‹ Le roman de mes romansChapitre 13 sur 34 · UN MARIAGE SOUS LE SECOND EMPIRE · texte numérisé non relu

UN MARIAGE SOUS LE SECOND EMPIRE

visite du train, il constatait qu'il n'y avait pas de femme à son goût, devant laquelle il aurait plaisiià parader, il me faisait l'honneur de monter avec moi, et nous causions.

— Vous ne voulez donc pas venir me voir ? me disait-il.

Un jour, comme il insistait, je lui répondis que je me faisais scrupule d'accepter les invitations de ceux que je voulais mettre dans mes romans.

— Alors, ce sera dur, dit-il en riant. Ne vous gênez pas I Pourvu que ce soit drôle, je serai content.

C'est qu'il était homme à s'amuser de son persoa. nage et de son rôle ; il a ri de celui que je lui ai donné dans Madame Obernin.

En parlant d'C/^n Beau-Frère ^ y ai dit comment je ne pus pas publier, sous le gouvernement qu'il servait si originalement, ce roman où je voulais lui faire jouer le premier rôle, et comment je fus obligé d'attendre la chute de l'Empire.

Il y avait des gens qui n'auraient pas accepté sa publication, et des plus hauts, des plus puissants. Car cette tentative de mariage d'une riche héritière avec un aventurier de la cour est fondée sur la réalité, et ceux qui avaient eu l'idée de ce mariage et y avaient employé leur influence « auguste » auraient fait payer au journal, sinon au romancier lui-même, la divulgation de leurs intrigues.

Quand on arrive au pouvoir à la suite d'une aventure, et que, par faiblesse, ignorance ou autrement, on ne commence pas, suivant le précepte de Machiavel, par se débarrasser des complices qui vous

y ont porté, on devient leur prisonnier : il faut leur payer les services qu'ils vous ont rendus, — et cela sans s'acquitter jamais envers eux. Ce fut ainsi qu'un Sainte-Austreberthe en chair et en os, bien vivant, bien réel, voulut, pour remettre de l'ordre dans ses affaires dérangées, épouser Marthe, la fille d'un très riche armateur dans une ville qui n'était pas Bordeaux. Et, de même que dans le roman qui a suivi la réalité, ce fut ainsi que toutes les influences dont peut disposer un gouvernement irresponsable furent mises en jeu pour faire ce mariage qui non seulement assurait la fortune d'un ami des mauvais jours, mais encore enlevait la riche héritière à l'un des plus dangereux représentants du parti orléaniste qu'elle aimait.

Mon préfet aura-t-il trouvé drôle le rôle que je lui ai donné dans cette histoire? Je ne l'ai pas revu depuis qu'elle a paru. Mais des amis à lui ont bien voulu le trouver fidèlement peint.

— Que c'est bien lui ! dit une personne de son intimité ; seulement, il n'aurait jamais eu, cet esprit de suite.

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