Livre XVI
Il existe, paraît-il, une crise de la librairie, et on se plaint de la mévente des livres. Cela provient probablement des abus que l'on a fait de la réclame. Il n'est point de jours que le public ne lise dans les Echos des grands journaux de Paris plusieurs éloges dithyrambiques de livres qui viennent de paraître, et ces coups d'encensoir dépassent souvent toutes les bornes ; la direction des journaux y laisse passer des choses de ce genre :M. Y Z. est plus fort que Bal:(ac, son dernier livre recule les limites de la perfection et nous présente de l'âme humaine une analyse absolument incomparable. Demain, les mêmes journaux, contre
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argent s'entend, diront que M. Tartempion est supérieur à Victor Hugo comme poète lyrique, et que le premier dramaturge venu est plus grand que Shakespeare. La réclame, rien que la réclame, et toujours la réclame ! Et, dans ces grands journaux de Paris, pas une ligne n'est consacrée à un livre, pas un article n'en parle — quel que soit le nom de l'auteur qui le signe — si les éditeurs n'ont pas un traité de publicité. Payez, on dira que c'est merveilleux et admirable. Sinon... la conspiration du silence se fera contre le malheureux auteur dont l'éditeur ne voudra pas passer sous ces fourches caudines.
Résultat : on a trompé si souvent le public^ qu'il ne sait plus à qui se fier. Il attend l'avis d'un rare critique de conscience et de valeur, comme Gaston Deschamps, par exemple, pour acheter un livre. Et surtout il préfère se fier à lui même.
C'est ce qui explique le succès de certains auteurs qui ne font pas de publicité et dont les livres se vendent tout de même. Petit à
petit, leur clientèle s'accroît et demeure fidèle. M. Gaston-Routier est un de ces privilégiés. Il n'a certes pas encore connu les grands succès de librairie qui portent un livre à son cinquantième mille, loin de là, mais il a publié vingt et un volumes, et à chaque nouveau livre il a vu s'augmenter le nombre de ses lecteurs et de ses amis inconnus. Son œuvre est déjà considérable et mérite d'être lue avec soin : on en retirera du plaisir et la conviction de se trouver en présence d'un esprit très élevé et très impartial, d'un poète plein de cœur et d'inspiration, d'un écrivain délicat au talent souple, varié, sachant être éloquent et précis, sobre et raffiné. Gaston- Routier a un style toujours approprié aux sujets qu'il traite : imbu des écrivains des XVII® et xviii^ siècles, il en a souvent la saveur et le charme, et la langue qu'il écrit est une langue bien fi'ançaise sous tous les rapports.
Ajoutons, pour détruire une légende forgée par les envieux, que M. Gaston-Routier est pauvre, qu'il vit de sa plume et que ce n'est
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qu'à son labeur persévérant et acharné, à sa conscience d'écrivain, qu'il doit sa situation dans le monde des lettres. Il est fort connu comme journaliste et le journalisme est son métier : il en fait pour vivre et c'est son état de fortune qui explique la grande variété des sujets qu'il a traités. Certes, M. Gaston- Routier serait ravi de pouvoir se consacrer tout à la pure littérature ; mais qui ne sait que de nos jours le théâtre est inaccessible à ceux qui n'ont pas les moyens de payer les frais de leur première pièce ? Qui ne sait que les vers ne se vendent pas, que le roman ne parvient à se vendre que si l'auteur est connu ? Gaston-Routier a préféré ne pas perdre son temps à courir chez les directeurs de théâtre sans résultat ; il a dû chercher à gagner sa vie de suite : et, ayant fait connaître son nom dans les premiers journaux de Paris, il a vu ensuite ses livres se vendre et il a atteint la notoriété la plus incontestable. Obligé de s'occuper de questions de politique étrangère et d'économie politique, de géographie, qu'il
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connaît à merveille, il en a profité pour faire des livres d'une réelle valeur scientifique qui peuvent étonner ceux qui croient qu'un poète ou un romancier ne sait faire que des romans et des vers, mais qui ne laissent point que d'honorer grandement leur auteur.
Dans une étude publiée en 1898 par M. J.-L. Darrier, nous trouvons les lignes suivantes :
M. Gaston-Routier est né à Marseille (le 25 avril 1868) : il est fils de cette gueuse parfumée, de cette Provence si artistique et si pittoresque, que caresse sans relâche la Méditerranée aux flots bleus. Il n'est donc point, comme on Ta écrit à tort, un enfant du Nord de la France, et, ce qui a pu donner lieu à ce malentendu, c'est sans doute la profonde affection de M. Gaston-Routier pour les départements du Nord, dont il admire l'industrie, l'esprit de travail et les grandes quahtés morales. Mais le Midi, avec sa fougue, avec sa gaieté, est évidemment sa terre de prédilection, et, si cet écrivain de race si française a su comprendre et apprécier l'Espagne et les Espagnols comme aurait pu le faire un Espagnol même, on
peut affirmer que c'est à son origine méridionale et latine qu'il doit d'avoir si bien dépeint l'âme de nos voisins. M. Gaston-Routier a retrouvé en Espagne le soleil de sa Provence et les brises de la Méditerranée (i).
M. Gaston-Routier est un jeune, un vrai jeune ; depuis 1888, il appartient à la grande presse française. Après avoir créé et fait vivre avec un certain succès deux petits journaux mondains à Marseille : le Mousquetaire, en 1883, alors qu''il venait de terminer ses études et de passer son baccalauréat, et la Vie mondaine, en 1886, M. Gaston-Routier vint à Paris et, dés 1888, nous le retrouvons à l'Evénement où M. Edmond Magnier, qui avait su apprécier son savoir et son talent, lui confia la politique étrangère qu'il continua à rédiger dans ce journal jusqu'en 1891.
(i) Il faut dire que l'origine de la famille de M. Gaston- Routier est normande : les Routier de Beaulieu, de Rouen, anoblis par Louis XIV, et venus au xvm' siècle en Provence. Cette race normande, qui a conquis une partie de l'Europe et découvert l'Amérique, est d'ailleurs répandue sur tous les bords de la Méditerranée, et beaucoup de grandes familles d'Italie, de Sicile, d'Espagne et de Provence, ont des ancêtres normands. . . tout comme les Anglais.
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Tour à tour, depuis cette époque, M. Gaston- Routier a appartenu à la rédaction du Matin, du XIX^ Siècle, du Figaro, où il fit pendant plusieurs années des articles sensationnels et reproduits dans le monde entier ; du Jour, de l'Echo de Paris. M. Gaston-Routier fait aujourd'hui partie de cette si brillante phalange de rédacteurs qu'a su grouper ce maitre du journalisme contemporain qui s'appelait Fernand Xau : il contribua, pour sa part, au succès sans précédent du Joîiriial .
Citer les innombrables études géographiques, économiques, publiées par M. Gaston-Routier dans les Revues, les publications savantes, les bulletins des Sociétés de géographie, serait impossible ; nous connaissons une trentaine de brochures de 20 à 100 pages qui sont signées de son nom et traitent avec une compétence reconnue des sujets fort divers. M. Gaston-Routier ne s'est pas borné d'ailleurs à donner aux Sociétés savantes de France une collaboration active, il a fait aussi avec le plus grand succès des conférences dans nos grandes villes, devant toutes les Sociétés de géographie de France qui l'ont élu membre d'honneur, membre correspondant, et lui ont décerné des médailles. Le succès d'orateur
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de M. Gaston-Routier a toujours été brillant devant des auditoires très nombreux : à Paris, lors du compte rendu de sa conférence sur l'Espagne à la Société de géographie , le Temps reconnaissait à M. Gaston-Routier « un vérifable talent de far oie «.
M. Gaston-Routier, en outre de ses travaux géographiques, économiques, de ses articles sur la politique étrangère, de ses conférences, a trouvé le m05'en de publier dix volumes en librairie. (Depuis 1898, le nombre s'est accru sensiblement : la Macédoine et les Puissances est son vingt et unième livre.)
Son premier ouvrage, œuvre de jeunesse et de poésie qui a eu le plus sympathique accueil, a paru en 1891 : Lélio^ poème en un acte et en vers. « C'est mieux qu'une belle œuvre, a dit un critique, c'est une bonne œuvre, où les beaux sentiments sont exprimés en beaux vers. »
M. Gaston-Routier fait d'ailleurs les vers en véritable poète; il est malheureux qu'il ne publie pas ce qu'il a dans ses cartons ou qu'il n'ait pas le temps de mettre au jour de nouvelles œuvres poétiques. Le/fo promettait un poète de valeur ; Nos bons Maîtres-Chanteurs (comédie en cinq actes et en vers qu'il a publiée en 1895 chez
Savine), ont obtenu un réel succès et ont révélé un écrivain sur de son style, faisant le vers avec une force et une élégance diu;nes du grand siècle. Nous espérons que la politique, les questions économiques, les problèmes sociaux, n'absorberont pas tout le temps de M. Gaston-Routier et qu'il pourra consacrer ses loisirs à nous donner des œuvres littéraires. Sa préface de Lélio contenait des appréciations très justes sur la littérature moderne, claironnait un appel au bon sens, un retour à l'admiration de la vraie et saine littérature française, et ne passa pas inaperçue. Des félicitations de tous genres furent adressées alors à M. Gaston-Routier ; M. G. Boissiére, M. Alfred Méziéres, le duc d'Aumale, etc., beaucoup de célébrités firent savoir à M. Gaston-Routier leur satisfaction de voir un jeune écrivain lever le drapeau de la correction de la langue et du respect des traditions littéraires de la France.
J.-L. Darrier.
Nous voudrions en quelques pages, non pas faire connaître les divers ouvrages de M. Gaston-Routier, mais donner à nos lecteurs le désir de les lire et de les juger par
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eux-mêmes. Ce que nous pouvons faire demieux est de publier le titre de chacun d'eux, avec une des opinions qui ont été formulées dans la presse. lors de leur publication.
Ulio, poème en un acte et en vers^ paru en 1890 chez Calmann-Lévy, est le premier ouvrage publié en librairie par M. Gaston- Routier : un critique de grande valeur, M. G. Boissière, en a fait l'éloge dans l'article suivant :
Voici une œuvre jeune, sincère et bien française. Ce n'est point une pièce de théâtre ; c'est un roman scénique, un roman en un acte et en vers. Un pur et ingénu roman d'amour dont le héros — et la victime — meurt dans les bras de celle qu'il aimait et dont il est aimé. . . trop tard. Lélio, c'est toujours Fortunio soupirant sa plainte, sa chanson, sa blessure profonde et mortelle sous les fenêtres qui lui sont sourdes, près d'un seuil qui lui est fermé. Et pourtant, ce n'est point une coquette qu'il aime ; cette Maria adorée, supphée, implorée, est une âme haute et loyale. Mais cette âme ne s'appartient plus ; ce cœur
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passionné s'est donné et ne croit pas pouvoir se reprendre : donné à qui ? A Clavaroche.
Maria s'aperçoit à la fin qu'elle s'est jetée entre les bras d'un bellâtre de garnison. Est-ce qu'elle entend se venger de l'infidèle? N'est-ce pas plutôt qu'elle est touchée de ce murmure d'amour qui se répand du cœur et des lèvres de Lélio?. .
Non vous ne mourrez pas. Croyez-en mon sourire !
Je t'aime, Lélio : c'est l'amour qui m'inspire.
Le passé je le hais, et l'avenir est beau.
Mon coeur est mort : plus jeune, il renaît du tombeau !
Mais Lélio jaloux doute et meurt, et le premier baiser de Maria tombe sur un fi-ont pâle et glacé.
Notre jeune poète ne s'en cache point trop dans l'intéressante préface qu'il a placée avant son drame. Ce roman-là, ce douloureux roman^ il semble bien qu'il l'ait vécu ; ce martyre d'amour, il l'a ressenti. Il n'en est pas mort. Dieu merci, et, par une pieuse déhcatesse, il en a offert le souvenir à ceux qui, sans doute, l'ont guéri, l'ont tendrement sauvé de sa peine. Tout cela donne à cette œuvre gracieuse — l'œuvre de son cœur, dit-il, non point de son esprit —
un air de vérité et de candeur émue qui la rend tout à fait aimable.
A vrai dire, M. Gaston-Routier — et combien je lui en sais gré ! — n'est point de l'école des impassibles. Dans de beaux vers, respectueux mais indépendants, qu'il adresse en manière de fiére dédicace à M. Leconte de Lisle, il revendique pour l'âme humaine, pour la douleur ou pour l'amour,
Ces mille sentiments qui sont la vie entière.
la grande et noble place qui leur appartient dans le champ de la poésie.
Le vers n'est que le corps, mais l'âme c'est l'idée ; Et que vaut un beau corps, s'il n'est point animé ? Des plaisirs, des chagrins la coupe n'est vidée ! Pleurer, aimer, souffrir, être heureux, être aimé : Eternelle chanson que chantent les poètes ; Plaintes de notrecœur que chaque homme comprend...
M. Gaston-Routier ne dissimule pas davantage sa légitime sévérité, son incrédule antipathie pour ces diverses écoles de jeunes gens qui prétendent « dénaturer le génie de la langue française, remplacer l'esprit et le talent par la bizarrerie et l'étrangeté, la clarté du style par un
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ridicule galimatias et faire de ce monstrueux assemblage l'expression la plus parfaite delà littérature de l'avenir ».
Savez-vous que, par le temps qui court, il hut vraiment quelque courage pour s'insurger aussi nettement contre tous ces clans, ces coteries, ces chapelles tapageuses d'admirations mutuelles ; pour se réclamer de Boileau dans cette fin de siècle raffinée, éprise de toutes les fantaisies ; pour arborer comme une devise le mot cher au vieux Nicolas :
Rien n'est beau que le vrai :
Aussi bien n'est-ce pas là le mot d'ordre de M. Zola tout le premier ?
J'ai donc infiniment goûté la profession de foi si vaillante et si raisonnable du jeune écrivain dont je parle. Que ceux qui ont du talent, nous dit-il, s'efforcent de se faire comprendre de tous. Que les jeunes écrivains qui estiment que la clarté, l'ordre et la pureté des expressions doivent toujours être les principales qualités de la langue illustrée par Corneille, Racine, Molière, Voltaire, Lamartine, a revendiquent hautement leur droit de produire des œuvres fortes et saines dans un langage correct, et, loin de se déclarer les con-
tempteurs de nos plus grands génies, tiennent à honneur de suivre leurs traces ».
Laissons dire et railler les mages du symbolisme. Voltaire qui, apparemment, avait tout autant d'esprit qu'eux, ne médisait de Boileau que tout juste et du bout des lèvres : il trouvait que cela portait malheur. M. Gaston-Routier a tout à fait raison ; parmi les routes du Parnasse, il a choisi le charmant sentier où aimaient à se promener un La Fontaine et un Musset : ce sont là des traces que, suivant le mot du poète, il est bien permis d'adorer : c'est encore là la vraie chapelle où tout bon Français doit aller faire ses dévotions. Cela porte bonheur !
G. BOISSIÊRE.
Ix Mexique (Limites géographiques. Orographie, Hydrographie. — L Agriculture, la Flore, la Faune et les Mines. — L Industrie et le Commerce). Un volume in-8, précédé d'une préface de M. Ignacio Altamirano, consul général du Mexique à Paris, avec une carte dressée par les soins de la Société de Géographie de Lille.
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Ce livre parut en 1891, chez H. Le Soudier, éditeur à Paris : c'est un ouvrage de vulgarisation scientifique qui fait admirablement connaître le Mexique et inspire de vives sympathies pour ce grand pays de PAmérique. M. Ignacio Altarairano, consul général du Mexique en France, ancien vice-président de la République dans son pays, n'a d'ailleurs pas hésité à prendre le livre sous son patronage, et, avec sa grande autorité, il en a fait l'éloge suivant dans la préface : « Je trouve votre livre excellent, très utile autant à la France qu'au Mexique et surtout opportun, aujourd'hui qu'il importe aux deux pays d'étendre leurs relations commerciales et industrielles... Ainsi donc votre étude sur le Mexique est aussi laborieuse que digne de foi, et je crois que, quoique ce soit un résumé par sa nature succincte, elle n'en mérite pas moins d'occuper le premier rang entre les ouvrages de ce genre pubUés en Europe dans ces dernières années. »
Guillamue II à Londres et l'Union Franco- Russe. Vol. in- 18, chez Le Soudier, éditeur, fut publié en 1894. ^^ ^^t jugé en ces termes par le journal de Rome, l'Italie (24 avril 1894) ••
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On se demande, en lisant le titre ci-dessus, si l'unité requise pour un écrit d'histoire ou de littérature existe réellement dans celui-ci. Mais quand on a lu Guillaiiinc II à Londres et l'Union Franco- Russe, et même le post-scriptum, on s'explique aisément que l'auteur, en publiant ce très intéressant ouvrage, tout d'actualité, s'est proposé de nous décrire l'ensemble d'une époque qui est la nôtre, en nous introduisant dans les coulisses de la politique générale contemporaine et en nous initiant aux prévisions les plus plausibles sur la politique internationale de l'avenir.
Dans ce livre, qui sera plus tard un document précieux pour l'histoire de notre époque, M. Gaston-Routier nous conte d'abord le voyage de Guillaume II à Londres en 1891 ; il nous en révèle les motifs et les résultats.
Ce voyage, dans sa forme apparente, ne fut guère différent des nombreuses pérégrinations effectuées parle jeune empereur depuis son avènement au trône. Nous l'avons vu en d'autres pays se complaire à enthousiasmer les populations par l'éclat de ses costumes et la pompe de ses cortèges . Mais là-dessous il y aurait eu, d'après notre auteur, l'ambition, après avoir épaté les sujets, d'entrainer leurs chefs dans une communauté
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d'intérêts et de politique qui n'aurait pour but que de conservera rAUeniagne sa prépondérance actuelle.
Si nous en croyons M. Gaston-Routier, Guillaume Il aurait obtenu de lord Salisbury les meilleures assurances en faveur de ses projets, mais assurances purement platoniques, le peuple anglais voulant très sincèrement la paix en Europe et n'ayant pas envie de tirer les marrons du feu pour Guillaume II .
Lord Salisbury ne sortit pas de cette réserve et l'empereur ne déguisa pas son mécontentement. Tel aurait été le résultat de ce voyage si plein de promesses au début. Il aurait eu en outre un résultat tout à fait contraire aux vues de Guillaume II en déterminant le rapprochement qui s'est opéré entre la Russie et la France.
L'auteur nous fait ici un tableau de l'Europe avant Cronstadt, Ce qui se détache spécialement sur le fond du tableau, le voici : la quadruple alliance en 1 889 ; la question bulgare ; la France et la Russie; la France et l'Angleterre. Y aurait-il un peu de chauvinisme dans les appréciations de M. Routier ? On ne saurait cependant lui dénier qu'il rend justice aux intentions de toutes les puissances qui forment le concert européen.
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Nous bornons là notre analyse et nous croyons ne pouvoir mieux la clôturer que par la citation suivante du livre de M, Gaston-Routier.
« L'alliance franco-russe serait-elle une menace pour la paix européenne ?
« Leur politique d'entente les aidera, au contraire, à activer la solution pacifique des différends qui divisent le monde. Si la guerre est inévitable pour trancher certaines difficultés et résoudre certaines questions, elles feront la guerre sans la chercher, sans l'avoir désirée, contraintes et forcées.
« Mais ce qui est plus probable, plus à souhaiter surtout, c'est qu'on arrivera à une entente générale et que la paix du monde sera consolidée mieux que jamais. »
L Amour de Marguerite, roman contemporain, publié au mois de juin 1894, a eu huit éditions épuisées et ne tardera pas être imprimé de nouveau. (Le Soudier, éditeur.)
Voici une œuvre, charmante comme son titre même, que M. Gaston-Routier nous donne aujourd'hui. Dans un style élégant et alerte, M. Gaston-Routier nous dépeint deux types du
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caractère féminin, si complexe et si difficile à saisir; l'action très mouvementée se déroule dans un cadre mondain, au centre de la plaine fertile de la Limagne et la peinture des sites et des individus est d'une merveilleuse exactitude. Ce roman des plus intéressants, dont M. Alfred Mézières, de l'Académie française, a accepté la dédicace, a le double don de passionner la masse des lecteurs et de charmer les délicats de style et de sentiments. L'Amour de Marguerite est appelé à un succès très vif et très mérité.
(Extrait de la République Française, du 3 juillet 1894.)
Deux mois en Andalousie et à Madrid. Un beau volume in-8, avec quatre gravures hors texte, a paru en octobre 1894, chez H. Le Soudier, à Paris.
M. Grady en rendit compte en décembre, dans le Temps, dans les termes suivants :
M. Gaston-Routier donne, en un livre édité avec luxe, le résumé fidèle de ses impressions de voyage dans ce beau pays voisin, dont les monuments et les chefs-d'œuvre artistiques font l'admiration des artistes du monde entier. Dans une langue claire, élégante, pleine de sobriété et de
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couleur, M. Gaston-Routier fait revivre devant nous l'Espagne vraie et lumineuse, cette terre andalouse luxuriante et ensoleillée, avec ses femmes ardentes comme son soleil, belles comme son climat enchanteur. M. Gaston-Routier sait décrire en poète et en artiste ; il sait nous conter aussi d'agréable manière de curieuses anecdotes.
M. G. Grady.
La Question Sociale et V Opinion du Pays. Un volume in-i8, chez Le Soudier, Paris (mars 1895).
L'auteur qui, sans être ennemi de la démocratie, se propose néanmoins de combattre les erreurs, les illusions, les équivoques et les torts du socialisme, si dangereux pour le repos et la prospérité des peuples, rend un immense service à ceux qui,- par une fatale erreur, considérant le socialisme comme l'expression la plus exacte de la liberté, ont besoin d'être éclairés et relevés de cette malheureuse perversion d'idées et de principes, sans attendre les rudes leçons du temps et de l'expérience.
Aussi avons-nous vivement applaudi à l'idée de notre distingué confrère, M. Gaston-Routier,
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qui, sous le titre : la Question sociale et V Opinion du Tays, vient de réunir en un volume les articles très remarqués qu'il a publiés dans le Figaro en 1893 et qui, sous la forme attrayante d'une enquête, nous donnent la quintessence des opinions des personnalités les plus en vue et les plus autorisées de France.
Ce livre est rempli d'idées justes et sages et sa lecture est à la fois intéressante et instructive, car il nous prouve combien toutes les classes de la nation désirent ardemment travailler et se livrer aux affaires avec tranquillité sous la protection d'un gouvernement ferme et respecté. Il convaincra les hommes politiques de la nécessité d'inaugurer une politique de progrés social et de sages réformes, la France étant lasse des discussions oiseuses et des criailleries intempestives.
Comme conclusion, M. Gaston-Routier propose à tous de chercher à améliorer la situation de nos frères moins bien partagés et de concourir à les moraliser, en travaillant sur le terrain social dans l'intérêt du peuple, pour le plus grand bien de l'humanité et pour la plus grande gloire de la patrie. Tel est le critérium du livre et le dessein assurément digne d'éloges de l'auteur.
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L'Histoire du Mexique, un volume in-i8, orné du portrait et d'une lettre de S. E. le général Porfirio Diaz, président de la République des Etats-Unis mexicains. Cet ouvrage, paru en 1895, chez H. Le Soudier, éditeur à Paris, a obtenu un beau succès ; honoré d'importantes souscriptions officielles, il a atteint un tirage de 6,000 exemplaires. De l'avis de personnalités très compétentes, entre autres de l'honorable M. Vignaud, premier secrétaire de l'ambassade des Etats-Unis d'Amérique, qui est très connu pour ses savants ouvrages sur les origines de l'Amérique et sur Christophe Colomb : « ce livre sort de la banalité et apporte d'importants éléments sur l'histoire ancienne du Mexique. » M, Gaston-Routier a exposé, au sujet de la période aztèque, les théories scientifiques de MM. Bandelier et Altamirano. Ce livre est un de ceux que doivent lire ceux qui s'intéressent aux questions historiques.
Nos bons Maîtres-Chanteurs, comédie en cinq actes et en vers (un vol. in-iS, chez
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A. Savine, éditeur, Paris), furent publiés en octobre 1895 et firent certain bruit.
Qui ne se souvient du retentissant procès des Maîtres-Chanteurs et des mœurs déplorables qu'il révéla ? Dupeurs et dupés parurent devant le grand public dans une bien pénible, encore que ridicule, posture ; l'étonnement du plus grand nombre fut profond devant l'extraordinaire état d'àme que mit en lumière en se soulevant ce coin du rideau social, derrière lequel s'abritent confusément les turpitudes morales de notre fin de siècle. Mais il appartenait à un écrivain impartial et véritablement digne de ce nom de faire entendre la voix de la raison et du bon sens et d'établir de ce vague €haiitage une définition exacte.
La presse, si vivement attaquée à cause de quelques rares brebis galeuses, était-elle la grande coupable ? Et quelle estime méritaient donc ces victimes bruyantes de plumitifs indélicats ? M. Gaston-Routier a traité ce sujet dans Nos bons Maîtres-Chanteurs avec autant d'esprit que de verxe et dans un style très littéraire et très moderne à la fois. Ces vers, qui rappellent par leur facture la grande époque de la littérature française, sont
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élégants et châtiés ; dans le ton de la comédie, ils savent à l'occasion se montrer sévères et éloquents.
On les lira avec plaisir et cette étude de mœurs, la première en son genre, intéressera vivement, car tous les types contemporains de maîtres chanteurs y défilent et l'auteur n'a pas craint d'appeler « un chat un chat et Rolet un fripon ».
C'est, en somme, une satire, qui restera, de certains procédés trop souvent mis en usage de nos jours; quel est le théâtre vraiment littéraire et vraiment indépendant qui osera nous représenter cette oeuvre d'honnêteté et de justice, qui est en même temps une œuvre d'art ? (Extrait de la T'a trie.)
Les droits de la France sur Madagascar, un volume in-i8, chez H. Le Soudier, Paris. Ce livre fut publié en 1895 et très commenté en France et à l'étranger. Le Courrier de Genève, du 9 avril 1895, écrivait à son sujet :
Dans un éloquent avant-propos, l'auteur nous expose les raisons qui Tout poussé à pubHer ce livre à l'heure même où les troupes fi-ançaises
vont marcher sur Tananarive et où s'évanouira la puissance ou, pour employer la propre expression de l'auteur, « le fantôme de la puissance des Hovas ». Ces pages, dont la lecture est des plus attachantes, écrites dans un style très élégant et très alerte, condensent et résument toute l'histoire des relations antérieures de la France avec Madagascar, elles démontrent jusqu'à l'évidence que l'intolérable situation faite par la duplicité et l'arrogance des Hovas ne pouvait durer plus longtemps.
Au point de vue colonial, tout en répudiant nettement la politique de conquêtes nouvelles, il prouve que la France ne saurait abandonner un seul pouce de son domaine colonial.
La seconde partie du livre de M. Gaston- Routier contient de très intéressantes notes sur Madagascar, son climat, ses ressources de tous genres, son commerce et son industrie. M. Gaston-Routier préconise, pour le développement des relations commerciales de la France à Madagascar, la création de ventes publiques périodiques et de grands bazars dans les principales villes. Nos négociants et industriels trouveront intérêt et profit à consulter ce livre qui paraît à son heure et qui aura certainement autant de
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succès que les précédents ouvrages de M. Gaston- Routier.
L'Espagne en i8()'j, un fort volume in-i8, avec sept portraits hors texte et plusieurs tableaux statistiques, fut publié en octobre 1897. M. Marcel Poullin lui consacra l'article suivant :
Un très intéressant et très remarquable ouvrage qui vient précisément de paraître, ces temps-ci, sous le titre : l'Espagne en iS^j, arrive à point pour attirer l'attention de l'Europe et de la France en particulier sur la situation actuelle de la péninsule ibérique.
Dans cet ouvrage, M. Gaston-Routier, bien connu déjà par ses publications historiques et économiques antérieures, cherche surtout à faire connaître à ses compatriotes la situation politique et économique de l'Espagne à l'heure actuelle. « Mon seul dessein, dit-il, a été de détruire un certain nombre de préjugés, de réfuter beaucoup d'erreurs qui circulent encore chez nous et qui empêchent l'opinion publique de juger sainement les faits et gestes de nos voisins. »
« Tous ceux qui connaissent l'Espagne retrouveront dans ces pages l'écho de leurs propres sentiments, de leurs propres pensées ; ceux qui n'ont ni visité, ni habité ce grand pays ami, comprendront mieux, après avoir lu ce livre, l'état d'esprit des Espagnols, leurs légitimes prétentions, leur patriotisme sans borne. Et les sympathies, que dis-je ? la sincère amitié qu'ont tous les Français pour ces frères latins auxquels nous sommes unis par tant de liens, par tant de relations commerciales et d'intérêts financiers, ne pourront que s'accroître encore d'une grande et véritable admiration pour leurs gigantesques efforts et leurs héroïques sacrifices. »
Et la lecture du livre de M. Gaston-Routier est bien faite, en effet, pour suggérer de tels sentiments. L'Espagne a, dans cet écrivain, un avocat aussi éloquent que sympathique, et le plaidoyer commencé, bon gré mal gré, il faut l'entendre jusqu'au bout, tant l'intérêt qui s'y attache est vif, tant sont suggestifs les documents invoqués, tant sont convaincants les arguments développés.
Les titres seuls de quelques chapitres de l'ouvrage suffisent pour en marquer tout l'attrait : « L'Etat d'âme du peuple espagnol, la Politique
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au pays du Cid, les Relations franco-espagnoles, dans la première partie notamment, que complètent de fort intéressantes biographies du jeune Roi, de la Régente et des principaux personnages politiques de l'Espagne : Canovas, Sagasta, Castelar, le général Azcarraga, etc. »
La seconde partie de l'ouvrage est entièrement consacrée à Cuba et à l'historique de l'insurrection actuelle ; ce n'est pas la moins intéressante et, dans l'intérêt de la vérité, trop souvent altérée par des nouvelles de presse intéressées, beaucoup de nos concitoyens la liraient avec profit.
Enfin, dans la troisième partie, M. Gaston- Routier traite de la situation financière de la monarchie espagnole et c'est sur ce point surtout qu'il est bon d'attirer l'attention des Français, porteurs en si grand nombre de titres espagnols, et intéressés au premier chef, en conséquence, à être bien complètement et fidèlement renseignés sur les ressources financières de l'Espagne. Et, à ce propos surtout, une citation textuelle, avec chiffres à l'appui, s'impose :
« Voulez-vous des faits ? Préférez-vous
l'éloquence des chiffres ? Dans ce pays, malgré trois guerres intestines, malgré les charges de
toutes sortes qui sont venues Taccabler, une transformation complète de nos finances a été opérée, disait le 30 novembre 1896, à M. Gaston- Routier, le ministre des finances espagnoles, M. Navarro Reverter. Depuis vingt-cinq ans, les revenus de l'Etat se sont accrus de 200 millions, et, dans la même période, les déficits annuels de nos budgets se sont réduits de 140 à 23 millions (Nous voudrions bien pouvoir en dire
autant en France !) Si l'insurrection de Cuba et des Philippines n'était pas venue nous créer des charges nouvelles et énormes, nous obliger à des sacrifices très durs, je suis convaincu que l'amélioration obtenue par nos finances nous aurait permis de réaliser, à bref délai, le grand progrés, tant souhaité, de supprimer totalement le déficit. »
Mais alors, dira-t-on, pourquoi, s'il en est ainsi, la Rente extérieure espagnole vaut-elle beaucoup moins que la Rente italienne, par exemple, alors que la situation économique de l'Espagne vaudrait largement celle de l'Italie ? ff Mon Dieu ! répond à cela M. Routier, la raison en est bien simple : il n'est pas en France de pays plus méconnu que l'Espagne. Nous n'en sommes pas seulement séparés par les Pyrénées,
mais par une foule d'erreurs et de préjugés ; la majorité du peuple français ne connaît TEspagne que comme le pays de Don Juan, du duc d'Albe, des courses de taureaux, des Estudiantinas et des belles Manolas. On connaît quelque peu l'Espagne pittoresque, mais on semble ignorer complètement les immenses et inépuisables ressources de ce pays qui pourrait être le plus riche du monde. »
Mais, aussi bien, qu'on lise le livre de M. Gaston-Routier, il en vaut la peine, et cela renseignera mieux que toutes les citations écourtées que je pourrais foire ici.
Marcel Poullin.
En 1898, M. Gaston-Routier publia, chez l'éditeur Arthur Savaète, le plus discuté de se% ouvrages : Grandeur et Décadence des Français.
M. Gaston Deschamps, le célèbre critique littéraire du Temps, a consacré une de ses intéressantes études à ce livre :
Le plus récent de ces actes de contrition est signé de M. Gaston-Routier. Il est évident que l'auteur de ce livre, où sont décrites la Grandeur
passée et la Décadence actuelle des Fraiiçais, a obéi aux motifs les plus louables. Il s'est souvenu du prophète Ezéchiel tonnant contre la corruption de Jérusalem. 11 nous avoue qu'il a médité cette œuvre pendant douze ans. L'indignation l'a finalement décidé à prendre la plume de Juvénal. Si ses contemporains refusent de se reconnaître dans ce portrait peu flatteur, il en appelle au Jugement de la postérité. Il souhaite que, dans soixante ans environ, un fureteur, explorant les recoins de la Bibliothèque nationale, découvre ces considérations sur la Grandeur des Français et sur leur Décadence. Alors on verra que M. Gaston-Routier avait raison.
Il est certain que l'auteur de cette verte mercuriale u'a pas tort lorsqu'il vitupère notre répugnance à multiplier le nombre des enfants, — notre tendance à boire des variétés d'alcool vulgairement appelées casse-poitrine et tord-hoyau, — nos prédilections d'hier pour les produits de l'industrie pornographique, — la passion frivole avec laquelle nous courons vers les scandales « sensationnels » et vers les chahuts de la politiquaille.
M. Gaston-Routier est un médecin qui voit partout des crises, des incommodités, des
crampes, des pesanteurs et des embarras. Crise du mariage, crise de la famille, crise de la presse, crise de l'Université, crise de Tarmée, crise du Parlement; ces différents cas sont étudiés dans son livre avec une fertilité de renseignements et une sévérité de diagnostic dont il est difficile de ne pas être ému.
Sur la dépopulation, sur l'alcoolisme, sur la pornographie, M. Gaston-Routier est d'accord avec M Alfred Fouillée. J'aime, après tout, la tristesse patriotique avec laquelle il dénonce nos misères. Et l'espérance finale de son expérience ne manque ni d'accent ni d'audace. Il sait, il voit les maux dont nous souffi'ons. Il entend l'écho de nos discordes. Il déplore la chute lourde de tous les appuis qui étayaient notre faiblesse. Il gémit en apercevant les ravages que tant de plaies sociales ont infligés à nos esprits et à nos corps. Il constate l'appauvrissement du sang héréditaire qui jadis a été généreusement prodigué par la France sur les plus glorieux champs de bataille qu'ait jamais connus l'humanité. Il énumère les faillites partielles et successives qui, dans la longue torpeur d'une paix sans gloire, ont suivi la défaite de Sedan. Mais il se refuse à croire que dix siècles d'histoire, dix siècles pendant lesquels la France,
selon le mot de Michelet, marcha en tête du genre humain, puissent aboutir à une débâcle. Trop d'intérêts universels sont attachés à la conservation et à l'intégrité de notre pays pour que le moment soit venu de désespérer. La France ne peut pas, ne doit pas être retranchée du nombre des nations. Elle se relèvera de son actuelle déchéance, parce que son relèvement est nécessaire au progrés du monde entier.
Gaston Deschamps.
En 1899, M. Gaston-Routier fut chargé d'une Mission en Espagne par M. le Ministre du Commerce et de l'Industrie de la République Française : il rapporta d'un long voyage d'enquête de six mois un ouvrage tout à fait remarquable sur « l'Industrie et le Commerce de l'Espagne », publié en octobre 1900. Le savant directeur du Collège de France, M.. Emile Levasseur, de l'Institut, a présenté ce livre à ses collègues dans les termes les plus flatteurs. Le Journal des Chambres de Commerce, sous la signature de son directeur M. J. Huot, lui consacra l'article suivant :
Pour nous, Français, il n'est pas de pays plus intéressant ni plus sympathique que TEspagne. Si la famille latine s'est divisée en trois rameaux distincts, il est indéniable que les plus proches par l'esprit, par le caractère, par les communs défauts et les communes qualités, ce sont le rameau espagnol et le rameau français.
« Il n'y a plus de Pyrénées », a dit Louis XIV ; il y en a malheureusement encore, et les barrières douanières qui nous séparent de ce pays voisin, riche, ne le prouvent que trop. Mais, au point de vue commercial et industriel, y a-t-il entre la France et l'Espagne des intérêts si opposés, si adverses que nous ne puissions un jour ou Pautre nous entendre ? Nous ne le croyons pas. Déjà les intérêts financiers de l'Espagne et de la France sont indissolublement liés : chemins de fer, grandes entreprises. Dette extérieure, tout en Espagne touche de prés à nos capitalistes.
Nous ne pouvons donc point négliger ce pays : il constitue à nos portes un merveilleux débouché, un client dont nous avons les sympathies, que nous aimons et qui, malgré tout ce qu'on a pu dire contre lui, est un excellent client, un client qui a de l'argent et qui paie fidèlement ses dettes. Tous les commerçants français qui ont
NOTICE BIBLIOGRAPHICIUE 2^ 5
des relations avec l'Espagne seront les premiers à ratifier ces paroles, que nous trouvons (et avec satisfaction) dans un livre excellent qui vient de paraître et qui s'intitule : l'Industrie et le Commerce de l'Espagne (i), par M. Gaston-Routier.
Cet ouvrage est destiné à nous dévoiler les ressources économiques de nos voisins et, chose qui paraîtra incroyable, mais qui est exacte, c'est la première fois qu'on publie en France une étude aussi documentée, aussi sérieuse de la situation industrielle et commerciale d'un pays si intimement lié à nous, si voisin de nous, et dont la connaissance est si importante, si indispensable même pour nos commerçants et industriels.
M. Gaston- Routier, chargé d'une mission d'études l'an dernier par M. le Ministre du Commerce, a parcouru toute l'Espagne pendant cinq mois consécutifs, et le livre qu'il nous donne aujourd'hui est le résultat de cette enquête consciencieuse.
L'auteur, procédant avec autant de méthode que de clarté, a divisé son étude en autant de
(i) Un volume in-8, avec huit tableaux statistiques hors texte, chez H. Le Soudier, éditeur, 174, boulevard Saint- Germain, Paris. — (Envoi contre cinq francs).
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chapitres que d'éléments importants de l'industrie et du commerce de l'Espagne, et il nous présente un tableau complet, saisissant par la netteté, la limpidité de son style toujours élégant, de toutes les sources de la production industrielle et agricole de nos voisins ; les articles d'importation et d'exportation, les mines, les industries sidérurgiques, toutes les manufactures, les céréales, les légumes, les vins, les olives, les huiles, l'industrie sucriére, tout est étudié, décrit sobrement avec des jugements solidement assis.
Ce livre a été bien apprécié dés son apparition, et la lettre ci-dessous, adressée au Ministre du Commerce par M. Henri Avanzays, le distingué président de la Chambre de commerce française de Madrid, constitue pour M. Gaston- Routier le plus bel éloge, car nul n'a plus d'autorité pour juger un ouvrage de ce genre que M. Avanzays.
« La Chambre de commerce française de Madrid, toujours prête à approuver tout ce qui peut accroître les relations commerciales entre la France et l'Espagne, est heureuse d'applaudir à la publication de ce livre, qui sera éminemment utile à tous ceux qui veulent connaître les grandes ressources économiques de l'Espagne et qui désirent avoir une idée nette et exacte de la situa-
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tion de l'industrie espagnole, des richesses minières, de l'agriculture et des vastes débouchés que l'Espagne peut offrir à nos commerçants et industriels. M. Gaston-Routier, qui a consacré cinq mois de séjour et de travail assidu à remplir la mission que vous lui aviez confiée, a fait une oeuvre bonne sous tous les rapports, surtout précieuse par les documents très rares et les statistiques qu'il a réunis, utile oiux intérêts du commerce français par les sages conseils qu'elle contient. La Chambre de commerce française de Madrid serait heureuse, Monsieur le Ministre, de voir le Ministère du Commerce recommander ce livre aux Chambres de commerce et d'industrie de France, et elle se féliciterait de voir récompenser en la personne de M. Gaston-Routier un compatriote estimé et un infatigable défenseur des intérêts de la France à l'étranger. »'
Nous sommes heureux de nous associer aux paroles de M. Henri Avanzays, et nous espérons que le livre de M. Gaston-Routier trouvera un accueil chaleureux auprès de nos commerçants et industriels toujours en quête de débouchés, et qui ne peuvent négliger une source aussi importante de renseignements sur l'Espagne.
|. HuoT.
236 NOTICE BIBLIOGRAPHiaUE
Voici maintenant deux ouvrages de pure littérature, parus en 1901.
Le Droit d'aimer, comédie en trois actes, en prose.
Il n'est pas de question plus passionnante que celle que vient de traiter avec un incontestable talent M. Gaston-Routier. Le titre seul de sa comédie en trois actes : Le Droit d'aimer est alléchant et nous promet une thèse curieuse. Le drame est fortement écrit, plus fortement pensé encore. Une femme a-t-elle le droit d'aimer un autre homme que son mari ? Un époux a-t-il le droit de tuer l'épouse adultère ? Et que peut le divorce pour résoudre un cas pareil ? Peut-on aimer à sa volonté, haïr à sa guise ? On n'a jamais écrit sur un sujet plus palpitant des phrases plus concises, plus nourries d'idées, que celles que M. Gaston-Routier met dans la bouche de ses acteurs. Pourquoi ne joue-t-on pas des pièces de cette valeur littéraire et morale ? Pourquoi nos théâtres reprennent-ils de vieilles inepties au lieu de monter une œuvre qui fait penser, qui émeut, qui trouble même la conscience, tant Pexposition, le développement, le dénouement de ce drame, sont traités avec clarté, avec logique, avec tous
les accents vrais de la passion d'une part, de la raison de l'autre ? Nous ne pouvons que nous étonner de ne pas voir un acteur de progrés, comme Antoine, saisir cette pièce au vol pour en faire une création géniale. M. Jules Claretie, administrateur de la Comédie-Française, a adressé à M. Gaston-Routier un fort bel éloge, non point de ces éloges complaisamment donnés par un confrère à un confrère, car c'est au nom du Comité de la Comédie-Française, que parle M. Jules Claretie : « Mon cher Confrère, lui écrit-il, voici Le Droit d'aimer ; le Comité, tout en ne croyant pas devoir faire entrer votre œuvre au répertoire, a -voté à l'unanimité des compliments à l'auteur pour sa forme littéraire. Je vous prie de croire à mon cordial dévouement. Jules Claretie. » Les lecteurs dévoreront certainement cette œuvre dramatique, mais ils auraient préféré l'applaudir.
Le Marquis de Tournoël, roman contemporain, parut la même année. C'est le second roman de M. Gaston-Routier ; il eut le même succès que le précédent. C'est un livre à lire pour son style très élégant et qui sort du commun.
238 NOTICE BIBLIOGRAPHiaUE
C'est une œuvre d'observation, où les personnages sont photographiés sur le vif, dans l'action, avec une sobriété et une vigueur de style qui rendent lumineux tous les caractères et empoignent les lecteurs. Tour à tour à Paris, dans le grand et demi-monde, à New-York, à Monte- Carlo, le roman se déroule, court, entraînant et passionnant, laissant Pintérêt en haleine jusqu'à la fin, sans tomber jamais dans les ficelles des romans-feuilletons. C'est une œuvre littéraire, d'une forme claire, élégante, d'où l'émotion et la chaleur ne sont pas exclues ; on dirait que certains chapitres ont été vécus, tant il s'en dégage un charme pénétrant et une intensité de sensations réellement éprouvées.
Le .Congrès hispano-américain de Madrid^ publié en 1901, est le compte rendu de ce fameux Congrès qui réunit à Madrid tous les délégués officiels des Républiques hispanoaméricaines et dont le but grandiose n'a pas été encore atteint. M. Gaston-Routier nous en conte les travaux et nous en expose les résultats ; il y a dans ces pages très documentées beaucoup de choses à retenir et elles
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éclairent d'un jour très curieux les sentiments réels des Américains de race latine pour l'Espagne, leur mère-patrie. L'union des peuples latins ou de la race latine, dit M. Gaston-Routier, n'est pas une utopie, mais elle ne pourra se réaliser qu'autour de la France, de l'Italie et de l'Espagne unies : l'Espagne seule est trop faible à tous les points de vues.
Au mois d'octobre 1901, M. Gaston- Routier publia un livre qui fit sensation, intitulé : Un Point d'hisloire contemporaine. Voici les articles qui lui furent consacrés par M. Emile Levasseur et M. E. Ledrain.
Les événements passent et le souvenir des détails s'efface ou du moins s'estompe dans la perspective du passé à mesure qu'ils s'éloignent. Il en est ainsi du voyage que l'impératrice Frédéric fit à Paris, il y a dix ans, quoique plusieurs journaux en aient parlé récemment quand ils ont fait l'éloge funèbre de cette femme qui était un esprit élevé et un noble caractère. Ce voyage a été pourtant un événement politique. M. Gaston-Routier vient d'en évoquer le sou-
240 NOTICE BIBLIOGRAPHiaUE
venir dans un livre intéressant par les faits qu''il rappelle et par les vues personnelles de l'auteur : Un point d'histoire contemporaine (i).
L'impératrice venait à Paris dans le dessein d'engager les artistes français à prendre part à l'exposition de Berlin : c'était une pensée de conciliation qui l'inspirait et il semblait que personne ne fût plus qualifié qu'elle pour faire réussir un tel projet. Elle resta une semaine à Paris, du 19 au 27 février, dans un demi-incognito que la presse s'est empressée de trahir, et elle quitta la capitale sans avoir réussi dans la mission qu'elle s'était donnée et que ne désapprouvait vraisemblablement pas son fils l'empereur Guillaume. Quelles ont été les causes, accidentelles ou topiques, de cet insuccès? C'est ce que le lecteur trouvera dans le livre de M. Gaston-Routier. Quoi qu'il en soit, nous regrettons avec lui ce résultat négatif.
En 1899, un Français a organisé une « expo-
(i) Un point d'histoire contemporaine, par Gaston-Routier. — Le voyage de Vimpèratrice Frédéric à Paris en 18^1 ; Les peintres Jrançais à Berlin; Souvenirs d' hier et documents; Les relations franco-allemandes de nos jours; Mes visites à Bismarck et à Liebknecht. — Un beau volume in-i8 de trois cents pages, envoi franco contre trois francs cinquante.
NOTICE BIBLIOGRAPHiaUE 24 1
sition française artistique de Berlin » , entreprise privée à laquelle l'Académie des Beaux-Arts de Berlin a donné l'hospitalité. Les peintres français auraient pu la recevoir officiellement huit ans plus tôt.
M. Gaston-Routier rappelle les conversations qu'il a eues avec plusieurs personnages éminents de l'Allemagne qu'il a trouvés tous ou presque tous désireux de voir s'opérer un rapprochement entre la France et l'Allemagne. M. Gaston-Routier partage ce sentiment et, tout en lui laissant la responsabilité personnelle des arguments qu'il produit, je m'y associe avec lui. Un Français qui aime son pays et qui a été le témoin navré et impuissant de l'effondrement de sa puissance ne peut comparer le présent et le passé sans éprouver une amére tristesse ; c'est ce que comprend tout homme de cœur dans tout pays. Mais les nations ne peuvent pas s'isoler dans un éternel regret ; elles doivent vivre dans le monde actuel, y prendre leur place, la faire, par leur activité, la meilleure possible et entretenir des relations avec les autres nations. Il y a longtemps que je pense que la République française et l'Empire allemand auraient intérêt à entretenir de bonnes relations.
M. Gaston-Routier va plus loin : il se demande
242 NOTICE BlBLIOGRAPHiaUE
si l'alliance des deux Etats ne serait pas profitable
à la civilisation. C'est une opinion que la presse
peut discuter avant que la diplomatie ne juge
opportun de la mettre sur le tapis. En tous cas,
nous recommandons la lecture du livre de
M. Gaston-Routier, qui est non seulement facile
et agréable, mais qui est suggestive sur cette
grave question.
Emile Levasseur,
Membre de l'Institut.
— Des pures lettres nous passons à l'histoire, car c'est un livre d'histoire que nous donne un de nos plus subtils confrères de la grande presse parisienne, M. Gaston-Routier. Il a étudié, en reporter, en philosophe, en psychologue, tous les faits qui se rattachent depuis vingt ans aux relations de la France et de l'Allemagne. C'est ce qui met de l'unité dans son livre. Mais quels sont les événements principaux qu'il avait à éclairer ? D'abord : la visite de l'impératrice à Paris en février 1891. Quelles tempêtes soulevées! On se rappelle comment furent interprétées la visite de la mère de Guillaume II au château de Saint-Cloud et la colère que provoqua l'employé maladroit des Beaux-Arts qui se permit d'enlever
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la couronne portée au monument d'Henri Regnault. Nous serions moins émus aujourd'hui par tous ces incidents. Mais, à cette date de 1891, réchauffement fut tel de part et d'autre, dans la presse française et dans la presse allemande, que, sans la sagesse des deux gouvernements, la guerre aurait fort bien pu éclater. Dans tous les cas, nos artistes qui, pour la plupart, avaient accepté d''abord l'invitation qu'on leur avait adressée et que leur avait de vive voix renouvelée l'impératrice, d'aller à l'exposition internationale de Berlin, finirent par se récuser.
Tous les menus détails de l'afliaire sont notés avec précision par M. Gaston-Routier. L'auteur, à cette époque, prit le train pour Berlin et s'entretint avec M. Herbette. Plus tard, il interrogea le prince de Hohenlohe, Liebknecht, et, à Friedrichsruh, vit M. de Bismarck. Combien intéressants pour les lecteurs, tous ces renseignements, toutes ces conservations, tous ces portraits pris sur le vif, par un esprit aussi sagace, aussi habile à démêler ce qui se cache sous certains gestes et sous certains propos ! C'est de l'histoire avec toute la vivacité du roman, avec le dialogue amusant ou passionné du drame. Dans quelques années, on puisera
244 NOTICE BIBLIOGRAPHiaUE
avec fruit dans le livre de M. Gaston-Routier : Un point d'histoire contemporaine.
E. Ledrain.
{L' Illustration, numéro du 26 octobre 1901.)
Le Congrès de la paix à Monaco, publié en 1902, est, comme le titre l'indique, un compte rendu des séances de ce Congrès intéressant.
La paix compte chaque jour dans le monde entier de plus nombreux partisans. En France, il n'est pas un homme de cœur qui ne soit un pacifique ; et même dans Tarmée, dans le corps si vaillant et si respectable de nos officiers, les partisans de la paix sont majorité. Aussi ne peuton que féliciter les hommes si dévoués qui ne cessent de proclamer hautement et de faire connaître à ceux qui nous gouvernent quelles sont les aspirations des peuples à la prospérité desquels ils sont chargés de veiller. Les Congrès de la paix font donc oeuvre vraiment recommandable, et le onzième, qui s'est ouvert à Monaco, le 2 avril dernier, fut aussi utile que ses devanciers ; aussi lira-t-on avec intérêt le compte
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rendu que nous en donne un de ses membres les plus actifs, M. Gaston-Routier.
L'année 1903 a vu paraître trois importants ouvrages. D'abord un magnifique volume illustré de cent neuf photogravures, intitulé : Le Couronnement d'Alphonse XIII, roi d'Espagne (i).
Ce livre, dit le Journal, est plus et mieux qu'un document : c'est une œuvre à la fois historique et littéraire, aussi amusante à lire qu'un récit de voyage, aussi instructive qu'un ouvrage de haute érudition. M. Gaston-Routier, littérateur aussi élégant que réputé, connaît PEspagne à merveille, et il a profité de l'occasion de décrire les fêtes si nombreuses et si brillantes du couronnement du roi Alphonse XIII, pour tracer quelques tableaux vivants et pittoresques de Madrid, des mœurs madrilènes et des monuments de cette capitale. 11 y joint des aperçus historiques sur tous les rois qui ont porté, en Espagne, le nom d'Alphonse, sur les ancêtres du roi actuel.
(i) Un fort volume in-8, avec cent neuf photogravures et dessins. (Arthur Savaète, éditeur, Paris.)
246 NOTICE BlBLIOGRAPHIdUE
prince de la lignée des Bourbons d'Espagne, Son œuvre fourmille de renseignements curieux — et d'une exactitude officielle — sur la jeunesse du roi, sur son auguste père Alphonse XII, et sur la famille royale entière. Les illustrations, aussi précieuses que rares, véritables documents photographiques, complètent et achèvent ce beau livre, recommandable à tous les points de vue et qui s'impose dans toutes les bibliothèques. Ce sera un succès, et sans aucune flatterie, un succès très mérité.
Légendes de mort et d'amour, voilà un livre charmant dont le succès a été très grand et très mérité.
Si la Poésie et l'Art ne semblaient des choses bien surannées et bien désuètes de nos jours, alors que l'abus des sports détraque et abrutit les enfants et les grandes personnes et que la folie de l'automobile égale la badauderie des gogos qui comptent les grains de blé d'un litre d'or, on pourrait prédire quelque succès à un livre qui vient de paraître. Mais qui donc, aujourd'hui, a le temps de lire... et surtout de penser et de rêver, toutes choses que nos ancêtres lettrés pri-
NOTICE BIBLIOGRAPHiaUE 247
saient comme un bienfait des dieux. De nos jours, on regarde le cours de la Bourse, on lit les feuilles de choux financières qui prônent des valeurs qui ruinent leurs acheteurs et on se laisse entramer dans le tourbillon d'une vie aussi agitée et fiévreuse que désolante par sa stérilité et par son vacarme.
Il est cependant encore quelques fervents du Beau et du Pittoresque ; ceux-là se réjouiront de pouvoir se plonger dans la lecture des Légendes de mort et d'amour (i) pour revivre pendant quelques instants la vie des héros de l'Espagne légendaire. Victor Hugo disait que le Romancero espagnol était deux trésors, deux Iliades, l'une gothique, l'autre arabe. Mais le Romancero est connu et, avantage inappréciable, les Légendes que nous conte M Gaston-Routier sont toutes inédites : son œuvre n'est pas une traduction, un livre de Folklore, mais une œuvre très personnelle, inspirée seulement par les traditions et les légendes de l'Espagne du moyen âge. Sa lecture nous fait
(i) Un fort volume de trois cent quarante pages in-i8. L'édition princeps est tirée sur papier vergé. — Envoi franco contre 5 fr. 50. Dujarric et C'°, éditeurs, 50, rue des Saints-Pères, Paris.
oublier les vilenies du temps présent et nous charme comme une chanson d'autrefois, héroïque et sentimentale.
L'Espagne, notre voisine immédiate, est de tous les pays d'Europe celui que les Français connaissent le moins. Un écrivain de talent, M. Gaston-Routier, a entrepris depuis plusieurs années de combler cette lacune et de nous faire connaître l'Espagne et les Espagnols. Le livre qu'il nous donne aujourd'hui est à la fois un choix de légendes inédites et de récits de voyages. Dans un style très littéraire, il nous dépeint les villes les plus pittoresques d'Aragon et d'Andalousie, ainsi que Madrid, la capitale ; il décrit en archéologue leurs monuments, il raconte en poète les légendes. C'est aussi passionnant qu'un roman, c'est tellement bourré de notes vécues, de descriptions encore jamais faites que ce livre apporte de grands enseignements aux curieux d'histoire et d'art. Le titre général donne bien l'idée de la plupart des récits, terribles et charmants où l'amour et la mort se mêlent et se coudoient comme dans la vie.
Un des juges les plus universellement reconnus en matière littéraire, M. Alfred xMéziéres, de l'Académie française, a écrit cà l'auteur les lignes
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suivantes après avoir lu son livre : » Je vous remercie de m avoir envové votre volume si attachant et si instructif. Je le lis avec d'autant plus de plaisir que fai vu une grande partie des lieux dont vous parle\ et que mes impressions s'accordent avec les vôtres. Vous ave^ compris et rendu l'Espagne. » Cette appréciation spontanée d'un savant et d'un écrivain aussi illustre que M. Alfred Méziéres est le plus bel éloge qu'on puisse faire de l'œuvre de M. Gaston-Routier. Et je ne puis pour ma part que recommander sa lecture comme le plus agréable et le plus réconfortant spécifique de la neurasthénie contemporaine.
Jacques Talbot.
La Question macédonienne (i), dans un genre tout différent, a aussi attiré très vivement l'attention sur son auteur. On peut dire qu'après cet ouvrage — son vingtième en librairie, — M. Gaston-Routier sort des
(i)Un volume in- 18 de quatre cent huit pages. Prix : 3 fr. 50. — Envoi franco contre remboursement ou mandatposte. Librairie H. Le Soudier, 174, boulevard Saint-Germain, Paris.
rangs et que son labeur considérable reçoit sa légitime récompense. Il est aujourd'hui un des écrivains français les plus connus qui s'impose à l'attention du public européen.
Il n'est pas de question dont on ait plus parlé et qui soit moins connue. Elle soulève, en effet, dans la péninsule balkanique, tant d'intérêts et rivalités de races et de religions qu'il est bien difficile de s'en faire une idée exacte et de porter un jugement consciencieux sans avoir vécu dans ces contrées. Et le défaut de ceux qui y vivent — même les plus sains esprits, — est de ne pas être impartiaux, de se trouver entraînés malgré eux dans un parti quelconque, soit de race, soit de religion. On 'lira donc avec autant de plaisir que de fruit l'excellent livre de M. Gaston- Routier sur la Question macédonienne qui paraît au moment le plus opportun.
C'est après un voyage d'investigations et d'enquêtes de deux mois dans les pays balkaniques que M. Gaston-Routier a écrit cet ouvrage de quatre cent huit pages où les diplomates et les savants trouveront une
foule de documents précieux et où le grand public, charmé par la netteté et la sobriété du style, prendra plaisir à connaître cette question si importante depuis son origine jusqu'à nos jours. Si l'on songe, en effet, que de cette question macédonienne peut sortir — au moment le plus inattendu — une guerre terrible et peut-être une conflagration européenne, on comprend le légitime désir des gens sérieux de connaître exactement la nature de cette question et les intérêts que chaque puissance peut avoir à sa solution. C'est, en outre, comme le dit éloquemment M. Gaston - Routier dans son Avant-Propos, plus qu'une question diplomatique et politique, il y a dans la question macédonienne une question de justice et d'humanité. Nous ne saurions trop conseiller la lecture de ces pages très documentéeset très impartiales : c'est le plus solide réquisitoire qu'on puisse prononcer en faveur des chrétiens martyrs contre les Turcs bourreaux.
252 NOTICE BIBLIOGRAPHiaUE
La Macédoine et les Puissances (i), tel est le titre du dernier ouvrage de M. Gaston- Routier. Le succès de son précédent livre sur la Question macédonienne devait inciter M. Gasron-Routier à poursuivre l'étude de cette question si difficile, si complexe, mais si intéressante à tous les points de vue. Le Petit Parisien le chargea, en mars 1904, d'aller faire une enquête sur l'état de cette question dans les principaux pays intéressés.
La guerre, russo-japonaise, qui soulève le grave problème d'Extrême-Orient, ne doit pas nous empêcher de suivre avec attention et de nous inquiéter d'un problème plus passionnant encore, qui est presque à nos portes, qui touche aux intérêts vitaux des quatre grandes puissances
(i) La Macédoine et les Puissances, l'enquête du Petit Parisien. En Autriche. — En Hongrie. — En Serbie. — En Bulgarie. — En Turquie. — En Grèce. — En Macédoine. — Un volume in-i8 de trois cent soixante pages Chez Dujarric et C^°, éditeurs, 50, rue des Saints-Pères, Paris. Envoi franco contre mandat-poste de 3 fr. 50 ou contre remboursement.
NOTICE BIBLIOGRAPHiaUE 2)3
européennes, nous voulons parler de la question d'Orient, de la question macédonienne.
La péninsule balkanique attire depuis trois ans l'attention publique par les insurrections qui l'ensanglantent. Sur ce coin de terre, l'Au triche- Hongrie, la Russie, l'Allemagne, l'Italie, ont des visées territoriales, sans parler de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Grèce, qui y luttent d'influences et de forces, sans compter la Turquie, qui s'en prétend maîtresse et qui y exerce son autorité, sans mentionner l'Angleterre et la France, qui doivent y sauvegarder de grands intérêts ■financiers et commerciaux.
Or, tout fait pressentir que cette question macédonienne va entrer dans une phase grave. Profitant des embarras de la Russie en Extrême- Orient, certaines puissances semblaient vouloir la résoudre à leur profit.
Rien ne saurait donc être plus à propres dans les circonstances actuelles qu'une enquête docunieniée et impartiale faite dans chacun des pays intéressés.
C'est le résultat de cette enquête que M. Gaston-Routier donne dans son livre. Il a
interviewé les ministres et les principaux hommes d'Etat de l'Autriche, de la Hongrie, de la Serbie, de la Bulgarie, de la Turquie, de la Grèce. Il a causé longuement avec le chef de l'organisation intérieure, il a parcouru la Macédoine. Les chapitres entièrement inédits qu''il consacre à l'étude de la situation actuelle, de la folie des Grecs, de la nécessité d'une entente entre les Grecs et les Bulgares, sont de ceux qu'il faut lire. L'exposé des faits, des nécessités de l'heure présente en iMacédoine, les raisons qui imposent à l'Europe une solution immédiate de la crise macédonienne, sontadmirablement présentés. Quant à la solution elle-même, après la lecture du livre si documenté de M. Gaston-Routier, on reconnaîtra partout qu'elle n'offre aucune grande difficulté et qu'en donnant satisfaction aux desiderata du D"" Tatartcheff et en établissant un gouverneur européen dans la région du Vardar, les Puissances peuvent concilier à la fois leurs propres intérêts, ceux du sultan et ceux des populations chrétiennes et musul-
NOTICE BIBLIOGRAPHIQ.UE
mânes de Macédoine qui gémissent sous un régime d'arbitraire et d'anarchie que TEurope ne peut laisser durer plus longtemps.
Henri DEPONT-BARNET.
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