme nostre Sire
Li donne en ceste mortel vie,
Si que Dieu en loe et mercie
Ne plus ne quiert, ains est content; 2870 Et Diex l'aime, car quant on tent
De jour en jour a plus acquerre,
L'en vit en douleur et en guerre
2863 A Pour c'est ce m. a. — 2865 E y puet — 2871 A pour plus.
SECOND LIVRE I o3
Et en mauvaise conscience; 2874 Car c'est mauvaise diligemce
De tant amer le monde amer
Qu'on en laisse Dieu a amer.
Et nul ne puet bien, ce me semble, 2878 Amer Dieu et le monde ensemble,
Car il sont de condicions
Contraires; nepourquant li homs
Qui a richece a grant plenté, 2882 Mes n'y a pas le cuer enté,
Ainçois le despent bien et donne
Selon Dieu et largesce bonne,
Tel povre en esperit riche homme 2886 L'euvangille a étirés nomme.
Fauvel, je t'ai assez leii.
Ne me chaut s'il t'a despleii.
Par ce qu'ay dit as avantage 2890 De connoistre s'es fol ou sage
Et de savoir queles denrées
Fortune vent, a qui tu bées.
Je sui Fortune, la doutée, 2894 La trespuissant, la renommée,
La treshaute, noble et gentille, {Fol. 26)
Et sui du tout puissant roy filJe,
En tant com sui par excellence 2898 Propriété de son essence,
Avec ma seur qui tant est belle.
Que Raison Sapience apele.
2879 A Car ce sont deux condicions — 2882 Les autres mss. sauf AC lisent Mes pas n'y a le c. e. — 2883 AD le d., C en d., EFJ les d. — 2886 EF a eureus; C L'a. bien heureux n. — Il suit dans E une interpolation.
2888 E Que me — 2889 A Pour; EF que ai — 2892 DEFL vuelt; y a quoi — Après le v. 2892, il y a dans E une interpolation — 2895 A La très puissant noble et et {sic) gentille.
Et sommez, c'est bien vérité,
2902 De nature de deïté,
Si que nous sommez vraiement Sans fin et sans commencement.
Mes intellectuel regart,
3906 Non pas roial, se Diex me gart, Donne a ma seur soutivement Une ainsneesce escharsement, Ne l'une ne puet sans l'autre estre;
2910 Assisez sommez a la destre
Du tout puissant roy pardurable, Le hault roy du ciel piteable, En admirable royauté.
2914 Les angelz de nostre beauté
Et les sains qui ou ciel arrivent Se merveillent et si s'en vivent; Ne peuent assasïez estre
2918 De regarder nous et nostre estre :
Plus nous voient, plus nous remirent, Riens que nous veoir ne désirent.
Fauvel, fol es et fol estoiez 2922 Quant tu pensoiez et cuidoiez
Que si com une femme fusse
Et que marier me deiisse.
Bien estoiez plain de grant rage 2926 Qui pensas si hault mariage.
Bien vousis lever hault t'estrille,
Qui voulz espouser roial fille.
Tu es malement deceûz, 2930 Qui a ce t'es si esmeiis.
2906 D omet ce vers. C réel, E F real —• 2913 ACD Et — 2916 CJ S'en m.; ^ se V. — Dans D les v. 2919-81 manquent.
2924 C Et que je m. me d., y Et que moi m. d. — 2928 CEF veulx.
Se tu bien regardé eûssez
Dont es, dont venis, quel tu fussez,
Tu n'eiissez ja mes empris 2934 A toy tant essaucier en pris,
Car tu n'ez fors fiens et ordure,
Beste de mauvaise nature,
Qui en toy nourrir toute cure 2938 Mes, et si n'es que pourreture.
Engendrez fus horriblement
Et nourris eu ventre ordement
De la plus vilaine matière 2942 Que nature peut oncques fere.
Et quant dedens le ventre estoiez,
Envelopez en ordes toiez,
Chambre avoiez a grant destrece ; 2946 Nez fus vilment et en tristece,
Et grant doleur en ot ta mère,
Et tantost commenças a brere.
C'est nativité moult amere
2950 Qui vient a si tresgrant misère.
Or t'a ton orgueil si lié
Que trestout ce as oublié.
Fauvel, entent bien sainement, 2954 Car par toy j'entent proprement
La mauvaistié d'omme et de femme, (F. 26 v') Qui le corps fait dampner et l'ame, Et pour le monde decevable
2935 Les autres mss. sauf A e'crivent que fiens — Le v . 2937-8 se lisent ainsi dans y :
Qui en toi nourir mes grant cure Et tantost seras pourreture.
2942 E pout, J pust — 2946 EF vilement — 2960 y par si —
2951 La leçon adoptée est dans A seul. C Et or t'a orgueil si lié, y Et or t'a si orgueil lié — J omet les v. 2953-8 — 2956 La leçon adoptée est dans A seul. Les autres mss. sauf A lisent Q\i\ pour (C par) le c. f. d. Tame {E s'ame). — 1967 C Et par.
2958 Pert Dieu et tout bien pardurable.
Pense que l'en t'estrille et terde :
Tu n'es que un sac plain de merde ;
Mes orguil si t'a si ravis 2962 Qu'en nui bien ne mes ton avis :
Ne te chaut fors de mettre paine
En avoir richece mondaine,
Ne tu n'en puez estre lassez, 2966 Et si en as tu plus qu'assez,
Et moult es eu monde grant mestre
Et faiz chascun avec toy pestre.
Par tout a ta volenté rimez :
2970 Grant temps a que commenças primez
A estre du monde seigneur,
Mez tu Tes au jour d'ui greigneur,
Trop plus que ne fus oncques mes.
2974 Tes cousins sont par tout semez,
Et tes sergans et ta mesnie,
Et je te seuffre bien tel vie,
Pour ce que sai le Diex segré, 2978 Qui par son raisonnable gré
Vuelt que vers la fin de cest monde
Guerres, mal et pechié habunde.
Pour ce que chascun trop se paine 2982 Davoir excellence mondaine,
De servir le monde et amer,
Pour ce y met Diex grant amer,
Si que ceulx en face sevrer
2960 C Car tu n'es qu'un s. pi. de m., E Tu n'es qu'un tout pi. de m. — 2961 CM. o. t'a si fort r. — 2976 A omet te; ^F telle
— A lit les V. 2978-80 ainsi:
Que par son raisonnable gré Guerres, mal, pechié il habunde Et vuelt que la fin de cest monde.
— 2984 C Pour tant y mect, D Pour ce proumet, y Et pour ce y met.
2986 Qui trop s'en veulent abevrer,
Par quoy mal et esclandre habunde
Si fort vers la fin de cest monde.
Nepourquant par qui mal vendra 2990 La maudichon de Dieu prendra.
Et aussi te dirai sans pause
Avecques ce une autre clause.
L'auctour de Sex Principes dit 2994 Et Raison pas ne le desdit
Que le monde a nom Macrocosme Et homme si est Microcosme, Et c'est a dire et a entendre
2998 Le monde greigneur et le mendre, Dont l'un a l'autre trop ressemble ; Et c'est en ce, si côm me semble, Que homme est de quatre qualitez,
3oo2 Qui ont entr'eulx adversitez.
Car l'une a l'autre contrarie, N'a que guerre en leur compaignie :
C'est moiste, chaut, sec et froidure.
3oo6 Chaut et moiste metent leur cure A garder vie et maintenir, Mes le chaut ne se puet tenir Que sans cesser en toute guise
3oio Ne gast le moiste et amenise, Si com Tuile gaste la mèche, Tant que la lampe devient sèche; Lors pert la lampe sa lumière.
3014 Ausi est il en tel manière
JL omettent les v. 2987-90. Les v. 2991-2 sont dans EFM placés entre les v. 2986 et 2987. — 2992 CEFJLM cause, û clouse {corrigé sur chouse).
2993 C de ses, D dez .vi., F de ces — 2996 E macrocosme —
2999 >^ Et — 3ooi ^ Q' — 3oo3 E l'un — 3oo5 A chaut froit et fr. — 3oio CDEF amenuise.
Du chaut naturel qui degaste {Fol. 2'])
Le moiste adès et moult s'en haste.
Le sec aussi le moiste mort, 3oi8 Et le froit si n'atent que mort,
Qui vient plus tost que l'ambleure.
De ces quatre a formé Nature
Quatre charnex complexions, 3o22 Plaines de grans contentions,
Dont la première est fleumatique,
Puis sanguine, puis colérique,
Et la quarte est merancolie.
3o26 De ces quatre est humaine vie
Fondée, si comme Nature
Les porpocionne et mesure
Es corps naturelz qui ont amez. 3o3o Fleume est aus enfans et aus famez.
Le sanc vient demander sa rente
D'entour .xv. ans jusqu'en tour .xxx.
Et puis après vient dame Cole 3o34 Soubz .Ix. ans tenir s'escole.
Puis vient tantost Merancolie,
Qui toute en tristece se lie,
Par viellesce, qui le joer 3o38 Pert, car il sent le terroer.
Et comment que femmes et hommez
Aient pluseurs maulx et grans sommez
Et maint tourment en leur jeunesce, 3042 Toutes voiez en leur viellesce
Ont il plus par droite raison
3o20 A a fortune n. ~ 3024 CEF et puis; A coletique — 3o32 y A {JM De) quinze ans jusques {J jusqu'à) environ trente — 3o38 C cl, DEFM elle — A la place des v. 3o35-8, JL lisent :
Mais tantost li court sus tristeisce Et raelencolie et veilleisce.
— 3040 Les autres mss. sauf A lisent mais a grans s. — 3o43 A omet plus.
De mal et mauvaise saison.
Il deviennent mal gracieux, 3046 Roupieux, roigneux, chacïeux ;
Apostumez et tous et goûte
Et maint autre mal les déboute.
Ainsi forment abat tristece 3o5o La fin d'omme et femme en viellesce.
Ainsi est il certainement
Du monde tout semblablement,
Car de quatre elemens contraires 3o54 Est fait le monde et ses afaires :
C'est le feu, l'air, l'eve et la terre,
Entre les quelz a moult de guerre,
Car il ont diversez naturez, 3o58 Divers faiz et contraires curez.
Et au premier je te di que
Le monde fut fait flumatique,
El les gens qui adonc estoient, 3062 Pour le fleume, dont moult avoient,
Estoient trop lours et pesans,
Endormis, nicez et tesans.
Le monde après sanguin devint, 3o66 Quant David le prophète vint,
Car adont fu l'engin ouvert
Que le fleume ot devant couvert.
Et lors prist le monde a entendre 3070 Qu'en la Virge char et sanc prendre
Vendroit Diex pour ceulx racheter
Qu'Eve avoit fait pieça mater.
3o44 AC m. en m. — 3047 -^«^ Empostumes — 3049 Les autres mss. sauf A lisent assaut — 3o5i CDJ Aussi; j' il se je ne ment — 3o59 E Fauvel au premier te di que, M Et a ce premier je te dy que — 3o6o EFJL Le m. si (J omet si) fu fl., A/ Le m. est fin tî.; les autres mss. sauf A (flumatique) et F (flammatique) écrivent fleumatique — 3070 E sanc et char — 3072 A Que avoit f. pechié m., Z) Que Eve fait pieça dampner.
Le monde pot colérique estre 3074 Quant Diex de la Virge vout nestre,
Et lors fu sec et chaut le monde (Fol. 27 v°)
Quant cil en qui tout bien abunde
Envoia des cielx la rousee 3078 Qui tant par estoit désirée.
Lors plut la nue de leesce
Qui trempa nostre secheresce.
Mes or est le monde venus 3082 En grant viellesce et devenus
Trestout plain de merancolie,
Et c'est vers la fin de sa vie.
Merancolie, bien Tos dire, 3o86 Est des complexions la pire :
Elle est de nature terrestre,
Si qu'elle doit seiche et froide estre,
Et le monde est froit et sechié, 3090 Plain de tout mal et de pechié,
Couveteux, avel et tenant.
En li n'a nul bien maintenant :
Il ne quiert fors qu'aquerre terre ; 3094 Pour ce li sourt meschief et guerre ;
N'a mes en li joie ne feste,
De toutes pars est en tempeste ;
Et c'est bien raison vraiement, 3098 Car, se l'Escripture ne ment.
Les signez perent que près estre
Devon du temps en quoi doit nestre
L'anemi de crestïenté,
3075 EF Car lors y- Soyg AB la riue, D la rivière, M la lune; J Alors plut une delcesce — 3o88 Les autres mss. sauf A lisent fr. et s. — 3091 Les autres mss. sauf A lisent aver — A la place des V. 3091-2, y répète les v. 3o37-8 :
Il n'a mes cure de jouer, Car il sent trop le terrouer.
3097 EF Et est.
SECOND LIVRE I 1 î
3 102 Celi par qui toute plenté
De mal doit ou monde venir Sur le temps qui devra fenir.
Fauvel, tu es devant venus, 3io6 Les grans galos et les menus,
Pour appareillier a ton mestre
Les ostiex ou il pourra estre.
Tu es d'Antecrist le courrier, 3 1 10 Son mesagier et son fourrier.
Bien as son ostel apresté
Et pour river et pour l'esté.
Tu li es trop faitis mesage :
3 114 Tu n'ez fait que pour son mesnage
Aler devant appareillier ;
Bien y scés entendre et veillier.
Tu li as tant d'ostels ja quis 3 1 1 8 Et par tout tant de gens acquis
Qui n'ont foy ne amour ne voir,
Que je te di sans décevoir
Qu'il est temps que ton mestre viengne. 3 122 Tant as peigné de ton beau piegne
Et estrillié de tes estrillez
Qu'il a par tout et filz et filles.
Fauvel, que fussez tu tués, 3 1 26 Quant a si mal seigneur tu es.
Antecrist si est ton droit sire :
Tu es mauvaiz, et il est pire.
Son garson es et son mesage, 3i3o Et si Guidas par mariage
3107 A a comestre — 3 108 E Ses — J omet les v. 3109-12 — 3[i7 /l Tu li as ja tant d'ostel quis, CD Tu lui as tant d'osielz acquis, F Tu lui as ja d'ostieulx tant quis. La leçon adoptée, préférable à cause de la rime riche (ja quis : acquis) se trouve dans ELM — 3ii8 £^ gent; C Et par tout tant de gens ja quis {D est déchiré) — 3 122 EF peigne — 3i3o DJ cuydes.
Espouser Fortune la dame.
Ne sui pas a tel garson famé.
Quant je voudrai, je te ferai 3i34 Cheoir, et povre te lairay.
Grant honneur n'ai pas en toi mise {Fol. 28)
Pour ce que je t'aime ne prise,
Mes pour la divine ordenance, 3i38 Qui tout fait par juste balance.
Bien est voir qu'un poi régneras
Et ton vouloir granment feras.
Et nepourquant ce dois savoir 3142 Que, maugré qu'en puissez avoir,
A pluseurs gens de ton lignage
Ferai souvent duel et hontage
Et les ferai vilment descendre, 3146 Les uns tuer, les autres prendre,
Les uns aront damage et perte,
Les autres mourront en poverte.
Maint mal souvent leur feré traire, 3i5o Comment qu'il t'en doie desplere.
Si que les bons aront grant joie
Quant li mauvaiz iront tel voie.
Nepourquant, beste de fallace, 3 154 Je ne vueil pas qu'aucune grâce
De moy au départir n'en portez,
Puis qu'es entré dedens mes portez.
3i34 A povrez — 3i3g A B. e. que un p. r., CD {déchiré) Voir est que un p. r. — Après le v. 3144, il y a dans E une interpolation — 3 145 E Je les ferai v. d., J Et vilment les f. d, — 3146 E et les a.; A pendre — Après le v. 3^52, il y a dans E une interpolation. A la place des v. 3 1 53-6 E lit :
Entre deus Fortune s'appense (fol. 3o c)
Que quant a ores plus d'offensse
A Fauvel l'esbahi ne face 3i53 Si li dit : « Beste de fallace,
3i55 Je ne veuil pas, puis qu'en mes portes
3i56 Es entrez, que grâce n'eni portes ».
Vez la Vaine Gloire, la belle, 3i58 La décevante damoiselle,
Qui les gens soutilment enyvre
Qui veulent en grant estât vivre,
Et les fait es delis fier 3 162 Pour eulx et leur fin oublier,
Et jadis aus .v. folez viergez
Destaint leurs lampez et leurs cierges,
Car virginité qu'il avoient 3 166 Toute a Vaine Gloire ordenoient.
La damoisele Vaine Gloire,
Qui est brieve et transitoire,
Donne si doucement a boire 3170 Que l'en en pert toute mémoire
De la joie qui tous jours dure.
Moult est de décevant nature
Vaine Gloire, ce m'est avis :
3 174 Elle a moult tost les gens ravis
A bouban et outrecuidance.
Et tout bien, quant elle s'i lance,
Fait anïenter et périr 3178 Ne ne le seufFre remerir.
Fauvel, ce te sera, par m'ame, Trop faitice et trop propre femme, Car tu es vain et elle est vaine.
3182 Va, si Tespouse et si l'en maine. Car je le vueil et si le loe.
Va, si la pren dessoubz ma roe. »
3164. E Destainst, F Destaingt; C Destaingny leurs 1. et c. — 3i65 JE^Par— 3i6S EM et br. et tr. {bonne leçon?) — 3iyo A Que l'en p. t. sa m., J Qu'el en p. toute la m., D Que hom est nice et pert {le reste manque)^ 3 177 C anéantir, Fanicntir, D aminuer — 3178 EFM lesse.
3 181 ACD omettent Car, et D complète le vers en lisant Tu es tout vain .
Lors, quant Fauvel ot ce oy, 3i86 Trop durement s'en esjoy
Et cuide dont, moult s'en rehaite.
Qu'a Fortune ait ja sa pès faite.
Droit a Vaine Gloire se lance, 3190 Le plus beau qu'il pot la fiance,
Mes ce fu a la main senestre :
Sans bans et sans clerc et sans prestre
A Fauvel sa femme espousee, 3194 Que Fortune ly a donnée.
Fauvel prent congié et en maine {Fol. 28 v°)
Vaine Gloire et forment se paine
De lui servir et honnourer.
3198 Tous ses amis sans demourer
A fait a ses noces venir,
Car trop grant feste vuelt tenir.
• Grant joie y ot et grant rigale,
3202 Toute estoit plaine la grant sale.
Chascun Vaine Gloire regarde,
Et elle les decoit et larde
Et les endort en grans delis
3206 De bêles chambres et delis
Et des biens qui fuient come umbre, Dont qui plus a plus s*en encombre.
3187 CE F se r. ; J Et cuide donc dont s'en r. ; D Et cuydc adont moult estre {le reste manque) — 3192 AC Ses b. tout s. cl., DF Sans ban s. cl. — 3i95 y c. si en m. — 3199 E Ha mandé aus n. v. — 32o5 A grant — 32o6 A omet ce vers — Après une longue interpolation, E lit à la place des v. 3201-7 :
3202 Entrez sont dedenz les granz sales, {Fol.S'^c) 3201 Joie mainent et granz rigales.
Dame Vaine Gloire ont trouvée, Courtoisement l'ont saluée.
3203 Chascuns trop forment la regarde, Et elle les déçoit et larde
Et les endort en granz deliz De bêles chambres et de Hz
3207 Et de biens fuient comme ombre...
Fauvel et tout son parenté
3210 Eurent de la joie a plenté; Et Vaine Gloire ses amis Avec les gens Fauvel a mis,
Si qu'ensemble grant feste firent, 3214 N'onquez puis ne se départirent.
Et Fauvel vit avec sa femme
Et l'ennoura come sa dame,
Et a tant avec lié geii 3218 Que tant d'enfans a conceû
Que nul n'en pourroit conte rendre ;
Car Fauvel chascun jour engendre
En tous pais Fauveaux nouveaux, 3222 Qui sont trop pires que louveaux.
Tant est son lignage creù
Qu'onquez si grant ne fut veu :
Bien s'est en cest monde avanciez 3226 Et a partout les siens lanciez.
Mes sus toutez chosez je plain
Le beau jardin de grâce plain
32 10 A Eutent — 821 5 C jeut, FM jut — 32 18 Les autres mss. sauf A lisent Que tant d'enfans en a eu — 8221 F faons — Après une longue interpolation, E lit à la place des v. 3209-3221 :
Fauvel si ot ja en emblé {Fol. 41 v*)
Ce qu'il pot de gent assemble 3 20g Ciliés soi o li son parente', {Fol. 41 v* c)
3s 10 Dont il y ot a grant plenté,
321 1 Et Vainne Gloire et ses amis
3212 Avec les gens Fauvel a mis,
Et leur vergoingne entr'oublïerent,
Plus courrouciez que il ne perent, 3«i3 Ne que tant leur feste firent
3214 N'onques puis ne se départirent.
3217 Fauvel si a ja tant jeu
3218 O Vainne Gloire qu'a eu
3»i9 De Fauvel sanz nul compte rendre
3220 Trop d'enfans, car trop en engendre.
3221 Par tout ht ja Fauveaus nouveau»...
3226 E Ses amis ha par t. 1.
Il6 LE ROMAN DE FAUVEL
Ou Dieu par especïauté 323o Planta le lis de roiauté Et y sema par excellence La France graine et la semence De la flour de crestïenté, 3234 Et d'autres flours a grant plenté : Flour de paix et fleur de justise, Fleur de foy et fleur de franchise, Flour d'amour et rose espanie 3238 De sens et de chevalerie.
Tel jardin fu a bon jour né Quant de telz flours fu aourné :
C'est le jardin de douce France.
3242 Hé las! com c'est grant mescheance De ce qu'en si tresbeau vergier S'est venuz Fauvel herbergier.
Ja mes n'ait il ne yex ne dens 3246 Par qui il entra la dedens,
Car la beste de tout mal plaine Par le jardin sa famé maine :
Es plus beaux lieux coulent et bolent, 325o Les flours abatent et defolent,
Si qu'il semble, c'est vraie chose, Qu'il n'i ait mes ne flour ne rose, Ne de foy ne de laiauté.
3254 Hé las ! France, com ta beauté
Va au jour d'ui a grant ruine {Fol. 2g)
Par la mesnie fauveline, Qui en tout mal met ses delis.
3258 Hurtee ont si la flour de lis
323o A les lis, E la flour — 3284 A d'autre flour •— 3235 E Fleurs ... fleurs — 3237 Les autres mss. sauf AJM lisent Fleur d'onneur; E et fleur espanie — 3246 C cil— 3249 C courent, JZ. choient, E soûlent; A et volent — 325o £" fl. a la terre et — JL omettent les v. 32 5 1-6 — 32 53 JE" Point de f. point de 1.; les autres mss. sauf A écrivent loiauté — 3255 E en gr.
Fauvel et sa mesnie ensemble
Qu'elle chancelé toute et tremble.
Mes le lis de virginité, 3262 Qui prist en soi la deïté,
Sauve la fleur de lis de France
Et le jardin tiengne en puissance
Et Fauvel mete en tel prison 3266 Qu'il ne puist faire traïson,
Si que Diex, le roy de justise,
Soit honnourez et sainte Eglyse.
Ferrant fina, aussi fera 3270 Fauvel, ja si grant ne sera,
Car il ne puet pas tous jours vivre.
Ici fine cest second livre,
Qui fu parfait Tan mil et .iiij.
3274 .ccc. et .X., sans riens rabatre,
3259^ et Vainc Gloire — 3260 E Qu'elle ch. ce me semble — 3262 A Que — Après une interpolation, E Ht Us v. 326c et suiv. ainsi :
Tresdouz lis de virginité, {Fol. 44 V b)
3a62 Garde vertuz, car vérité
Soustiennent et tiengne en puissance {Fol. 44 v* c)
Le lis et le jardin de France
Et Fauvel nxette en tel prison 3a66 Qu'il ne puist faire traïson,
Si que tu, Dieu, roy de justise,
Soiez honorez et sainte Eglise.
Ferrant fina, bien deust finer {Fol. 45)
3270 Fauvel, qui n'a a qui finer
En ce monde, car tuit obéissent a lui, tout a robe.
Robe nous a tout en lobant.
Et lobé en nous desrobant.
3a7i II finera, car touz jourz vivre
3372 Ne pourra pas. Ci faut mon livre
Secont, Dieu en gré le reçoive.
J'ai sef, il est temps que je boive.
Explicit, expliceat, Ludere scriptor eat.
3272^ mon secont.
Trestout droit, si com il me membre, Le .vj^ jour de décembre.
Ge rues doi .v. bol .v. esse 3278 Le nom et le sournom confesse De celui qui a fet cest livre.
Diex de cez péchiez le délivre.
3276 F Le seziesme, J Le .xvje., M Le .vxje. {sic)\ DM septembre — Le ms. A finit par Deo gratias, C sans explicit. Dans D il y a une addition {voir à r Introduction). — Les vers 3277-80 sont dans FJLM {le texte critique reproduit la graphie de L). — 3277 F Ge mes; M dor, FJ .d. — F finit par : Amen. Explicit Estrille Fauvel ; J Explicit Fauvel et (?) Fortune ; L Explicit Fauvcl et Fortoune; M Explicit le second livre de Fauvel.